Chapitre 1 120
Lu Yin se tapa le front, plutôt désemparé. « Je n’arrive donc jamais à piller tranquillement. »
À peine eut-il prononcé ces mots qu’il se retourna et aperçut, sur le côté, un cultivateur qui sortait la tête.
Quand l’homme vit que Lu Yin l’avait repéré, il tenta un sourire obséquieux, puis s’empressa de faire demi-tour pour partir.
Lu Yin fila à sa poursuite. Lorsqu’il le rattrapa, il posa une main sur son épaule. « Mon frère, quelle coïncidence ! Combien de fois nous sommes-nous croisés, maintenant ? »
Ce cultivateur était Qian Zou. Il n’aurait jamais cru retomber sur le groupe de Lu Yin. Leurs rencontres étaient si fortuites qu’il commençait à se sentir nerveux.
« Euh… Je ne fais que passer, alors désolé si je vous ai dérangés, tous les trois. Enfin, je vais vous laisser, maintenant », dit Qian Zou à la hâte. Il jeta ensuite un coup d’œil aux sacs Montagne et Mers dans le dos de Noir et Blanc. Si sa mémoire était bonne, ils n’en avaient pas eu de semblables lors de leur première rencontre. Pourtant, ils en avaient maintenant qui débordaient. Le monde de la tablette ne contenait aucun trésor : ils avaient donc dû dépouiller d’autres personnes. Des bandits ! Des voyous !
Lu Yin resserra sa prise sur l’épaule de Qian Zou. « Mon frère, comment tu t’appelles ? »
Le cultivateur répondit d’une voix rauque : « Qian… Qian Zou. »
Noir parut surpris par sa réponse. « Tu cherches à te faire tabasser ? »1
Blanc serra les poings. « Alors, on va le tabasser. »
Qian Zou ouvrit grand la bouche. « Je ne cherche pas à me faire tabasser ! Je m’appelle Qian Zou ! »
« Tabassons-le », déclara Noir.
Blanc s’enthousiasma. « Tabassons-le ! »
Qian Zou était à deux doigts de pleurer : il ne pouvait pas battre ces deux gamins.
À cet instant, le monde de la tablette fut secoué par un changement majeur : une ville lointaine fut pulvérisée en un instant. La terre et le ciel se transformèrent, et le ciel, surtout, sembla se briser. D’innombrables silhouettes s’élevèrent dans les airs et foncèrent vers la ville en ruines, tandis que bon nombre de celles qui s’y trouvaient s’élancèrent vers les silhouettes célestes.
Au même moment, des silhouettes ombreuses se mirent à s’entretuer tout autour du groupe de Lu Yin.
Le petit groupe sursauta : un bouleversement majeur était manifestement en cours.
Le monde de la tablette perdurait jusqu’à ce qu’un jour ou un événement précis survienne, puis le cycle recommençait. Le groupe de Lu Yin ne s’était pas attendu à ce que la fin du cycle arrive juste à cet instant.
Un cri retentit au loin. Plusieurs cultivateurs, incapables d’éviter le chaos, avaient touché l’une des forces spirituelles résiduelles, attirant ainsi son attention. Cette force les tua sur-le-champ.
Lu Yin agrippa fermement Qian Zou et ils reculèrent. À l’endroit même où ils se tenaient quelques instants plus tôt, une attaque frappa et défonça le sol.
Qian Zou blêmit.
L’attaque était venue du ciel, et n’était qu’une onde de choc produite par un combat. Pourtant, sa puissance dépassait sans aucun doute celle d’un Éclaireur.
Le visage grave, Lu Yin leva les yeux vers le ciel. Une bataille ancienne se rejouait sous ses yeux : ce devait être la scène de l’invasion de cette ville.
Le maître de la ville fit une nouvelle apparition et déchira le ciel grâce à sa puissante technique du doigt. Mais une autre silhouette grise mit bientôt son corps en pièces. La force physique du vainqueur était si formidable que les cultivateurs qui assistaient à la scène en tremblèrent tous. Quand la silhouette fracassa le ciel, l’onde de choc de son attaque fit visiblement s’affaisser le sol.
Lu Yin saisit Qian Zou et battit rapidement en retraite. Noir et Blanc étaient toutes deux très rapides ; il n’y avait pas à s’inquiéter pour elles.
