Chapitre 285
Lu Yin exultait ; jamais il n’aurait imaginé parvenir à comprendre un domaine dans de telles circonstances. Maîtriser un domaine signifiait que l’on contrôlait absolument tout ce qui se trouvait à l’intérieur de ses limites. Dans un rayon de cent mètres autour de lui, Lu Yin percevait chaque oscillation des brins d’herbe caressés par la brise, sans même les regarder. Il entendait aussi les battements de cœur de tous ceux qui étaient piégés en contrebas. Il savait même ce que chacun d’eux observait.
Ce n’était pas étonnant que le Maître de la Pluie eût un jour dit qu’il ne fallait qu’un instant pour comprendre. Lu Yin préférait toutefois croire que sa compréhension venait de son Art Cosmique. C’était comme la Deuxième Épée des Treize Épées de la Secte de l’Épée, qui incarnait un domaine. On pouvait même dire que Liu Shaoqiu avait dû comprendre un domaine avant de pouvoir utiliser la Deuxième Épée, ou que la Deuxième Épée l’avait aidé à comprendre un domaine.
Or, l’Art Cosmique de Lu Yin venait de la Secte Cosmique, qui surpassait même la Secte de l’Épée, selon le Maître des Épreuves. Puisque le nom de cette technique contenait le mot « cosmique », il s’agissait probablement d’une technique suprême de cette secte de premier plan. Il n’y avait donc rien d’étonnant à ce qu’elle l’aidât à comprendre un domaine.
Hein ? Lu Yin se tourna vers Han Chong. À présent, il percevait clairement la force de Han Chong, ce qu’il n’avait pas réussi à faire jusque-là. Il sentait chez lui une réserve de puissance toujours prête à jaillir. De plus, Han Chong dégageait une force indescriptible et redoutable. Elle lui paraissait étrangement familière, mais il ne parvenait pas à se rappeler où il l’avait déjà rencontrée.
À l’instant où Lu Yin comprit son domaine, les yeux de Han Chong s’illuminèrent. Il percevait la collision de leurs domaines, et ses lèvres s’incurvèrent en un sourire. Une force de combat à cinq lignes, et maintenant un domaine. Cet homme ne l’avait pas déçu le moins du monde.
Lu Yin n’eut pas le temps de se demander ce qui traversait l’esprit de Han Chong : des vagues d’énergie continuaient de s’abattre sur lui. Il se redressa et inspira profondément, les yeux écarquillés. Sa jambe droite se déplaça avec précision de quelques centimètres vers la droite, lui permettant d’éviter de justesse l’impact de la vague d’énergie. Puis il la déporta de quelques centimètres vers la gauche pour esquiver les remous de la vague suivante. Ses mouvements paraissaient parfaitement naturels, presque nonchalants : rien à voir avec sa manière de bouger auparavant.
Si Lu Yin avait été jusque-là un rocher prisonnier d’un torrent, il était désormais une barque dansante que les vagues déchaînées, aussi hautes fussent-elles, ne pouvaient faire chavirer.
« Non, non, c’est impossible ! Septième Frère, quand as-tu compris le Pas Secret ? » s’écria le Singe fantôme, incrédule.
Lu Yin jeta un regard autour de lui. « C’est quoi, le Pas Secret ? »
« C’est le jeu de jambes suprême des Briseurs de Verrou ! Des myriades d’entre eux le placent sur un piédestal inaccessible ! C’est un jeu de jambes que tous convoitent, car il permet d’échapper aux dangers mortels lors du bris des verrous. Voilà ce qu’est le Pas Secret ! Ne me dis pas que tu viens de le comprendre à l’instant ? »
Lu Yin était lui aussi perplexe. « Je ne sais pas. En tout cas, ces vagues d’énergie ne me servent plus à rien. En plus, ma vision est devenue plus perçante et je suis beaucoup plus confiant dans mes chances de déverrouiller ce sceau et de libérer les gens piégés en contrebas. »
« Bon sang, tu as vraiment compris le Pas Secret ! Quoi… comment est-ce possible ? C’est le Pas Secret, une technique suprême sans égale ! Elle multiplie par cent les chances de survivre au bris des verrous ! Pour beaucoup de Briseurs de Verrou, ce n’est qu’un rêve, et toi, tu l’as appris comme ça ?! C’est révoltant, tellement révoltant ! » hurla le Singe fantôme, rongé par la jalousie.
