Chapitre 1 366
Quelle que fût la famille ou sa puissance, aucune ne manquait de jeunes turbulents : tous les enfants ne pouvaient pas être des élites. La Secte du Givre Céleste ne faisait pas exception. Puisqu’on l’avait envoyé dans les monts Yinshan, Mo Gaohe ne devait pas jouir d’une très bonne réputation au sein de la secte. Cela ne semblait toutefois pas lié à sa force : il était clairement Chasseur.
Il était assez puissant pour compter parmi les cultivateurs les plus forts de son âge sur le Cinquième Continent, et aurait même pu intégrer le top vingt de ZENITH.
« Allons-y. Je vais te présenter à l’oncle Si pour que tu te fasses enregistrer. » Le gros homme lui tapa chaleureusement l’épaule et prit la tête du groupe pour le conduire dans la base, tandis que les autres jeunes se dispersaient.
La base du district de Yinshan était plutôt ordinaire et n’avait rien à voir avec les bâtiments raffinés et enchanteurs de la Montagne Blanche, utilisés par le Clan du Dragon Blanc. Elle semblait en fait constituée de bâtiments ordinaires construits à même la montagne.
Lu Yin fut conduit au niveau le plus élevé pour rencontrer l’oncle Si, qui n’était autre que le Maître de la Porte Zhuo Si.
Lu Yin salua précipitamment l’homme plus âgé. « Le cadet Linjiang Yi salue le Maître de la Porte. »
D’après ce que Long Kui lui avait dit, Lu Yin savait que Zhuo Si était un paresseux qui ne se souciait guère des responsabilités qui lui avaient été confiées. Il n’avait cependant pas imaginé qu’il serait aussi indolent que ce qu’il avait sous les yeux. L’Émissaire était allongé près d’une fenêtre, buvant et grignotant quelques amuse-gueules. Il se servait un verre tout en tenant de l’autre main un livre que Lu Yin ne reconnaissait pas. L’air satisfait qu’il affichait était difficile à associer à un puissant cultivateur. De toute évidence, il se fichait aussi complètement de la bataille qui avait impliqué près d’une centaine de ses subordonnés.
« Oncle Si, voici le nouveau frère qui vient d’arriver pour se faire enregistrer. À partir d’aujourd’hui, il sera l’un de mes subordonnés, sous les ordres de ma famille Wang ! » cria le gros homme.
Lu Yin leva les yeux vers Zhuo Si.
Zhuo Si vida son verre, puis se tourna vers le gros homme et lui lança un regard noir. « Quel “subordonné” ? Pour quoi tu prends cet endroit ? C’est la Porte de l’Humilité ! »
Le gros homme ricana. « Oui, oui. Oncle Si, dépêche-toi de vérifier son identité. Je veux qu’on remette mon nouveau frère en état. »
Zhuo Si soupira et observa Lu Yin. « Lève la tête. »
Lu Yin leva les yeux et soutint le regard de Zhuo Si.
À la vue de son visage, les pupilles de Zhuo Si se contractèrent légèrement, puis reprirent aussitôt leur taille normale. Il agita la main avec désinvolture. « Très bien. À partir de maintenant, il fait partie du district de Yinshan de la Porte de l’Humilité. »
Un insigne apparut comme par magie dans sa main. C’était celui de la Porte de l’Humilité.
« Prends soin de ton frère et n’oublie pas la leçon de la dernière fois », dit Zhuo Si avec désinvolture.
Le regard du gros homme se fit glacial. « Ne t’inquiète pas, oncle Si. Ce salaud de Mo Gaohe ne réussira plus. La prochaine fois qu’il cherchera les ennuis, je lui apprendrai à écrire le mot “mort”. »
Zhuo Si agita la main. Le gros homme entraîna Lu Yin à sa suite, et ils sortirent de la pièce.
Après le départ des deux jeunes, Zhuo Si fronça les sourcils et contempla par la fenêtre les nuages au loin. Impossible de savoir ce qui lui traversait l’esprit.
Lu Yin avait cru que le gros homme le conduirait dans les monts Yinshan, mais celui-ci l’emmena directement dans la ville de Yinshan, dans un bordel appelé Parfum Intérieur.
