Chapitre 328
Le Singe fantôme se sentit impuissant. « Septième Frère, je t’ai déjà dit tout ce que je savais. En gros, ce type est très difficile à gérer et, à ma connaissance, personne dans l’histoire n’a jamais vaincu un Hou Cosmique en étant dans le même royaume que lui. Quand ils ont tué le premier Hou Cosmique, c’est parce qu’ils l’ont attaqué en groupe, comme lorsque le Domaine des Bêtes Astrales a assassiné le détenteur de la Technique d’Immunité du Clan de la Nuit et du Jour, il y a des années. »
Lu Yin était perplexe. « Même les puissants humains qui surpassent de loin Tian Hou ne peuvent pas le tuer ? »
« Tu crois que les Hou Cosmiques se reproduisent comme ça ? Ce sont les trésors du Domaine des Bêtes Astrales, et chacun d’eux est protégé par d’autres puissants combattants. Historiquement, chaque fois qu’un Hou Cosmique est apparu, il a fini par mourir à cause des manigances étranges auxquelles vous, les humains, avez recours. Ils ont tous connu une mort bizarre. »
Lu Yin trouva cela étrange. « Dans ce cas, le Domaine des Bêtes Astrales doit être bien téméraire pour envoyer ce Hou Cosmique ici. »
Le Singe fantôme acquiesça. « C’est vraiment bizarre ! On dirait que les puissances du Domaine des Bêtes Astrales sont absolument certaines que les humains ne s’en prendront pas à Tian Hou. Le Faiseur de Cieux aurait-il pu le prévoir ? Il est vraiment trop rusé. »
Peu après, Lu Yin arriva devant le Miroir de Clarté du Royaume de la Quête de Vie et regarda autour de lui. Rien dans cet endroit n’avait quoi que ce soit de mystérieux : ce n’était qu’une paroi montagneuse lisse, semblable à un miroir sans défaut qui reflétait parfaitement son apparence. Pourtant, d’innombrables experts s’étaient disputé ce lieu. Quiconque contrôlait cette paroi devenait le Maître du Royaume de la Quête de Vie.
La rumeur voulait que le Miroir de Clarté puisse faire passer les techniques de combat d’un cultivateur au niveau supérieur et l’aider à les perfectionner, mais nul ne savait si elle était fondée.
Même si c’était vrai, Lu Yin ne pourrait rester ici qu’une seule journée. Il ne s’attendait donc pas à beaucoup progresser.
Ce serait formidable s’il pouvait emporter cette paroi dans son Espace d’Arrêt du Temps. Il pourrait alors simuler ses techniques sans fin. Malheureusement, son dé ne pouvait pas apparaître dans les zones d’épreuve.
Il s’avança devant le Miroir de Clarté et vit son reflet apparaître. L’instant d’après, l’image changea, comme si elle prenait vie, puis elle attaqua.
Lu Yin avait l’impression d’être entré dans le Miroir de Clarté et de combattre son propre reflet. L’Art Cosmique, la technique des Couches superposées, la Paume de l’Onde de Choc multiple, le Pas Éclair, et même la Griffe de la Bête céleste, le Poing de la Nuit et du Jour… Il vit toutes les techniques qu’il avait apprises jusque-là.
Il pouvait observer ses propres techniques de combat du point de vue de son adversaire, ce qui lui permettait de mieux les comprendre. La sensation était très étrange.
Deux heures plus tard, le corps de Lu Yin tressaillit et il sortit inconsciemment du Miroir de Clarté. Il contempla sa paume. En observant ses techniques de combat d’un point de vue extérieur, il s’était rendu compte qu’il commettait quelques erreurs de timing avec le Pas Éclair, qu’il gaspillait trop d’énergie en utilisant les Couches superposées, et…
« Septième Frère, qu’est-ce qui t’est arrivé ? Ça fait deux heures que tu es dans la lune. Tu es devenu fou ? » cria le singe.
Lu Yin fronça les sourcils. Comme il était agaçant. Sans même y réfléchir, il le mit aussitôt en sourdine. Puis il jeta un nouveau regard au Miroir de Clarté, y retourna et affronta de nouveau son reflet.
