Chapitre 289
« Quel passé impressionnant ! » s’exclama le Singe fantôme.
Lu Yin fut étonné de sa réaction. « Tu en sais beaucoup sur l’Alliance des Néohumains ?
— Pas tant que ça, mais j’en ai entendu parler et j’ai vu des archives qui les mentionnaient. Leur réputation est incroyable, mais je doute que tu en aies déjà entendu parler : c’est quelque chose que personne dans l’Outerverse n’est censé savoir. » Le Singe fantôme marqua une pause, puis reprit : « Les trois mains obscures de l’humanité.
— Les trois mains obscures ? » Lu Yin fut surpris.
« Exactement. Là où il y a de la lumière, il y a aussi des ténèbres. Si la Salle de l’Honneur représente le côté lumineux de l’humanité, alors l’Alliance des Néohumains en représente le côté obscur. Elle incarne les ténèbres et le mal absolus. Si notre Domaine des Bêtes Astrales croise un membre de l’Alliance des Néohumains, nous devons le tuer à vue. Ils sont non seulement les ennemis de l’humanité, mais aussi ceux de l’univers tout entier. »
Lu Yin resta stupéfait. « Leur puissance effraie même le Domaine des Bêtes Astrales ?
— N’importe lequel des trois géants des ténèbres de l’humanité possède une puissance capable de tout renverser. Je ne sais pas exactement à quel point ils sont forts, mais j’ai vu cette information consignée dans le tombeau d’un puissant expert.
— Quelles sont les deux autres mains obscures ?
— Je n’en sais rien.
— Tu n’en sais rien ?
— C’est une affaire d’humains. Pourquoi tu me poses la question ?
— Singe fantôme Zi, ne me mens pas, sinon je vais encore te couper la parole.
— Ne m’appelle pas comme ça. Un Singe fantôme est un Singe fantôme. Pourquoi ajouter « Zi » ? Ça sonne juste vulgaire.
— Alors dis-moi quelles sont les deux autres mains obscures.
— Je te jure que je n’en sais rien, Septième Frère. Je ne mens pas.
…
Le vide obscur de l’univers était solitaire et morne. Lu Yin était déjà entré dans l’Empire du Grand Yu, mais il lui faudrait encore une journée de voyage pour atteindre la onzième trame de l’empire. Il se souvenait que cette zone relevait de l’autorité du Moine Aveugle.
Parmi les capitaines des Treize Escadrons impériaux, seuls le Moine Aveugle et Huo Qingshan étaient des Chasseurs ; tous les autres étaient des Croiseurs. En termes de puissance, ces deux capitaines figuraient parmi les cinq combattants les plus forts de l’Empire du Grand Yu.
Alors que Lu Yin récitait les Écritures du Mur de Pierre en silence, le vaisseau spatial fut secoué, comme s’il avait heurté quelque chose. Un grincement qui lui fit grincer des dents retentit, puis l’alarme interne du vaisseau se déclencha. Sentant que quelque chose clochait, Lu Yin vérifia rapidement les alentours, mais ne vit rien.
Tzz tzzz !
Le grincement à l’intérieur du vaisseau s’amplifia, et une pluie d’étincelles jaillit soudain du plafond. Lu Yin leva les yeux, mais ne remarqua toujours rien d’anormal. Pourtant, son pressentiment ne cessait de se renforcer. Il activa aussitôt l’Art Cosmique et sortit le troisième œil de l’Empereur Géant. Grâce au soutien supplémentaire de son domaine, il distingua une sorte de cheval formé d’une énergie invisible qui s’étirait au loin. Cela ressemblait à un passage, et le vaisseau spatial venait par hasard de le heurter.
Lu Yin fit immédiatement descendre son vaisseau, et le grincement cessa.
