Chapitre 1 360
À la vue de Long Kui et de Gui, les nouveaux venus les saluèrent avec le respect dû à des puissants.
« Arrêtez », ordonna Long Kui.
Tout le groupe s’immobilisa. L’homme corpulent qui se trouvait en tête lança un regard méfiant à Long Kui, puis salua de nouveau l’Émissaire. « Quel est l’ordre de votre aîné ? »
Long Kui fixa l’homme. « Reste ici. »
L’homme resta stupéfait. « Ce junior a-t-il commis une faute ? »
Long Kui répondit avec indifférence : « Je t’ordonne de rester, alors tu restes. Les autres font ce qu’ils veulent. »
Le visage de l’homme se renfrogna. « Aîné, mon équipe d’expédition a accepté une mission et nous devons nous rendre dans la troisième région pour l’accomplir. Sans ce junior, ils ne pourront pas réussir. »
« Ça ne me concerne pas. Assez de bavardages », répliqua Long Kui.
L’homme se sentit désemparé. Il n’était qu’un Éclaireur sur le point d’atteindre le seuil du rang d’Émissaire, mais l’écart de puissance entre lui et un véritable Émissaire restait immense, surtout face à quelqu’un comme Long Kui. Celui-ci pouvait le détruire en un instant.
« Ce junior peut-il demander à son aîné qui il est, afin de pouvoir fournir une explication à notre employeur ? » demanda-t-il à contrecœur.
Long Kui ferma les yeux. « Clan du Dragon Blanc. »
L’homme fut stupéfait, et le groupe derrière lui se mit à trembler, les yeux remplis de peur.
« Ainsi, votre aîné appartient à l’une des quatre puissances dirigeantes. Je vous prie de pardonner l’incompétence de ce junior, qui n’a pas reconnu votre identité. Puisque votre aîné m’a donné un ordre, ce junior n’ose pas désobéir. » Il se tourna ensuite vers le groupe derrière lui. « Je dois rester ici. Allez donc chercher dans la troisième région. Si vous ne trouvez rien, j’expliquerai la situation à notre employeur. »
Le groupe en discuta, puis finit par décider de poursuivre vers la troisième région. Il était difficile d’atteindre le Royaume inférieur, et tout le monde n’en était pas capable. Traverser le Pont Arc-en-ciel n’avait rien de facile non plus. De plus, la mission qui leur avait été confiée promettait une généreuse récompense ; ils n’étaient donc pas prêts à renoncer si facilement. Peu après, le groupe se mit en route vers la troisième région.
Long Kui ne les arrêta pas. S’il avait retenu cet homme, c’était uniquement parce qu’il était presque assez puissant pour devenir un Émissaire, ce qui aurait certainement compliqué les choses pour Long Xi, voire l’aurait mise en danger.
Long Kui ne craignait pas que Long Xi soit attaquée, mais que Lu Yin le soit et qu’il en meure. Il leur serait très difficile de trouver un remplaçant à Lu Yin.
La Secte du Givre Céleste n’était pas une puissance vertueuse, et Long Kui pouvait se permettre d’agir ainsi. Il était resté là pour empêcher des gens de passer. Qu’ils aient eu ou non l’intention d’attaquer Lu Yin, Long Kui comptait bien écarter toute menace.
Cependant, il existait plusieurs moyens d’entrer dans la troisième région, et Long Kui ne pouvait arrêter que les cultivateurs les plus puissants qui tentaient d’y accéder par cette direction. Il ne pouvait rien faire contre ceux qui empruntaient les autres entrées.
Depuis les temps anciens, le Clan du Dragon Blanc s’était hissé au rang de l’une des quatre puissances dirigeantes. Il n’y était pas parvenu en protégeant ses membres, mais en laissant chacun d’eux affronter des crises où sa vie était en jeu. Si Lu Yin venait à mourir, Long Kui ne pourrait tout simplement rien y faire.