Comme il l’avait prévu, s’il pouvait s’entraîner longtemps dans le Miroir de Clarté, sa puissance progresserait à coup sûr de façon spectaculaire. Malheureusement, il ne pouvait y rester qu’une journée ; ce laps de temps était trop court pour lui permettre de franchir un véritable palier. Quand Lu Yin sortit du Miroir de Clarté pour la troisième fois, cette pensée occupait tout son esprit.
Il restait moins de quinze heures avant le début de la compétition finale, et il devait aussi prendre quelques heures pour se reposer. Il lui restait moins de dix heures à passer ici : c’était insuffisant.
Ses attaques pouvaient-elles franchir les défenses de Tian Hou ? Lu Yin n’en savait rien, pas plus que les autres, principalement parce que personne ne savait jusqu’où Tian Hou pouvait encaisser.
Attends… Les yeux de Lu Yin s’illuminèrent alors qu’il croyait se trouver dans une impasse. Pourquoi fallait-il que ses attaques dépassent les limites supérieures des défenses de ce Hou Cosmique ? N’existait-il aucun moyen de contrer ses défenses absurdes et de frapper directement son corps ? Son corps était un vortex, un vortex, un vortex… Lu Yin se plongea dans ses pensées et, sans s’en rendre compte, regarda le Miroir de Clarté. Il vit l’Art Cosmique tourner autour de son corps et se rappela cette scène d’autrefois, où neuf étoiles avaient été englouties par un vortex. Son propre Art Cosmique recelait des possibilités infinies.
Plus de dix heures plus tard, l’écran qui isolait le champ de bataille du tournoi disparut. À cet instant, tous les spectateurs du Domaine des Bêtes Astrales et de la Technocratie, ainsi que ceux de l’Innerverse et de l’Outerverse, reportèrent leur attention sur l’arène. La finale du Tournoi du Plus Fort allait commencer.
Tian Hou se tenait déjà dans l’arène lorsque Lu Yin apparut. Celui-ci y pénétra à son tour et s’arrêta à une centaine de mètres de Tian Hou.
Tous retinrent leur souffle en les observant. Beaucoup étaient nerveux.
« Lu Yin est fort, mais même Starsibyl a perdu contre Tian Hou. Peut-il gagner ? »
« Voilà ce que j’en pense : j’ai même demandé à un ancien de mon clan d’aller vérifier spécialement la légende de ce Hou Cosmique. En combat singulier, il est pratiquement impossible de vaincre cette créature. »
« C’est vrai, nous aussi, nous avons enquêté. »
Tian Hou avait vaincu Starsibyl, et les légendes sur les capacités et les pouvoirs de son espèce s’étaient peu à peu répandues. Les Hou Cosmiques étaient à l’origine un secret de premier ordre, mais la réputation de Tian Hou s’était propagée grâce au Tournoi du Plus Fort. Ceux qui avaient entendu parler de l’histoire de ces créatures ne plaçaient aucun espoir en Lu Yin, en partie parce que les légendes étaient trop exagérées. Une seule phrase suffisait à décrire un Hou Cosmique : imbattable en combat singulier. En effet, aucun puissant combattant du même royaume qu’un Hou Cosmique n’avait jamais réussi à percer ses défenses.
Une jeune fille perdit patience. « Vous êtes vraiment tous des rabat-joie. Chaque fois que Lu Yin s’est battu, on a prédit qu’il allait “forcément perdre”, et pourtant il a toujours gagné. »
Les gens autour d’elle s’apprêtaient à répliquer, mais se rendirent soudain compte qu’ils n’avaient rien à opposer à ses paroles. Elle avait raison.
« Cette fois, c’est différent. Son adversaire est une légende. » Kuang Wang venait d’apparaître dans la foule.
Même le chef des élèves d’Astral-5 avait dit la même chose, ce qui inquiéta davantage encore tous les élèves. Mais, quels que fussent leurs sentiments, ils n’auraient aucune influence sur les deux combattants déjà dans l’arène.
« Septième Frère, tu te sens prêt ? Au fait, pourquoi tu me mets en sourdine chaque fois que tu améliores ta puissance ? Le processus est si honteux que ça ? » glapit le singe.
