Chapitre 38
Au loin, deux silhouettes flottaient dans le ciel. C’étaient Gerlaine et Balaror, le même duo qui avait d’abord poursuivi Eddy. Au lieu de s’allier à lui, ils cherchaient à tirer profit de la situation ailleurs.
« C’est épuisant, faisons une petite pause. » Gerlaine fit voler ses longs cheveux ; son joli visage laissait paraître une pointe de fatigue. Balaror jeta un regard aux luxuriantes terres agricoles qui s’étendaient près d’eux, puis sourit et acquiesça. Soudain, leurs appareils personnels se mirent à biper. Gerlaine regarda au loin, surprise. « Hein, il y a un autre étudiant par ici. 2100. »
« Si peu ? Allons voir », répondit Balaror. Tous deux se dirigèrent lentement vers les terres agricoles.
Dans les champs, Lu Yin se faisait du souci. Quelques cristaux stellaires lui avaient suffi pour passer du rang de nouveau Chercheur au sommet de cette étape, mais, pour passer du début du rang de Sentinelle à son sommet, il lui en faudrait des centaines de fois plus. Il avait absorbé environ un cube de cristaux stellaires, mais sa puissance de combat avait à peine dépassé les 2 000. Une partie de l’énergie avait servi à éliminer les impuretés ; il lui faudrait donc encore bien des cubes pour devenir une Sentinelle de haut niveau. Il n’était même plus certain d’y parvenir en s’en prenant aux chefs des équipes.
« On dirait que je ne peux pas atteindre le maximum pour l’instant. Au moins, j’ai dépassé les 2 000 », marmonna Lu Yin en repensant à la puissance de Parlie. Mais son attention fut soudain attirée par Gerlaine et Balaror, qui approchaient. Il était particulièrement intrigué par ce dernier : une dryade s’était-elle manifestée parmi les plantes de la région ?
« Toi, là-dedans, sors », ordonna Gerlaine avec charme en rejetant fièrement ses cheveux en arrière. Lu Yin obéit, mais elle fut mécontente de voir qu’il ne lui prêtait presque aucune attention. « Hé, qu’est-ce que tu regardes comme ça ? C’est à moi que tu parles ! »
Il désigna Balaror. « C’est une nymphe ? »
« Quoi ? Quelle insolence ! » Balaror entra aussitôt dans une colère noire et lança un coup de pied vers Lu Yin. Élève d’élite de l’Académie spatiale extérieure de l’Empire du Grand Yu, il n’avait ici que Gerlaine au-dessus de lui, avec une puissance de combat supérieure à 2 900. Un adversaire à 2 100 ne représentait aucune menace à ses yeux.
Lu Yin esquiva d’un Pas Errant et apparut à la droite du jeune homme, puis lui plaqua la paume sur le ventre. « Vol à main armée », déclara-t-il d’un ton glacial. Une force immense jaillit de sa paume et l’explosion projeta Balaror au loin, tandis que la Paume Tranche-Espace lui déchirait la peau.
Le regard de Gerlaine se fit plus intense ; un arc singulier apparut dans ses mains. Il gronda comme le tonnerre tandis qu’elle visait Lu Yin. Celui-ci sentit le danger approcher et esquiva aussitôt d’un Pas Errant. Il était temps : une flèche siffla près de son oreille et fila au loin. Elle déchira l’air et fit trembler la terre sur son passage. Quelques instants plus tard, le tonnerre retentit à ses oreilles, accompagné d’une violente onde de choc.
Avant même qu’il ait pu se retourner, la jeune fille le visait déjà d’une autre flèche. Il tendit la main pour l’arrêter, mais elle se protégea en faisant jaillir des éclairs sur toute la surface de son corps, formant une armure orageuse. L’apparition de l’armure tordit l’air et fit trembler le sol. Lu Yin dut se montrer sérieux : deux étoiles apparurent dans sa paume. Une nouvelle explosion retentit ; son attaque ne déchira l’armure que de justesse avant de frapper Gerlaine.