Les yeux de Lu Yin brillèrent d’un éclat mystérieux. Compris ? Ça ne devait pas être ça… Il avait calculé ses mouvements en combinant le troisième œil de l’Empereur Géant, l’Art Cosmique et son nouveau domaine. Ce ne devait pas être le véritable Pas Secret, mais plutôt une imitation. S’il lui avait manqué un seul de ces trois éléments, il n’aurait pas pu inventer cette version du Pas Secret.
Alors, quel était le véritable Pas Secret ? Lu Yin se souvint soudain de l’une des vidéos du catalogue de coffres source qu’il avait regardées lors de ses premières séances. Dans l’une d’elles, quelqu’un déverrouillait un coffre source aussi imposant qu’une montagne et le tapotait sans cesse, tandis que son corps tremblait légèrement. Était-ce cela, le Pas Secret ?
Il n’eut toutefois pas le temps d’approfondir la question. Il esquiva sans effort toutes les vagues d’énergie, tel un poisson fendant des rapides tumultueux. Puis il posa une main sur le sceau d’énergie matérialisé, les yeux brillants. Avec son outil de bris des verrous et son Art Cosmique, auxquels s’ajoutait désormais son domaine, sa perception traversait encore mieux la mer d’énergie, qu’il disséquait visuellement couche après couche.
En contrebas, les participants à l’épreuve l’observaient, bouche bée. Ils voyaient le sceau d’énergie se dissiper peu à peu, puis disparaître tandis que des points lumineux s’en détachaient. Même si cela ne concernait qu’une petite zone, le fait que Lu Yin y parvînt signifiait qu’il était capable de déverrouiller le sceau.
Lu Yin appuya sa main gauche contre le sceau d’énergie et leva la droite, les muscles de ses bras se gonflant. « Trois Couches… vingt fois… Paume Tranche-Espace. » Dans un grondement assourdissant, sa puissance martiale perça le vide et explosa au-dessus de Zhanlong Daynight, qui gisait au sol…
… lequel ouvrit soudain les yeux et tenta d’esquiver. Le contrecoup de l’attaque le frappa tout de même, et il cracha une nouvelle gorgée de sang tandis que son corps était projeté à plusieurs mètres.
Lu Yin ricana. Dès qu’il avait compris son domaine, il avait senti que les battements de cœur de Zhanlong Daynight n’étaient pas ceux d’un homme inconscient ; le génie du Clan de la Nuit et du Jour avait fait semblant de l’être depuis le début. La Technique de Restauration de la Nuit et du Jour était vraiment terrifiante : elle pouvait encaisser même les coups les plus puissants. Mais la paume de Lu Yin lui avait tout de même infligé une grave blessure. Et cette fois, sa Paume Tranche-Espace l’avait bel et bien mis hors de combat.
La foule affichait un air inquiet. C’était Zhanlong Daynight qu’on voyait ainsi se faire projeter dans tous les sens, mais qui les croirait s’ils racontaient la scène ?
Parmi les Limiteurs, Lu Yin était désormais véritablement sans égal. Tous partageaient cette pensée et ne doutaient guère de sa supériorité.
Alors que Lu Yin se concentrait entièrement sur le bris du verrou, Starsibyl, qui attendait derrière le prince héritier Ming Hao, quitta la réception sans que personne s’en aperçoive. Rendez-vous sur novelping.com pour lire le chapitre complet.
Ming Hao ne prêta pas non plus attention à son départ : il faisait entièrement confiance à l’héritière de Tian Ji.
De même, Grandini Mavis, qui se tenait derrière Ming Zhaochen, disparut à son tour.
La garde autour du palais impérial était très stricte : des sentinelles, toutes expertes, se tenaient à intervalles réguliers. Mais comparées à Starsibyl et Grandini, elles n’étaient que de simples cultivateurs. En l’absence de tout Explorateur, les deux femmes pouvaient entrer et sortir du palais sans la moindre difficulté.
Elles se retrouvèrent dans un jardin de rocailles.
« Qu’est-ce que tu cherches ? » demanda Grandini.
Starsibyl sourit. « Et toi, qu’est-ce que tu cherches ? »
« Je t’ai posé la question la première. »
« Je ne suis pas obligée de répondre. »
« Tu es vraiment insupportable. Tu joues les mystérieuses quand il ne se passe rien, mais dès qu’il y a quelque chose à faire, tu es toujours la première à agir », lança Grandini en levant les yeux au ciel.
