Chapitre 1 118
Lu Yin réfléchit aux conséquences de la percée de Lei Nü au rang d’Éclaireur, puis fonça sans hésiter vers Noire et Blanche. « Fuyez ! »
Noire et Blanche clignèrent des yeux, avant de détaler avec encore moins d’hésitation que Lu Yin.
Lu Yin avait personnellement goûté à la vitesse de ces deux gamines ; il ne craignait donc pas que Lei Nü les rattrape.
Pourtant, tous trois l’avaient sous-estimée.
Tous les jeunes présents s’efforçaient d’approfondir leurs fondations au rang de Chasseur, afin de se préparer à celui d’Éclaireur. Si Lei Nü avait osé franchir le pas, c’était qu’elle avait déjà accumulé des bases solides. Dès qu’elle révéla sa véritable puissance, le combat fut donc terminé. Du moins, c’était ce qu’elle croyait.
Des ondulations parcoururent la mer, porteuses de la force hypnotique de cette Éclaireuse. Lu Yin se retourna et fut stupéfait par ce qu’il vit. Il déploya aussitôt toute sa puissance et rattrapa Noire et Blanche. Un Échiquier Astral apparut sous ses pieds ; Lu Yin se transforma en pièce, puis la déplaça.
Lu Yin saisit Noire et Blanche et disparut grâce à l’Art secret Ce. Lei Nü apparut soudain à l’endroit qu’il venait de quitter et regarda autour d’elle, stupéfaite. Lu Yin s’était déjà éloigné à toute vitesse et se dirigeait vers le tourbillon.
Lei Nü disparut à son tour, puis réapparut en se dirigeant vers le vortex.
Au fond du vortex, sur le lit marin, se trouvait une tablette de pierre couverte de mots indéchiffrables. Elle était identique à celle que Lu Yin avait ramassée plus tôt.
La vue de la tablette déçut Lu Yin. Il s’apprêtait à utiliser de nouveau l’Art secret Ce pour s’échapper quand, soudain, il vit un cultivateur apparaître à côté de la tablette. L’homme paniqua en apercevant Lu Yin, plaqua la main contre la pierre et commença à s’y faire engloutir. Lu Yin resta interdit. Qu’est-ce que c’était que ce truc ?
Noire et Blanche s’enthousiasmèrent et accélérèrent. Blanche agrippa le cultivateur en train de disparaître, qui s’étonna de ce qui lui arrivait. « Lâche-moi ! »
« Non, je veux aller dans le monde de la tablette ! » cria Blanche.
Noire s’excita à son tour. « Le monde de la tablette ! Le monde de la tablette ! »
Lu Yin ne comprenait pas ce que ces deux gamines cherchaient à faire, et encore moins comment le cultivateur avait failli se faire engloutir par la tablette de pierre. Complètement déconcerté, il se laissa néanmoins entraîner par Noire et Blanche, et tous trois disparurent avec le cultivateur qui venait de sortir de la tablette.
L’instant d’après, Lei Nü apparut au fond du vortex. La tablette de pierre était devenue grise, comme rongée par le temps.
Quand le vortex disparut, Lei Nü resta sur le lit marin, les yeux posés sur la tablette grise. Une trace de sang coula sous son masque. Elle provenait d’une blessure infligée par l’attaque de Lu Yin avec la Voie des Couches superposées.
Elle avait beau garder son calme, elle ne pouvait cacher son admiration pour la puissance de Lu Yin.
Lei Nü avait croisé les héritiers des Sept Cours et certains des Dix Arbitres. Pourtant, de tous ceux-là, elle jugeait que même l’Onzième Épée de Liu Tianmu n’était pas aussi redoutable que les techniques de Lu Yin. Du moins, Liu Tianmu n’avait jamais réussi à la blesser deux fois.
Lu Yin n’était qu’un Croiseur. Une fois devenu Chasseur, sa puissance ferait un bond considérable. À ce moment-là, même elle, une Éclaireuse d’élite, ne serait peut-être plus de taille face à lui.
L’Outerverse avait donc donné naissance à un tel génie.
