Chapitre 310
Dans sa jeunesse, Silus avait voulu maîtriser la force de combat à cinq lignes alors qu’il était encore jeune, et devenir l’égal des Dix Arbitres. Malheureusement, il n’y était parvenu que plusieurs années plus tard. Aussi voulait-il vraiment se mesurer à ce jeune homme de l’Académie de Combat Astral qui, lui, avait déjà maîtrisé la force de combat à cinq lignes.
« Il s’appelle Lu Yin. Il doit se trouver au Tambour Céleste, dans le Royaume immortel. Tu peux aller le chercher là-bas », proposa Nightqueen Yanqing.
Silus eut un sourire froid. « Merci. »
Cang Shi jeta un regard à Nightqueen Yanqing. Il échangea ensuite quelques politesses avec les deux représentants de la Mer Cosmique, puis s’en alla. Nightqueen Yanqing cherchait simplement à provoquer les choses et à pousser ces deux-là à s’en prendre à Lu Yin. Cang Shi n’avait toutefois qu’à laisser faire. La Montagne Chaosgod accueillait à bras ouverts les experts désespérés de toutes sortes.
Cinq jours plus tard, au Tambour Céleste, dans le Royaume immortel, Meng Yue et Darkvoid étaient toujours là, et Michelle les avait rejoints après avoir accompli sa mission.
En la voyant, Lu Yin se sentit assez gêné, et même un peu contrarié : ces deux sœurs s’étaient jouées de lui.
« Quand m’aideras-tu à maîtriser la force de combat ? » lui demanda froidement Michelle.
Lu Yin y réfléchit. « Après la compétition. »
Michelle lui lança un regard noir et se dirigea vers un autre secteur.
« Hein, pourquoi cette fille m’est-elle si familière ? Elle ressemble beaucoup à cette femme du front », demanda le Singe fantôme, intrigué.
« C’est la petite sœur de Mira », expliqua discrètement Lu Yin.
« Pas étonnant qu’elles se ressemblent autant. » Le Singe fantôme eut un petit rire, comme s’il venait de penser à quelque chose. « Septième Frère, un homme doit avoir de grandes ambitions et de beaux rêves. Tu sais quel est le mien ? »
« Devenir un pilleur de tombes inconnu pour l’éternité ? »
Le Singe fantôme resta un instant sans voix. « Bien sûr que non. Et comment un archéologue pourrait-il rester inconnu pour l’éternité ? » Il marqua une pause, toussota, puis répondit : « Mon rêve, c’est d’avoir tout le clan des Phénix de Glace Céleste dans mon harem, hahaha ! »
Lu Yin se frotta la tempe. Un singe et un phénix de glace… Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
Il se leva : il était temps de partir. Il avait voulu assister à deux séances de percussion des tambours de combat, mais il semblait qu’il ne pourrait pas être là pour la seconde. La précédente lui avait déjà été très bénéfique. Devrait-il faire le tour de toutes les zones d’épreuve ? Ce serait peut-être assez provocateur, mais avait-il peur de se mettre quelqu’un à dos ? Lu Yin y réfléchit sérieusement.
À cet instant, un homme monta sur le Tambour Céleste sous les regards stupéfaits de la foule, attirant l’attention de Lu Yin.
Le Tambour Céleste était le territoire de Lu Yin ; aucun étudiant qui ne venait pas d’Astral-10 n’avait le droit d’y monter. Pourtant, un inconnu osait s’y aventurer sous ses yeux. C’était clairement une provocation.
Meng Yue prit la parole le premier. « Qui es-tu ? »
L’homme jeta à Meng Yue un regard méprisant, puis se tourna vers Lu Yin. « Tu es le maître du Royaume immortel ? »
Lu Yin fronça les sourcils. « C’est moi. »
« Dommage. Ce Tambour Céleste me plaît, alors laisse-le-moi », déclara-t-il froidement.
Lu Yin dévisagea l’homme arrogant et eut une impression étrange : il avait l’allure d’un nomade errant.