Derrière eux, devant eux et de tous côtés, des silhouettes humanoïdes grises s’affrontaient et s’entretuaient.
Ces silhouettes étaient toutes grises, et impossible de savoir d’où elles venaient. Cependant, celles qui attaquaient la ville employaient des techniques étranges, d’une nature particulièrement méprisable.
« C’est… c’est l’Alliance des Néohumains ! » Qian Zou, pétrifié de terreur, murmura sa découverte avec stupeur.
Lu Yin fut stupéfait. « Qu’est-ce que tu as dit ? L’Alliance des Néohumains ? »
Qian Zou hocha la tête. « Les silhouettes qui attaquent la ville sont des Rois Cadavres. Regarde leurs attaques ! »
À ces mots, Lu Yin comprit soudain qu’il avait raison : les attaques et les mouvements des humanoïdes qui assaillaient la ville étaient identiques à ceux des Rois Cadavres qu’il avait affrontés par le passé. Ces êtres se contentaient de foncer en avant en hurlant ; certains s’arrêtaient un instant, puis devenaient soudain bien plus terrifiants. Ce devait être la Transformation en Roi Cadavre.
Il s’agissait du récit d’une bataille ancienne. Le monde de la tablette se trouvait dans la Zone des Montagnes et des Mers ; en suivant cette logique, la bataille devait donc avoir eu lieu à l’époque où le Cinquième Continent comptait encore des Progéniteurs et où la Secte de la Source du Dao n’avait pas encore été détruite. Le Sixième Continent n’avait pas encore envahi le Cinquième, mais l’Alliance des Néohumains existait-elle déjà, même dans un passé aussi lointain ? Lu Yin se souvenait avoir entendu dire que l’Alliance des Néohumains avait été fondée après les Sept Cours.
Non, ce n’était pas ça. Lu Yin se rappela soudain quelque chose. Lorsqu’il avait visité les terres ancestrales de la Tribu aux Six Doigts, il avait vu une stèle gravée d’yeux écarlates aux pupilles verticales. Elle était d’une antiquité inimaginable et portait aussi certaines des inscriptions les plus anciennes qu’il eût jamais vues. Si l’Alliance des Néohumains était née après les Sept Cours, ces inscriptions n’auraient pas pu être aussi anciennes. En voyant la stèle et ces yeux rouges, Lu Yin avait déjà échafaudé une théorie : l’Alliance des Néohumains existait depuis une éternité. Il était possible qu’elle n’ait pas porté ce nom à ses débuts.
Toute la ville fut réduite en ruines, et Lu Yin entraîna Qian Zou avec lui, esquivant sans cesse les ondes de choc du combat. Bon nombre de cultivateurs avaient été repérés dans la ville et les silhouettes humanoïdes les tuèrent sur-le-champ.
« Des gens approchent au loin », murmura Blanc.
Lu Yin se retourna et vit de nombreuses silhouettes grises traverser le ciel à toute allure, en direction de la ville. L’une d’elles leva la main et exécuta une technique de combat que Lu Yin reconnut à sa grande surprise : la Griffe de la Bête céleste.
Lu Yin n’avait pas utilisé la Griffe de la Bête céleste depuis un bon moment. Il savait depuis longtemps que cette technique n’avait rien d’ordinaire ; sans cela, lorsqu’il l’avait utilisée au Belvédère des Étoiles, il n’aurait pas vu sa marque sur ce vaisseau de guerre antique. Pourtant, à mesure que sa puissance avait augmenté, cette technique était devenue plutôt faible comparée à ses autres attaques.
Il avait presque oublié cette technique et n’aurait jamais pensé la revoir dans le monde de la tablette.
La Griffe de la Bête céleste exécutée par cette silhouette ressemblait à la sienne, mais dès qu’il la vit, le rugissement d’une bête antique résonna aux oreilles de Lu Yin, avec une intensité bien supérieure à celle qu’il obtenait en utilisant la technique. On aurait dit qu’une bête gigantesque surgissait vraiment des temps anciens lorsque la griffe s’abattit.
La griffe balaya les environs et transperça de part en part l’humanoïde qui avait tué le maître de la ville.
Qian Zou pâlit et ses jambes se mirent à trembler.
