Chapitre 608
Les blessures de Bei Qing n’étaient pas si graves, car Lu Yin n’avait pas été trop brutal. L’homme avait tout de même été mis à terre et, pour l’instant, il parvenait à peine à lever les yeux vers Lu Yin.
À l’époque où il se faisait appeler Lu Seven, Lu Yin avait changé d’apparence ; il était donc normal qu’ils ne le reconnaissent pas.
Lu Yin se leva. « Ne posez pas d’autres questions. Vous ne feriez qu’attirer le malheur sur vous. »
Hua Ying serra les poings et un filet de sable noir apparut soudain, avant de l’envelopper peu à peu.
Lu Yin fronça les sourcils. Ce sable noir lui inspirait une drôle d’impression. À y regarder de plus près, il lui semblait encore plus étrange.
Soudain, le Roi Cadavre que Lu Yin transportait avec lui gronda à voix basse.
Hua Ying posa les yeux sur le paquet de Lu Yin, puis le foudroya du regard. « Tu es un kidnappeur ! »
Lu Yin ne lui répondit pas. Il se contenta d’examiner le sable noir avec intérêt. « Où as-tu trouvé ce jouet ? »
Hua Ying bondit sur Lu Yin et l’écrasa au sol. Elle n’était pas experte en combat rapproché, mais avait toute confiance dans les capacités défensives du sable noir : même un Souverain Martial ne pouvait pas percer sa protection.
Lu Yin tendit la main pour saisir celle de Hua Ying et sentit la fermeté glaciale du sable noir. Il fronça les sourcils. Qu’est-ce que c’était que cette chose ?
Hua Ying lui asséna un coup de l’autre main au ventre, mais Lu Yin l’attrapa sans peine. Il examina soigneusement le sable noir. Le sable lui-même semblait ordinaire, mais une force sinistre adhérait à sa surface. Elle lui rappelait celle d’un Roi Cadavre. Les yeux brillants, il se retourna brusquement vers celui qu’il avait emmené, puis reporta son attention sur Hua Ying. « D’où vient cette couche de sable noir ? »
Hua Ying surprit Lu Yin en lui donnant un coup de pied dans le bas-ventre. Son expression changea. Malgré ses six années de cultivation et de combats, c’était la première fois qu’il se retrouvait dans une telle situation. Cette femme était impitoyable. Il leva le genou et le lui enfonça dans le ventre, la pliant en deux et la faisant suffoquer.
Lu Yin la lâcha. « Réponds-moi ! D’où vient ce sable noir ? »
Hua Ying serra les dents. Un poignard apparut soudain dans ses mains et elle le planta vers Lu Yin. Du pollen empoisonné réapparut autour d’eux, ce qui fit froncer les sourcils de Lu Yin. Il lui saisit le poignet et le tordit jusqu’à ce qu’un craquement retentisse. Le poignard lui échappa, tandis que la couche de sable noir se détacha et tomba au sol.
« Tu attends que ton pollen empoisonné fasse effet ? Ça ne sert à rien », lui dit Lu Yin avant de la repousser.
Cette femme était belle, mais aussi totalement impitoyable ; elle avait toujours combattu en première ligne et traqué les autres. Lu Yin n’avait aucun intérêt pour elle.
Il se tourna vers Bei Qing. « Où as-tu trouvé ce sable noir ? »
Bei Qing n’aurait jamais imaginé que Hua Ying serait incapable de riposter. La force de Lu Yin le stupéfia. Il répondit d’une voix grave : « Le Seigneur en Robe Noire nous l’a donné pour que nous puissions affronter des ennemis plus forts que nous. »
« Le Seigneur en Robe Noire ? »
« Après la disparition de l’ancien chef de la Société des Chasseurs de Démons, il a pris sa place. »
Ce n’était pas la première fois que Lu Yin rencontrait l’Alliance des Néohumains, et il avait développé une sensibilité particulière à leur égard. La couche de sable noir qu’il venait de toucher lui avait procuré cette sensation glaciale si caractéristique. Il était donc possible que le Seigneur en Robe Noire soit un Roi Cadavre.
