Chapitre 1 119
Lu Yin attrapa rapidement l’homme et lui sourit. « Frère, tu as l’air de bien t’y connaître. Partons ensemble. »
La bouche de l’homme tressaillit. « Non, inutile. J’ai quelque chose à faire, alors je vais y aller. »
« Laisse-moi te poser une question. Comment sort-on de ce monde des tablettes ? » demanda Lu Yin, intrigué.
L’homme répondit : « Il existe deux sortes de tablettes de pierre : l’une permet d’entrer, l’autre de sortir. Il te suffit donc d’en trouver une qui te permette de partir. »
Lu Yin resta interdit, puis une idée lui vint soudain. Il se retourna vers Black et White. « La pierre que nous avons trouvée tout à l’heure ne nous a pas permis d’entrer ici. Ça veut dire qu’on aurait pu s’en servir pour sortir ? »
Les deux garnements échangèrent un regard, puis acquiescèrent.
« Pourquoi vous ne me l’avez pas dit plus tôt ? » gronda Lu Yin entre ses dents.
« On a oublié », reconnurent-ils sans détour.
Lu Yin avait vraiment envie de donner une fessée aux jumeaux.
« Ah, à ce propos, il y a en fait pas mal de ces plaques de pierre dans ce monde des tablettes. Ce n’est donc pas impossible d’en trouver une. Bon, j’y vais. À plus ! » L’homme esquissa un sourire embarrassé et détala hors de l’auberge, terrorisé à l’idée que Lu Yin ne le retienne encore.
Lu Yin le regarda partir, quelque peu mécontent. Pourquoi était-il si pressé ? Une seconde… Cet homme avait eu l’air particulièrement paniqué. Peut-être cherchait-il quelque chose de précieux !
Lu Yin regarda Black et White, qui tournèrent simultanément les yeux vers lui. Ils échangèrent un regard, et une entente muette s’établit entre eux. Tous se levèrent pour poursuivre l’homme.
Qian Zou ne cherchait en réalité rien de précieux. Il voulait simplement mettre le plus de distance possible entre Lu Yin et lui, car il avait l’impression que les choses tourneraient mal s’il restait avec lui. Si Qian Zou se souvenait bien, le Deuxième Élu de la Salle de l’Honneur poursuivait Lu Yin, ce qui l’avait contraint à fuir dans le monde des tablettes. Qian Zou ne voulait pas qu’on le prenne pour un complice.
La première chose que fit Qian Zou fut de regarder autour de lui pour se repérer. Il se trouvait dans une ville, une vraie, ce qui signifiait qu’il devait bien y avoir un maître de la ville quelque part. En général, celui-ci était la personne la plus puissante du coin ; Qian Zou voulait donc voir s’il pouvait apprendre des techniques de combat auprès de lui. Cette simple perspective l’enthousiasmait, et le frisson de l’espionnage le parcourut, même s’il s’agissait d’espionner au grand jour.
Tous les cultivateurs qui entraient dans le monde des tablettes ne faisaient rien d’autre que d’épier ce qui s’y passait.
Quelles que soient les activités des forces spirituelles résiduelles, tant qu’ils ne faisaient aucun bruit, les cultivateurs pouvaient tout observer ouvertement, même quelqu’un en train de prendre un bain.
Un bain ? Qian Zou se figea soudain et se retourna lentement. Un sourire lubrique aux lèvres, il scruta les alentours avant de repérer enfin une maison de plaisir. Il déglutit, se lécha les lèvres et s’en approcha.
Derrière lui, Lu Yin et ses deux compagnons s’étaient dissimulés pour le filer. À la vue de son expression, ils comprirent aussitôt qu’il mijotait quelque chose de suspect.
Ils s’apprêtaient à se précipiter à sa suite quand, du coin de l’œil, Lu Yin aperçut soudain une traînée grise. Par réflexe, il agrippa Black et White. Devant eux, la silhouette d’un enfant traversa leur chemin.
Black et White sursautèrent, le visage livide.
Lu Yin fut lui aussi surpris. Il était déjà interdit de faire le moindre bruit dans ce royaume, et il était encore plus important d’éviter tout contact physique avec les forces spirituelles résiduelles. Lu Yin ignorait toutefois ce qui se passerait exactement si l’on enfreignait cette règle.