Les yeux de Lu Yin s’embrasèrent tandis qu’il fixait la Griffe de la Bête céleste. Cette technique de combat était-elle donc si puissante ?
Une seule technique de combat avait pris pour cible tous les Rois Cadavres qui avaient tendu une embuscade à la ville.
À la suite de la Griffe de la Bête céleste, toutes sortes d’autres techniques de combat furent déchaînées. Chacune possédait une puissance inégalée, et certaines semblaient même plus puissantes que la Griffe de la Bête céleste. L’onde de choc de chaque attaque contraignait Lu Yin à esquiver tout en entraînant Qian Zou derrière lui. Heureusement, ils avaient déjà atteint les abords de la ville avant cette nouvelle salve ; sinon, ils n’auraient jamais pu s’échapper.
« Art des Étoiles ! » s’écria Noir.
Dans le ciel, d’innombrables orbes gris tournoyèrent, puis finirent par envelopper la ville et toute la voûte céleste. Ces étoiles provenaient en réalité de l’Art Cosmique, mais elles étaient grises, comme tout le reste dans le monde de la tablette.
Lu Yin était abasourdi : il y avait des milliers d’étoiles. Qu’est-ce que c’était que ça ? La ville n’y résisterait pas, et même toute une région de l’espace ne pourrait supporter une telle attaque. Alors, pourquoi une attaque pareille apparaissait-elle au-dessus d’une ville ?
L’Art Cosmique et la Griffe de la Bête céleste n’étaient pas les seules techniques à apparaître. D’autres combattants arrivèrent ensuite, déployant toujours plus de techniques différentes, chacune capable de détruire une région entière de l’espace. Pourtant, chaque attaque ne détruisait qu’une partie de la ville, et aucune ne parvenait à la raser entièrement.
Cette ville n’avait manifestement rien d’ordinaire.
Lu Yin s’agrippa à Qian Zou tout en esquivant sans cesse les différents humanoïdes gris et en fonçant hors de la ville.
Dans une autre direction, Dieu Taiyi s’enfuyait lui aussi. Il remarqua Lu Yin qui courait en tenant Qian Zou, Noir et Blanc juste derrière lui. Son expression changea et il s’éloigna aussitôt du groupe. Il ne voulait pas se retrouver mêlé aux affaires de Lu Yin.
Lu Yin avait en fait voulu saluer Dieu Taiyi, mais le voir l’éviter le contraria quelque peu. Il entraîna donc Qian Zou, Noir et Blanc à la poursuite de Dieu Taiyi.
Dieu Taiyi se retourna et, en voyant Lu Yin le poursuivre, resta un instant interdit. Il lui fit plusieurs fois signe des yeux de s’éloigner.
Lu Yin leva la main pour le saluer.
Dieu Taiyi fut furieux. Quel salaud !
À cet instant, Qian Zou eut lui aussi envie d’insulter Lu Yin, mais n’osa pas le faire. « Euh, mon frère ? Tu pourrais me lâcher, s’il te plaît ? Je peux me débrouiller tout seul. »
Lu Yin demanda : « Où un Explorateur comme toi pourrait-il se cacher ? Suis-moi tranquillement. Sinon, ne viens pas te plaindre si tu meurs. »
Qian Zou s’affola. « Mon… »
« Appelle-moi Septième Frère. »
« Euh… Septième Frère, lâche-moi. Je suis très rapide. »
« Aussi rapide que ces deux gamins ? »
Qian Zou jeta un coup d’œil à Noir et Blanc et réfléchit à la question. « À peu près. » Ce chapitre a été repris de novelping.com sans autorisation.
Lu Yin, étonné, détailla Qian Zou du regard. « Tu es aussi rapide que ces deux-là ? »
Qian Zou hocha sérieusement la tête.
Lu Yin lâcha le jeune homme. « Bonne chance. »
Au même instant, d’innombrables attaques grises tombèrent du ciel comme des météores, recouvrant entièrement la ville et la réduisant en ruines. Par réflexe, Lu Yin voulut saisir Qian Zou pour esquiver, mais celui-ci se déplaça d’un pas étrange. On aurait dit qu’il reculait, alors que son corps avançait et faisait onduler le vide. Sa démarche donnait l’impression qu’il se déplaçait dans le sens inverse, ce qui était extrêmement troublant.
