Chapitre 1 355
Plus de dix cultivateurs montaient la garde devant la bibliothèque du clan, et l’un d’eux était même un Chasseur.
En voyant Lu Yin s’approcher, le Chasseur ouvrit la porte sans un mot.
Lu Yin entra seul dans la bibliothèque. Le bâtiment comptait des dizaines d’étages et ressemblait à une ville entière. Des centaines de millions de livres y étaient éparpillés, et plusieurs bibliothécaires y travaillaient.
Outre Lu Yin et les bibliothécaires, quelques personnes étaient également installées dans le bâtiment pour lire.
Lu Yin balaya les lieux du regard, choisit apparemment au hasard le livre le plus proche de lui et le feuilleta.
Du haut d’un des sommets de la Montagne Blanche, Long Kui observait la scène. Il vit que Lu Yin ne lisait que de banales biographies, et non des manuels d’entraînement aux techniques martiales. Quel dommage que la princesse ait vraiment si peu de chance.
Lu Yin ignorait que Long Kui l’observait, mais cela n’avait pas d’importance : il avait déjà deviné que quelqu’un devait le surveiller. Il avait délibérément évité les ouvrages consacrés à cet univers et choisi une biographie, car ce genre de livre lui permettrait tout de même de se familiariser avec cette nouvelle contrée, si étrange à ses yeux.
Peu à peu, Lu Yin commença à comprendre où il avait atterri.
Il apprit qu’il se trouvait dans un endroit appelé le Monde Perpétuel. Le mur qui se dressait au loin et lui bouchait la vue était en réalité un arbre immense, que tout le monde appelait l’Arbre-mère. Tout cet univers, y compris le Royaume intermédiaire où Lu Yin avait atterri et la masse terrestre qui s’étendait au-dessus de sa tête, reposait sur cet Arbre-mère. En dessous, à la base de l’arbre, se trouvait l’endroit le plus dangereux de l’univers, appelé le Royaume inférieur.
Lu Yin comprit aussi que chaque royaume était immense. S’il pouvait voir l’Arbre-mère, c’était uniquement grâce à ses dimensions colossales, qui lui permettaient de former une barrière masquant une partie de l’univers. Il apercevait également le Bifrost, un pont arc-en-ciel qui s’étendait à travers les trois royaumes.
Même un Émissaire avait besoin de beaucoup de temps pour traverser un royaume. Si les comparaisons de Lu Yin étaient justes, le Royaume supérieur, le Royaume intermédiaire et le Royaume inférieur n’étaient pas moins vastes que l’Outerverse du Cinquième Continent. Ils étaient même peut-être plus grands, puisque chacun possédait également un cosmos au-dessus de lui.
Lu Yin apprit aussi que l’arc-en-ciel au loin était la voie reliant les trois royaumes, et qu’un immense python s’était enroulé plusieurs fois autour de l’Arbre-mère. Depuis l’Antiquité, cet univers avait toujours compté des Progéniteurs, et la civilisation humaine avait reçu l’héritage de ces puissants êtres avant de s’établir autour de l’Arbre-mère pour survivre. Le python dormait la plupart du temps, mais il lui arrivait de se réveiller.
Lu Yin découvrit également qu’au sommet de l’Arbre-mère se trouvait le légendaire Royaume de la Domination. Plusieurs Progéniteurs puissants y vivaient, ainsi qu’un aigle gigantesque. Apparemment originaire d’une époque proche de celle de l’Ancêtre Python, l’aigle était en vie depuis l’aube de la civilisation humaine. Il passait le plus clair de son temps à dormir, mais on le considérait davantage comme une légende que comme une créature réelle, et beaucoup de gens ordinaires ignoraient jusqu’à son existence.
Lu Yin savait déjà que cet univers mesurait lui aussi la force en niveaux de puissance, selon un système identique à celui qu’il connaissait dans le Cinquième Continent. La différence, c’était que le Cinquième Continent utilisait des appareils pour mesurer les niveaux de puissance, tandis que les habitants de ces terres se servaient de cristaux de communication.
Il apprit également que beaucoup de gens de cet univers portaient les noms de famille Liu, Wang, Xia, Bai et Nong. Les quatre puissances dirigeantes étaient le Clan du Dragon Blanc, la Secte du Givre Céleste, le Ciel de Shenwu et la famille Wang.
La famille du maître de la Secte du Givre Céleste portait le nom de Bai, et la famille Xia supervisait le Ciel de Shenwu.
Le Royaume intermédiaire abritait le Jardin des Graines, placé sous la supervision de la famille Nong, tandis que la famille Liu gardait le Monument de l’Épée.
Mais il n’existait aucune famille Lu. Aucune. Nulle part. Pourquoi ? Lu était aussi un nom de famille primordial. Alors pourquoi n’y avait-il pas de famille Lu ?
Lu Yin parcourut de nombreuses biographies, mais dut se rendre à l’évidence : aucune famille ne portait le nom de Lu. C’était comme si ce nom n’avait jamais existé.
