Chapitre 1 039
« Ça faisait longtemps, Lan Si », dit calmement la voix de Nightking Zhenwu à travers l’appareil.
Lan Si répondit tranquillement : « Je n’aurais jamais cru que, parmi les Dix Arbitres, tu serais le premier à m’appeler. C’est à propos de Lu Yin ?
Nightking Zhenwu esquissa un léger sourire. « Exactement. C’est bien de lui qu’il s’agit. Ne le sous-estime pas. Non seulement il possède une technique secrète qui lui permet de détourner les attaques, mais il maîtrise aussi très bien les méthodes de l’Origine des Dieux.
Cette nouvelle surprit Lan Si. « L’Origine des Dieux ?
— C’est ça. Tu as sûrement déjà entendu parler des méthodes de l’Origine des Dieux. Une civilisation a autrefois laissé derrière elle un héritage antique, et ses techniques permettent aussi bien de créer que de détruire. Des méthodes vraiment étranges et mystérieuses. Tu devrais te méfier, prévint Nightking Zhenwu.
Lan Si haussa les sourcils. « Tu m’as appelé juste pour me donner des informations sur le style de combat de Lu Yin ?
— Je sais que tu es sûr de pouvoir l’emporter, mais mieux vaut connaître un peu mieux son adversaire, répondit Nightking Zhenwu avec un sourire.
Lan Si répliqua avec arrogance : « Inutile. Je le découvrirai par moi-même. Prends soin de toi. » Sur ces mots, il raccrocha.
Lan Si détestait Nightking Zhenwu, qu’il trouvait trop perfide et dont les méthodes lui semblaient particulièrement sinistres. Le Clan de la Nuit et du Jour était déjà impitoyable par nature, et ses membres n’étaient pas du tout les bienvenus dans la Mer de l’Étoile Déchue. Parmi les autres Dix Arbitres, Lan Si n’avait pas de très mauvais rapports avec Nightking Zhenwu, mais ils n’étaient pas bons non plus.
À l’autre bout du fil, Nightking Zhenwu baissa son appareil. L’attitude de Lan Si était conforme à ses attentes, et tout se déroulait comme prévu. Il avait atteint son objectif.
Nightking espérait que Lan Si parviendrait à éliminer Lu Yin : cela lui éviterait d’avoir à s’occuper d’un problème de plus.
La planète Fleabane n’appartenait à aucune Trame en particulier et se trouvait entre la Trame de la Brume Sombre et la Trame de Bard. Ses caractéristiques les plus remarquables étaient sa proximité avec l’Astral River — c’était la planète habitable la plus proche — et ses paysages d’une beauté exceptionnelle. Bien qu’il ne s’agît que d’une planète, sa valeur intrinsèque avait éveillé la convoitise des puissances dirigeantes des deux Trames. Plusieurs milliards d’individus y avaient autrefois vécu, et bon nombre d’entre eux représentaient différentes puissances.
Malheureusement, une catastrophe naturelle qui avait provoqué une apocalypse avait entièrement submergé les terres sous la lave et les eaux, tandis que des gaz souterrains toxiques emplissaient l’atmosphère. À la fin, seuls des organismes terrifiants, capables de survivre dans ces conditions extrêmes, avaient peuplé la planète.
Si Lan Si avait choisi la planète Fleabane, c’était parce qu’à ses yeux, elle incarnait à la fois son passé glorieux et son avenir. C’était le cadeau qu’il comptait offrir à Lu Yin. Il ne voulait pas détruire tout ce que Lu Yin avait bâti, mais sa défaite lui porterait un coup terrible, et Lan Si le savait parfaitement.
Il espérait aussi que cette planète ferait comprendre à Lu Yin la situation dans laquelle il se trouvait.
Mais surtout, on pouvait voir l’Astral River depuis la planète Fleabane.
Deux jours plus tard, Lan Si arriva au-dessus de la planète Fleabane et pénétra dans son atmosphère. Il contempla les vagues déchaînées et le magma bouillonnant sur le fond marin, qui faisait bouillir les eaux de toute la planète. De temps à autre, d’étranges créatures jaillissaient à la surface, avant de se faire engloutir par des bêtes encore plus imposantes.
