Chapitre 334
Lu Yin prit un air sérieux. « Je te le rendrai, sans aucun doute. En fait, je t’avais emprunté deux millions de cristaux d’énergie stellaire et je viens de te les rembourser. »
« Ah oui ? » Lulu le dévisagea avec méfiance. « À bien y réfléchir, tu ne vas pas disparaître comme ce Silver, j’espère ? Tu serais encore plus méprisable que lui, puisqu’au moins, il n’avait emprunté d’argent à personne avant de se faire la malle. »
Lu Yin resta sans voix. « Je t’ai déjà dit que je ne suis pas ami avec Silver. Alors, tu as de l’argent ou pas ? Tu dois être fauchée. »
« Fauchée ? Quelle blague ! Je suis une Mavis ! Une Mavis ! » s’emporta Lulu avant de sortir théâtralement une carte violette. « Vas-y, dépense sans compter. »
Lu Yin la prit avec joie. Il avait déjà vu ce genre de carte et savait qu’elle ne contenait que de l’essence stellaire. Cette femme était bel et bien riche.
« Merci ! Il y a combien dessus ? » Lu Yin était aux anges.
Lulu sourit et releva fièrement la tête. « Quarante essences stellaires. »
Les yeux de Lu Yin brillèrent. « Merci. »
« Pourquoi tu me remercies ? Ce n’est pas un prêt gratuit. » Lulu le regarda d’un air rusé. « Il y a des intérêts. »
Lu Yin grimaça. « C’est vrai, tu représentes la Banque Mavis, et une banque doit percevoir des intérêts. Combien ? »
Lulu prit un air sérieux. « Je veux inspecter le palais impérial de l’Empire du Grand Yu. »
Le regard de Lu Yin se durcit aussitôt. « Quoi ? »
Lulu activa son gadget et lui montra l’écran. « Voici un document officiel qui détaille le prêt contracté par Yushan l’Immortel auprès de la Banque Mavis. Grâce à ce prêt, il a pu s’emparer de treize régions. Il est également clairement indiqué qu’il le rembourserait en plusieurs versements. S’il ne remboursait pas, la vie de tous les descendants de Yushan serait confisquée. »
Lu Yin étudia le document avec sérieux. C’était bien une preuve valable.
« Être créancier comporte de nombreux risques, alors nous avons pris la vie des descendants de la Famille Yushan en garantie. Mais aujourd’hui, toute la Famille Yushan a été anéantie et le prêt est en défaut de paiement. Les anciens de ma famille m’ont donc demandé de trouver une solution, car il s’agit d’une somme considérable. Lu Yin, c’est ma mission. »
Lu Yin fronça les sourcils. « Tu as parlé des conditions initiales du prêt et du fait que la Famille Yushan le rembourserait. Mais maintenant qu’elle a disparu, l’accord avec la Banque Mavis est caduc. Autrement dit, puisque les conditions n’ont pas été remplies, ce prêt en défaut n’est plus valable. »
Lulu était désemparée. « Oui, on ne peut pas obliger un mort à rembourser ses dettes. D’où ma mission. Lu Yin, si tu m’aides à l’accomplir, je pourrai te prêter encore plus d’argent. »
Lu Yin grimaça. « L’économie de l’Empire du Grand Yu décline, et il n’a pas d’argent à consacrer à votre remboursement. »
« Nous n’avons pas besoin d’argent, et la mission n’exige pas que le prêt soit remboursé en espèces. De toute façon, tu ne pourrais pas le rembourser, alors ce n’est que pour la forme. »
Les yeux de Lu Yin étincelèrent. « Donc, tu veux inspecter le palais impérial de l’Empire du Grand Yu ? »
Lulu hocha la tête. « Nous avons vérifié tous les biens de la Famille Yushan dans l’Empire du Grand Yu, sauf le palais. Il nous suffit de confirmer que la Famille Yushan ne possède rien qui puisse servir à nous rembourser. »
Lu Yin ricana intérieurement : encore une organisation qui venait enquêter sur la Cour des Sept Noms. Si Lulu ne l’avait pas mentionné, il aurait oublié que cette fille Mavis était elle aussi apparue dans l’Empire du Grand Yu au début, tout comme Silver et Xia Luo. Tous trois ne pouvaient être venus que pour enquêter sur les Sept Cours, mais par des moyens différents.
Silver avait eu recours à la violence de l’Alliance des Néohumains, et la mort de la Famille Yushan était très probablement liée à eux.
Lu Yin ignorait ce qu’avait fait Xia Luo, et ne savait même pas quelle puissance se cachait derrière lui.
La Banque Mavis était derrière Lulu, et elle n’avait guère attiré l’attention.
Trois personnes, trois méthodes, mais un même objectif : découvrir les secrets de la Famille Yushan. Dommage qu’il eût déjà emporté le secret qu’ils cherchaient tous : l’Art secret du Transfert du Vide Yu. C’était sûrement ce qu’ils espéraient trouver.
