Chapitre 467
À cet instant, l’état physique de Lu Yin ressemblait à celui de cet esprit guerrier aux yeux clos. Dès qu’il les ouvrirait, le ciel et la terre s’assombriraient, et le soleil comme la lune pâliraient. La force physique de Lu Yin était constamment réprimée ; une fois libérée, elle atteindrait donc des sommets. Pour l’heure, il n’avait libéré que le premier grain de Sable du Destin.
Lu Yin ignorait à quel point Lan Si avait été puissant au stade de Limiteur, mais il pouvait garantir que la force de l’Arbitre à l’époque n’avait pas dépassé sa limite actuelle. Le record officiel de Lan Si était de trente Couches, et Lu Yin estimait que même si son véritable record avait été de cinquante, cela n’aurait rien changé. Il était convaincu qu’une fois les trois grains de Sable du Destin entièrement libérés, il pourrait dépasser les cinquante Couches.
La Voie des Couches superposées devenait de plus en plus difficile à mesure qu’on progressait, et cinquante Couches ne consistaient pas simplement à en ajouter vingt aux trente précédentes. Lors du Tournoi de Combat Astral, Lu Yin n’avait utilisé que neuf Couches pour vaincre Nightqueen Yanqing.
« Ta force physique dépasse tout ce que j’imaginais », s’étonna Mu Rong.
Lu Yin sourit. « Tant mieux si je ne te déçois pas. À mon tour d’attaquer. »
Beaucoup trouvèrent l’échange étrange, tant il ressemblait à celui du combat entre Ling Que et Mu Rong : les deux jeunes hommes avaient voulu riposter dès qu’ils avaient réussi à bloquer une attaque de Mu Rong. Ling Que avait toutefois été vaincu par la chanson du jeune paysan. Lu Yin subirait-il le même sort ?
Mu Rong secoua la tête. « Je ne vais pas attendre que tu attaques. Et inutile d’essayer de résister à mon coup : tu ne peux pas l’éviter. »
Lu Yin hocha fermement la tête. « C’est vrai, mais je n’aime pas encaisser sans rien faire. Vois ça comme ma façon de me défendre. Allons-y ! »
Lu Yin fonça alors sur Mu Rong à pleine vitesse, le troisième œil de l’Empereur Géant serré dans sa main. Il profitait du fait que le champ de force de Mu Rong ne s’était pas encore rétabli. Ses yeux se remplirent d’énergie stellaire et, dans l’instant, il atteignit le niveau nécessaire pour utiliser le Pas Secret.
Quand Mu Rong jouait la chanson du jeune paysan, il déployait toute la puissance de son champ de force, mais il lui fallait du temps pour l’interpréter. Même si cela allait très vite, Lu Yin avait calculé le délai nécessaire en étudiant des vidéos et conclu que Mu Rong avait besoin d’environ trois secondes pour lancer son attaque. Cette brève fenêtre était sa meilleure occasion de frapper.
Pour atteindre le niveau requis et exécuter le Pas Secret, Lu Yin devait remplir trois de ces quatre conditions : activer son Art Cosmique, déployer son domaine, emplir ses yeux d’énergie stellaire ou utiliser un outil de Briseur de Verrou. À cause de la surveillance constante du Roi de la Mer, il n’osait pas montrer son Art Cosmique ; et s’il emplissait ses yeux d’énergie stellaire, il serait assailli par tant de lignes runiques qu’il se mettrait à saigner des sept orifices. Mais tant qu’il ne forçait pas trop, il pouvait tout de même tenter le coup.
Dès que ses yeux furent emplis d’énergie stellaire, une quantité terrifiante de lignes runiques y afflua et du sang écarlate se mit à couler. Il se trouvait déjà devant Mu Rong et frappa avec la Paume de l’Onde de Choc, cinquante fois amplifiée par trente Couches.
Mu Rong recula et observa Lu Yin avec curiosité. Celui-ci devait savoir qu’il ne pourrait pas le toucher en comptant uniquement sur sa vitesse. Pourtant, il avait tenté le coup, et ses yeux saignaient même.