Si même la Société des Chasseurs de Démons était tombée aux mains de l’Alliance des Néohumains, les Constables Ming devaient probablement être dans la même situation. Ces deux organisations de l’Empire Shenwu concentraient l’essentiel du pouvoir. Il semblait donc fort probable que la coopération entre l’Alliance des Néohumains et l’Empire Shenwu fût profondément enracinée.
Lu Yin assomma les membres de la Société des Chasseurs de Démons, puis emmena Arikar et le Roi Cadavre.
Lorsqu’il arriva à Mingdu, il découvrit que la ville avait beaucoup changé depuis sa dernière visite, deux ans plus tôt. De nombreux endroits avaient été transformés. Le sol portait des traces de renforcement et les soldats qui patrouillaient étaient bien plus nombreux qu’avant.
Lu Yin s’arrêta aux portes de Mingdu et contempla la ville, stupéfait. Recevez plus vite les dernières mises à jour sur nоvelping.com.
À première vue, rien ne clochait à Mingdu. Mais dès que Lu Yin observa les lignes de runes dans la ville, il distingua plusieurs puissants combattants du niveau Croiseur dissimulés sous terre. L’un de ces groupes de lignes de runes égalait presque celles de Kong Shi, une Chasseuse au sommet de son rang, capable de rivaliser avec un monstre comme Aden et même d’encaisser quelques coups d’un Éclaireur.
Jusqu’alors, le plus puissant combattant du Continent Shenwu avait été Ming Zhaotian, mais ses lignes de runes étaient bien moins nombreuses que celles de Kong Shi.
Comme cette personne se trouvait sous terre, Lu Yin en déduisit qu’il s’agissait d’un redoutable Croiseur de l’Alliance des Néohumains.
Les lignes de runes de ce Croiseur présumé rivalisaient avec celles de Kong Shi ; ce n’était donc pas un Simple Briseur de Royaume.
Les puissants de l’univers étaient innombrables comme les étoiles, et la jeune génération comptait même les Dix Arbitres. Pourtant, les combattants éblouissants reconnus par l’univers n’incluaient jamais les membres des Trois Grandes Puissances Obscures, précisément parce que chacune de ces trois factions abritait des monstres inimaginables, que la plupart des gens ne pouvaient pas comprendre.
Lu Yin n’osa pas s’approcher davantage de Mingdu, de peur que cet expert du royaume des Croiseurs ne le repère.
Avec son niveau actuel, Lu Yin ne pourrait pas vaincre cet homme dans un combat loyal.
Il passa deux jours à faire le tour de Mingdu et découvrit que l’Alliance des Néohumains avait concentré la plupart de ses membres dans la ville, plus précisément sous la Tour de la Lumière Résonnante.
Il brûlait d’envie de découvrir ce qui se cachait sous la Tour de la Lumière Résonnante.
Après réflexion, il repartit pour l’île Qiong avec Arikar et le Roi Cadavre.
Ming Zhaoshu avait attendu Lu Yin pendant cinq jours. Durant ce temps, il avait discuté avec Tang Si. Il en avait conclu que Lu Yin n’avait vraiment pas peur des Éclaireurs et qu’il osait même les attaquer de son propre chef. Ming Zhaoshu n’y comprenait rien : il savait parfaitement à quel point un Éclaireur pouvait être puissant, et lui-même ne pouvait pas riposter face à un tel adversaire, alors que Lu Yin, si. C’était incompréhensible.
La veille, il avait parlé à Ming Yan, mais n’était pas encore parvenu à une conclusion.
Après deux années de séparation, surtout après que les deux jeunes gens eurent développé leurs sentiments l’un pour l’autre en quelques jours à peine, il était tout à fait normal que leur amour d’autrefois se soit étiolé. Dans d’autres circonstances, Ming Zhaoshu n’y aurait pas prêté attention, mais il ne pouvait plus se permettre d’ignorer Lu Yin. Vu la force et l’ambition affichée par ce dernier, le Roi révéré estimait indispensable d’entretenir une étroite coopération avec lui, et Ming Yan jouait un rôle essentiel dans leur relation.