Lu Yin fut surpris. Quelle sorte de technique de combat était-ce ?
Qian Zou ne mentait pas : il n’était vraiment pas plus lent que Noir ou Blanc. C’était le Pas Inversé. Autrefois, alors qu’il était encerclé par des ennemis, il avait eu la chance d’acquérir cette technique dans une maison de vente. Il s’en était ensuite servi pour échapper à de nombreuses situations dangereuses. Cette fois ne fit pas exception.
Le Pas Inversé de Qian Zou intriguait beaucoup Lu Yin, mais il n’avait pas le temps d’observer cette technique de déplacement en détail : toutes sortes d’attaques étranges balayaient la ville depuis le ciel. Un autre groupe d’humanoïdes gris venait d’atterrir et, à en juger par leurs attaques et leurs mouvements, il s’agissait encore de Rois Cadavres.
Qui savait pourquoi ils étaient si nombreux ici.
Un Roi Cadavre s’écrasa juste devant le groupe de Lu Yin, terrorisant Dieu Taiyi. Il s’enfuit aussitôt dans une autre direction, car l’humanoïde gris avait failli le percuter.
Le Roi Cadavre se redressa et poussa un grognement sur place. Son cri aurait dû être assourdissant, puisque le vide vibrait sous son hurlement. Mais comme il ne s’agissait que d’une force spirituelle résiduelle, aucun son ne se fit entendre.
Le groupe de Lu Yin esquiva une nouvelle attaque, mais alors qu’ils l’évitaient, le vide se fendit. Un doigt chargé d’une sensation indescriptiblement bizarre s’abattit. D’un seul doigt, il pulvérisa le Roi Cadavre.
Le visage de Qian Zou devint livide et il accéléra.
Lu Yin fixa ce doigt, les pupilles rétrécies : c’était le Doigt du Rêve ! Il en était certain, ce qu’il venait de voir était bel et bien le Doigt du Rêve.
Lu Yin cultivait depuis plus de douze ans et avait rejoint le Neoverse depuis l’Outerverse. Au fil de son périple, il avait eu l’impression de voir d’innombrables techniques de combat, dont bon nombre de techniques du doigt. Pourtant, il n’avait jamais vu le Doigt du Rêve ailleurs. Il s’était même discrètement renseigné pour savoir si cette technique était liée à son passé, mais n’avait obtenu aucune réponse.
Il n’aurait jamais cru voir cette technique dans le monde de la tablette.
Lu Yin fixa le vide derrière le doigt, désireux de découvrir qui avait utilisé le Doigt du Rêve.
Cependant, le vide se referma aussitôt, et Lu Yin ne put rien voir.
Lu Yin resta là, interdit, à regarder le vide qui s’était reformé devant lui. S’il parvenait à découvrir l’identité de la personne qui venait d’utiliser le Doigt du Rêve, il pourrait creuser son propre passé. Cela lui révélerait peut-être même une partie du mystère entourant ses souvenirs manquants.
Quelques cultivateurs réussirent à grand-peine à s’échapper de la ville. Tous se retournèrent et la virent réduite en ruines. D’innombrables humanoïdes gris s’enfuyaient dans toutes les directions ; ils ne représentaient que des habitants ordinaires et disparurent sous les ondes de choc des diverses attaques.
Cette bataille avait eu lieu dans l’Antiquité, et les habitants de la ville étaient morts depuis fort longtemps.
À l’extérieur de la ville, outre le petit groupe de Lu Yin, quelques autres cultivateurs avaient réussi à sortir, tous dans un état lamentable. Certains ne quitteraient jamais la ville.
Noir tira sur les vêtements de Lu Yin, qui suivit la direction indiquée par son doigt et aperçut Lei Nü et Qiu Shi.
De nombreux experts s’étaient rassemblés à cet endroit, mais Lu Yin ne vit aucun des Dix Arbitres.
Qiu Shi remarqua elle aussi Lu Yin, mais son expression demeura calme et elle continua de fixer la ville.
[1] Qian Zou signifie « chercher à se faire tabasser ». ☜
Réflexions de l’OMA
Traduit par : Choco
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Relu par : OMA