Soudain, Mu Rong sentit un frisson lui parcourir le dos. Le Lu Yin qui se tenait devant lui avait disparu, pour réapparaître derrière lui. Ce n’était pas qu’une question de vitesse, mais une technique de déplacement de haut niveau. Mu Rong l’avait déjà vue : c’était la technique suprême vénérée par tous les Briseurs de Verrou, le Pas Secret. Merde ! Il sait utiliser le Pas Secret !
Une explosion retentit lorsque la paume de Lu Yin atteignit Mu Rong de plein fouet et l’envoya s’enfoncer dans le sol. Au même instant, les trente Couches déferlèrent, libérant une série d’ondes de choc qui firent éclater des ondulations blanches dans l’air. Mu Rong cracha une gorgée de sang et fut projeté au fond du lac.
Lu Yin retira aussitôt l’énergie stellaire de ses yeux et les essuya : ils saignaient bel et bien. Voir les lignes runiques n’était pas toujours un avantage ; leur seule vision pouvait le blesser.
Le silence s’abattit sur le Lac des Saules Mi-ombragés. Tous dévisageaient Lu Yin, stupéfaits. Il avait réellement frappé Mu Rong, sans doute pour la première fois de plein fouet, et avec trente Couches, en plus.
Mu Rong n’était-il pas censé contrer Lu Yin ? Que se passait-il ?
La plupart ne comprenaient pas ce qui venait de se produire, car seuls quelques-uns avaient clairement vu la scène. Ces rares témoins affichaient une expression de stupeur indescriptible.
« Le Pas Secret… C’est vraiment le Pas Secret ! » Ling Que était abasourdi. Le Pas Secret ne se résumait pas à la vitesse : c’était une technique d’esquive suprême. Tout Briseur de Verrou pouvait s’en servir pour échapper aux dangers qui le guettaient pendant le déverrouillage. C’était la technique ultime qu’ils rêvaient tous de maîtriser, car elle leur permettait d’éviter les nombreux périls du déverrouillage. Le Pas Secret était si recherché qu’on comprenait bien sa valeur, et Lu Yin savait réellement l’utiliser.
Northgate Lie, Qin Chen, Cheng Wu et les autres étaient eux aussi stupéfaits. La génération actuelle de Limiteurs était vraiment monstrueuse !
Michelle et les autres ne s’étaient pas attendus à ce que Lu Yin maîtrise le Pas Secret. Seuls ceux qui avaient participé à l’épreuve de l’Outerverse sur le Continent Shenwu et ceux qui s’étaient rendus sur la Planète du Singe Sauvage pour déverrouiller la boîte source en forme d’arbre étaient au courant. Même si l’information avait été rendue publique, elle ne se serait pas répandue dans tout l’univers, car la plupart des gens n’avaient pas accès à ce genre de renseignements privilégiés. Aussi, lorsque Lu Yin utilisa le Pas Secret sous leurs yeux, cela fit grand bruit parmi les spectateurs.
Hai Dashao était lui aussi sous le choc. Même au sein de la Société des Briseurs de Verrou, très peu de Briseurs de Verrou savaient utiliser le Pas Secret.
Le Dôme du Roi de la Mer avait également ses propres Briseurs de Verrou, et la valeur du Pas Secret n’avait rien à voir, aux yeux de ces derniers, avec celle qu’il représentait pour les gens ordinaires. À cet instant, Lu Yin venait de gagner une place de choix dans l’estime de tous les Briseurs de Verrou, qui étaient désormais convaincus qu’il deviendrait un membre de grande valeur pour la Société des Briseurs de Verrou.
La plupart des gens ne reconnurent pas le Pas Secret et s’intéressèrent plutôt à ce qui était arrivé à Mu Rong.
Depuis son arrivée au Dôme du Roi de la Mer, Mu Rong n’avait jamais été touché de plein fouet. Même les lames de la Puissante Entaille de Que ne lui avaient infligé qu’une blessure superficielle ; personne ne connaissait donc sa résistance.