Starsibyl conserva son sourire. « Nous devrions avoir le même objectif. Je soupçonne que la Tour de la Lumière Résonnante n’est pas l’un des cinq nœuds de contrôle. »
Grandini fronça les sourcils. « Pourtant, si. Il a fallu des centaines d’années d’enquête pour découvrir cette information. »
« Ne sous-estime pas le Continent Shenwu. Ils ont même mis au point le globe céleste. Ils n’auraient aucun mal à passer quelques siècles à nous induire en erreur. »
« Nous n’avons jamais fait confiance aux habitants du Continent Shenwu. Nous te faisons confiance, ou plutôt, nous faisions confiance aux précédentes Starsibyl. Celle de l’époque était certaine que quelque chose clochait avec la Tour de la Lumière Résonnante ; sinon, les participants à l’épreuve ne se seraient pas alliés. Les autres l’ignorent peut-être, mais je sais très bien que ce sont vous, les Starsibyl, qui dirigez l’assaut contre la Tour de la Lumière Résonnante. Si le nœud de contrôle des cinq planètes scellées ne s’y trouve pas, tu auras impliqué beaucoup de personnes importantes. »
« Je ne nierai pas qu’il y a quelque chose d’anormal avec la Tour de la Lumière Résonnante, mais j’ignore de quoi il s’agit. Je ne compte pas laisser Han Chong et les autres se faire envoyer à la mort. C’est pourquoi je suis venue enquêter. »
Grandini était écœurée. Tout le monde ne mesurait pas l’étendue de l’influence de la Famille Mavis, mais Grandini en savait un peu plus que les autres participants à l’épreuve. Starsibyl avait coordonné l’attaque en cours contre la Tour de la Lumière Résonnante pour déterminer si elle abritait ou non l’un des nœuds de contrôle. Elle était certaine que quelque chose s’y tramait. Si les participants à l’épreuve remportaient l’assaut, tout le mérite lui reviendrait. En cas d’échec, en revanche, les autres seraient anéantis. Pourtant, personne ne pourrait remonter jusqu’à elle, puisqu’elle n’était jamais apparue. Tout au plus, les gens blâmeraient la Trame de la Brume Sombre.
Cette femme est vraiment impitoyable, songea Grandini en observant Starsibyl avec la plus grande méfiance.
« Ne tire pas de conclusions hâtives », dit Starsibyl, impuissante, en se tournant vers l’autre jeune femme.
Grandini se contenta de renifler froidement.
À cet instant, une forte détonation retentit au loin. Elles se retournèrent et virent plusieurs silhouettes humaines s’écraser au sol. Impossible de savoir si elles étaient encore en vie.
« Ce sont des participants à l’épreuve, comme nous. Ils ont dû essayer de s’introduire dans le palais pour trouver les nœuds de contrôle, mais ils ont clairement sous-estimé les défenses des lieux. Comment pourrait-il ne pas y avoir d’Explorateurs pour monter la garde ici ? Et manifestement, il n’y en avait pas qu’un seul », expliqua Starsibyl.
Grandini haussa les sourcils. « Et nous, alors ? »
Starsibyl sourit. « Tu en prends un, je m’occupe de l’autre. Réglons ça rapidement. »
Grandini ricana. « Tu parles d’Explorateurs. Tu crois qu’ils sont comme les Limiteurs ? Et tu veux régler ça rapidement ? »
« Tu es une Mavis. Inutile de nous mentir : tu me comprends, tout comme je te comprends. »
Grandini grimaça. La Famille Mavis avait bel et bien dominé l’univers et constituait à présent le nerf financier de l’humanité ; c’était une superpuissance terrifiante. Elle n’avait pas atteint de tels sommets en ne comptant que sur sa force brute innée si particulière, et bien des gens, dans l’univers, avaient tenté de percer son secret. En vain. Ce mystère déplaisait à Starsibyl, car elle ignorait elle aussi le secret de la famille. Elle pouvait néanmoins le deviner, ce qui la rendait très sûre de la puissance de Grandini.
« Très bien, un chacune. » Grandini quitta ensuite le jardin de rocailles d’un pas léger. Ses mouvements semblaient délibérément lents, mais les sentinelles alentour ne remarquèrent rien et sentirent seulement passer un léger souffle de vent.