Qu’était-ce donc ? Lu Yin était perplexe face à cette rencontre fortuite. Il ne pouvait voir ce passage qu’avec l’aide de trois moyens d’aiguiser ses sens. Les gens ordinaires ne pourraient même pas percevoir ce phénomène ; les Explorateurs et les Croiseurs eux-mêmes risquaient de ne pas le distinguer. Était-ce un phénomène naturel de l’univers ?
Soudain, le hennissement d’un cheval de guerre retentit dans l’univers, et l’espace tout autour de la créature se fissura. Au loin, plusieurs planètes explosèrent dans un éclair éblouissant. Du magma jaillit du cœur de l’une d’elles et en recouvrit toute la surface.
À une certaine distance, le long de ce passage informe, les ténèbres de l’univers, déjà d’un noir absolu, s’assombrirent davantage, comme si un feu d’une noirceur extrême les avait consumées. Les flammes anéantirent tout ce que Lu Yin pouvait voir, mais il parvint à distinguer vaguement un cheval de guerre noir, embrasé de flammes sombres. Celui-ci se mit à foncer vers lui. Une silhouette noire était juchée sur sa selle ; elle tenait une lance gigantesque et un étendard de guerre flottait fièrement dans son dos. La silhouette chevauchait à travers le vide comme si elle venait des temps anciens pour surgir dans le présent, transperçant le vide.
L’homme et le cheval brûlaient le vide, laissant derrière eux un univers noirci tandis qu’ils le traversaient. Voilà ce que vit Lu Yin. Ce cheval de guerre avait tracé dans l’univers une voie invisible aux yeux du commun des mortels.
Soudain, la silhouette sur le cheval leva la tête. Son regard froid et serein balaya Lu Yin. Leurs yeux se croisèrent, et Lu Yin sentit tout son corps se glacer, comme s’il avait été transporté dans un monde souterrain de glace. Cette sensation était plus froide encore que la mort ; son sang semblait se figer dans ses veines et ses muscles tremblaient de façon incontrôlable. Même les neuf étoiles qui gravitaient autour de son corps devinrent instables, et son domaine s’effrita peu à peu. Ce regard était d’une indifférence glaciale.
Mais ce n’était pas tout : Lu Yin eut aussi l’impression qu’on lui frappait directement le cerveau, comme lorsqu’il atteignait ses limites en récitant les Écritures du Mur de Pierre. Aussitôt, il se mit à saigner des sept orifices.
L’instant d’après, l’inconnu et son cheval de guerre avaient disparu, et l’univers avait retrouvé son état normal. Le vide fracturé se rétablit peu à peu, et le passage invisible s’évanouit. On aurait dit que tout ce qui venait de se produire n’était qu’une illusion ; Lu Yin l’aurait même cru si son sang frais ne continuait pas à couler de son corps.
Le vaisseau spatial poursuivit tranquillement sa route tandis que Lu Yin contemplait sa paume tachée de sang frais. Il n’en revenait pas. Qu’est-ce que c’était que ça ? Un homme, un cheval, une lance, un étendard de guerre, un passage invisible et une flamme noire qui anéantissait tout. Et cet œil d’une froide indifférence… Était-ce un être humain ?
« Hé, Septième Frère, je te parle ! Tu m’entends ? » cria le Singe fantôme.
Lu Yin était encore sous le choc. Il essuya lentement son sang. « Qu’est-ce qui s’est passé ?
— C’est plutôt à moi de te demander ce qui vient de se passer ! Le vaisseau a heurté quelque chose ? Pourquoi tu saignes des sept orifices ? Tu es malade ? Tu devrais te faire examiner tout de suite !
Le regard de Lu Yin se fit profond. « Tu n’as rien vu ?
— Qu’est-ce que tu as vu ? Un fantôme ? » Le Singe fantôme comprit que quelque chose clochait.
Lu Yin grimaça. « Peut-être bien.
Dans la onzième trame de l’Empire du Grand Yu, de nombreux vaisseaux spatiaux abandonnés flottaient dans l’obscurité de l’espace, avec plusieurs cadavres à leur bord. Certains explosaient violemment, illuminant alors une partie du ciel.