Gerlaine fut littéralement projetée au loin. Cette armure, cadeau de son frère, possédait une défense que peu de Sentinelles pouvaient percer. Pourtant, un parfait inconnu venait d’y parvenir.
« NE LA TOUCHE PAS ! » hurla Balaror en atterrissant loin de son arc. D’étranges rayures vertes apparurent sur sa peau et se répandirent sur tout son corps. L’instant d’après, les plantes alentour se mirent à se contorsionner, et l’herbe sous les pieds de Lu Yin bondit comme une créature vivante pour lui agripper les chevilles. Surpris par l’aura hostile qui l’entourait, Lu Yin déchaîna son énergie stellaire. Les plantes volèrent en éclats, et il se rua droit sur Balaror pour l’attaquer à nouveau de la paume. Celui-ci riposta avec ses deux bras couverts de végétation. Malgré l’impact assourdissant, qui souleva un nuage de débris, la paume le plaqua au sol. Ses deux bras étaient tordus dans un angle étrange, et il cracha du sang.
« Ah, voilà où je vous avais déjà vus. Vous étiez tous les deux cachés dans la capitale, à l’époque », remarqua Lu Yin. Il souleva Balaror, le lança vers Gerlaine et s’approcha.
« Gerlaine et Balaror ont été vaincus », annonça le réseau sur tous les appareils de la Terre.
« Même Gerlaine a perdu contre lui ? » Eddy, au loin, en resta stupéfait.
Allongée dans l’herbe, Gerlaine fusilla Lu Yin du regard. « C’est toi, le voleur de planètes ! »
Lu Yin fronça les sourcils. « Ne me calomnie pas, je suis quelqu’un de bien. »
« Mon œil ! » cria-t-elle.
« Une diva qui jure ? Quel mauvais caractère ! » Lu Yin en resta sidéré.
Gerlaine se contenta de renifler, mais Balaror prit la parole. « Je te préviens, gamin : ne la touche pas. Son frère, c’est Gerbach, l’un des jeunes les plus puissants de l’Empire du Grand Yu. Si tu lui fais du mal, tu ne pourras te cacher nulle part. »
« Je t’ai déjà dit que j’étais quelqu’un de bien. Je ne fais de mal à personne. » Lu Yin pinça les lèvres et s’empara de l’anneau cosmique de Gerlaine. Après l’avoir déverrouillé avec un peu de sang prélevé dans sa bouche, il se mit aussitôt à le fouiller pour y chercher des cristaux stellaires.
Gerlaine et Balaror restèrent bouche bée devant son manège. Comment pouvait-il prétendre être quelqu’un de bien ? L’aisance et l’habitude avec lesquelles il s’y prenait montraient qu’il avait fait ça bien des fois. Gerlaine protesta et se mit à donner des coups de pied à Lu Yin en criant : « Hé ! Ne touche pas à ça ! Je te donnerai ce que tu veux, mais ne fouille pas les affaires d’une fille ! »
« Que des trucs inutiles. » Lu Yin leva les yeux au ciel, mais ils s’illuminèrent soudain et sa respiration s’accéléra. Stupéfait par le tas de cristaux stellaires, qui représentait au moins deux cubes, il se tourna vers elle. « Tu es riche ! »
Gerlaine serra les dents, le visage rouge. « Espèce d’ordure ! »
Lu Yin prit les cristaux, lui rendit son anneau et entreprit de fouiller Balaror. Celui-ci réagit avec bien plus de calme quand il comprit qu’ils ne seraient pas davantage malmenés. Son anneau ne contenait pas autant de richesses que celui de Gerlaine, mais il s’en fallait de peu. Lu Yin repartit avec un peu plus de trois cubes, de quoi se sentir riche. Satisfait, il se tourna pour partir. « Ce fut un plaisir de vous rencontrer. Si le destin le veut, nous nous reverrons. »
« Tu pourrais au moins me donner ton nom, espèce d’ordure ! » hurla Gerlaine.