Il fallait l’expulser de la Zone des Montagnes et des Mers, sans quoi il risquait de devenir une variable imprévisible dans la compétition pour le titre des Cinq Cosmiques.
…
Qian Zou était quelqu’un de bien, du moins l’avait-il toujours pensé. Quand il n’avait rien à faire, il aimait défendre la justice. En outre, il donnait souvent de l’argent aux personnes dans le besoin, une situation qui semblait se présenter fréquemment. Dans cet univers cruel, il n’était pas facile de trouver quelqu’un comme Qian Zou.
Bien sûr, faire le bien avait un coût. Il préférait donc mettre ses talents à profit pour obtenir des objets de valeur, histoire de ne pas avoir à en assumer lui-même les frais. Beaucoup auraient appelé ça du vol, mais ce n’en était pas vraiment. À ses yeux, c’était plutôt un art qui permettait de faire mûrir l’esprit.
Ceux qui avaient perdu leurs biens en tiraient une leçon, qui les aidait ensuite à mûrir. On pouvait donc aussi considérer cela comme une bonne action, non ?
Qian Zou ne se trouvait pas particulièrement beau, mais l’univers le traitait bien. Il repensa au jour où il s’était fait prendre en train de voler — euh, où on l’avait surpris à emporter quelques objets et où il n’avait pas pu se cacher. Après bien des difficultés, il avait fini par se dissimuler dans une maison de vente aux enchères. Par hasard, il y avait obtenu une technique de déplacement appelée « Pas Inversé ». Une fois qu’il l’avait apprise, il avait pu se tirer d’affaire.
Une autre fois, il s’était retrouvé encerclé par de nombreux adversaires, dont un vieil homme très puissant. Qian Zou s’était cru perdu, mais le jour même, les personnes qui l’entouraient avaient été attaquées par leurs propres ennemis. Elles avaient fini par être anéanties, et leurs adversaires l’avaient ensuite récompensé, comme si, sans lui pour retenir ce groupe, ils auraient tous réussi à s’échapper.
Et puis, un jour, alors qu’il vaquait simplement à ses occupations, quelqu’un l’avait pris pour l’héritier d’une secte. Qian Zou avait alors été accueilli dans une ville dérivant dans l’espace, où il avait mené une vie luxueuse pendant une douzaine de jours.
Attendez un peu, il y avait eu tant d’incidents de ce genre que Qian Zou ne parvenait même pas à tous s’en souvenir.
La situation actuelle ne faisait pas exception. Un jour, son vaisseau spatial avait suivi tranquillement sa route, puis il était entré par accident dans cet endroit et on l’y avait même poussé. Ce n’est qu’après y avoir pénétré qu’il avait appris qu’il se trouvait dans la légendaire Zone des Montagnes et des Mers, où l’on sélectionnait les Cinq Cosmiques.
En apprenant qu’il était entré dans la Zone des Montagnes et des Mers, Qian Zou s’était senti très excité, mais aussi très nerveux. Tous ceux qui pouvaient participer à la compétition de la Tour Astrale étaient de véritables monstres ; il n’aurait pas résisté à quelques coups de leur part. Heureusement, il était exceptionnellement rapide et pouvait toujours leur échapper. Ce chapitre a d’abord été publié sur novelping.com.
Après le début de la compétition de la Tour Astrale, il s’était débrouillé sans problème en se déplaçant dans la mer, mais il avait croisé des combats partout. Il y avait notamment un certain Lu Yin, particulièrement violent. Il pouvait se contenter de prendre les objets, alors pourquoi s’acharnait-il à rouer tout le monde de coups ? Un coup de pied sauvage avait failli faire mourir de peur Qian Zou ; sans sa vitesse, il aurait passé l’arme à gauche sur-le-champ.
Ce Lu Yin était vraiment un monstre, et sa force était si absurde qu’un simple coup de pied pouvait fendre le vide.
Heureusement, grâce à sa vitesse, Qian Zou échappait souvent au pire.
