Chapitre 617
De nombreux bras métalliques étincelèrent au soleil en s’abattant sur le jeune homme. Huang San ouvrit la bouche. Il savait qu’il était condamné, mais, au moment crucial où l’un des bras s’abattit, une ombre passa comme un éclair.
Boum, boum, boum, boum !
Quatre détonations retentirent à la suite, et Huang San resta stupéfait en voyant tous les automates métalliques s’envoler comme des sacs de frappe. Puis il sentit quelque chose lui enserrer le cou tandis qu’on le soulevait. Le paysage devant ses yeux changea sans cesse, et les débris des automates métalliques disparurent.
Huang San respirait à toute vitesse en regardant autour de lui, profitant enfin de l’occasion pour examiner les environs. Il repéra rapidement la personne qui l’avait sauvé : elle semblait avoir à peu près son âge.
« Fr-frère, merci. Moi, Huang San, je n’oublierai jamais que tu m’as sauvé la vie. » Il respirait bruyamment, le front perlé de sueur. Il dut même remonter son pantalon pour avancer.
Lu Yin fixa le gros homme, qui n’avait visiblement plus aucune force. Ses yeux vacillèrent, mais il ne dit rien.
« Puis-je connaître le nom de ce frère estimé ? Puisque tu as vaincu si facilement un Gardien de la Première Porte Divine, tu ne dois pas être un inconnu. Je suis Huang San, du Royaume de Bloodburn. » Le gros homme se releva avec difficulté et s’adressa poliment à Lu Yin.
Lu Yin le regarda comme auparavant, sans toujours rien dire. Il ne comprenait pas encore où il se trouvait ; mieux valait donc rester prudent et faire semblant d’être sourd et muet.
Le gros homme cligna des yeux. « Frère, je suis Huang San, du Royaume de Bloodburn. »
Lu Yin garda le silence et leva les yeux vers le ciel.
Le gros homme leva la main et l’agita devant les yeux de Lu Yin pour attirer son attention. « Hé, frère ! Je suis Huang San. »
Lu Yin se contenta de le regarder calmement.
Huang San resta sans voix. « Frère, tu es muet ? »
Le regard de Lu Yin ne vacilla pas.
Huang San fit la grimace. « Je ne peux pas avoir autant la poisse ! Après avoir traversé toutes sortes d’épreuves, je rencontre enfin un expert… et voilà qu’il est muet ! Quelle tragédie… »
Lu Yin se mit à gravir la montagne.
Huang San s’empressa de le suivre. « Frère, même si tu ne peux pas parler, tu dois pouvoir faire quelques gestes ! D’où viens-tu ? De quelle voie de Progéniteur ? Du Progéniteur des Lignées ? Du Progéniteur du Combat ? Du Progéniteur des Arts Secrets ? »
Le regard de Lu Yin changea brusquement. Quoi ? Le Progéniteur des Lignées ? Le Progéniteur du Combat ? Le Progéniteur des Arts Secrets ?
« C’est quoi ce @&*$ ? Le Progéniteur des Lignées ? Le Progéniteur du Combat ? Le Progéniteur des Arts Secrets ? Ce gros homme parle vraiment de Progéniteurs ? Impossible ! L’univers ne devrait plus en compter ! Ce titre est censé être réservé à un certain niveau de superpuissants ! » s’écria le Singe fantôme.
Lu Yin réfléchit un instant aux paroles du gros homme, leva de nouveau les yeux vers le ciel, puis reprit tranquillement son ascension.
« Hé, frère, ne me dis pas que tu ne m’entends pas non plus ! Gros Frère aurait vraiment autant la poisse au point de tomber sur un sourd-muet ? » se lamenta le gros homme en courant derrière Lu Yin.