« Mais qui es-tu, bon sang ? » Meng Yue s’avança pour lui barrer la route, mais Lu Yin l’arrêta.
« Qui es-tu, et d’où viens-tu ? »
« Silus, de la Mer Cosmique. »
La Mer Cosmique ? Lu Yin resta stupéfait, tout comme les autres qui avaient entendu d’où venait cet homme. Beaucoup de gens de l’Innerverse connaissaient la Mer Cosmique : c’était un endroit funeste où le taux de mortalité était anormalement élevé. Chaque année, de nombreux experts y étaient enterrés. Peu arrivaient à survivre dans cette région.
Parmi les étudiants présents, ceux d’Astral-5 et d’Astral-7 regardèrent Lu Yin avec inquiétude. Ils avaient vu de quoi étaient capables les concurrents du Domaine des Bêtes Astrales et de la Technocratie, qui avaient tous deux écrasé Kuang Wang et Liu Xiaoyun. À présent, c’était au tour des experts de la Mer Cosmique, et ils avaient décidé de défier Lu Yin. Si ce dirigeant de l’académie était vaincu, la réputation du top quatre tournerait au ridicule.
Bien qu’un bon nombre d’étudiants détestassent Lu Yin, il venait malgré tout de l’Académie de Combat Astral. Ils espéraient donc qu’il l’emporterait.
En apprenant que Silus venait de la Mer Cosmique, Michelle le regarda avec stupeur. Elle avait entendu sa sœur parler de cet endroit plus d’une fois, et notamment des Quatre Équipages de Pirates. Les principales organisations de la Mer Cosmique étaient si puissantes que même le Conseil des Dix Arbitres les craignait. Malgré leurs faibles effectifs, il ne fallait pas les prendre à la légère.
Plus on s’enfonçait dans l’univers, plus on rencontrait de puissants experts. La Mer Cosmique était encore plus reculée que l’Innerverse, et les combats acharnés comme les morts y étaient monnaie courante. Quiconque venait de cette région était forcément hors du commun.
« Alors, tu as peur ? » demanda Silus à Lu Yin d’un ton condescendant.
Lu Yin haussa les sourcils. « Si tu veux le Tambour Céleste, vas-y. Viens le prendre. »
Silus ricana. « Tu ne manques pas d’audace. » Sur ces mots, la force de combat se matérialisa autour de son corps. De nombreux étudiants poussèrent des exclamations émerveillées en voyant la lueur or sombre apparaître : une force de combat à cinq lignes.
Meng Yue, Michelle et Darkvoid reculèrent tous les trois, car un utilisateur de la force de combat à cinq lignes venait de se montrer.
Lu Yin plissa les yeux. Cet homme était à la hauteur de la réputation de la Mer Cosmique.
« Je vais te montrer la terreur de l’Équipage de la Flèche Arcadienne », gronda Silus en fonçant sur Lu Yin. Il décocha un coup de poing. Les yeux de Lu Yin s’écarquillèrent. Sa propre force de combat à cinq lignes jaillit dans un fracas ; sa puissance majestueuse n’avait rien à envier à celle de Silus. Il riposta d’un coup de poing.
Le ciel et la terre semblèrent s’entrechoquer. Un grondement assourdissant accompagna les violentes ondes de choc qui balayèrent le Tambour Céleste et repoussèrent Michelle et les autres jusqu’à son bord. Même les étudiants qui se trouvaient à l’extérieur furent touchés par les répliques du combat.
Après cet échange de coups, les deux combattants, perchés sur le Tambour Céleste, reculèrent en même temps. Ils se regardèrent, stupéfaits.
« Tu as vraiment réussi à encaisser mon coup. » Silus était abasourdi. Il était nettement plus âgé que Lu Yin et avait pensé que la force de combat à cinq lignes de ce dernier n’en serait qu’à ses débuts, et que son physique ne pourrait pas rivaliser avec le sien. Pourtant, non seulement Lu Yin avait encaissé son coup de poing, mais il semblait aussi extrêmement habile. Silus était même incapable de déterminer son niveau.