Mais il sentait que sa chance touchait à sa fin. Il suivait un courant marin quand il avait échoué par hasard juste devant une tablette de pierre à découvert. Il voulait simplement partir, mais il était alors tombé sur ce vaurien de Lu Yin. Pris de peur, il avait instinctivement voulu s’enfuir dans le monde de la tablette. Sauf que ce vaurien avait envoyé deux gamines le saisir, et Qian Zou avait fini par les entraîner tous dans le monde de la tablette. Fou de rage, il était persuadé que ce scélérat l’avait fait exprès.
…
Boum !
Lu Yin s’écrasa au sol, se releva aussitôt et observa les alentours. Tout ce qu’il voyait était gris, sans la moindre couleur. Des rues aux allures anciennes s’ouvraient dans toutes les directions.
En face de lui, Noire et Blanche tombèrent à leur tour. Elles se frottèrent la tête en se relevant. Le cultivateur qui les avait précédés observa aussi les alentours avec inquiétude, comme s’il était une espèce de voleur.
« Où sommes-nous ? » demanda Lu Yin.
« Chut ! »
À peine eut-il posé sa question que Noire, Blanche et le jeune homme levèrent aussitôt l’index vers lui pour lui imposer le silence.
Lu Yin cligna des yeux, complètement perdu.
Le cultivateur paniquait. « Ne faites pas de bruit ! Nous sommes dans le monde de la tablette. »
Lu Yin fronça les sourcils. « Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Le cultivateur resta bouche bée. « Tu ne connais pas le monde de la tablette ? »
Lu Yin secoua la tête.
À cet instant, des silhouettes floues apparurent au loin.
Le jeune cultivateur se précipita vers une partie de la rue qui ressemblait à un hôtel. Noire et Blanche le suivirent en toute hâte, et Lu Yin leur emboîta naturellement le pas.
Le petit groupe avançait vite, mais sans faire de bruit.
Ce qui surprit le plus Lu Yin, c’était que Noire et Blanche faisaient tout leur possible pour rester silencieuses. Ces deux gamines n’avaient jamais montré la moindre peur, mais cette fois, elles étaient très réservées et insistaient pour qu’il ne fasse pas de bruit. Tout cela était bien étrange.
Le cultivateur fit signe à Lu Yin de s’approcher et le fit asseoir. Noire et Blanche s’assirent aussi, gardant la bouche parfaitement fermée et se tenant irréprochablement.
Complètement perdu, Lu Yin s’assit à une table.
Il voulut poser une question, mais le cultivateur lui imposa de nouveau le silence avant de s’asseoir à la table. Il ne bougea ni ne parla, restant là comme une statue.
Le plus étrange, c’était que Noire et Blanche en faisaient autant.
Lu Yin déglutit, les cheveux dressés sur la tête.
Tout était gris ; il n’y avait pas la moindre couleur.
« Septième Frère, ce singe a un peu peur », dit le Singe fantôme.
Lu Yin l’ignora. Lui aussi commençait à paniquer. Il avait l’impression qu’ils allaient bientôt rencontrer un fantôme, ou que quelque chose les observait.
Il jeta un coup d’œil au cultivateur inconnu et vit que des gouttes de sueur perlaient sur son front ; son visage exprimait une terreur absolue.
Lu Yin regarda ensuite Noire et Blanche. Les jumelles semblaient elles aussi affolées. De temps à autre, elles jetaient un coup d’œil vers l’extérieur de l’hôtel.
Peu après, quelques silhouettes s’approchèrent de l’hôtel.
Lu Yin tourna les yeux vers elles et ses pupilles se contractèrent : ces silhouettes n’étaient pas humaines ! Elles ressemblaient plutôt à des ombres humanoïdes grises. Qu’étaient donc ces choses ? De véritables fantômes ?
Le cultivateur inconnu déglutit et donna un léger coup de coude à Lu Yin, essayant de lui faire détourner le regard.
Lu Yin l’imita, baissa les yeux et resta assis en silence à la table.
Les silhouettes passèrent lentement devant le bâtiment. On distinguait parmi elles un homme, une vieille femme et une autre qui ressemblait à une fillette. Ces trois silhouettes formaient une famille qui passait lentement devant l’hôtel.