Pourtant, depuis quelques jours, Ming Yan semblait plus lasse que d’habitude. Son esprit paraissait instable et elle s’abîmait souvent dans de longues périodes de torpeur. Ming Zhaoshu avait interdit à Nightking Changfeng et aux autres de lui rendre visite, mais il ne pouvait guère faire plus ; il n’arrivait même pas à trouver un prétexte pour discuter avec sa fille.
Un jour, il se rendit de nouveau devant la chambre de Ming Yan.
« Yan’er, ton père voudrait te parler », appela Ming Zhaoshu.
Dans la chambre, Ming Yan avait enfoui le visage dans ses bras. « Père, je suis fatiguée. J’aimerais me reposer. »
Ming Zhaoshu se sentit désemparé. « Pourrions-nous discuter un peu ? »
Ming Yan accepta à voix basse. Ming Zhaoshu entra dans la chambre et ouvrit les fenêtres pour y faire entrer un peu plus de lumière.
Ming Yan n’était pas sortie de ses appartements depuis plusieurs jours, et ses lèvres étaient même devenues légèrement pâles.
Ming Zhaoshu regarda sa fille, le cœur serré. « Yan’er, ton père ne veut pas te forcer à quoi que ce soit. Si tu aimes Lu Yin, je t’aiderai. Sinon, je le repousserai pour toi. »
Le regard de Ming Yan s’assombrit. « Je ne sais pas.
« Avant son arrivée, je croyais l’aimer et je l’ai attendu jusqu’à aujourd’hui. Mais quand je l’ai rencontré, tout m’a paru étranger.
« Nous ne nous sommes vus que quelques fois, mais je reconnais qu’à l’époque, il était tout pour moi. Mais maintenant… Lisez les derniers chapitres sur novelрing.com.
« Père, peux-tu me dire ce qui m’arrive ? Est-ce que je l’aime ou non ? Je ne sais pas ! Je ne sais vraiment pas ! » Ming Yan leva vers son père un regard suppliant.
Ming Zhaoshu soupira. Personne ne pouvait expliquer clairement les affaires du cœur, et bien d’autres avaient connu le même désarroi que Ming Yan. Lorsqu’ils sortaient ensemble, leurs sentiments étaient sincères, mais ils pouvaient s’évanouir aussi vite qu’ils étaient apparus une fois la relation terminée. Les humains étaient décidément trop complexes sur ce sujet.
Ming Yan était manifestement perdue. Si son père n’avait pas coopéré avec les étrangers durant ces deux années, leur culture ne se serait pas immiscée dans sa vie et ses sentiments pour Lu Yin seraient restés aussi purs qu’autrefois. Non, peut-être même se seraient-ils approfondis. Mais, sous l’influence de ces cultures extérieures, sa pensée plus libre lui avait ouvert trop de perspectives nouvelles.
Elle avait souvent côtoyé des gens comme Nightking Changfeng, et le choc entre leurs idéologies était devenu évident.
Ming Zhaoshu avait espéré que Ming Yan accepterait Lu Yin, ce qui rendrait sa coopération avec lui inébranlable. Si Lu Yin parvenait réellement à fonder l’Alliance de l’Est, Ming Zhaoshu ne serait plus seulement le maître du Continent Shenwu : son pouvoir s’étendrait encore. Cependant, la fierté de Lu Yin ne lui permettrait pas d’accepter des sentiments nés de la pitié. Le Roi révéré voyait bien que le jeune homme était fier et arrogant.
Mais forcer Ming Yan à éprouver quelque chose ne servirait à rien non plus. Ming Zhaoshu était très intelligent et savait que le mieux était de laisser ce genre de sentiments se développer naturellement, tout en la guidant.
« Yan’er, je vais te le dire clairement : tes sentiments pour Lu Yin sont sincères », déclara solennellement Ming Zhaoshu.