Au loin, Qian Zou était déjà entré dans la maison de plaisir.
En voyant où le jeune homme était allé, Lu Yin eut une drôle d’expression. Pourquoi ce type entrait-il dans une maison de plaisir ?
Il existait de nombreuses plaques permettant d’entrer dans le monde des tablettes et, depuis le début du tournoi de la Tour Astrale, de nombreux vortex étaient apparus dans toute la mer. Il y avait donc déjà pas mal de cultivateurs dans ce monde.
Tai Yuanjun, par exemple. Il était lui aussi entré dans le monde des tablettes et s’était rendu sans détour à la résidence du maître de la ville, par simple pragmatisme.
À cet instant, plusieurs autres cultivateurs se trouvaient dans la résidence du maître de la ville. Tai Yuanjun observait attentivement celui-ci, assis bien droit dans la grande salle, apparemment en pleine discussion avec ses subordonnés. Tous attendaient que le maître de la ville se mette à cultiver, car personne ne croyait qu’il ne le ferait pas.
Il faisait encore nuit noire, et les rues étaient donc peu fréquentées.
Lu Yin conduisit Black et White devant la maison de plaisir pour y jeter un coup d’œil. Ils y aperçurent aussitôt plusieurs silhouettes féminines, ainsi que quelques hommes. Une personne jouait clairement un rôle semblable à celui d’une maquerelle : elle se tenait à l’entrée, accueillant les visiteurs et leur faisant ses adieux.
Peu après, Qian Zou ressortit, l’air abattu. Épier ces forces spirituelles résiduelles ne servait à rien : il n’y avait rien à voir.
À la vue de son expression, Lu Yin comprit aussitôt pourquoi le jeune homme s’était éclipsé et conduisit rapidement Black et White ailleurs. Le suivre ne ferait que leur faire perdre du temps.
Lu Yin avait lui aussi pensé à se rendre à la résidence du maître de la ville. Il emmena donc Black et White à la recherche du plus haut bâtiment de la cité.
Dans la résidence du maître de la ville, ce dernier venait de terminer sa réunion avec ses subordonnés. Il renvoya tout le monde, puis se retira dans ses appartements pour se reposer.
Tai Yuanjun et une douzaine d’autres cultivateurs se tenaient dans la chambre, à observer le maître de la ville endormi.
Aux yeux des forces spirituelles résiduelles, Tai Yuanjun et les autres n’étaient guère que des fantômes. Découvrez les derniers chapitres sur novelрing.com.
Lu Yin arriva, accompagné de Black et White.
Il remarqua Tai Yuanjun, mais l’ignora et reporta son attention sur le maître de la ville endormi.
En voyant Lu Yin, Tai Yuanjun éprouva un profond dégoût. Il se déplaça aussitôt de l’autre côté de la pièce pour observer attentivement le maître de la ville.
La situation était assez étrange. On se serait cru dans un film, à observer la scène en personne. L’expérience était tout à fait singulière.
Aucun des observateurs ne savait de quelle époque dataient ces forces spirituelles résiduelles, ni pourquoi elles étaient devenues des vestiges qui répétaient sans cesse les événements de leur passé. Peut-être tout cela avait-il un rapport avec un Progéniteur.
Les Progéniteurs étaient capables de créer leur propre morceau de ciel, et le Progéniteur des Runes avait instauré « un ciel qui en recouvrait un autre ». Il n’était donc pas impossible qu’un autre ait créé ce monde.
Lu Yin se demandait pourquoi tant de cultivateurs s’entassaient dans la chambre du maître de la ville. On aurait dit qu’ils attendaient tous quelque chose.
Les forces spirituelles résiduelles du monde des tablettes répétaient sans cesse des cycles du passé. Quelque chose d’intéressant allait-il donc se produire ici ?
À cet instant, quelqu’un poussa Lu Yin dans le dos.
Lu Yin se retourna et vit une femme. Elle le regarda, puis désigna un côté de la pièce.
Lu Yin ne comprit pas.
Elle fronça les sourcils, l’entraîna sur le côté, puis leva les yeux au ciel.