Pour les gens ordinaires, cette planète était totalement inhabitable.
L’arrivée de Lan Si rompit le fragile équilibre qui régnait depuis des temps immémoriaux sur la planète. Une hideuse fleur à cinq couleurs, hérissée d’épines, jaillit des fonds marins et se précipita vers Lan Si, tentant de l’avaler tout entier.
Son regard vacilla. Il bougea les doigts et projeta son énergie stellaire dans une déflagration qui fit trembler le vide lui-même. La fleur fut réduite en miettes, et toute la mer trembla avant de retomber dans le silence. Aucune autre créature n’osa provoquer Lan Si.
Lan Si se tenait au-dessus de la mer et fixait au loin l’énergie stellaire à peine visible, attendant Lu Yin en silence.
À cette heure, d’innombrables personnes étaient déjà arrivées au-dessus de la planète Fleabane, armées de toutes sortes d’appareils. Leur nombre ne cessait d’augmenter ; elles se massaient en plusieurs rangées tandis que les médias braquaient leurs caméras sur la planète, prêts à retransmettre ce combat historique.
Aucun des deux combattants n’était un Éclaireur, mais ils représentaient tout de même le sommet de la jeune génération.
Trois jours passèrent encore, et la foule rassemblée au-dessus de la planète Fleabane continua de grossir. De nombreux Chasseurs arrivèrent, ainsi que les dirigeants de diverses puissances de l’Outerverse. Des Éclaireurs les rejoignirent même, des êtres qui, à leurs yeux, étaient quasiment des légendes.
Mistchild, qui portait des lunettes, était également arrivée ; elle se dissimulait dans la foule. Elle contemplait la planète Fleabane. Depuis que Lu Yin avait unifié l’Outerverse, elle lui était moins utile et le voyait beaucoup moins souvent qu’auparavant.
Mu Nichang était également venue, mais pas pour voir Lu Yin. Elle était là pour Lan Si. Bien qu’elle fît partie de la Grande Alliance de l’Est, elle espérait le voir l’emporter sans subir de blessures graves.
Doro comprit les pensées de sa maîtresse et dit avec résignation : « Maîtresse, vous êtes trop éprise de l’Arbitre Lan Si. N’oubliez pas que vous êtes bien plus âgée que lui.
Mu Nichang leva les yeux au ciel. « Mon cœur est encore jeune.
Doro en resta bouche bée. Quelle mauvaise foi !
Un peu plus loin se tenait la vieille femme de la famille Nalan, qui était autrefois apparue pour protéger la frontière de la Trame sans fin. Elle observait calmement la planète Fleabane.
Son niveau de puissance dépassait les 300 000 et, en théorie, elle n’aurait pas dû se soucier de ce combat entre jeunes. Mais elle savait parfaitement que l’un ou l’autre de ces jeunes pourrait la dépasser sans peine en quelques années à peine. C’étaient de véritables monstres.
Au-delà des habitants de l’Outerverse, d’innombrables personnes de l’Innerverse suivaient également le combat.
Les Dix Arbitres n’étaient pas originaires de l’Outerverse, mais de l’Innerverse, où leur réputation d’invincibilité s’était également forgée.
De la Secte de l’Épée, du Clan de la Nuit et du Jour, de la Salle de Grade Divin, de la famille Wen et de l’Académie de Combat Astral aux autres puissances — comme la Zone de Flux du Venin, isolée, la Zone de Flux du Chaos, toujours en guerre, et la Mer de l’Étoile Déchue, en pleine reconstruction —, tous les regards étaient tournés vers cette planète.
La Mer de l’Étoile Déchue suivait tout particulièrement le combat, puisque Lan Si, l’un des Dix Arbitres, la représentait.
Pour des gens comme Mu Rong et Ling Que, ce combat n’était pas seulement décisif pour les Dix Arbitres : il montrait surtout à quel point Lu Yin les avait distancés. Peu de temps auparavant, tous trois rivalisaient encore à armes égales. À présent, ils ne voyaient même plus l’ombre de Lu Yin.
