Chapitre 103
Coco ouvrit la bouche, comme si elle voulait dire quelque chose, mais finit par se taire. En regardant autour d’elle, elle remarqua que le bras droit de Lu Yin saignait. « Oh, tu es blessé. »
Lu Yin baissa les yeux et haussa les épaules. « Rien de grave, ce n’est qu’une égratignure. »
« Laisse-moi te soigner, proposa-t-elle aussitôt. Sinon, tu risques une infection. L’univers regorge de maladies étranges qui peuvent te coûter la vie si tu n’y prends pas garde. »
« Ce n’est pas si grave », répliqua Lu Yin en haussant un sourcil.
« Je ne plaisante pas. Une toute petite blessure peut un jour entraîner la mort de quelqu’un », affirma Coco avec sérieux.
Les médecins aimaient-ils faire peur aux gens ? « D’accord, tu veux me soigner ? »
« Bien sûr ! » Les yeux de Coco s’illuminèrent et elle sembla soudain être une tout autre personne. Lu Yin eut un mauvais pressentiment, qui se confirma l’instant suivant : une seringue de trois mètres apparut dans la main de Coco, stupéfiant Lu Yin et Lulu. L’aiguille, longue d’un mètre, brillait froidement dans la pénombre de la grotte. La seringue était remplie d’un étrange liquide vert qui le terrifia. Le cuir chevelu de Lu Yin le picota ; il recula instinctivement. « Qu’est-ce que tu fais ? »
Coco serra la seringue contre elle et le regarda avec enthousiasme. « Te soigner. Allez, une piqûre et ce sera réglé ! »
Lu Yin s’étrangla avec sa salive et refusa aussitôt. « Inutile, je peux me débrouiller seul. Pas besoin de me soigner ! »
Coco s’agita. « Laisse-moi te soigner, tu ne pourras pas guérir complètement tout seul ! Il y aura des séquelles, et s’il y a d’autres complications, il sera trop tard. Allez ! »
Lu Yin recula encore un peu et insista : « Inutile, je peux m’en occuper seul. »
Coco fit claquer sa langue et contempla à contrecœur son épaule tandis que la seringue disparaissait. « Oh. »
Ce n’est qu’alors que Lulu parvint à réagir. « C’est ton don inné ? »
Coco retrouva son air timide et adorable, puis hocha la tête. « Mm. Mon don inné permet de soigner les blessures, mais personne ne me laisse l’utiliser. »
Lu Yin leva les yeux au ciel ; ce truc aurait pu le transpercer et lui ôter la vie. Il fallait être idiot pour accepter qu’elle l’utilise sur soi. C’était bien plus terrifiant qu’une épée.
« Ton don inné est vraiment unique ! » s’exclama Lulu, ce qui lui valut un rire gêné.
La conversation fut brusquement interrompue par le rugissement d’une bête, qui passa à proximité avant de filer au loin. Lu Yin jeta un coup d’œil dehors et se demanda comment Schutz et les autres s’en sortaient sur la voie des Melders. Cette petite Gerlaine avait eu le bon sens de renoncer à l’épreuve ; sinon, Lu Yin se serait retrouvé avec un fardeau de plus.
……
La voie des Melders avait subi une vague de bêtes semblable, et Gerbach n’avait pas eu de chance. Une bête mutante l’avait blessé dès le début ; s’il ne s’était pas bien caché, il aurait déjà servi de repas. Yan Gang était dans la même situation : tous deux avaient donc pratiquement échoué.
Au loin, Tianming s’était barricadé dans une vallée avec un énorme rocher et avait réussi à éviter la vague de bêtes. Mais il avait eu autant de malchance que Gerbach : il était tombé sur quelqu’un qu’il ne voulait pas voir, Silver Tiger, un jeune expert de la secte des Neuf Couches de la Trame de Grandtop. Cet homme était aussi son ennemi.
Silver Tiger fixa Tianming avec enthousiasme. « Je ne pensais pas te rencontrer ici. J’ai appris que tu étais devenu maître de salle à l’Académie Yu. Félicitations. »
Tianming prit un air grave. « Je ne pensais pas te retrouver ici, moi non plus. Je vais enfin pouvoir me venger. »
Silver Tiger ricana. « Te venger ? Quelle blague. Tu n’es qu’un déchet expulsé de la Porte des Neuf Couches. Tu as essayé d’apprendre la technique des Trois Couches, mais tu n’as réussi qu’à en maîtriser trois. L’Empire du Grand Yu a vraiment accepté un minable comme toi ? Je vais les débarrasser de toi aujourd’hui. »
Le jeune homme décocha alors une frappe en direction de Tianming, l’énergie se condensant dans son coup. Tianming, sur ses gardes, riposta. Des ondes de choc fissurèrent le sol à trois reprises. C’était les Trois Couches. Mais l’instant d’après, Tianming plissa les yeux, une douleur aiguë lui traversant la main. « Tu as vraiment compris la quatrième couche ! »
Silver Tiger éclata d’un rire dément. « Un déchet comme toi ne pourra jamais me comprendre. La quatrième couche ? Je vais te faire désespérer ! »
Une nouvelle vague d’énergie terrifiante déferla. La cinquième couche brisa la main droite de Tianming et le frappa au ventre. Il fut projeté contre le flanc de la montagne et cracha du sang. Silver Tiger resta sur place et le regarda froidement. « Tu étais un déchet à l’époque, tu l’es toujours aujourd’hui. Je vais t’expédier dans l’autre monde. »
Tianming cracha du sang et leva la main gauche, qu’il transforma en griffe. Celle-ci déchira l’air en rugissant. La Griffe de la Bête céleste engloba tout dans un rayon de cent mètres ; une soif de sang oppressante écrasa les rochers et le sol de la vallée. Silver Tiger fut stupéfait par la quarante-troisième forme de la Griffe de la Bête céleste. Il ne put parer l’attaque, tandis que des bêtes volantes s’écrasaient les unes après les autres depuis le ciel. Toutes les créatures dans un rayon de cent mètres furent broyées. Les vêtements de Silver Tiger furent déchirés, révélant quatre profondes blessures à son épaule droite. Quand il releva la tête, Tianming avait disparu.