Ce n’était pas normal. Comment le nom de Lu pouvait-il ne même pas exister ? N’avait-il existé qu’à l’époque antique ? Non, ce n’était pas ça. Le Cinquième Continent reconnaissait clairement Lu comme l’un des noms de famille primordiaux. Alors pourquoi n’existait-il pas ici ?
C’était trop étrange. Lu Yin continua de feuilleter des biographies, mais n’y trouva toujours aucune mention du nom de Lu.
Il referma un livre et se plongea dans ses pensées.
Cet univers semblait témoigner un profond respect aux noms de famille primordiaux, alors que le Cinquième Continent leur était hostile. Il devait y avoir un lien entre les deux.
Cet univers pouvait-il être l’ennemi du Cinquième Continent ?
Lu Yin ne comprenait pas bien des choses, mais il devait arrêter de lire. Il avait déjà parcouru beaucoup de livres, ce qui ne ressemblait guère à sa paresse habituelle. Pourtant, plus les choses lui semblaient anormales, plus il se montrait prudent. Ce chapitre est d’abord publié sur novelping dot com.
Il commençait à penser que cet univers était bien plus dangereux que les Cinquième et Sixième Continent réunis. Il y avait ici un nombre inconnu de Progéniteurs, sans compter les nombreux puissants qui n’avaient pas encore atteint ce niveau.
Cet endroit était plutôt dangereux.
Il se demanda avec curiosité quel âge pouvait avoir l’Ancêtre Python. Combien de fois pouvait-il s’enrouler autour de l’Arbre-mère ? Cela voulait-il dire que cet ancien python était si long que son corps pouvait traverser les soixante-douze tissages de l’Outerverse ? C’était inimaginable.
Cette seule pensée lui donna le vertige. Il secoua la tête et sortit de la bibliothèque. Au moment où il s’apprêtait à partir, le garde Chasseur braqua son arme sur lui et lui ordonna : « Retournez à l’intérieur. »
Lu Yin fronça les sourcils. « Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Le garde répondit d’un ton raide : « Avant de partir, mademoiselle Xiao Qian nous a dit que l’oncle ne devait pas quitter la bibliothèque. »
Lu Yin se figea un instant. « C’est un ordre de la princesse Long Xi ? »
Le garde ne répondit pas.
Lu Yin était furieux. Il ne voulait pas faire trop d’histoires, mais il ne pouvait pas laisser un simple garde lui donner des ordres. S’il se montrait trop docile, cela éveillerait les soupçons.
Après un instant de réflexion, Lu Yin tendit la main, saisit la lance et y transmit cent cinquante Couches sous forme de vibrations.
Le garde était un cultivateur du Clan du Dragon Blanc, mais pas un membre du clan : c’était un simple cultivateur qu’on avait recruté. Comment un Chasseur ordinaire aurait-il pu résister aux cent cinquante Couches de Lu Yin ? La Voie des Couches superposées avait suffi à placer Lu Yin solidement dans le top dix de ZENITH, et même des Éclaireurs dotés d’un niveau de puissance de 200 000 ne pouvaient encaisser cette attaque.
Autrefois, la Paume du Vide de Lan Si avait été assez puissante pour s’attaquer à des Éclaireurs dont le niveau de puissance atteignait 300 000.
La longue lance vibra sous l’effet des cent cinquante Couches qui parcoururent sa hampe, et repoussa le garde. La main qui tenait l’arme fut blessée ; son poignet se tordit dans une position qui le força à lâcher prise. Il fixa Lu Yin avec stupeur.
Lu Yin saisit la lance et la projeta d’une main vers l’avant. Elle fendit le vide, et une violente onde de choc se répandit, repoussant tous les cultivateurs alentour et les faisant vomir du sang. Le Chasseur se précipita pour rattraper la lance, mais la force écrasante de l’arme le projeta à plusieurs milliers de mètres ; il s’écrasa au sol en même temps qu’elle.
Tout s’était déroulé en un instant, et personne, dans la bibliothèque, n’avait eu le temps de réagir.
Les gardes alentour étaient stupéfaits et regardaient Lu Yin avec surprise. Ils n’auraient jamais cru que ce nouveau gendre, qu’on disait faible, pouvait cacher une telle force. Il était assez puissant pour tenir tête à un Éclaireur, non ? Qui avait osé dire que ce n’était qu’un déchet ?
Lu Yin sortit de la bibliothèque, les mains croisées dans le dos. Son regard se posa sur le Chasseur, au loin. « Je peux partir, maintenant ? »
Le Chasseur était encore terrifié. Il se releva, le sang au coin des lèvres, puis s’agenouilla précipitamment. « J’ai été imprudent. Merci, jeune maître, de m’avoir épargné. »
« Merci, jeune maître, pour votre bonté. » Les cultivateurs autour de lui saluèrent Lu Yin d’un même geste.
À l’intérieur de la bibliothèque, beaucoup observaient Lu Yin de dos. Personne ne s’était attendu à ce que ce jeune homme, qui s’était plongé dans ses livres, ait aussi du répondant.