…
Un jour, au-dessus de la planète Fleabane, l’espace grouillant d’activité se vida soudain de tout bruit à l’approche d’un vaisseau spatial. Celui-ci s’effondra sur lui-même et fut rangé dans un anneau cosmique : Lu Yin était arrivé.
Tout autour de la planète Fleabane, une foule innombrable, des vaisseaux spatiaux et du matériel de retransmission emplissaient l’espace.
Lu Yin eut un sourire en coin. « Éloignez-vous.
Il n’avait prononcé que deux mots, mais tous s’empressèrent aussitôt de battre en retraite. Personne n’osa protester.
Voilà ce que lui conférait son statut de Chef de la Grande Alliance de l’Est. En théorie, tous ceux qui se trouvaient ici relevaient de son autorité.
« Chef de l’Alliance invincible ! » cria quelqu’un dans la foule.
Un nombre incalculable de voix reprirent bientôt le slogan. « Chef de l’Alliance invincible ! Chef de l’Alliance invincible…
Lu Yin s’en amusa. Il était fort probable que personne ici ne pensât qu’il puisse vaincre Lan Si, mais tant que l’issue du combat n’était pas connue, tous feraient de leur mieux pour le flatter.
Quant aux médias, ils étaient peut-être venus chercher un scoop, mais deux issues seulement étaient possibles. S’il l’emportait, ils le couvriraient d’éloges. S’il perdait, ils le couvriraient encore de louanges, mais sur un ton plus compatissant.
Peu importait le prix qu’il aurait à payer s’il perdait : il resterait le Chef de la Grande Alliance de l’Est, et personne n’oserait dire du mal de lui.
Voilà le pouvoir que lui conférait son autorité, celle qu’il avait tant cherché à obtenir. Même s’il perdait, l’univers entier s’efforcerait de le réconforter. Quoi que les gens pensent réellement, ils ne pourraient que lui adresser des paroles de consolation.
Lu Yin tourna les yeux vers la planète Fleabane, traversa le vide, puis croisa le regard de Lan Si. Les deux jeunes hommes y lurent la même volonté farouche de combattre. Ce chapitre a été repris sur novelping.com sans autorisation.
Ils avaient attendu ce combat plus de deux ans.
Lorsqu’il émergea du vide, Lu Yin descendit sur la planète Fleabane et atterrit à seulement mille mètres de Lan Si.
Lan Si le fixa sans se troubler. « Tu peux reconnaître ta défaite, et j’annoncerai publiquement que nous avons décidé d’annuler le match. Tu sauveras ainsi la face. » C’était la dernière porte de sortie que Lan Si était prêt à offrir à Lu Yin, car il espérait s’acquitter de la dette qu’il avait envers lui pour les avoir aidés à survivre. Sans les efforts de Lu Yin, Lan Si et les autres membres du Dojo des Trois Couches et du Dôme du Roi de la Mer auraient péri aux mains du Sixième Continent.
« Septième Frère, on ferait mieux de reconnaître notre défaite ? Tu es vraiment sûr de toi ? » demanda le Singe fantôme. Il avait vu les nouvelles capacités de Lu Yin, notamment lors de son récent combat contre le Petit Saint de la Flèche, où ils s’étaient affrontés à armes égales. Pour une raison qu’il ignorait, le singe avait l’impression qu’un Héritier du Royaume aussi puissant que le Petit Saint de la Flèche aurait moins de cartes cachées qu’un des Dix Arbitres. Peut-être les habitants du Cinquième Continent étaient-ils trop doués pour dissimuler leurs atouts, mais plus il observait Lan Si, plus celui-ci lui paraissait insondable.
Lu Yin, lui aussi, affichait un calme absolu. « Puisque nous avons déjà fixé la date de ce combat, je n’ai aucune raison de reculer.