Starsibyl se dirigea elle aussi vers le cabinet impérial de Ming Zhaotian.
Les deux jeunes femmes avancèrent sans rencontrer d’obstacle jusqu’au cabinet impérial. Ce ne fut qu’une fois arrivées devant la porte qu’une voix les arrêta. « Des étrangers ! Vous osez faire irruption dans le cabinet impérial ?! Mourez ! »
Starsibyl ne bougea pas et regarda plutôt Grandini, qui leva les yeux au ciel. Elle ferma les paupières, puis les rouvrit brusquement en grand. Une lumière vert luxuriant illumina la pièce : c’était la couleur de la Famille Mavis, le vert de la vie. Cette lumière débordait d’une vitalité éclatante qui apaisait les inquiétudes, comme si l’on revenait à l’origine de la vie. Elle enveloppa le cabinet ainsi que l’Explorateur qui les avait attaquées, le figeant en plein mouvement. Il regarda Grandini d’un air hébété, puis se dirigea vers un coin de la pièce et s’y tint silencieusement.
Les pupilles de Starsibyl se contractèrent. Même si elle avait deviné quelle était la puissance secrète de la Famille Mavis, elle n’aurait jamais imaginé la véritable terreur de son don inné. Celui-ci pouvait même agir sur la conscience d’un Explorateur ! Voilà la puissance qui permettait à la Famille Mavis de régner sans égale sur tout l’univers.
Soudain, une nouvelle pression immense s’abattit sur les deux participantes à l’épreuve : un autre Explorateur était là.
Starsibyl leva la tête et tendit un doigt d’un blanc de jade, qu’elle pointa vers le vide. Le décor se transforma en un ciel étoilé qui s’étendait à perte de vue. À cet instant, elles n’avaient plus l’impression d’être dans le cabinet impérial, mais sous la voûte céleste infinie.
Technique de combat — Bannissement Astral !
Le sang de Grandini se glaça en voyant ce doigt. Même avec le puissant don inné de la Famille Mavis, elle n’était pas certaine de pouvoir vaincre Starsibyl. Cette femme était bien trop mystérieuse. Durant tout le Tournoi de Combat Astral, elle avait affiché une assurance inébranlable. Certes, elle était déjà restée secrète à l’époque, mais au moins, on pouvait encore la voir. À présent, tout semblait illusoire, comme si Starsibyl n’était plus Starsibyl, mais une tout autre femme.
Les pupilles du second Explorateur se dilatèrent puis se contractèrent. Il sembla tenter de percevoir quelque chose, mais resta figé sur place. Il s’était perdu dans le Bannissement Astral.
Les deux jeunes femmes échangèrent un regard, chacune comprenant que l’autre serait difficile à gérer.
Le report des quatre derniers combats du Tournoi de Combat Astral avait été très bénéfique à Lu Yin. Starsibyl, Han Chong et les deux autres membres du quatuor de tête dissimulaient tous des atouts inconnus. Même Grandini cachait un secret de la Famille Mavis. Si les combats du carré final avaient eu lieu comme prévu, Lu Yin aurait été le premier à perdre. Même sa force de combat à cinq lignes n’aurait pas suffi à vaincre l’un d’eux.
Le cabinet de Ming Zhaotian était gardé par deux Explorateurs et aurait dû être en sécurité. Pourtant, ces deux jeunes femmes y avaient accédé sans difficulté.
Et là, elles découvrirent le plus grand secret du Continent Shenwu. « La Tour de la Lumière Résonnante n’abrite aucun nœud de contrôle : c’est en fait le tombeau de Ming Taizhong ! Ces gens sont fichus ! » s’écria Grandini, stupéfaite.
Le visage de Starsibyl s’assombrit. Elle mémorisa silencieusement quelques informations supplémentaires sur la Tour de la Lumière Résonnante, puis s’éloigna à toute vitesse.
Grandini ne s’attarda pas non plus et partit précipitamment peu après.
Dans la Tour de la Lumière Résonnante, le sceau d’énergie matérialisé se fissura légèrement. Les yeux de Lu Yin s’illuminèrent. Il pencha la tête sur le côté, évitant sans effort une nouvelle vague d’énergie. Sa main produisit un léger toc lorsqu’il dit : « Frère Han, tu peux sortir maintenant. »