« Tu ne t’échapperas pas ! » Silver Tiger bondit, mais une ombre le recouvrit. Une énorme patte velue balaya l’endroit et lui transperça le corps. Celui-ci se désintégra en poussière ; seule sa tête retomba dans la vallée. La dernière chose qu’il vit fut Tianming, grièvement blessé, caché sous les ruines de la montagne.
Tianming fixa la tête qui le dévisageait avec colère et esquissa un sourire amer. Il s’était vengé, mais son examen s’arrêterait là. Quant à savoir s’il survivrait, cela dépendait de la volonté du ciel.
……
La vague de bêtes dura toute une journée, mais cette seule journée avait suffi à transformer l’examen en enfer pour les cultivateurs. Les bêtes pouvaient surgir à tout moment pour leur ôter la vie, et chacune était aussi puissante qu’eux. Même les plus forts devaient fuir les innombrables créatures et ne pouvaient que regarder leurs amis, leur famille et leurs compagnons périr. Ils ne pouvaient que trembler dans un coin tandis que l’apocalypse faisait rage au-dehors.
Quand la vague prit fin, les soleils furent libérés et brûlèrent de nouveau la terre. Cette fois, cette chaleur accablante apportait une douceur qui remplaçait le froid meurtrier de l’hiver. Lorsque Lu Yin et ses deux compagnes sortirent de la caverne, l’odeur de terre cuite se mêlait à celle du sang.
Coco renifla et pâlit. « Des milliers de personnes ont dû mourir dans les environs. » Même le sommet juste en contrebas était jonché de nombreux cadavres mutilés.
Cette épreuve ressemblait au purgatoire et rappela à Lu Yin le test d’évolution de la Terre. Combien de personnes s’étaient changées en zombies en un instant ? Combien étaient mortes dans la gueule des bêtes mutantes ? Combien d’élèves puissants avaient péri ? Les puissants de l’univers se souciaient davantage de cultiver leur force que de préserver leur vie. Les faibles finissaient toujours en proie.
À présent, la chaleur ne pouvait dissiper le froid qui s’était installé dans le cœur de certains, comme Raas. Il avait été complètement terrorisé et avait échappé de justesse à la vague ; tout ce qu’il voulait, c’était rentrer dans l’Empire du Grand Yu.
« Ceux qui ne souhaitent pas poursuivre l’examen, criez trois fois : “J’abandonne !” Les autres devront subir trois attaques ; rien ne garantit qu’ils y survivront. » La voix résonna dans le vide, traversant les dix voies et les cieux alentour. Ceux qui l’entendirent changèrent d’expression. Ces trois attaques étaient-elles inévitables ?
Trois attaques ? Lu Yin leva la tête, tandis que Coco tremblait, au bord des larmes.
« J’abandonne, j’abandonne, j’abandonne ! » Un cri retentit depuis un rebord montagneux en contrebas. Le jeune homme hurla si fort qu’on aurait dit qu’il craignait de ne pas être entendu.
« J’abandonne, j’abandonne, j’abandonne ! » cria bientôt quelqu’un d’autre.
« J’abandonne, j’abandonne, j’abandonne ! » « J’abandonne, j’abandonne, j’abandonne ! » « J’abandonne, j’abandonne, j’abandonne ! »
Les voix retentissaient de plus en plus loin sur la voie, mais beaucoup refusaient encore de reconnaître leur défaite. Cette épreuve réunissait les élites de diverses factions, et nombre de participants ne manquaient pas de volonté. Un jeune homme juste en contrebas du sommet avait déjà perdu sa jambe droite, mais ses yeux brûlaient toujours de passion.
« Tu ne vas pas abandonner, Coco ? » demanda Lulu.
Coco regarda le ciel avec crainte, puis secoua la tête. « Je ne veux pas. Maître m’a dit que la Salle de Windrift ne comptait aucun lâche. »
Lu Yin la regarda et se prit soudain d’un vif intérêt pour ce maître. Pendant ce temps, Coco repéra le jeune homme en contrebas du sommet et s’empressa de proposer : « Il s’est cassé la jambe, laisse-moi aller le soigner. »
« Tu vas lui faire peur », remarqua Lulu.
Coco prit un air innocent. « Je veux l’aider. »
« Laisse-le », ajouta Lu Yin.
Coco se sentit lésée, mais regarda, hébétée, tout devenir silencieux. Lu Yin et Lulu s’écartèrent sans un mot et levèrent les yeux vers le ciel. C’était une épreuve où personne ne pouvait les aider ; ils devaient se préparer et affronter seuls les attaques imminentes.
Lu Yin prit une profonde inspiration. Une étrange impression de danger l’envahit alors qu’une attaque invisible s’abattait du vide. La force déchira le sommet de la montagne, mais Lu Yin l’évita grâce à l’Éclair Blanc ; Lulu, tout près, en fit autant. Coco, en revanche, n’était pas assez rapide. Elle fit réapparaître sa seringue, la plaça au-dessus de sa tête et se recroquevilla. L’attaque invisible s’abattit avec férocité et l’enterra à plusieurs mètres sous terre, mais quand Lu Yin et Lulu regardèrent dans sa direction, elle allait parfaitement bien. La seringue avait bloqué l’attaque.