Lu Yin pinça les lèvres. Ils étaient tous en train d’épier la scène. Est-ce que cela changeait vraiment quelque chose de se tenir à un endroit plutôt qu’à un autre ?
De l’autre côté de la pièce, un homme entraîna lui aussi Tai Yuanjun sur le côté. Celui-ci n’apprécia guère, mais ne protesta pas. Il connaissait manifestement les règles du monde des tablettes.
Au bout d’un moment, Lu Yin tourna brusquement les yeux vers l’extérieur de la chambre : plusieurs silhouettes venaient d’apparaître.
Ces forces spirituelles résiduelles n’avaient pas de lignes de runes ; il ne pouvait donc pas les repérer à l’avance.
L’une des silhouettes ouvrit la porte de la chambre sans un bruit et entra. Une épée apparut dans sa main tandis qu’elle s’approchait du maître de la ville. Sans la moindre hésitation, elle frappa. C’était une tentative d’assassinat.
Les cultivateurs observaient la scène avec excitation, et Lu Yin aussi suivait attentivement ce qui se passait.
Les spectateurs virent seulement le maître de la ville se lever brusquement, poser l’index et le majeur contre l’épée, puis faire tourner la lame. Celle-ci se tordit et se brisa, tandis que le reste de l’arme éclata et disparut. Le doigt du maître de la ville traversa le vide et frappa l’assassin avant de balayer l’espace sur le côté, libérant une puissante bourrasque qui arracha tout le plafond. Cette attaque fendit le ciel : un seul doigt avait déchiré le ciel tout entier.
Le cuir chevelu de Lu Yin s’engourdit. Même s’il ne pouvait voir aucune rune dans ce monde, la puissance de ce doigt le terrifiait. Son niveau de puissance dépassait sans aucun doute les 300 000, et avait peut-être même atteint les 400 000. Ce coup de doigt était incroyable ; il s’agissait forcément d’une puissante technique de combat.
Tous ces gens étaient venus ici pour observer cette technique de combat fondée sur le doigt !
L’échec de l’assassinat fit affluer de nombreuses autres silhouettes dans la chambre. Lu Yin et les autres se replièrent rapidement dans les coins, tous terrifiés à l’idée de toucher ces silhouettes.
Le maître de la ville sembla donner quelques ordres. On emporta ensuite le corps de l’assassin, puis il retourna se reposer.
Les cultivateurs présents quittèrent les lieux les uns après les autres, car il n’y avait plus rien qui mérite leur attention. Certains restèrent bien sûr dans l’espoir d’apprendre cette technique de combat.
Tai Yuanjun jeta un coup d’œil à Lu Yin avant de partir.
Lu Yin quitta lui aussi la résidence du maître de la ville avec Black et White. Une fois dehors, il leva les yeux vers le ciel. Cette technique de combat fondée sur le doigt était très puissante, mais ne l’attirait guère. Il possédait déjà le Doigt du Rêve et avait aussi appris les bases de la Touche du Doigt ; inutile donc d’en apprendre une autre du même genre.
Les cultivateurs qui avaient quitté la résidence du maître de la ville se dirigèrent tous dans la même direction.
Lu Yin se sentit attiré par la foule et les suivit.
Tai Yuanjun leur emboîta le pas, lui aussi.
Ces cultivateurs connaissaient sans aucun doute mieux le monde des tablettes qu’eux. En les suivant, ils pourraient peut-être assister à des choses intéressantes.
Au fil de leur marche dans la rue, les silhouettes des forces spirituelles résiduelles se multiplièrent rapidement, signe que le matin était arrivé en ville.
Black et White furent prises de peur. Tant de silhouettes grises se déplaçaient comme des fantômes, sans qu’on puisse distinguer le moindre trait de leur visage.
Lu Yin tenta de les rassurer, et elles restèrent juste derrière les autres cultivateurs.
Parmi le groupe se trouvait la femme qui avait entraîné Lu Yin sur le côté. Quand elle remarqua qu’il les suivait, elle lui lança un regard furieux et lui fit signe de partir.
Lu Yin sourit, mais continua de les suivre.
La femme se mit en colère et fit volte-face pour partir.