Les ossements des morts jonchaient le Royaume inférieur. N’importe qui pouvait y mourir sans savoir comment ni pourquoi. C’était l’un des endroits les plus cruels du Monde Perpétuel.
Au même moment, dans le Royaume intermédiaire, une ville flottait haut dans le ciel, soutenue par une force inconnue. Elle se balançait lentement. Une chaîne aux maillons d’aspect étrange l’encerclait. Cet endroit était une prison volante appelée le Nid, où l’on enfermait uniquement les pires criminels.
Le Nid était constamment menacé par la mort. Une force inconnue empêchait toute la prison de s’écraser au sol, mais elle ne protégeait pas ses occupants des attaques des êtres vivants. De temps à autre, d’énormes créatures se ruaient donc dans la prison pour dévorer quelques détenus. Pour bien des créatures, c’était à la fois une prison et un buffet.
C’était la prison la plus cruelle qui soit.
Personne n’y tenait de registre des prisonniers, car des gens mouraient chaque jour et, chaque jour, d’autres y étaient amenés.
À cet instant, le vide se tordit dans un recoin du Nid, puis se déchira. Quiconque aurait assisté à la scène en aurait été terrifié : dans le Royaume intermédiaire, seuls les Émissaires et les puissants d’un rang supérieur pouvaient déchirer le vide. Pour le faire sans que personne s’en aperçoive, il fallait être bien plus puissant qu’un Émissaire. Il y avait certes de puissants cultivateurs dans le Nid, mais l’usage de la force y était interdit.
Une silhouette tomba du vide et atterrit au sol. Le vent des tempêtes qui balayaient cet endroit toute l’année avait depuis longtemps desséché la terre. La silhouette prit appui d’une main sur le sol et se releva. Où était-elle ?
À ce moment-là, un homme s’approcha, tremblant de terreur. La silhouette tourna les yeux vers lui et l’homme la regarda en retour. Ses pupilles se contractèrent aussitôt, puis il désigna quelque chose derrière la silhouette.
La silhouette se retourna et aperçut une énorme bête en forme d’oiseau qui fonçait sur eux, les serres ouvertes, prête à les saisir tous les deux.
Trois courants de qi tournoyaient autour de la silhouette. Ils fusèrent violemment et repoussèrent le monstre ailé.
La puissance du monstre équivalait à peu près à celle d’un Éclaireur de niveau trois cent mille, ce qui ne représentait aucune menace pour la silhouette. La bête n’eut donc d’autre choix que de battre en retraite. Un peu plus loin, l’homme poussa un soupir de soulagement en observant la silhouette. Son regard s’attarda sur les trois courants de qi qui tournoyaient autour d’elle et lui donnaient une allure surnaturelle.
Cette silhouette était Shang Qing.
Tout en essayant de se remémorer ce qu’Arch-Ancien Zen lui avait dit, Shang Qing contempla le lointain. Était-ce là le lieu légendaire situé au-delà des Trois Portes supérieures ? Celui où se trouvait la Matière originelle ? Celle-ci était indispensable pour espérer devenir un Progéniteur, et le seul moyen d’en obtenir consistait à rejoindre l’équipe d’un Progéniteur junior après le Festival de Yuanlun, puis à le suivre jusqu’à un endroit appelé le Royaume de la Domination. On disait que d’innombrables vestiges ravagés s’y trouvaient.
C’était là la récompense réservée aux finalistes du ZENITH. C’était pour cette occasion qu’ils s’étaient battus. Dans cet endroit, Shang Qing était un intrus et l’ennemi de tous. S’il se faisait repérer, il deviendrait aussitôt une cible.
Tout au long de l’histoire du Cinquième Continent, de nombreux talents sans pareils avaient été introduits clandestinement dans cet endroit, mais très peu étaient parvenus à en revenir.
Était-il près d’un Progéniteur junior ? Shang Qing se mit à réfléchir à la marche à suivre.