Lu Yin fronça les sourcils. « Tais-toi. »
« Hé hé, si tu en es capable, mets-moi en sourdine maintenant ! Scelle ton bras droit ! Ha ha ! » Le Singe fantôme rit d’un ton bizarre.
Lu Yin prit une profonde inspiration et avança, croisant le regard de Tian Hou.
Tian Hou ne prit pas la peine de parler. Il se fondit directement dans le vide et réapparut juste devant Lu Yin. Il ne voyait aucune raison d’esquiver les attaques de Lu Yin, convaincu que personne ne pouvait percer ses défenses. Il tenta simplement de l’attraper, comme il l’avait fait avec Starsibyl.
Les yeux de Lu Yin s’écarquillèrent. Sa capacité à tenir tête à Tian Hou dépendait entièrement de la justesse de sa théorie. Dans un éclair, il apparut derrière Tian Hou, tendit la main en imitant à la perfection le geste que celui-ci venait de faire vers lui, puis agrippa son corps.
La scène parut étrange à tous. Qu’est-ce que c’était que ça ? Une lutte où chacun essayait d’attraper l’autre ?
Les yeux de Tian Hou trahirent eux aussi une pointe de perplexité, mais il ne sentit aucune vibration. Cet humain ne l’avait-il pas attaqué ? L’instant d’après, son regard changea et le vortex noir qui composait son corps cessa brusquement de tourner. Les lèvres de Lu Yin se retroussèrent. Il leva sa main gauche et l’abattit sur sa propre main droite. « Paume de l’Onde de Choc aux Vingt Couches, Trente Fois. » Bang ! Une onde de choc jaillit et déchira le sol et le vide, tordant tout sur son passage en un instant.
La robe noire de Tian Hou fut déchiquetée et son corps entier fut projeté au loin, avant de s’écraser contre une montagne voisine. Vingt couches explosèrent à la suite, pulvérisant le sol, déformant le vide et faisant jaillir dans toutes les directions d’innombrables fissures spatiales.
Stupéfaits, d’innombrables spectateurs fixaient l’arène, incrédules.
Du côté du Domaine des Bêtes Astrales, les yeux de Feng Jiu faillirent sortir de leurs orbites.
Pendant le Tournoi du Plus Fort, Tian Hou avait affronté plusieurs adversaires, dont Starsibyl, sans subir la moindre blessure. Et pourtant, dès le début du combat d’aujourd’hui, il avait été projeté au loin. Quelle blague !
Les spectateurs n’étaient pas les seuls à avoir du mal à comprendre ce qu’ils venaient de voir : ceux du Domaine des Bêtes Astrales aussi. Comment Lu Yin avait-il réussi une telle chose ?
Les yeux de Starsibyl s’illuminèrent : les résultats de sa divination semblaient se rapprocher de plus en plus.
Nightqueen Yanqing, Kuang Wang et les autres observaient attentivement le combat, mais ne comprenaient pas ce qui se passait.
Dans le ciel au-dessus de l’arène, les mentors de l’Académie de Combat Astral apparurent vaguement. Plus loin encore, la silhouette de Neige Lilas se dessina tandis qu’elle regardait Lu Yin avec stupéfaction. Cet humain avait vraiment blessé Tian Hou. Était-il la variable dont son Maître avait parlé ?
La fumée envahit le ciel et Tian Hou fut enseveli sous terre.
Lu Yin regarda au loin, puis baissa les yeux vers sa main. Il avait vu juste, mais les résultats le prirent de court. Il avait supposé que le corps de Tian Hou était lui-même un vortex ; il avait donc utilisé la rotation des étoiles de son Art Cosmique pour en entraver de force le mouvement et attaquer directement Tian Hou. Cela avait fonctionné, mais il semblait que le Hou Cosmique n’était pas qu’un vortex : l’essence de sa puissance était en réalité l’engloutissement.
