Chapitre 1 365
Long Kui rassura solennellement les deux jeunes gens : « Ne vous inquiétez pas, je resterai sur mes gardes pendant notre voyage dans les monts Yinshan, et un tel incident ne se reproduira pas. Une fois qu’il aura rejoint la Porte de l’Humilité, le Sans-Royaume exigera un prix bien plus élevé pour tenter de l’assassiner, et Bai Shaohong ne sera peut-être même pas disposé à le payer. Même si l’assassinat réussit, si la Porte de l’Humilité enquête, Bai Shaohong risque de ne pas pouvoir assumer les conséquences. Ce n’est pas quelqu’un d’irraisonnable. »
Long Xi hocha la tête.
Tous avaient conscience d’un détail, mais personne ne le mentionna : même si Bai Shaohong ne faisait pas appel au Sans-Royaume, il disposait d’autres moyens de s’en prendre à Lu Yin. Même après son entrée dans la Porte de l’Humilité, Bao Shaohong aurait encore diverses options à sa disposition, bien qu’elles soient considérablement limitées.
Long Xi était d’humeur maussade. Elle était épuisée, physiquement et mentalement, à force de repousser attaque après attaque. Leur fréquence croissante révélait l’ampleur du complot de la Secte du Givre Céleste contre le Clan du Dragon Blanc, mais aussi le mépris que la Secte éprouvait pour ce dernier. Qu’est-ce que cela signifiait ? Que la Secte du Givre Céleste se croyait assez puissante pour rompre l’équilibre établi entre les quatre puissances dirigeantes.
L’image d’une femme apparut dans l’esprit de Long Xi. C’était celle qui avait transformé la Secte du Givre Céleste. Elle s’appelait Bai Xian’er et se comportait comme si elle était supérieure à tout le Monde Perpétuel.
Les monts Yinshan<sup>1</sup> étaient aussi sinistres que leur nom le laissait entendre et presque entièrement déserts. Personne ne vivait dans les environs non plus, car la région était inhabitable. Le sol était couvert de marécages d’où s’échappaient des gaz nocifs. Des créatures nées dans ces marais infestaient les lieux et empêchaient les étrangers de pénétrer dans les montagnes.
La Porte de l’Humilité était une organisation dont les ramifications s’étendaient au loin. Elle comptait neuf Portes dans le Royaume intermédiaire, et celle du district de Yinshan était la plus petite. Si une Porte avait été établie dans ce district, c’était uniquement parce que la région était si vaste qu’aucune des huit autres ne pouvait aisément la couvrir. Cependant, elle ne l’était pas assez pour justifier l’installation d’une Porte supplémentaire chargée de la surveiller.
La région n’offrait rien de valeur, mais il aurait été déraisonnable de l’abandonner purement et simplement. Voilà pourquoi la situation dans les monts Yinshan était telle qu’elle était.
Pour beaucoup, le district de Yinshan était un endroit spécialement conçu pour les fauteurs de troubles et les enfants turbulents des familles puissantes. On y envoyait ceux qu’il fallait punir ou protéger.
Le district de Yinshan ne comptait qu’une seule ville : Yinshan. Contrairement à ce que Lu Yin s’était imaginé, elle était plutôt animée. La population comptait peu de gens ordinaires, mais surtout des cultivateurs. Les passe-temps les plus prisés des habitants étaient les plaisirs de la table, l’alcool, les femmes et le jeu. On pouvait trouver là presque tous les vices auxquels on s’adonnait dans le monde extérieur.
Toute la ville était vouée à soutirer de l’argent aux enfants gâtés envoyés dans cet endroit reculé, mais les étrangers pouvaient y entrer et en sortir librement. La Porte du district de Yinshan, affiliée à la Porte de l’Humilité, se trouvait dans un terrain vague à l’ouest de la ville.
Avant d’approcher des monts Yinshan, Gui avait déjà changé de taille. Il avait pris l’apparence d’une bête ordinaire de force équivalente à celle d’un Chasseur et n’attirait donc pas l’attention.
Gui se posa à l’ouest de la ville de Yinshan. Lu Yin sauta à terre, et Long Kui lui dit : « Je ne peux pas vous accompagner plus loin. N’oubliez pas : vous êtes désormais Linjiang Yi. Et ne vous mêlez pas des affaires de Zhuo Si. »
Derrière l’ancien, Long Xi regarda Lu Yin. « Ne vous faites pas remarquer et ne cherchez pas les ennuis. Dans six mois au plus, vous pourrez m’accompagner au Royaume supérieur. D’ici là, tâchez de rester en sécurité. »
Lu Yin hocha la tête. « Ne vous inquiétez pas, je serai sage. »
Gui s’envola bientôt. Après avoir posé ses quatre yeux sur Lu Yin, la bête fit demi-tour et s’éloigna. Lu Yin avait décelé de la pitié dans son regard : l’animal le considérait vraiment comme un simple jouet.
Lu Yin regarda Gui disparaître au loin, puis s’étira et prit une profonde inspiration. Qu’il était bon d’être libre !
Le sol sous ses pieds était noir et mou. Un simple coup d’œil suffisait pour comprendre que l’endroit n’avait rien d’accueillant.