« Appelle-moi Frère Sept. » Lu Yin leur fit un signe de la main et commença à s’élever dans le ciel.
La jeune fille en fut furieuse, mais une idée lui vint. « Attends ! Tu veux encore des cristaux stellaires ? »
Le voleur, qui venait tout juste de s’envoler, redescendit et la regarda. « Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Gerlaine sourit d’un air rusé. « Viens avec nous. Je te conduirai auprès d’autres personnes à dépouiller. »
Lu Yin resta stupéfait, tandis que Balaror grimaçait : ça recommençait. Gerlaine ne supportait jamais d’être désavantagée. D’ordinaire, elle était plutôt correcte, mais dès qu’elle perdait quelque chose face à quelqu’un, elle était prête à tout pour ne pas rester sur sa faim.
Lu Yin la regarda d’un air perplexe. « Tu veux m’entraîner dans d’autres vols ? Tu me prends pour un idiot ? »
Elle renifla. « C’est toi qui vois si tu me crois, mais tu n’as même pas d’appareil pour repérer les autres étudiants. Ils vont envahir la capitale d’ici une semaine, peut-être. Quelle chance crois-tu avoir de tomber sur l’un d’eux cette semaine ? Mais si je t’aide, on en rencontrera un à chaque étape. »
Lu Yin ricana. « Et si tu me tends un piège ? »
Gerlaine releva la tête. « Je te donne ma parole : je ne ferais jamais une chose pareille. Demande à qui tu veux, tout le monde se portera garant de la réputation et de l’honnêteté de Gerlaine, de l’Académie spatiale extérieure. Je suis la sœur de Gerbach ; qu’est-ce que j’aurais à gagner à te faire du mal ? »
Balaror resta sans voix, mais Lu Yin plissa les yeux en examinant sa proposition. Il était convaincu qu’avec sa force nouvellement accrue, il pourrait s’échapper même s’il tombait dans un piège et se retrouvait encerclé. « D’accord, tu nous guides, mais je garde ton anneau cosmique jusqu’à ce qu’on ait terminé. »
Gerlaine serra les mâchoires. « D’accord. »
Après que les deux étudiants eurent récupéré pendant une demi-journée, tous trois s’envolèrent vers le nord. En chemin, Lu Yin demanda : « Je voulais savoir : ce gars-là, c’est une nymphe ? »
« Je suis né sur la planète Botany, grommela Balaror. Là-bas, tout le monde ressemble à ça. Ça te pose un problème ? »
« Oh, non. L’univers est immense, il y a toutes sortes de créatures. »
Balaror, furieux, se détourna, avec l’impression que Lu Yin avait insulté son peuple.
Gerlaine leva les yeux au ciel. « Et alors ? Tu as aussi vu Parlie. Les habitants de la Troisième Planète Gravitas mesurent au maximum un mètre soixante. Avec son mètre vingt, on peut le considérer comme monsieur Tout-le-Monde. Il y a aussi des planètes où les gens ont des écailles, quatre bras, ou mesurent même dix mètres. Et puis il y a toutes sortes de gens aux formes monstrueuses. »
« Tu n’es pas toi aussi un étudiant de l’Empire ? » demanda soudain Balaror en regardant Lu Yin avec méfiance.
« Bien sûr que non, je viens de la Terre », répondit Lu Yin, les laissant tous deux médusés et mortifiés.
Une demi-heure plus tard, Gerlaine leur annonça avec excitation : « Deux étudiants arrivent. »
Lu Yin était ravi, mais il jeta un regard à la jeune fille, qui semblait encore plus impatiente que lui. Elle se retourna vers lui. « Hé, l’ordure, qu’est-ce qu’on fait ? »