« Hé, frère, tu ne m’entends vraiment pas ? Tu essaies de berner Gros Frère ? Inutile de faire ça ! Je ne suis qu’un petit Explorateur sans grand talent, tu n’as rien à gagner à me tromper. Allez, dis quelque chose ! »
« Hé, frère, tu as plutôt bonne mine, même si tu es loin d’être aussi beau que Gros Frère. »
« Hé, frère, devenons frères jurés. »
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De toute évidence, le gros homme était incapable de rester tranquille et continua de bavarder aux côtés de Lu Yin. La plupart de ses paroles n’étaient que balivernes, mais elles permirent tout de même à Lu Yin d’apprendre quelques détails : le gros homme était un Explorateur, il cherchait sa fiancée dans cet endroit et, surtout, celui-ci s’appelait la Secte de la Source du Dao.
À travers les paroles du jeune homme, Lu Yin comprit rapidement qu’il ne connaissait aucun des lieux dont il parlait et que certains de ses termes lui étaient également étrangers.
« Hé, frère, quel puissant personnage t’a transmis ton impression ? Un Imprimeur ordinaire ? Un Imprimeur du Monde ? Un Imprimeur Cosmique ? »
« Hé, frère, tu ne m’entends vraiment pas ? » La voix du gros homme monta d’une octave.
…
Finalement, le jeune homme fut tout à fait convaincu que Lu Yin ne pouvait vraiment pas l’entendre. Il se mit alors à lui raconter sa vie. « Gros Frère est né dans le Royaume de Bloodburn, et la famille Huang était autrefois un clan d’Imprimeurs qui s’est illustré durant l’ancienne guerre entre les continents. Mais après la mort de cet ancêtre Imprimeur, le clan a commencé à décliner. Gros Frère s’en accommodait : je me serais contenté de traverser la vie sans faire d’histoires, en attendant simplement la mort. Mais le Ciel aime bien faire tourner les gens en bourrique. Gros Frère a rencontré Xiaojing par hasard et est tombé fou amoureux d’elle. Et comme ma famille Huang et la famille Yan de Xiaojing avaient convenu de nous fiancer, Gros Frère avait l’impression d’avoir atteint le sommet de sa vie.
« Malheureusement, leur famille Yan méprise la mienne. Tu savais, frère, que la famille Yan comptait actuellement un Imprimeur ? Ça veut dire qu’ils sont un véritable clan d’Imprimeurs. Si ma famille Huang en était encore un, nos fiançailles seraient toujours valables, mais maintenant… Ah, quelle histoire à pleurer.
« Le pire, c’est que la famille Autumnfrost s’en est mêlée, et que cet Autumnfrost Qing, sans la moindre honte, veut faire la cour à ma Xiaojing ! La famille Yan n’attend que de s’accrocher aux Autumnfrost, puisqu’ils comptent parmi les familles les plus puissantes de tout le Royaume de Bloodburn et qu’ils ont même un Imprimeur du Monde dans leur clan ! Un Imprimeur du Monde ! Même à l’apogée de ma famille Huang, nous n’aurions pas pu rivaliser avec une telle famille. Ah, la vie amoureuse de Gros Frère a été si tumultueuse… Xiaojing et moi pourrions vivre en parfaite harmonie, mais il y a trop d’obstacles.
« Mais Gros Frère n’abandonnera pas ! Gros Frère est déterminé à épouser Xiaojing ! C’est le rêve de toute sa vie. »
…
Le gros homme parla sans arrêt pendant une heure entière, tandis que Lu Yin l’écoutait en silence. Imprimeur, Imprimeur du Monde et tout le reste : Lu Yin n’y comprenait pas un traître mot. Mais ce n’était pas grave. Il lui suffirait de passer assez de temps avec le gros homme pour que celui-ci finisse par tout lui révéler.
« Frère, Gros Frère a aussi eu une vie difficile. À trois ans, j’ai vu la jupe d’une dame se soulever sous l’effet du vent et je me suis avancé pour l’aider à la rabattre. Je ne sais pas quel misérable m’a poussé, mais je suis tombé sous sa jupe. Gros Frère n’avait que trois ans, mais le plus important, c’est que la dame en avait quarante ou cinquante ! Comment aurais-je pu être attiré par elle ? Pourtant, les autres m’ont traité de pervers. À partir de là, Gros Frère est devenu célèbre : on m’appelait le petit prince qui se glisse sous les jupes. Les légendes à son sujet circulent encore dans la ville.