Partout, Lu Yin voyait des gens se gaver et festoyer. L’air était chargé d’innombrables parfums, et deux beautés raffinées vinrent rapidement s’installer à ses côtés. L’endroit était éblouissant.
Après avoir failli mourir le matin même en voyageant avec Long Xi, Lu Yin n’aurait jamais imaginé passer la soirée dans un endroit pareil.
Il déglutit. Cet endroit le rendait nerveux !
Il était évident que le gros homme fréquentait souvent Parfum Intérieur. Il avait invité plusieurs de ses proches compagnons à l’accompagner et finit par oublier complètement Lu Yin. Quand il reprit ses esprits, il vit que celui-ci buvait toujours à la place où on l’avait laissé, mais que les deux femmes qui lui tenaient compagnie étaient parties.
« Frère, qu’est-ce qui s’est passé ? Elles ne t’ont pas satisfait ? Tu as d’autres passe-temps ? Dis-le-moi. La ville de Yinshan n’est peut-être pas terrible, mais on y trouve tout ce qu’il faut pour manger, boire et s’amuser. Dis-moi ce que tu veux faire, et tu le trouveras ici. » Le gros homme se frappa la poitrine d’un geste rassurant, faisant trembler la graisse de son visage.
Lu Yin esquissa un sourire amer. « Je me suis lassé de m’amuser. Je n’ai plus envie de jouer. »
Le gros homme resta un instant bouche bée, puis dévisagea Lu Yin avant de finir par lui adresser un pouce levé. « C’est incroyable ! Hahaha, les frères, la prochaine fois que vous verrez Mo Gaohe sortir s’amuser, dites-lui ça ; on le laissera sans voix ! »
« On le laissera sans voix ! » reprirent les autres en trinquant.
Lu Yin ne comprenait pas ce qui les réjouissait tant. Le gros homme devait croire qu’il jouait la comédie, mais ce n’était pas du tout le cas.
« Frère, prends juste quelques jours de repos quand tu es fatigué. Tu ne peux pas ne pas avoir envie de t’amuser une journée ! Tu n’es pas eunuque. » Le gros homme lui tapa l’épaule pour l’encourager, puis passa à un autre interlocuteur.
Lu Yin pinça les lèvres et regarda dehors.
La plupart des visiteurs de la ville de Yinshan étaient des cultivateurs venus de loin, et bon nombre d’entre eux appartenaient à la Porte de l’Humilité : des bons à rien expédiés là par leurs propres puissances.
D’après le gros homme, la ville de Yinshan avait été fondée par les bons à rien des générations précédentes, envoyés dans les monts Yinshan. Ils voulaient un endroit où s’amuser à leur guise.
Quelques heures plus tard, le gros homme et les autres n’en avaient toujours pas fini. Ils entraînèrent Lu Yin dans une rue. « Frérot, je vais te faire visiter la ville de Yinshan. »
« Non merci. Je vais flâner un peu tout seul », répondit Lu Yin.
Le gros homme refusa. « Ça ne va pas être possible. La ville de Yinshan n’est pas un endroit où tu peux te promener comme ça. Mes hommes, les subordonnés de Wang Dashuai, sont cantonnés au nord de la ville, tandis que ceux de Mo Gaohe ne peuvent pas quitter le sud. Ne transgresse pas les règles, ou ça déclenchera une violente bagarre. »
Il se souvint soudain de quelque chose et serra les dents. « Il y a quelque temps, un nouveau venu qui ne connaissait pas les règles est allé dans le sud. Mo Gaohe l’a complètement humilié. Il a quitté le district de Yinshan dès le lendemain, et même la Porte de l’Humilité, à cause de ce monstre de Mo Gaohe. Fais ce que tu veux, mais ne le cherche pas. »
Lu Yin acquiesça. « Merci, frère Wang. »
Le gros homme agita la main. « Frérot, arrête d’être aussi poli. Ta famille Linjiang est amie avec ma famille Wang et, même si on ne s’est jamais rencontrés, nos familles ont des liens avec le Clan du Dragon Blanc. On prendra bien soin de toi, ici. »
« Wang Dashuai, tu n’as pas déjà assez de raisons d’avoir honte ? Tu as perdu le peu de respect que tu pouvais encore avoir dans le Royaume intermédiaire. » Une voix féminine mélodieuse s’éleva derrière eux, empreinte de mépris.