Ming Yan releva la tête, désemparée. « Alors pourquoi ne veux-je pas partir avec lui ? »
« Ces deux années vous ont rendus étrangers l’un à l’autre, et c’est tout à fait normal. Tu appréhendes cette terre inconnue, alors tu hésites naturellement à t’y rendre. Mais tes sentiments pour lui n’ont jamais changé. Fais confiance à ton père et écoute honnêtement ton cœur : tu l’aimes vraiment. » Ming Zhaoshu lui caressa la tête. Il ne pouvait que la guider ainsi ; heureusement, ses sentiments ne s’étaient pas complètement évanouis. Tant que Ming Yan parviendrait à les reconnaître elle-même, ils seraient sincères.
« Repose-toi bien et évite de fréquenter des gens comme Nightking Changfeng », lui conseilla Ming Zhaoshu en se dirigeant vers la sortie.
Ming Yan regarda la porte se refermer, puis enfouit de nouveau le visage dans ses bras. Ses sentiments étaient-ils sincères ? Vraiment ?
Lorsqu’une personne passait d’une culture fermée à une culture plus ouverte, sa vision du monde changeait profondément, sans qu’elle s’en rende compte. Seuls ses proches pouvaient reconnaître cette évolution.
Le sentiment d’étrangeté apparu lors des retrouvailles des deux jeunes gens pourrait disparaître s’ils renouaient leurs liens ; ils pourraient alors retrouver l’un auprès de l’autre un réconfort immuable. Mais il était également possible qu’ils deviennent encore plus étrangers l’un à l’autre.
Dans un coin discret de Shanhai City, une ombre surgit en grondant et attaqua des soldats qui passaient par là. Après de grands efforts, une douzaine d’entre eux parvinrent à la maîtriser. « Qu’est-ce que c’est que cette chose ? »
« Vite, prévenez le seigneur ! » aboya un soldat plus âgé.
Peu après, Ming Zhaoshu arriva en personne. À la vue de l’ombre, il prit aussitôt un air inquiet. « Dépêchez-vous de la brûler. Cette personne a été contaminée. Ne la laissez approcher de qui que ce soit. »
Les soldats alentour emmenèrent précipitamment l’ombre.
Alors que Ming Zhaoshu s’apprêtait à quitter les lieux, son expression changea de nouveau et un sourire amer apparut sur ses lèvres. « Montre-toi. »
Dans un coin, Lu Yin s’avança lentement et le regarda d’un air grave. « Alors, tu le savais. »
Ming Zhaoshu soupira. « Retournons à la résidence pour en discuter. »
L’ombre était le Roi Cadavre que Lu Yin avait capturé. Il s’en était servi pour mettre Ming Zhaoshu à l’épreuve et confirmer les accusations d’Arikar. Ming Zhaoshu avait bel et bien reconnu le Roi Cadavre, ce qui signifiait qu’il savait que Ming Zhaotian collaborait avec l’Alliance des Néohumains.
À la Résidence du Roi révéré, le bureau avait déjà été réaménagé. Ming Zhaoshu s’assit en silence. Au bout d’un long moment, il prit la parole. « Il y a deux ans, Wen Sansi, l’un des Dix Arbitres de ton univers, a grièvement blessé Frère impérial Ming Zhaotian. J’en ai profité pour entrer dans la Tour de la Lumière Résonnante et obtenir l’héritage de Ming Taizhong. J’ai ainsi percé jusqu’au royaume de Souverain Martial, mais j’ai aussi découvert un secret bouleversant. Mon frère avait découvert où je me trouvais et voulait détruire ma cultivation. C’est pour cela que je me suis rebellé.
« À l’époque, mon frère ne s’était pas encore complètement remis de ses blessures et j’avais déjà maîtrisé un champ de force : nous étions donc à égalité. Grâce aux nombreux arrangements que j’avais mis en place au fil des années, y compris parmi les quatre Souverains Martiaux postés sur les sommets qui gardent Mingdu, dont certains m’étaient fidèles, le Continent Shenwu finit par être divisé en deux. »
À ces mots, Ming Zhaoshu regarda Lu Yin. « Tu sais déjà tout cela. »
Lu Yin soutint son regard, attendant la suite de ses explications.