Au loin, l’expression froide et impassible de Long Kui s’adoucit légèrement. Le jeune homme avait encore un peu de cran. Une cultivation faible pouvait se compenser, mais sans courage, la princesse aurait une vie future bien misérable.
Xiao Qian arriva à cet instant et regarda avec surprise les gardes agenouillés devant Lu Yin. « Jeune maître, que s’est-il passé ? »
Lu Yin lança un regard froid à la servante. « Tu leur as ordonné de m’empêcher de quitter la bibliothèque ? » Retrouvez des mises à jour plus rapides sur novelping.com.
Xiao Qian secoua la tête. « J’ai demandé aux gardes de vous dire de m’attendre si vous vouliez partir, afin que nous puissions nous en aller ensemble. Je ne leur ai pas donné d’ordre précis pour vous retenir ici. »
Xiao Qian comprit enfin ce qui s’était passé et lança un regard glacial aux gardes alentour.
Ces derniers temps, beaucoup de gens, sur la Montagne Blanche, s’étaient moqués de Lu Yin en secret, affirmant qu’il était faible, incompétent et qu’il resterait soumis toute sa vie.
Xiao Qian était elle aussi très surprise. Elle avait également cru que Lu Yin était un homme faible et incapable, qu’on pouvait malmener à sa guise. Elle ne s’était pas attendue à ce qu’il se défende.
« Jeune Maître, je vais informer la princesse de cet incident, et elle s’en chargera », dit Xiao Qian, d’un ton bien plus aimable qu’auparavant.
Lu Yin acquiesça.
« Jeune maître, veuillez me suivre. La princesse a reçu une invitation, et le Progéniteur junior souhaite vous rencontrer », dit Xiao Qian.
Lu Yin haussa les sourcils. Progéniteur junior… Il comprenait enfin ce que signifiait ce titre. Il était réservé à une poignée de jeunes puissants que le Monde Perpétuel jugeait susceptibles de devenir des Progéniteurs. Ces jeunes étaient aussi ceux qui recevaient la part du lion des ressources de l’Arbre-mère. D’où leur titre de Progéniteurs juniors.
Le jeune homme qui désirait Long Xi était Bai Shaohong, le Progéniteur junior de la Secte du Givre Céleste. Le Clan du Dragon Blanc avait aussi son propre Progéniteur junior : Long Tian, le frère de Long Xi.
Lu Yin allait donc rencontrer son beau-frère aîné.
Dans ce Monde Perpétuel, les Arbres-mères vieillissaient eux aussi. Tout comme on mesurait l’âge des arbres ordinaires à leurs cernes, les Arbres-mères avaient les leurs. Mais ces cernes ne correspondaient pas à des années : ils marquaient des ères, et chaque ère ajoutait un cerne aux Arbres-mères. L’ère actuelle s’appelait Yuanlun, et on célébrait un jour particulier, le Festival de Yuanlun. Il portait ce nom parce que c’était le jour où tout le Monde Perpétuel désignait les jeunes susceptibles de devenir Progéniteurs juniors.
On ne désignait pas les Progéniteurs juniors chaque année, chaque siècle, chaque millénaire ni même tous les dix mille ans. Le seul moyen d’obtenir ce titre était de remporter la compétition du Festival de Yuanlun. Les livres n’indiquaient pas précisément pourquoi, mais cela semblait probablement lié aux Arbres-mères.
Un Progéniteur junior recevait des ressources inimaginables.
Le Festival de Yuanlun de l’ère actuelle s’était achevé depuis longtemps. Lu Yin ne pouvait donc pas participer, même s’il l’avait voulu : le calendrier ne jouait pas en sa faveur.
Peu après, Lu Yin aperçut Long Xi. Un jeune homme au visage séduisant se tenait devant elle ; ses traits étaient si parfaits qu’on aurait dit qu’un sculpteur les avait façonnés. Il ressemblait aussi un peu à Long Xi.
L’homme venait manifestement de se battre : ses vêtements étaient en lambeaux et plusieurs blessures bien visibles marquaient son corps. Toutefois, il ne s’agissait que d’une image projetée ; il n’était pas vraiment présent. Lu Yin ne pouvait pas évaluer la force d’une personne à partir d’une telle projection.
Son regard se posa instinctivement sur le poignet de Long Xi. Dans les Cinquième et Sixième Continent, les gens utilisaient des appareils, mais, dans le Monde Perpétuel, ils se servaient d’une pierre plate et ronde d’apparence très ordinaire. Lu Yin les avait déjà remarquées, mais ce n’est qu’après avoir lu les biographies qu’il avait appris qu’on les appelait des cristaux de communication et qu’elles remplissaient une fonction semblable à celle d’un appareil. En réalité, ces pierres étaient encore plus pratiques, car elles ne nécessitaient pas de réseau et la distance n’avait aucune incidence sur leur fonctionnement.
Ces pierres étaient propres au Monde Perpétuel, mais Lu Yin ignorait d’où elles venaient. Si possible, il espérait en rapporter quelques-unes dans le Cinquième Continent.
Les réflexions d’OMA
Traduit par : OMA
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Relu par : OMA