Lu Yin observa son poing. Son attaque avait été féroce et, surtout, il avait intégré plusieurs superpositions de la technique Trois Couches, mais Silus l’avait entièrement neutralisée. Cet homme semblait avoir des réflexes anormaux, semblables à ceux des disciples de la Montagne Chaosgod. Mais chez lui, cette aptitude était particulière : seuls ceux qui avaient passé leur vie dans la Mer Cosmique la développaient, à force d’aiguiser leur instinct du danger à l’extrême.
Fff !
Silus lança un coup de pied à Lu Yin et observa attentivement ses yeux, car il pouvait deviner le prochain mouvement de son adversaire en les lisant.
Lu Yin ne chercha pas à esquiver et riposta d’un coup de pied. Une détonation retentit ; une onde de choc jaillit vers le ciel, tandis qu’une immense fissure spatiale s’ouvrait au point d’impact. On aurait dit que le ciel s’était fendu en deux. Le spectacle était saisissant.
Boum ! Boum ! Boum ! Boum !
Une série d’explosions retentit sur le Tambour Céleste. Jamais, dans l’histoire de l’Académie de Combat Astral, des étudiants maîtrisant la force de combat à cinq lignes ne s’étaient affrontés. Il était presque impossible pour un étudiant de la maîtriser ; la force de combat culminait donc généralement à quatre lignes. Un affrontement entre deux utilisateurs de la force de combat à cinq lignes était ainsi pratiquement inédit. De plus en plus d’étudiants se rassemblèrent autour du Tambour Céleste pour assister au spectacle.
Lu Yin bloqua une nouvelle attaque de Silus. Jusqu’ici, il n’avait compté que sur sa force de combat à cinq lignes, sans utiliser son domaine, la Paume Cosmique ni même la technique Trois Couches. Il voulait éprouver les capacités d’un expert de la Mer Cosmique, mais il en avait désormais assez vu. Il jeta alors un coup d’œil au-delà du Tambour Céleste, puis ses yeux s’illuminèrent. Quelqu’un raconterait certainement ce combat en détail par la suite, ce qui ne lui serait pas favorable lors de la prochaine compétition. Il n’aimait pas qu’on l’examine à la loupe et se retint de force d’utiliser la Paume Cosmique ou son domaine. À la place, il leva la main et lança la Paume de l’Onde de Choc aux Dix-Sept Coups, renforcée par neuf superpositions de Trois Couches.
Le regard de Silus changea. Avec des mouvements souples, comme un poisson, il se glissa hors de la trajectoire de l’attaque, puis décocha violemment un coup de coude en riposte à Lu Yin.
Lu Yin leva le genou pour heurter le coude de Silus. Le choc provoqua une explosion, et une onde de choc ondulante se propagea depuis le point où ils s’entrechoquaient.
Parmi tous les combats que Lu Yin avait livrés, rares étaient ceux qui avaient réussi à esquiver ses attaques. Sa vitesse était exceptionnelle et, grâce à son Art Cosmique, il pouvait percevoir les mouvements de son adversaire ; ses coups ne manquaient donc jamais leur cible. Pourtant, Silus esquivait ses attaques et avait même encaissé de force l’un de ses coups. C’était déplaisant, mais Silus n’était pas assez puissant pour le blesser avec sa force actuelle.
Ils frappèrent tous deux, puis reculèrent de nouveau en même temps. Le souffle court, ils se dévisagèrent.
Silus s’exclama : « Pas étonnant que tu sois candidat au titre de Dix Arbitres. Maîtriser aussi profondément la force de combat à cinq lignes à ton âge, ce n’est pas rien. Dommage que tu ne puisses pas aller plus loin en te reposant uniquement sur cette réputation. »
À ces mots, Lu Yin se souvint soudain de ce que sa famille lui avait dit : un candidat au titre de Dix Arbitres reconnu publiquement par la Mer Cosmique participerait au Tournoi des Plus Forts.