« À quatre ans, j’ai utilisé mon argent de poche pour acheter un ouvrage sur une technique révolutionnaire. Il y était écrit que l’urine d’un enfant pouvait améliorer son talent pour la cultivation. Gros Frère a voulu témoigner son respect à ses parents. Alors, j’ai personnellement offert une tasse d’urine d’enfant à mon père, qui m’a suspendu et roué de coups pendant trois jours !
« À cinq ans, Gros Frère est tombé amoureux d’une très jolie personne de son âge. J’ai pris mon courage à deux mains pour lui déclarer mes sentiments, et j’ai même réussi ! Gros Frère était aux anges, et je me souviens encore de ce que j’ai ressenti. Mais ce misérable était un garçon ! Est-ce que ça ne devrait pas être un crime, pour un garçon, d’être aussi beau ? Et ce type me harcèle encore aujourd’hui, en exigeant que Gros Frère prenne ses responsabilités ! »
« À six ans… »
…
Lu Yin lança un regard étrange au gros homme. Est-ce qu’il inventait toutes ces absurdités ou disait la vérité ? Si ces histoires étaient vraies, son vécu était absolument légendaire. C’était déjà impressionnant qu’il ait survécu jusqu’à présent.
« Septième Frère, c’est un exploit que ce gros idiot ait survécu jusqu’ici ! Emmène-le avec toi. » Le singe soupira, compatissant malgré lui avec le gros homme.
Un sifflement retentit devant eux. Un Gardien de la Première Porte Divine jaillit alors de la forêt et balaya le gros homme d’un revers de la main. Le jeune homme resta stupéfait : le gardien s’était caché tout près d’eux. Il était aussi extrêmement rapide, tandis que le gros homme manquait d’agilité.
Heureusement, Lu Yin se trouvait juste à côté de Gros Frère et le tira hors de danger. Puis il envoya le gardien cinq mètres en arrière d’un coup de pied, ce qui stupéfia Huang San.
La première fois que Lu Yin l’avait sauvé, la terreur l’avait empêché de voir ce qui s’était passé. Mais, cette fois, tout était clair. « Frère, tu l’as envoyé valser d’un coup de pied ! Tu assures ! »
Le Gardien de la Première Porte Divine se rua de nouveau vers eux. La silhouette de Lu Yin se transforma en traînée tandis qu’il esquivait son attaque, puis posait une main sur la tête du gardien. Il lança la Paume de l’Onde de Choc aux Cent Coups et, dans un grondement retentissant, la tête du gardien s’envola, mettant l’automate hors d’état de nuire.
Du début à la fin, l’échange ne dura même pas dix secondes.
Le gros homme resta bouche bée et fixa Lu Yin d’un air absent. « Frère, tu ne viens certainement pas d’un milieu quelconque ! Cette chose était l’un des Gardiens de la Première Porte Divine de la Secte de la Source du Dao du Cinquième Continent ! Beaucoup de disciples d’élite issus de grandes familles seraient incapables de la battre en duel, mais toi, tu l’as détruite en quelques secondes, sans même utiliser d’impression ni de technique de combat ! »
Le Cinquième Continent ? Les yeux de Lu Yin brillèrent, mais il continua d’avancer en silence.
Le gros homme se lécha les lèvres et afficha un grand sourire. « Frère, je sais que tu as dû bien te préparer avant de venir à la Secte de la Source du Dao. Alors, où vas-tu ? Ah ! J’oubliais, tu ne peux ni parler ni entendre. Pourquoi ne laisserais-tu pas Gros Frère te suivre ? Frère, tu es quelqu’un de bien, tu ne vas sûrement pas refuser, si ? »
Un autre Gardien de la Première Porte Divine patrouillait devant eux. Lu Yin s’arrêta et regarda Huang San.