À une distance impossible à déterminer, un champ de blé d’une beauté éblouissante s’étendait à perte de vue. Vu d’en haut, on aurait pu distinguer divers motifs dans le champ, comme sur un dessin d’enfant. Qiu Shi y tomba, mais se rattrapa au dernier instant. Elle leva les yeux et distingua vaguement le Royaume supérieur, très haut dans le ciel. Elle vit aussi les étoiles au-dessus d’elle. C’était l’endroit situé au-delà des Trois Portes supérieures. Elle devait trouver un certain Progéniteur junior.
Le Royaume intermédiaire abritait la mer de Zhongping, et une étrange cité sous-marine se trouvait sous la mer du Milieu. Xia Luo tomba dans cette cité submergée.
Chacun des dix meilleurs candidats du ZENITH échoua dans le Royaume intermédiaire. C’était le seul endroit où ils pouvaient être envoyés : le Royaume inférieur était trop dangereux, tandis qu’ils auraient été repérés trop facilement dans le Royaume supérieur.
Liu Tianmu se tenait tranquillement au milieu de ruines. La tête baissée, elle examinait le sol brisé. Elle observait les dégâts laissés par une épée. Elle s’accroupit et posa les doigts sur la marque. Le bout de ses doigts trembla légèrement sous le coup de l’excitation tandis qu’elle percevait l’intention meurtrière terrifiante de l’épée. Il était possible que l’arme à l’origine de cette marque ait surpassé les Treize Épées.
Très haut dans le ciel, au loin, se dressait une immense stèle de pierre.
Yuhua Mavis apparut dans une rivière. Ce n’était pas une rivière ordinaire, mais un cours d’eau étrange, en forme d’anneau. Il encerclait des étoiles et semblait même relié à une étoile en particulier. La rivière où Yuhua Mavis avait surgi était peuplée de royaumes, de navires et de villes.
Yao Xuan apparut sur le Pont Arc-en-ciel et baissa les yeux vers la lumière jaune sous ses pieds. Il était quelque peu perplexe. Qu’est-ce que c’était que ça ? Une couleur ? Il ne se tenait ni sur le sol ni dans l’espace. Il se tenait sur du jaune, et pourtant une ville sans grand intérêt se trouvait à proximité.
Le Royaume intermédiaire abritait diverses familles puissantes, mais les Émissaires n’y étaient pas très nombreux. Certaines familles puissantes dépendaient des quatre clans dirigeants, tandis que d’autres s’étaient ralliées aux familles Nong ou Liu ; quelques-unes étaient restées indépendantes.
La famille Bei était l’une d’elles. Elle ne dépendait de personne. C’était une immense famille qui occupait un vaste territoire et pouvait se suffire à elle-même grâce à son Émissaire. Lisez ce roman sur novelping(.)com pour une expérience optimale.
À l’image des cultures qui existaient sur la Montagne Blanche, la famille Bei possédait elle aussi des étangs. Chacun abritait une civilisation. Certaines de ces civilisations avaient développé un système de cultivation. De temps à autre, des habitants de ces étangs, après avoir atteint un certain niveau de puissance, en sortaient et découvraient qu’ils n’étaient que des fourmis vivant dans un étang appartenant à la famille Bei.1
Dans certains étangs, des civilisations scientifiques et technologiques se développaient. Certaines évoluaient si rapidement qu’elles concevaient des vaisseaux spatiaux et parvenaient à sortir de leur étang.
Wu Taibai apparut dans l’un de ces étangs, où la civilisation s’était bâtie autour des sciences et des technologies.
Zhi Yi apparut sur une île magique. Cette île n’était faite ni de terre ni de pierre, mais de nourriture. Malgré le temps qu’elle avait consacré à la cultivation et les innombrables merveilles qu’elle avait vues à travers l’univers, elle n’aurait jamais imaginé qu’un jour elle se retrouverait sur une île faite de nourriture.