La foule arriva bientôt devant une vaste résidence. Une immense place s’étendait devant elle, où plusieurs silhouettes s’entraînaient au combat.
Les cultivateurs poursuivirent leur chemin et finirent par atteindre la partie la plus reculée de la résidence. Là, une silhouette solitaire cultivait et répétait sans cesse ses techniques de combat.
Les cultivateurs s’intéressaient tous beaucoup à cette démonstration et la regardaient avec enthousiasme.
Lu Yin secoua la tête : toutes ces techniques de combat ne lui servaient à rien.
Il conduisit Black et White hors de la résidence et retourna dans la rue, où il aperçut le cultivateur qui les avait introduits dans le monde des tablettes.
L’homme ne s’était jamais attendu à tomber par hasard sur le trio de Lu Yin dans cette rue. Il leur adressa un signe de tête distrait, puis accéléra le pas pour s’éloigner.
Le monde des tablettes était immense, et un vaste monde s’étendait aussi au-delà de cette ville.
De nombreux cultivateurs étaient entrés dans le monde des tablettes pour rechercher et observer la façon dont les différentes forces spirituelles résiduelles cultivaient. Ces observations pouvaient s’avérer très utiles, et certains récits rapportaient que des gens avaient effectivement compris certaines choses grâce à elles.
Lu Yin avait appris quelques trucs, mais n’avait vu que des techniques de combat qui ne lui servaient absolument à rien.
Black et White avaient très peur des fantômes et n’osaient pas parler.
Lu Yin et ses deux compagnons passèrent ainsi un demi-mois dans le monde des tablettes. Même s’ils n’y apprirent rien d’utile, ils croisèrent plusieurs personnes qu’ils connaissaient. À un moment, ils virent même Lei Nü.
Lei Nü n’osa toutefois pas attaquer Lu Yin dans cet endroit.
Lu Yin se méfiait beaucoup de Lei Nü. C’était une Éclaireuse, et elle n’avait certainement pas encore révélé toute sa puissance. Il n’avait pas oublié que la Salle de l’Honneur possédait ses propres techniques secrètes, dont il pouvait même exister plusieurs sortes.
« C’est vraiment trop ennuyeux. Lu Yin, partons », se plaignit White.
Black tira Lu Yin par la main et le regarda, les yeux pleins de larmes.
Lu Yin hocha la tête. « Moi aussi, je veux partir. Cherchons une plaque de pierre. Il n’était pas censé y en avoir beaucoup ici ? Pourquoi n’en avons-nous pas trouvé une seule après un demi-mois de recherches ? »
White leva les yeux au ciel. « On n’en a peut-être pas trouvé, mais ça ne veut pas dire que personne d’autre n’en a trouvé. »
Lu Yin comprit. « Je vois. »
Pendant les deux jours qui suivirent, Lu Yin et ses compagnons cherchèrent spécifiquement les cultivateurs qui possédaient des plaques de pierre. Il était impossible d’utiliser des anneaux cosmiques dans la Zone des Montagnes et des Mers, et tout devait être transporté sur soi. Les cultivateurs qui en possédaient étaient donc faciles à repérer.
Sous prétexte de chercher des plaques de pierre, le trio dépouilla plusieurs cultivateurs et en dévalisa en tout cinq.
White portait à présent une grande besace des Montagnes et des Mers, remplie de leurs prises des derniers jours. Un air satisfait se lisait sur son visage.
Black portait elle aussi une besace des Montagnes et des Mers et affichait un air ravi.
Derrière le trio gisait une plaque de pierre qu’ils venaient de jeter là.
« Allez, White, montre-moi ce qu’on a récupéré ces derniers jours ! » demanda joyeusement Lu Yin.
Black et White le regardèrent avec méfiance. « On partage pas ! C’est à moi ! »
Lu Yin resta bouche bée. « C’est à nous. »
« À moi ! » cria White.
Lu Yin ne sut que répondre. « Là, tu exagères. On a obtenu tout ça ensemble. »
« À moi ! » White ne céda pas.
Black s’interposa entre Lu Yin et White et lui lança un regard noir. Lu Yin eut une impression de déjà-vu : on aurait dit qu’il était le voleur.
Les réflexions d’OMA
Traduit par : Choco
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Vérifié par : OMA