Lu Yin baissa les yeux. L’eau du lac remplissait peu à peu l’endroit où Mu Rong avait atterri. Il voulut emplir ses yeux d’énergie stellaire pour voir combien de lignes runiques il restait à Mu Rong, mais s’en abstint. Cela ne changerait pas grand-chose, car il ne croyait pas que Mu Rong se laisserait vaincre aussi facilement. Le combat allait continuer, mais après avoir encaissé un coup de plein fouet, Mu Rong ne pouvait pas s’en tirer indemne, même s’il n’était pas gravement blessé.
À ce stade du combat, Lu Yin avait déjà surpassé la performance de Ling Que. Après tout, Ling Que n’avait jamais vraiment blessé Mu Rong. Tout au plus avait-il réussi à lui entamer la peau. Lu Yin, lui, avait porté un coup direct.
Bien sûr, cela ne signifiait pas forcément que Ling Que était moins fort que Lu Yin : leurs styles de combat différaient et, naturellement, leurs résultats aussi.
L’eau du lac reprit peu à peu son état initial, jusqu’à remplir complètement l’endroit où Mu Rong s’était écrasé.
La foule retint son souffle ; Mu Rong n’avait toujours pas reparu. Sa défense était-elle vraiment si faible ? Après tout, tout le monde ne pouvait pas encaisser sans broncher un coup de trente Couches, l’attaque la plus puissante de Lu Yin. Même un Croiseur ordinaire ne pourrait pas l’ignorer.
Beaucoup avaient sous-estimé la puissance des trente Couches de Lu Yin, car même si la Voie des Couches superposées était d’une violence redoutable, elle ne servait à rien si l’attaque manquait sa cible. Mais si elle atteignait sa cible, tout changeait.
Les yeux de Lan Yu vacillèrent. « Mu Rong a perdu. Il ne peut pas encaisser la puissance des trente Couches avec un corps aussi frêle que le sien. »
À côté de lui, Zhang Dingtian n’était pas du même avis. Mu Rong l’avait éjecté des Cascades de la Chute Céleste avec sa flûte en bois et, à cet instant-là, Zhang Dingtian avait fait une découverte extraordinaire. Mu Rong n’était absolument pas faible physiquement, même si sa force n’égalait pas celle de Lu Yin ou de Lan Yu.
L’instant suivant, de longues herbes poussèrent à la surface du lac, au Lac des Saules Mi-ombragés. La scène réapparut, et le champ de force de Mu Rong se manifesta à nouveau. Mais cette fois, on ne vit pas seulement un jeune paysan conduire des bœufs : on entendit aussi cette mélodie envoûtante.
La mélodie du jeune paysan traversait les hautes herbes. C’était une illusion dont nul ne pouvait se libérer.
La chanson du jeune paysan faisait naître un sentiment différent chez chacun de ceux qu’elle envoûtait.
Ling Que l’entendait pour la deuxième fois, mais elle le bouleversa tout autant. Ses trois lames réunies avaient été vaincues par cette mélodie.
Lu Yin inspira profondément. Le combat n’était effectivement pas terminé. La chanson du jeune paysan venait enfin de retentir. C’était ce qu’il redoutait le plus chez Mu Rong, car il était absolument convaincu de pouvoir le vaincre tant que cette chanson ne se faisait pas entendre. Le corps de Lu Yin était tout simplement trop puissant. Cependant, l’attaque de Mu Rong fondée sur cette chanson était trop mystérieuse. C’était sa seule chance de l’emporter contre Lu Yin, et donc le seul élément qui demeurait incertain à ses yeux.
Même s’il n’était pas sûr de pouvoir y faire face, il devait tout de même l’affronter de plein fouet.
Mu Rong sortit lentement de sous le lac, l’eau s’écartant d’elle-même devant lui. Lorsqu’il apparut aux yeux de tous, ses vêtements étaient en lambeaux et du sang rouge vif coulait des commissures de ses lèvres. Son visage était pâle, mais il continuait de jouer de la flûte en bois. Une empreinte de paume marquait sa poitrine, et il était manifestement loin d’être indemne.