Le Héros de l’Alcool arriva dans une terre désolée. Elle n’apparut pas dans le Royaume intermédiaire, car elle pouvait lever les yeux et voir celui-ci. Elle avait atterri sur une planète située dans l’espace entre le Royaume inférieur et le Royaume intermédiaire. La planète était déserte, sa civilisation ayant été détruite par la guerre.
La dernière personne à avoir obtenu une place parmi les dix meilleurs candidats du ZENITH était Lumière Invisible. La Salle de l’Honneur avait d’abord voulu attribuer la dernière place à Starsibyl, mais elle avait refusé cette occasion ; il avait donc fallu lui trouver un remplaçant.
Lumière Invisible arriva dans une zone sombre et totalement inhabitée du Royaume intermédiaire. Il déploya pleinement son domaine, mais ne repéra pas âme qui vive. Il avait atterri au milieu d’un no man’s land.
Au même moment, Lu Yin ignorait que les dix meilleurs candidats du ZENITH étaient arrivés dans le même univers que lui. Il était arrivé avant les autres, mais se sentait profondément déprimé et offensé.
« Reste à l’écart et ne sors pas de ce cercle ! » La voix de Long Xi lui parvint de loin. Elle combattait alors une bête semblable à une grenouille à huit pattes, tandis que Lu Yin avait reçu l’ordre de rester dans un petit anneau.
L’anneau était un objet de puissance qui isolait le vide afin de protéger Lu Yin.
Dans le Monde Perpétuel, seuls les Émissaires et les puissants d’un rang supérieur étaient capables d’isoler l’espace. Cet objet avait été confié à Long Xi pour la protéger, mais il protégeait plutôt Lu Yin pendant qu’elle affrontait seule les monstres.
La bête qui ressemblait à une grenouille à huit pattes était difficile à maîtriser. Son corps était bariolé, et un simple coup d’œil suffisait à comprendre qu’elle était très venimeuse. Elle poussait aussi des cris étranges qui affectaient même Lu Yin, dont la force spirituelle était pourtant assez puissante pour lui permettre de tenir tête à Yao Xuan. Ces cris perturbaient également Long Xi. Elle leva la main et tenta d’utiliser le Dragon Blanc scrutant le ciel pour piéger la créature, mais son poison était si puissant qu’il vint à bout de la technique de combat et frappa Long Xi.
Elle se déplaça pour esquiver l’attaque du monstre, mais la bête ne tenta pas de l’attaquer à nouveau. Elle fixa plutôt Lu Yin, ouvrit la gueule et cracha un venin multicolore.
Lu Yin sentit un frisson lui parcourir le dos et fut tenté d’enfiler son armure universelle.
« Ne sors pas de l’anneau ! » Long Xi craignait que Lu Yin, effrayé par l’attaque, ne tente de s’échapper. Elle lui rappela donc de nouveau de rester à l’intérieur.
Lu Yin ne bougea pas et le venin s’écrasa contre l’anneau. Le vide se déforma, mais Lu Yin ne fut pas touché.
Il poussa un soupir de soulagement. Heureusement, les attaques les plus puissantes de cette créature ne dépassaient pas le niveau quatre cent mille, ce qui ne suffisait pas à briser l’anneau.
La bête était pourtant très étrange. Long Xi mit longtemps à la tuer. Elle était molle, mais aussi résistante. Même la lance de Long Xi ne parvenait pas à la transpercer. Finalement, elle réussit à lui enfoncer son arme dans la gueule et à l’achever.
Elle respirait difficilement lorsqu’elle rangea sa lance, et l’anneau retourna automatiquement dans son anneau cosmique.
Lu Yin s’approcha et lui tendit une bouteille d’eau.
Long Xi répondit froidement : « Non. »
[1] Ce passage n’est pas très clair ; OMA a donc apporté quelques précisions. De nombreux auteurs chinois utilisent l’image d’un « étang » pour représenter le monde ou l’univers connu. Ici, il s’agit d’un étang au sens littéral. En quelque sorte, la famille Bei élève des civilisations isolées dans un environnement qui ressemble à un laboratoire. ☜