Des débris de machines de toutes sortes flottaient également dans les environs ; de loin, on aurait presque dit un véritable fleuve mécanique.
« Quelqu’un peut-il m’expliquer comment ce petit empire d’une trame périphérique a résisté à l’invasion de l’Empire Ross, alors que nous avons plus d’un Chasseur à la tête des opérations ? Même une puissance qui contrôle une trame entière ne devrait pas être aussi forte ! » lança le général Angelo de l’Empire Ross, à bord d’un immense vaisseau de guerre, en fixant un écran.
Les officiers autour de lui baissèrent tous la tête.
Après avoir déclaré la guerre à l’Empire du Grand Yu, l’Empire Ross avait pensé que la victoire serait facile. Mais qui aurait pu prévoir que l’Empire du Grand Yu comptait autant d’experts ? C’était particulièrement vrai des capitaines des Treize Escadrons impériaux : chacun était plus fort que le précédent. Des Chasseurs avaient même fait leur apparition ! Bon sang, comment un combattant d’un tel calibre pouvait-il se trouver dans un petit empire qui n’occupait que treize trames ?
« Maréchal, l’expert est de retour ! » s’écria quelqu’un.
L’expression d’Angelo s’assombrit encore lorsqu’un homme chauve et aveugle, qui portait une pelle de fer, apparut à l’écran. Il mesurait à peine plus d’un mètre et ressemblait à un mineur, mais ce salaud avait détruit à lui seul trois de leurs flottes. Chacune d’elles pouvait rivaliser avec un Chasseur, et pourtant il les avait éliminées sans effort. Cinq Explorateurs et trois Croiseurs avaient aussi péri avec ces flottes. C’était la plus lourde perte subie par l’Empire Ross depuis le début de la guerre.
Chaque Croiseur était précieux, que l’on se trouve dans l’Outerverse ou l’Innerverse. La perte de ces trois flottes signifiait qu’Angelo devrait comparaître devant une cour martiale à son retour, même s’il gagnait cette guerre.
L’homme chauve et aveugle n’était autre que le Moine Aveugle. Il s’éleva au-dessus des cieux et leva sa pelle avant de l’abattre avec violence. Son geste brutal fit éclater le vide, et l’immense fissure spatiale qui en résulta ressemblait à la gueule béante d’un monstre prêt à engloutir toute la flotte de l’Empire Ross. Un homme sortit de la flotte, leva la main et projeta de sa paume une onde de choc intense, qui percuta la fissure spatiale.
Toute cette région de l’espace trembla.
L’impact colossal fit s’effondrer le vide comme une vague qui se brise. L’onde se propagea dans toutes les directions et détruisit d’innombrables vaisseaux spatiaux abandonnés. Dans l’instant, plusieurs vaisseaux de guerre de l’Empire Ross furent même mis hors service.
Le Moine Aveugle reposa lentement sa pelle. De l’autre côté, le Chasseur de l’Empire Ross avait le teint blême. Il ne faisait pas le poids face au Moine Aveugle et se sentait soumis à une pression écrasante. La puissance de cet homme atteignait au moins 110 000, tandis que la sienne venait tout juste de dépasser les 100 000.
L’onde de choc née de l’affrontement entre le Moine Aveugle et l’expert de l’Empire Ross se propagea jusqu’au vaisseau spatial de Lu Yin, qui fut violemment secoué. Il le stabilisa rapidement et accéléra pour pénétrer dans la onzième trame.
À son arrivée, il découvrit que la zone était déjà bouclée et que ceux qui souhaitaient y entrer devaient passer un contrôle de sécurité.
L’identité de Lu Yin stupéfia aussitôt toute la région. Les descendants de la Famille Yushan de l’Empire du Grand Yu avaient presque tous été éliminés. Le Roi Zishan Lu Yin avait ainsi acquis une importance politique accrue, puisqu’il pouvait désormais prétendre au trône de l’Empire du Grand Yu.