Le jeune homme cligna simplement des yeux. « Frère, qu’est-ce que tu veux dire ? »
Lu Yin regarda le gardien, puis le gros homme, sans bouger d’un pouce.
Le gros homme fit la grimace. « Frère, tu ne vas quand même pas t’attendre à ce que je me batte contre cette chose ! »
Lu Yin s’écarta du petit chemin et s’adossa à un arbre. Il fixa simplement le gros homme sans bouger. Celui-ci avait mentionné tant de choses étranges en chemin que Lu Yin n’en avait compris que la plupart. Or, puisque beaucoup semblaient liées au combat, il voulait observer sa façon de se battre.
« J’ai compris ! Frère veut voir si je suis digne de le suivre ! D’accord ! Moi, Gros Frère, je vais tenter ma chance ! » Serrant les dents, Gros Frère s’avança vers le Gardien de la Première Porte Divine.
Le gardien repéra rapidement Gros Frère et se rua férocement sur lui, faisant trembler le sol.
Le visage du gros homme pâlit et ses yeux s’écarquillèrent à mesure que la créature approchait. Une vague silhouette fantomatique apparut derrière lui. Son attitude sembla alors changer : une pression indescriptible se fit soudain sentir.
Il poussa un cri et lança un coup de poing. « Poing des Mille Éléphants ! » Une étrange énergie semblait s’enrouler autour de son bras, et Lu Yin entendit rugir toutes sortes de créatures tandis que le poing du jeune homme s’abattait sur le Gardien de la Première Porte Divine.
Boum !
Une onde de choc explosa et écrasa les arbres au bord du chemin. Sous l’impact, le gardien fut contraint de reculer d’une douzaine de pas. Le gros homme en profita pour attaquer de nouveau, mais la silhouette fantomatique derrière lui devint encore plus indistincte.
« Poing des Mille Éléphants ! » Le gros homme poussa un nouveau rugissement, le visage rouge. Son poing frappa de plein fouet la tête du Gardien de la Première Porte Divine et la délogea. Huang San s’effondra au sol à côté du gardien. Ils tombèrent tous les deux au même instant, tandis que la silhouette fantomatique derrière le gros homme disparaissait.
Lu Yin observa l’échange avec stupeur. Qu’est-ce qui venait de se passer ? Il avait pu évaluer la force du gros homme, mais dès que la silhouette fantomatique était apparue, la puissance du jeune homme avait bondi et ses attaques étaient devenues nettement plus fortes. C’était presque comme s’il était devenu quelqu’un d’autre.
Avec sa puissance, le gros homme était incapable d’éliminer un gardien d’un seul coup de poing. Pourtant, il venait de le faire. La silhouette fantomatique qui était apparue derrière lui était-elle l’une de ces impressions ?
Lu Yin s’approcha lentement et se pencha pour regarder le gros homme.
Le gros homme grimaça et lui adressa un sourire amer. « Frère, j’ai fait de mon mieux et j’ai réussi à vaincre un Gardien de la Première Porte Divine ! Je peux te suivre ? »
Lu Yin lui tendit la main. Le gros homme l’attrapa, et Lu Yin le remit sur pied. Puis il se massa délicatement le poing. Celui-ci était rouge vif et même légèrement gonflé. Les deux coups avaient dû éprouver son corps.
Il semblait plutôt ordinaire, mais il s’était appuyé sur une force étrange pour vaincre un gardien. Cet endroit éveillait la curiosité de Lu Yin ; il avait l’impression de découvrir une nouvelle voie de cultivation.
La force explosive du gros homme ne lui permit de venir à bout que d’un seul Gardien de la Première Porte Divine. Lu Yin poursuivit toutefois son chemin vers le sommet avec son nouveau compagnon, éliminant les gardiens qu’ils rencontraient en route.
Huang San était très intrigué par Lu Yin, qui n’utilisait ni impression, ni technique de combat, ni don inné. Malgré tout, il vainquait facilement les Gardiens de la Première Porte Divine, preuve de la force terrifiante de son corps.