« D’accord, inspecte tout ce que tu veux, mais évite d’être trop voyante, sinon ça me mettra dans l’embarras », répondit franchement Lu Yin, puisque le palais ne renfermait plus aucun secret.
Lulu s’enthousiasma. « Marché conclu ! Je vais même te prêter encore un peu d’argent. Cinquante essences stellaires pour toi, et si tu me rembourses en avance, je ne te demanderai aucun intérêt. » Sur ces mots, elle s’en alla, ravie.
Lu Yin esquissa un sourire. La Famille Mavis ne trouverait rien dans le palais impérial. Mais ne devrait-il pas les retenir encore un peu ? S’ils finissaient par être certains que l’Empire du Grand Yu ne cachait rien, ils repartiraient, ce qui serait une perte pour son empire. Ils ne seraient utiles que s’ils restaient. Mais comment les retenir ? Voilà la vraie question.
« Septième Frère, ton talent pour emprunter de l’argent n’a presque rien à envier à tes prouesses au combat ! Quelques paroles en l’air, et tu as réussi à emprunter une telle somme sans intérêt. Trouve quelqu’un d’autre, emprunte encore et tu seras riche ! » Le singe éclata d’un rire bizarre.
Lu Yin sourit à son tour.
Le Singe fantôme en fut stupéfait. « Septième Frère, ne souris pas. C’est terrifiant ! »
Après cette exclamation, Lu Yin le mit en sourdine.
Lu Yin trouva un endroit tranquille et inspira profondément. Il n’avait lancé le dé que quelques jours plus tôt, mais, heureusement, il ne l’avait pas fait quatre fois. Sinon, il n’aurait pas pu le relancer maintenant. Même ainsi, obtenir le résultat Renforcement serait difficile, mais il n’avait pas d’autre choix que d’essayer. Il ne lui restait que douze jours, et ce mariage ne pouvait pas avoir lieu.
Il réfléchit un instant, puis toucha le dé. Il le regarda tourner avant qu’il ne s’arrête, contre toute attente, sur quatre points : Domaine d’Arrêt du Temps.
Il entra dans l’espace figé, et Lu Yin reprit confiance. Le processus serait ardu, mais il pouvait désormais prendre son temps et se reposer dix jours avant de relancer le dé. Avec sa fortune actuelle, il pourrait le lancer de nombreuses fois et finirait bien par obtenir trois points.
Relancer le dé dans l’Espace d’Arrêt du Temps était très pénible, surtout parce qu’il devait se reposer dix jours entre chaque lancer et que beaucoup de résultats ne pouvaient pas être exploités efficacement dans cet espace. C’était un processus sans fin, où il jetait son argent par les fenêtres, et qui pouvait facilement rendre fou.
Heureusement, Lu Yin était fermement déterminé à cultiver.
Il ne savait pas combien de temps s’était écoulé, mais il eut bientôt dépensé la moitié d’une essence stellaire. Il estima que deux ou trois mois avaient passé lorsque les deux écrans lumineux apparurent enfin. Il avait obtenu trois points : Renforcement.
Lu Yin poussa un soupir, le front perlé de sueur. Ce n’était pas la fatigue, mais la souffrance qui le faisait transpirer. Le processus avait été douloureux, mais il avait tenu bon.
Il sortit un fruit de renforcement, le posa sur l’écran supérieur et y jeta aussitôt dix essences stellaires. Le fruit émit un son pulsé qui donna à Lu Yin l’impression que l’énergie circulait dans ses méridiens. Le vide se déforma, et le fruit atteignit instantanément la qualité du précédent. Lu Yin inspira profondément et lança dix autres essences stellaires. La déformation du vide s’accentua, et les battements s’amplifièrent, comme si du sang circulait réellement. Le fruit descendit jusqu’à mi-chemin, puis se mit à vibrer bizarrement.
Lu Yin ne prêta aucune attention à ses vibrations ; seul comptait le fait que l’effet semblait encore s’améliorer. Dans l’urgence, il lança dix autres essences stellaires, portant ainsi à trente le nombre d’essences stellaires dépensées pour améliorer ce fruit.
La vibration s’intensifia, mais le processus n’était pas terminé.
Lu Yin prit une profonde inspiration. Il fit ses comptes, puis lança quatre essences stellaires supplémentaires avec parcimonie.
Le fruit de renforcement n’était plus qu’à un cheveu d’atteindre le fond.
Lu Yin lança une autre essence stellaire sur les écrans.
Le fruit de renforcement atterrit enfin dans un petit « pouf », tandis que son éclat diminuait. Lu Yin sentit que quelque chose clochait et voulut le ramasser, mais le fruit déforma soudain le vide et se déplaça à proximité, tout en continuant de vibrer.
Lu Yin ne comprenait pas. Que se passait-il ?
La surface du fruit de renforcement était parcourue de traînées qui ressemblaient à du sang en mouvement, et il scintillait sans cesse. On aurait dit qu’il tentait de s’échapper en transperçant le vide. Mais il était piégé dans l’Espace d’Arrêt du Temps de Lu Yin, et il avait beau essayer, il ne pouvait s’enfuir.