Suivant le conseil de Long Kui, Lu Yin se dirigea vers la base de la Porte de l’Humilité, dans le district de Yinshan.
La base se trouvait dans une chaîne de montagnes inhabitée, où vivaient pourtant d’étranges créatures. Elles étaient toutes hideuses et restaient cachées dans l’obscurité toute l’année.
Lu Yin marcha longtemps à travers la chaîne de montagnes avant d’apercevoir enfin une grande construction au loin. Les bâtiments, bâtis autour des montagnes, semblaient enchâssés dans leur flanc. C’était la Porte du district de Yinshan, affiliée à la Porte de l’Humilité.
À l’approche de la Porte, le domaine de Lu Yin détecta de violentes fluctuations de l’énergie stellaire devant lui. Il ralentit et leva la main : des gens se battaient là-bas, près d’une centaine.
Lu Yin accéléra le pas.
Il traversa rapidement le terrain noir et aperçut bientôt des centaines de personnes qui se battaient et criaient devant la Porte du district de Yinshan. D’autres encore, au-delà du champ de bataille, désignaient la Porte du doigt. Certains, en revanche, ne prêtaient aucune attention à l’affrontement et se comportaient comme si la scène était parfaitement banale.
Lu Yin leva les yeux vers la Porte du district de Yinshan. C’était l’une des neuf Portes de la Porte de l’Humilité dans le Royaume intermédiaire ; elle comptait naturellement des Émissaires et des Éclaireurs dont la puissance atteignait entre 300 000 et 400 000. Lu Yin devait continuer à dissimuler ses origines, comme il l’avait fait auprès de Long Xi et Long Kui.
L’affrontement qui faisait rage en contrebas semblait violent, mais personne ne mourait et aucun combattant n’avait sorti d’arme. La plupart n’étaient que des Explorateurs ou de rang inférieur, bien qu’on vît aussi quelques Croiseurs, voire des Chasseurs.
L’espace de cet univers était incroyablement solide, tout comme le sol. Malgré le nombre de combattants, les dégâts restaient limités. Dans le Cinquième Continent, en revanche, une telle bataille aurait déjà détruit de nombreuses planètes.
L’attention de Lu Yin se porta sur le centre du champ de bataille, où deux jeunes hommes s’affrontaient. Leur duel semblait devoir décider de l’issue de la bataille.
Lu Yin vit l’un des deux jeunes hommes exécuter les Quatre Arts. C’était un gros homme au visage pâle. Il n’était pas laid, mais avait l’air particulièrement gras. « Mo Gaohe, aujourd’hui, ce beau gosse va te mettre au tapis ! »
« Idiot. »
Boumm !
Une détonation retentit. L’onde de choc distordit l’air et se propagea en repoussant tout le monde et tout ce qui se trouvait là à près d’un kilomètre. Les deux jeunes hommes étaient des Chasseurs.
La vitesse du gros homme fit regarder Lu Yin à deux fois. Elle était loin d’égaler celle dont Wang Yi avait fait preuve, mais dépassait tout de même de beaucoup celle de la plupart de ses pairs. Elle rivalisait avec celle de Yuhua Mavis et des autres, qui étaient des Éclaireurs, alors que l’homme que Lu Yin observait n’était qu’un Chasseur.
« Quatre Arts : Ours Imperturbable ! » cria le gros homme, tandis que ses muscles se développaient sur tout son corps. On aurait dit qu’il avait transformé toute sa graisse en muscles.
Face à celui qui avait été un gros homme, Mo Gaohe conservait une allure digne. « Défense du Dieu du Vent. »
À ces mots, son énergie stellaire forma un maelström qui l’enveloppa, parcouru d’éclairs et de tonnerre. La zone se brouilla, isolant le jeune homme.
Le jeune homme au teint pâle et au corps massif décocha un coup de poing qui frappa la tempête. Le sol se fissura. L’onde de choc se dispersa dans toutes les directions, arrachant des cris à la foule. La tempête était manifestement trop puissante : le gros homme ne parvint pas à retirer son bras et se fit aspirer par le maelström tourbillonnant. Mo Gaohe ricana et profita de l’occasion pour attaquer, une lame apparue dans sa main.
Le gros homme serra les dents et écarta les doigts. « Quatre Arts : Perle. »
Mo Gaohe ignorait ce qui avait été scellé, mais son corps s’effondra au sol. Avant de tomber, toutefois, sa lame fusa vers le gros homme.
La lame entailla le bras de l’homme pâle, et son sang se répandit sur le sol. Mo Gaohe, quant à lui, s’écrasa par terre, le visage rouge.
« Mo Gaohe, espèce de minable ! Tu sors même des armes ! » hurla le gros homme en lui décochant un coup de poing.
Mo Gaohe répliqua, furieux : « C’est toi, le minable ! Gros lard, tu as vraiment scellé mes jambes ! »
Mo Gaohe s’aida de ses mains pour reculer, incapable de bouger les pieds. La scène était assez comique. Le gros homme éclata de rire et frappa le sol du poing. La terre vola en éclats, et Mo Gaohe perdit connaissance sous le choc.