« Combien de personnes sont venues de la Mer Cosmique ? » demanda Lu Yin.
Silus ne chercha pas à cacher la vérité. « Deux. »
« L’autre est-il aussi fort que toi ? » s’enquit Lu Yin.
Silus fronça les sourcils. « À quoi bon demander ? Tu le verras pendant la compétition. Tu crois vraiment que je me bats à pleine puissance ? » Il leva alors la main et forma un arc et une flèche avec de l’énergie stellaire, qu’il pointa vers Lu Yin. « Je viens de l’Équipage de la Flèche Arcadienne de la Mer Cosmique, et chacun de ses membres est un archer divin. Ça… ça, c’est ma véritable force. »
Lu Yin fut impressionné. Il ressentait déjà une sorte d’engourdissement rien qu’en voyant Silus braquer son arc sur lui. Cette sensation s’intensifia encore lorsque la force de combat or sombre de Silus enveloppa l’arc ; le vide lui-même commença à se fendre. La flèche n’avait pas encore été tirée que le vide ne supportait déjà plus la pression, et Silus n’était qu’un Limiteur.
« Tu dois être Lu Yin. Les quatre premiers de l’Académie de Combat Astral sont à la hauteur, mais l’écart entre nous reste immense. Dans quelques années, ce sera peut-être différent, mais l’univers n’a rien d’équitable », déclara froidement Silus, tandis que sa force de combat or sombre enveloppait la flèche. Un tourbillon spiralé se forma alors et s’éleva dans les airs, faisant pâlir de nombreux étudiants.
C’était d’une puissance terrifiante ; cette flèche allait forcément bouleverser le ciel et la terre. Lu Yin pourrait-il y faire face ?
Au loin, une dame voilée, vêtue de blanc, observait silencieusement le Tambour Céleste.
Près du Tambour Céleste, Michelle et les autres étaient tendus.
Non loin de Michelle et des autres, Xi Yue et Yue Xianzi observaient elles aussi le combat. Liu Xiaoyun et d’autres les regardaient depuis encore plus loin. Ce combat avait attiré de nombreux spectateurs, tous rivés sur les combattants. Les concurrents des autres domaines stellaires et de la Mer Cosmique avaient défié à tour de rôle les étudiants de l’Académie de Combat Astral, et beaucoup de ces derniers avaient été vaincus. Tous espéraient que Lu Yin, lui, ne subirait pas le même sort.
Face à la flèche de Silus, Lu Yin ressentit un véritable danger, mais seulement léger : cette attaque ne suffisait pas à le vaincre. Elle était puissante, mais ne servirait à rien si elle ne touchait pas sa cible.
Cling !
La flèche fendit le vide, plus vite que tout ce que Lu Yin avait jamais vu, même plus vite que son Pas Éclair. Pour Silus, aucun Limiteur ne pouvait esquiver sa flèche ; même un Explorateur aurait du mal à l’éviter et serait contraint de l’affronter de front. Il y avait concentré sa force de combat la plus puissante. Silus était convaincu que même un Explorateur aurait bien du mal à encaisser cette attaque de plein fouet.
La flèche atteignit Lu Yin, puis continua sa course dans le vide, laissant derrière elle une immense fissure spatiale, semblable à un fleuve noir traversant le ciel. Tous furent stupéfaits par ce qui venait de se passer.
Tous les regards se tournèrent vers Lu Yin. Était-il mort ?
L’arc disparut des mains de Silus, et ses lèvres s’étirèrent en un sourire arrogant. Personne n’avait jamais encaissé sa flèche, à moins de maîtriser une force de combat à six lignes.
Silus s’apprêtait à parler lorsqu’un visage apparut devant lui, à moins d’un demi-mètre. Ses pupilles se rétrécirent de stupeur et il s’écria instinctivement : « Tu… » Une douleur fulgurante lui explosa alors dans le ventre. Son corps se plia comme une crevette séchée, son visage pâlit et il cracha une gorgée de sang.
Lu Yin le contempla de haut. « Tu ne fais pas le poids. »