Les quatre attendirent qu’elles s’éloignent et disparaissent. Quand le danger fut écarté, Noire et Blanche poussèrent un soupir de soulagement. « J’ai cru mourir de peur ! C’était dingue ! »
« Cinglé. »
Lu Yin regarda le jeune homme avec curiosité. « Qu’est-ce qui se passe ? »
Le cultivateur haletait, la voix tremblante de peur. « Nous sommes dans le monde de la tablette, dans la Zone des Montagnes et des Mers. Le senior qui t’a amené ici ne t’en a pas parlé ? »
Lu Yin secoua la tête ; Yuan Ke ne lui avait rien dit à ce sujet.
Le cultivateur avait l’air perplexe. « Ça n’a aucun sens, tout le monde est au courant. Même si ton senior ne t’a rien dit, tu devrais quand même connaître cet endroit. »
Lu Yin demanda : « Explique clairement. Qu’est-ce que le monde de la tablette ? »
Le cultivateur répondit : « Le monde de la tablette est un endroit étrange. On peut le considérer comme une dimension repliable. Personne n’y est réellement vivant ; il ne reste que des forces spirituelles résiduelles de morts. Les mêmes événements se répètent et tournent en boucle, sans fin, depuis d’innombrables années. Ici, tu ne dois faire aucun bruit : dès que les résidus de forces spirituelles te repèrent, tu dois affronter les attaques de tous ceux qui hantent ce monde de la tablette. On pourrait dire que cet endroit abrite les forces spirituelles résiduelles des gens ordinaires comme des puissances suprêmes. »
Lu Yin fut surpris. « Un endroit aussi étrange existe vraiment ? »
L’homme dit en toute hâte : « Parle moins fort ! Tu vas tous nous condamner ! »
Lu Yin regarda Noire et Blanche. « Pourquoi ne sommes-nous pas entrés dans le monde de la tablette quand nous avons touché la plaque de pierre trouvée plus tôt ? »
Noire répondit : « Certaines plaques de pierre permettent d’y entrer, d’autres non. »
« Pourquoi ne m’avez-vous pas parlé du monde de la tablette ? » demanda Lu Yin.
Blanche leva les yeux au ciel. « Qui aurait cru que tu ne le savais pas ? »
Lu Yin resta sans voix. Il semblait en effet que le monde de la tablette fût une notion élémentaire dans le Neoverse. Yuan Ke avait apparemment supposé que Lu Yin le connaissait déjà, d’où son silence.
« Beaucoup viennent dans la Zone des Montagnes et des Mers pour entrer dans le monde de la tablette. Les forces spirituelles résiduelles y répètent les mêmes événements sans fin. Même si un cycle prend un certain temps, certaines activités reviennent toujours : les occupations quotidiennes, les tâches banales, mais aussi la cultivation », expliqua le cultivateur.
Les yeux de Lu Yin s’illuminèrent. « Tu veux dire que, tant que nous ne faisons aucun bruit, nous pouvons observer n’importe qui ici ? Même si cette personne cultive, nous pouvons étudier tout son processus ? »
Le cultivateur acquiesça. « Tant que tu ne fais pas de bruit. »
Les yeux de Lu Yin s’embrasèrent. « Quelle est la taille de ce monde de la tablette ? »
Le cultivateur secoua la tête. « Je ne saurais pas te répondre, mais après un certain temps, les forces spirituelles résiduelles de ce monde recommencent leur cycle. L’étendue peut aussi changer. Retiens bien ceci : tu ne dois surtout pas faire de bruit. »
Lu Yin comprit.
Le jeune homme poussa un soupir de soulagement. Heureusement, il n’y avait pas eu trop de silhouettes de forces spirituelles dans la rue où ils étaient apparus. Sinon, ils n’auraient même pas eu le temps de tout expliquer avant que Lu Yin ne fasse du bruit.
Non, Qian Zou ne pouvait pas rester avec Lu Yin.
Après y avoir réfléchi, Qian Zou se leva et hocha la tête. Il voulait partir.
Les réflexions d’OMA
Traduit par : Choco
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Vérifié par : OMA