De plus, Tian Hou ne pouvait être blessé que pendant un bref instant. Lu Yin ne pouvait pas se permettre de laisser qui que ce soit le voir utiliser l’Art Cosmique. Il n’avait donc eu d’autre choix que de placer sa main à l’intérieur du corps de Tian Hou et de s’en servir pour dissimuler les neuf étoiles. Mais, lorsqu’il attaquait, sa main ressortait du corps de Tian Hou et il ne pouvait plus entraver le vortex. À cet instant, sa main droite se retrouvait entièrement exposée et il ne pouvait plus utiliser l’Art Cosmique pour retenir le vortex. Ainsi, bien qu’il eût attaqué avec la puissance de l’explosion des Vingt Couches, seule la première couche avait infligé des dégâts. Toutes les autres avaient été gaspillées.
L’engloutissement par un vortex : ces deux aspects constituaient les forces de Tian Hou. Même en poussant sa puissance à son maximum absolu, il était très difficile de percer ses défenses. Avec sa puissance actuelle, Lu Yin ne pouvait toujours pas franchir les défenses du Hou Cosmique. Il ne pouvait donc que l’affaiblir peu à peu, étape par étape, et blesser son corps pendant que le vortex était perturbé.
Heureusement, le coup précédent de Lu Yin avait été assez violent. Tian Hou ne devrait pas pouvoir contrer cette méthode si facilement.
Une bourrasque balaya les lieux, dispersant la fumée et révélant sous terre le corps en forme de vortex de Tian Hou. Il fixa Lu Yin avec stupeur, puis une excitation intense s’empara de lui.
Avant son arrivée, son maître, le Faiseur de Cieux, lui avait dit qu’à part Starsibyl, personne ne pourrait le forcer à révéler sa véritable puissance. Pourtant, lors du combat de la veille, Starsibyl s’était révélée décevante. Il n’avait donc eu d’autre choix que d’attendre l’apparition de la prétendue variable. L’homme qui se tenait devant lui était cette variable, et aussi l’adversaire qu’il attendait.
« Tu es la variable dont mon Maître m’a parlé ! » s’exclama Tian Hou avec enthousiasme.
Lu Yin était perplexe. « La variable ? »
Tian Hou fixa Lu Yin. « Si tu peux me blesser, c’est que tu es la variable. J’ai hâte de mesurer ta puissance ! » Il se fondit alors dans le vide et réapparut derrière Lu Yin. Cette fois, il ne chercha pas à l’attraper à la légère comme tout à l’heure : il lança une technique de combat. Tian Hou connaissait des techniques de combat ; simplement, personne n’avait jamais réussi à le forcer à en utiliser une, pas même Starsibyl.
Les techniques de combat de Tian Hou venaient de l’Académie spirituelle. Ses bras noirs prirent une apparence fantomatique, tandis que des ombres de plusieurs paumes se dessinaient autour d’eux et qu’une vibration glaciale se propageait.
« Frappe de l’Âme Fantôme ! Septième Frère, fais attention ! Cette technique ressemble à ta Paume de l’Onde de Choc et peut être renforcée sans fin », prévint le singe dans l’esprit de Lu Yin.
Lu Yin n’osa pas baisser sa garde et recula aussitôt. Le vide à l’endroit où il se tenait se déchira brusquement, tandis que les images d’innombrables paumes se déployaient et recouvraient une vaste zone. Lu Yin fut pris au piège, mais, malgré la pluie interminable de paumes qui s’abattait sur lui, il ne recula pas. Au contraire, il lança les deux bras en avant et abattit sa main gauche. « Paume de l’Onde de Choc, trente fois. » Dans un cri féroce, sa main gauche heurta les images des paumes de Tian Hou. Pourtant, il n’y eut pas de choc spectaculaire : l’attaque de Lu Yin s’évanouit silencieusement dans le néant. Elle avait été engloutie.
L’instant d’après, une douleur atroce explosa dans la poitrine de Lu Yin, qui fut projeté au loin. La Frappe de l’Âme Fantôme de Tian Hou l’avait frappé de plein fouet et envoyé sous terre.
Beaucoup sentirent leur cœur se serrer : Lu Yin avait perdu cet échange. Il avait pourtant clairement porté un coup puissant à Tian Hou quelques instants plus tôt, mais il venait de se faire écraser.
Boum !
La terre trembla tandis que Tian Hou, sans hésiter, faisait pleuvoir des paumes sans fin sur le sol, frappant sauvagement Lu Yin.