Lan Si le regarda avec approbation. « Depuis que le statut des Dix Arbitres a été instauré, les challengers ont été de moins en moins nombreux, jusqu’à ce qu’il n’en reste presque plus. Tu devrais comprendre ce que signifie être sans égal. Même si nous appartenons à la même génération, nous sommes tous plus âgés que toi. En réalité, tu es vraiment sans égal parmi les gens de ton âge. Tu n’as donc pas besoin de te mesurer à nous.
— Tu as peut-être la force nécessaire pour rivaliser avec nous, mais l’écart entre nous et toi ressemble à celui qui te séparait de Mu Rong lorsque vous vous êtes affrontés. Il ne lui manquait presque rien, et pourtant tu l’as emporté. Cet écart est impossible à combler.
Lu Yin eut un léger sourire, tendit la main et contempla les lignes de sa paume. « Pas forcément.
— Nightking Zhenwu n’a pas réussi à te faire comprendre la différence ? demanda Lan Si.
Le regard de Lu Yin vacilla. Il releva les yeux vers Lan Si. « Je devrais le remercier. Sans lui, je n’aurais pas compris aussi clairement l’écart qui nous sépare.
Lan Si hocha la tête et répondit calmement : « J’ai dit tout ce que j’avais à dire. Puisque tu veux toujours te battre, je vais accéder à ta demande. Je rendrai un jour à ton Dojo du Mont des Trois Couches la bonté dont tu as fait preuve envers lui.
« Septième Frère, je crois…
Avant que le Singe fantôme ait pu finir, Lu Yin gronda : « J’arrive !
À peine eut-il prononcé ces mots que Lan Si apparut juste devant lui. « Tu l’auras voulu !
L’Arbitre abattit la paume avec un geste simple, sans la moindre fioriture. Voie des Couches superposées : Cent Couches, Paume de l’Onde de Choc aux Cent Coups.
Lu Yin fronça les sourcils : Lan Si venait de l’attaquer avec une Paume de l’Onde de Choc. Il leva lui aussi la main : Cent Couches, Paume de l’Onde de Choc aux Cent Coups.
Boum !
Une terrible explosion déchira le vide. Une immense fissure spatiale s’étendit depuis le point d’impact entre leurs deux paumes. L’une de ses extrémités fonça vers l’océan et engloutit l’eau et le magma, déchiquetant au passage toutes sortes de créatures étranges. L’autre fila dans l’espace et déchira le ciel.
Si Lu Yin n’avait pas ordonné à la foule de s’éloigner, certains auraient certainement été engloutis par la fissure spatiale.
Ce premier échange stupéfia de nombreux spectateurs, dont beaucoup en eurent le cuir chevelu engourdi.
Au-dessus de la mer de la planète Fleabane, le choc entre leurs paumes ne produisit pas seulement une fissure spatiale : les ondes de choc résiduelles de la Voie des Couches superposées, Cent Couches, se propagèrent également comme des rides. D’immenses vagues déferlèrent, tandis que le vide se fendait en plusieurs vagues successives. Une force colossale secoua toute la surface de la mer et, sous sa puissance, l’eau se mit à s’évaporer. Les gaz toxiques qui fuyaient des profondeurs formèrent alors un brouillard noir dans les airs. Le ciel s’assombrit.
Les deux jeunes hommes reculèrent au même moment, et Lan Si lança : « Encore !
Le même spectacle se répéta, mais cette fois, l’Arbitre n’utilisa pas Cent Couches. Il passa à Cent Vingt Couches.
Lu Yin savait déjà que Lan Si avait dépassé les Cent Couches. En fait, grâce à sa force physique, il pouvait lui aussi dépasser les Cent Couches. Malheureusement, personne n’avait pu l’aider à déduire d’autres couches, et il n’y était pas parvenu non plus tout seul.
Face à la frappe de paume plus puissante de Lan Si, Lu Yin descella son sable du destin, libérant une force colossale. Il répondit par la même paume aux Cent Couches qu’auparavant, mais cette fois, son attaque renfermait une puissance bien plus terrifiante, suffisante pour compenser l’écart de vingt couches.