Par hasard, Peach se trouvait elle aussi dans la onzième trame, où elle aidait le Moine Aveugle à repousser l’invasion de l’Empire Ross.
« Lu Yin, tu es de retour ! » s’écria joyeusement Peach en se précipitant vers lui.
Lu Yin fut heureux de voir Peach saine et sauve. Ce qu’il redoutait le plus, en revenant dans l’Empire du Grand Yu, c’était de découvrir que tous ses amis étaient déjà morts. Cela aurait été le pire des scénarios.
Peach était une amie de Lu Yin ; elle lui avait enseigné l’Éclair et lui avait témoigné beaucoup de bonté.
« Peach, tu vas bien ? » demanda Lu Yin, inquiet.
Peach secoua la tête, et son visage, d’abord joyeux, s’assombrit. « La guerre vient à peine de commencer, et tant de gens ont déjà perdu la vie, y compris Sa Majesté. »
Une amertume monta dans le regard de Lu Yin. Il avait même utilisé son don inné, le dé, pour sauver une fois la vie de Yushan l’Immortel. Pourtant, l’empereur n’avait finalement pas pu échapper à son destin.
« Ce qui compte, c’est que tu ailles bien », dit Lu Yin en lui tapotant la tête.
Peach n’aimait généralement pas que les gens plus grands qu’elle s’approchent d’elle ; elle avait donc pris l’habitude de se tenir près du Moine Aveugle. Mais, cette fois, elle ne s’offusqua pas du geste de Lu Yin. « Jue Lang est mort, et Di Ou aussi. »
Lu Yin poussa un soupir.
« Et parmi les capitaines qui ont rejoint l’armée rebelle du deuxième prince, Patterson et Felut sont morts. Si l’on compte aussi Dorren Yushan, cinq des treize capitaines originels des Escadrons impériaux ont péri », poursuivit Peach avec douleur. Son visage avait pâli, ce qui serra le cœur de Lu Yin. Elle n’était pas jeune, mais elle avait l’apparence d’une enfant et, parfois, en avait même le tempérament.
Lu Yin prit un air sérieux. « Ne t’inquiète pas. Je suis de retour, et je mettrai fin à cette bataille.
Peach leva la tête vers lui, pleine d’espoir. « Vraiment ?
Lu Yin le lui promit avec sérieux.
« Les parents éloignés de la famille impériale tentent de reprendre le pouvoir sur la planète-capitale. Tu devrais rentrer au plus vite, sinon il sera trop tard », dit le Moine Aveugle d’un ton grave en sortant du vide.
Peach fut stupéfaite. « C’est vrai ! Lu Yin, tu dois rentrer sans tarder sur la planète-capitale. Ces membres éloignés de la Famille Yushan essaient de rallier les officiels pour s’emparer du trône. C’est insensé ! Ils ne se soucient même pas de cette guerre, et nos ressources sont presque épuisées. Ce sont eux qui ont coupé nos approvisionnements pour nous forcer à reconnaître leur droit au trône.
Une froideur meurtrière envahit le regard de Lu Yin. « Ne t’en fais pas. Quand je rentrerai dans la capitale, aucun d’entre eux ne s’échappera.
Le Moine Aveugle se retourna. « Tu es si sûr de toi ? Ils ont tous le soutien de différentes puissances. Et ils ne viennent pas tous de l’Empire du Grand Yu. Certains ont rallié les forces conquises de la Grande Trame de Frostwave. Après la mort de Sa Majesté, ils ont tous surgi de nulle part ; quelqu’un de la Planète Fireforge est même apparu et a tenté d’invoquer le nom du Conseil de la jeunesse de l’Outerverse pour ordonner à l’Académie Yu de séparer les familles des meilleurs élèves de l’académie.
« Comment la Planète Fireforge a-t-elle pu invoquer le nom du Conseil de la jeunesse de l’Outerverse ? » Lu Yin était stupéfait.