Lu Yin atterrit à la surface du lac et écouta la chanson du jeune paysan qui lui parvenait. Son énergie stellaire était réprimée, et son corps paralysé. Cette chanson n’était pas une attaque spirituelle ; elle prenait directement le contrôle du corps. C’était le don inné de Mu Rong, un pouvoir absolument terrifiant.
Voilà pourquoi les Dix Arbitres avaient reconnu Mu Rong comme un Limiteur inégalé. Pour échapper au contrôle de son don inné, il fallait en posséder un qui le surpassait largement. Or, dans le même royaume, presque personne ne pouvait surpasser Mu Rong. Autrement dit, dès qu’il entamait cette chanson, la victoire lui était acquise.
Les autres ne l’avaient pas vécue eux-mêmes, et Ling Que n’en avait rien raconté ; aucun des spectateurs ne comprenait donc à quel point cette chanson était terrifiante. À cet instant, seul Lu Yin en subissait directement les effets.
Lu Yin fixa Mu Rong, stupéfait : il existait donc vraiment un don inné capable de prendre directement le contrôle du corps de quelqu’un. C’était terrifiant.
Peu à peu, l’énergie stellaire de Lu Yin se dissipa, dispersée par la chanson du jeune paysan. Il ne fut bientôt plus qu’un cultivateur pitoyable, à court d’énergie stellaire. Il ne lui restait que sa force physique.
Les paupières de Ling Que tressaillirent. Comme prévu, Lu Yin ne pouvait pas résister à la chanson du jeune paysan. Ce genre de don inné était le plus terrifiant qui soit.
Lors du combat entre Mu Rong et Ling Que, vers la fin de la vidéo, la Puissante Entaille de Que avait disparu en premier, puis les doubles de Ling Que. À cet instant, la défaite de Ling Que était devenue inéluctable. Cette fois, toutefois, Mu Rong n’attaqua pas tout de suite : il voulait laisser à Lu Yin la possibilité d’admettre sa défaite. C’était pourquoi il ne l’avait pas empêché de parler.
« Quel don inné terrifiant. Pas étonnant que tu sois un Limiteur inégalé », soupira Lu Yin, admiratif.
Mu Rong continua de jouer de la flûte en bois tout en regardant Lu Yin.
« Tu veux que j’admette ma défaite ? » demanda Lu Yin avant de secouer la tête. « Mais je veux essayer de voir si je peux briser cette force irrésistible. »
Après ces mots, la mélodie s’intensifia et la main gauche de Lu Yin s’abattit soudain sur sa propre tête.
Tout le monde resta interdit. Il se suicidait ?
Lu Yin ouvrit grand les yeux, libéra le grain de Sable du Destin de son bras gauche et le fusionna avec celui de son cœur. L’instant d’après, sa force physique explosa de nouveau et ébranla le vide ; une aura de puissance visible se propagea en vagues. Malgré la distance qui les séparait de lui, les spectateurs sentirent la force brute de Lu Yin. Le Lac des Saules Mi-ombragés ne put résister à cette puissance colossale et commença à se fendre en deux.
Le vide de la zone était lui aussi comprimé. Seuls les puissants dont le niveau de puissance dépassait les cent mille pouvaient le déchirer et y faire apparaître des fissures. Pourtant, à cet instant, la force physique de Lu Yin suffisait à déformer le vide et à le déstabiliser.
Hai Dashao fut stupéfait par ce spectacle, et même le Roi de la Mer en resta bouche bée. Un simple Limiteur pouvait donc déployer une telle force physique.
Lorsqu’il avait affronté l’esprit guerrier aux yeux clos, celui-ci avait libéré une force irrésistible dès qu’il les avait ouverts. À présent, la puissance de Lu Yin n’était en rien inférieure à celle de Mu Rong ; il lui manquait seulement un don inné comparable à la chanson du jeune paysan. Cela signifiait que, lorsque cet esprit guerrier ouvrait les yeux, il pouvait lui aussi écraser Mu Rong : l’écart entre eux restait donc immense.