À cet instant, plusieurs personnes autour d’eux se mirent à attaquer le gros homme. Celui-ci rugit vers le ciel et frappa dans le vide. La force colossale de son poing déforma l’air, au point d’être visible à l’œil nu. Une onde de choc jaillit dans toutes les directions et projeta au loin ses assaillants.
Le gros homme ressemblait à un dieu de la guerre, et il déclencha les applaudissements de nombreux spectateurs.
Mo Gaohe était furieux. La Perle des Quatre Arts de la famille Wang était une technique répugnante. Elle pouvait sceller n’importe quelle aptitude ou force, et Mo Gaohe finissait à chaque fois par perdre contre le gros homme.
« Bon, arrêtez de chercher des ennuis aux gens. On s’en va ! » Une voix assourdissante résonna dans les environs.
Lu Yin se crispa. Cette voix appartenait à l’Émissaire responsable de la Porte de l’Humilité dans le district de Yinshan. C’était Zhuo Si, l’un des neuf Maîtres des Portes de la Porte de l’Humilité dans le Royaume intermédiaire.
Zhuo Si était le seul Émissaire de cette Porte.
Le gros homme rechigna, mais finit par s’abstenir de toute nouvelle action. Zhuo Si était paresseux et se souciait de peu de choses, mais quand il prenait la parole, tout le monde devait l’écouter : c’était le minimum de respect dû à un Émissaire.
Mo Gaohe put enfin bouger librement les jambes. Il se releva aussitôt et contempla ses paumes écorchées. Tout était la faute de ce gros lard. Quelle humiliation ! Les nouveaux chapitres paraissent d’abord sur novelрing.com.
« Mo Gaohe, tu as bien rigolé, pas vrai ? Hahaha ! » Le gros homme éclata de rire, bientôt imité par le groupe rassemblé derrière lui.
Mo Gaohe lâcha un reniflement méprisant, puis un sourire tordu se dessina sur ses lèvres. « Dis-moi, gros lard, tu es content ? La famille Wang va bientôt te mettre à la porte. C’est l’une des quatre puissances dirigeantes, et elle se vante depuis toujours de ne former que l’élite et de ne compter aucun bon à rien dans ses rangs. Et pourtant, te voilà. »
Le gros homme au visage pâle se rembrunit. « Et malgré ça, je suis cent fois plus fort qu’un bâtard comme toi. »
Mo Gaohe le fusilla du regard, et les gens rassemblés derrière lui se mirent eux aussi à regarder le gros homme et sa bande de travers.
« Capitaine, quelqu’un arrive », fit remarquer une personne derrière Mo Gaohe.
Les yeux de Mo Gaohe s’illuminèrent. Il leva la tête et vit Lu Yin approcher.
Au même moment, le gros homme remarqua lui aussi l’arrivée de Lu Yin, mais sa vue ne lui inspira guère d’enthousiasme.
Mo Gaohe regarda Lu Yin. « Frère, descends donc. Tu dois être nouveau dans les monts Yinshan. »
Lu Yin sauta à terre et se plaça entre les deux groupes. Il se tourna vers Mo Gaohe. « Le nouveau vient se présenter. Je compte sur vous, anciens. »
Mo Gaohe sourit. « Eh bien, d’après le règlement, tu fais désormais partie de mon équipe. Va te présenter au maître de la Porte. Au fait, comment t’appelles-tu ? »
« Linjiang Yi », répondit Lu Yin.
Mo Gaohe fut stupéfait par sa réponse. Linjiang ?
De l’autre côté du terrain, les yeux du gros homme s’illuminèrent. « Tu viens du clan Linjiang ? »
Lu Yin regarda Gros Frère Bai en souriant. « C’est bien ça. »
« Hahahaha ! Mo Gaohe, quel idiot ! Il appartient au clan Linjiang ! Comment veux-tu qu’il rejoigne ta stupide équipe ? Frère, viens avec nous. Tu es des nôtres ! » s’esclaffa le gros homme.
Mo Gaohe lança un regard glacial à Lu Yin, puis s’éloigna.
Intrigué par cet échange, Lu Yin s’approcha du gros homme.
Le gros homme était tout excité. « Frérot, ne te gêne pas ! Ici, c’est comme si tu rentrais chez toi ! Tu viens du clan Linjiang, donc ta famille dépend du Clan du Dragon Blanc. Ma famille Wang a toujours entretenu de bonnes relations avec ce clan. Alors, évidemment, tous ceux qui viennent du clan Linjiang rejoignent mon équipe. »
« Et les autres, c’est qui ? » demanda Lu Yin.
Le gros homme répondit : « L’idiot qui les dirige s’appelle Mo Gaohe. C’est un disciple de la Secte du Givre Céleste. »
Lu Yin fut surpris et se retourna pour regarder Mo Gaohe. Alors, cet homme venait de la Secte du Givre Céleste. Il ne s’était pas attendu à recroiser ces gens si tôt.
[1] Le « yin » employé ici est celui du yin-yang ; dans ce contexte, il signifie « sombre » ou « froid ». ☜
Les pensées d’OMA
Traduit par : OMA
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Relu par : OMA