Cette scène stupéfia complètement Lu Yin. Ce petit objet venait-il de développer une conscience ?
Il n’avait pas d’autre choix et cessa aussitôt de bloquer les sens du Singe fantôme. Le singe soupira. « Septième Frère, on peut juste discuter un peu ? »
« Tais-toi ! Regarde ce truc. » Lu Yin désigna le fruit de la main gauche.
Le singe jeta distraitement un coup d’œil, mais il faillit en avoir le poil hérissé en voyant le fruit. « Bon sang ! Un trésor naturel qui a développé un instinct de survie ! Septième Frère, où as-tu trouvé ça ? Tu as vraiment de la chance d’avoir mis la main dessus ! »
« Qu’est-ce qu’il a de si spécial ? »
« Ce n’est pas facile à expliquer. Comment dire ? À l’origine, toutes les choses de l’univers… »
« Va droit au but ! »
« Le fait est que les plantes et les animaux ont la même origine. Si les animaux peuvent cultiver, les plantes aussi. Tu le sais, puisque certaines plantes t’ont attaqué. Cependant, la plupart des plantes attaquent par instinct. Certaines vivent si longtemps que, sans parvenir à développer une conscience, elles empruntent une autre voie : elles apprennent à éviter le danger. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? » Lu Yin était perplexe.
« Il n’y a pas de manière simple de l’expliquer. Ces plantes particulières, après avoir survécu à tant d’époques, ont acquis une certaine compréhension de l’univers et sont capables d’éviter certains dangers, contrairement aux plantes qui attaquent par instinct. Avec le temps, elles peuvent même devenir intelligentes… »
Lu Yin avait l’impression de comprendre de moins en moins à mesure que le singe parlait. « Parle juste de ce qu’on a sous les yeux ! »
« Il essaie de s’échapper ! Tu ne le vois pas ? Il ne veut pas se faire dévorer par toi ! » cria le Singe fantôme, exaspéré.
Lu Yin fronça les sourcils. « S’échapper ? Tu veux dire qu’il est intelligent ? »
« Il ne devrait pas encore l’être. Vu son comportement, il n’a pas encore développé d’intelligence, même s’il a probablement vécu plus de cent mille ans. Mais il sait éviter le danger, et il est tout près de devenir intelligent. Septième Frère, où as-tu trouvé ce truc ? Pourquoi est-ce que je te vois sans cesse mettre la main sur des objets que les gens ordinaires n’ont même aucune chance de voir ? »
Lu Yin tendit nonchalamment la main, et le fruit de renforcement tenta une nouvelle fois de déformer le vide pour s’échapper. Mais dans cet espace, un fruit n’était pas le seul à devoir obéir à Lu Yin : même un Chasseur y aurait été contraint.
Il saisit le fruit de renforcement, sans savoir s’il devait le manger. Il se souvenait encore du supplice que lui avait infligé le précédent.
« Ça se mange ? » demanda Lu Yin.
Le singe répondit à voix basse : « Je n’en suis pas sûr. En général, seuls les puissants absolus peuvent obtenir un tel trésor naturel. Je n’en ai jamais vu, mais ça devrait être possible. Enfin, le manger ne devrait probablement pas te tuer. »
Lu Yin y réfléchit encore un instant : il lui restait quinze essences stellaires et deux autres fruits de renforcement. Il devrait donc tout juste pouvoir en améliorer un autre de ce niveau, même s’il devait encore emprunter de l’argent. Tout irait bien tant qu’il ne mourait pas en le mangeant. Sans hésiter, il l’avala d’une seule bouchée.
Une douleur encore plus intense que la précédente envahit tout son corps, et il eut l’impression de se noyer dans un torrent de feu. Cette souffrance atroce rappela à Lu Yin l’Apocalypse sur Terre, ainsi que le supplice brûlant que Liu Shaoge lui avait infligé. Mais cette fois, la douleur dépassait même celle de ce souvenir. Ses muscles gonflèrent anormalement, ses veines saillirent. Le sang lui martelait les artères à une telle vitesse que son corps libéra une onde de choc qui perturba le vide…
Avec le précédent fruit de renforcement, Lu Yin avait tout juste réussi à supporter la douleur et à participer à un combat. Cette fois, l’agonie l’empêchait même de marcher.
« Septième Frère, comment tu te sens ? Tu ne vas pas mourir, hein ? » s’écria le singe, anxieux.
Les yeux injectés de sang, Lu Yin transpirait à grosses gouttes, mais les ondes de choc les réduisaient à néant avant même qu’elles ne touchent le sol. « Tu peux sortir ? »
« Oui, bien sûr. »
« Alors, sors. »
L’instant d’après, le tatouage de singe sur le bras droit de Lu Yin se déforma. Une ombre en jaillit et prit la forme du seigneur Singe fantôme de l’Académie spirituelle, qui avait autrefois attaqué Lu Yin.
Lu Yin serra les dents en regardant le singe. « Attaque-moi. »
Le Singe fantôme fut déconcerté. « Quoi ? »
« Attaque-moi, vite ! » ordonna Lu Yin.