Le gros homme et Lu Yin se retournèrent. Une belle femme se tenait juste derrière eux. Elle les regardait avec mépris et dédain.
Elle était belle. Elle portait une tenue audacieuse et dégageait une impression de force. Ses jambes étaient fines et sa peau, d’une blancheur éclatante.
À sa vue, le gros homme changea aussitôt d’expression. Il afficha un sourire qui aurait paru plus naturel s’il s’était mis à pleurer. « Sœur… Sœur Yun, quand es-tu rentrée ? »
La femme ignora complètement Wang Dashuai et se tourna vers Lu Yin en fronçant les sourcils. « Tu es nouveau ? On s’est déjà rencontrés ? »
Le gros homme s’empressa de répondre : « Sœur Yun, c’est Linjiang Yi, du clan Linjiang. Il vient d’arriver dans mon district de Yinshan. »
Lu Yin fixa la femme. Il était certain de ne l’avoir jamais vue, mais éprouvait pourtant à son égard une aversion inexplicable. Il ignorait d’où lui venait ce sentiment.
La femme parut surprise. « Du clan Linjiang ? »
Son expression devint grave tandis qu’elle observait Lu Yin. Il lui semblait familier, mais elle ne parvenait pas à se rappeler où elle l’avait vu.
Lu Yin sourit et se présenta. « Je m’appelle Linjiang Yi. »
« On s’est déjà rencontrés ? » demanda la femme.
Lu Yin chercha dans sa mémoire. « Peut-être. Vous aussi, vous me semblez familière. »
La femme ne parvenait pas à se rappeler où elle avait pu voir Lu Yin. Elle se tourna donc de nouveau vers le gros homme. « J’ai appris que tu t’étais encore battu avec Mo Gaohe. Arrête de chercher les ennuis ! Tu es vraiment insupportable. »
Le gros homme s’empressa de répondre : « Non, non, ce n’est pas moi qui cherchais les ennuis ! Ce type voulait provoquer des problèmes parce qu’il avait des pensées malsaines à l’égard de Sœur Yun ! C’est carrément chercher la mort, non ? Il ne sait même pas quelle est sa place ! À part Bai Shaohong, personne dans toute la Secte du Givre Céleste n’est digne de vous, Sœur Yun. »
La femme renifla, passa devant les deux jeunes et les laissa derrière elle.
Après son départ, le gros homme jura avec véhémence. « C’est quoi, ce bordel ? »
Lu Yin resta interdit. Il avait cru que le gros homme était amoureux de cette femme. Pourquoi était-il contrarié, alors ? C’était un sacré retournement de situation.
« Frérot, retiens bien ça : dans les monts Yinshan, tu peux offenser n’importe qui, sauf cette femme », le prévint le gros homme.
Lu Yin devint curieux. « Pourquoi ? »
Le gros homme lui expliqua : « C’est Wang Yun, une autre membre de ma famille. Ses origines sont compliquées, mais Mo Gaohe est venu ici pour la courtiser. »
« Alors pourquoi est-elle dans le district de Yinshan ? » demanda Lu Yin. Cela lui semblait étrange : cette femme ne ressemblait clairement pas aux bons à rien qu’il avait rencontrés jusqu’ici.
Le gros homme répondit : « Je ne connais pas les détails, mais j’ai entendu dire qu’elle avait fait une bêtise et avait été condamnée à vingt ans dans le district de Yinshan. »
Vingt ans ne représentaient pas grand-chose pour un cultivateur, mais le fait qu’on ait envoyé cette femme ici pour la punir montrait que sa faute n’avait rien de mineur. Toutefois, la sanction et sa durée indiquaient aussi qu’elle avait des relations très influentes, qui lui avaient valu une peine bien plus légère que celle qu’elle aurait dû recevoir.
Il n’y avait aucun danger dans les monts Yinshan, et la ville de Yinshan n’était qu’un lieu de villégiature.
Tandis que Lu Yin visitait tranquillement la ville de Yinshan et discutait avec le gros homme, dans un coin sombre du Royaume intermédiaire, l’Ancien Qing Xing, de la Secte du Givre Céleste, leva la main lorsque ses cristaux de communication vibrèrent. Sur l’écran apparurent deux yeux sombres et étroits.
« La cible a rejoint la Porte de l’Humilité, alors le tarif a changé. Il a quintuplé. »
L’Ancien Qing Xing se mit en colère. « Vos assassins Sans-Royaume ont échoué, ce qui lui a permis de rejoindre la Porte de l’Humilité. Pourquoi devrions-nous payer plus cher à cause de votre incompétence ? »
« Vous nous avez fourni des renseignements inexacts. La cible n’est pas faible ; sinon, elle serait morte depuis longtemps. »
« Vous n’avez pas votre propre réseau de renseignement ? » exigea l’Ancien Qing Xing, furieux.
« Si nous devons mobiliser nos propres agents, le coût sera tout de même cinq fois supérieur au devis initial. Nous ne vous avons pas tenus responsables des mauvais renseignements reçus, alors que nous aurions dû exiger un dédommagement. »
La voix de l’Ancien Qing Xing se fit glaciale. « On dit que Sans-Royaume est l’organisation la plus digne de confiance. Je ne vois pas ce qu’il y a de fiable chez vous. »
« Ancien Qing Xing, pesez vos paroles, sans quoi Sans-Royaume vous donnera de quoi les regretter. » Les yeux longs et étroits s’assombrirent, leur regard se faisant plus intimidant.
Les yeux de l’Ancien Qing Xing vacillèrent. « Laissez-moi un peu de temps pour y réfléchir. »
« Compris. » L’image disparut.
L’Ancien Qing Xing serra les poings. Sans les objectifs de son Progéniteur junior, pourquoi aurait-il eu affaire à Sans-Royaume ? Ces vils assassins étaient capables de tout, et traiter avec eux revenait à jouer avec le feu. Pourtant, il n’avait pas le choix.
Après quelques instants de réflexion, l’ancien utilisa ses cristaux de communication pour appeler quelqu’un d’autre. Une jeune fille à l’air innocent apparut bientôt à l’écran. Elle n’avait rien d’autre qu’une jeune fille, et pourtant l’Ancien Qing Xing se montra extrêmement respectueux lorsqu’il lui parla. « Miss Yu Chen, Sans-Royaume réclame cinq fois le tarif initial. Je ne sais pas ce que le jeune maître souhaite faire. »
La jeune fille répondit d’un ton léger : « C’est parce que nous leur avons fourni de faux renseignements. Sans-Royaume demande un prix raisonnable. Toutefois, puisqu’il a rejoint la Porte de l’Humilité, nous ne pouvons plus le faire éliminer par Sans-Royaume. Si nous le faisons, le Progéniteur junior aura des ennuis lorsque la Porte de l’Humilité enquêtera. »
« Je vous en prie, conseillez-moi, Miss Yu Chen », dit l’Ancien Qing Xing.
La jeune fille répondit : « Vous n’avez plus à vous préoccuper de cette affaire. »
Sur ces mots, elle mit fin à l’appel.
L’Ancien Qing Xing resta un instant interdit, immobile, les yeux rivés sur ses cristaux de communication.
À l’autre bout de l’appel, la jeune fille appela aussitôt quelqu’un d’autre après avoir raccroché avec l’Ancien Qing Xing. Elle appelait Mo Gaohe.
Mo Gaohe n’avait pas un statut modeste dans la Secte du Givre Céleste, mais il n’occupait pas non plus une position élevée. Son influence se limitait aux disciples de la secte. Bien qu’il fût Chasseur, s’il cherchait à courtiser Wang Yun, c’était pour s’élever à un rang supérieur grâce à elle.
Les réflexions d’OMA
Traduit par : OMA
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Vérifié par : OMA