Chapitre 74
Traducteur : thursdays Éditeur : Sasha
4.
« Il fait froid. »
C'est ce que pensa So Baek-hyang au milieu d'un champ enneigé.
Enseveli sous la neige blanche, le monde était incolore, inodore et silencieux.
Le monde n'était qu'une feuille de papier froide et vierge.
« Il fait froid… »
Sa chair était froide. Ses os étaient froids. Même son sang était froid.
So Baek-hyang réfléchissait.
« Mon ventre est engourdi. »
« Mère ? »
« Je crois que mes organes internes sont remplis de glace. »
« Mère. »
« Il fait trop froid ici. »
Elle pensait, encore et encore. À force de réfléchir, ses entrailles se mirent à geler de plus en plus. Finalement, ses pensées et même sa tête devinrent froides.
Froid.
Un autre monde froid.
La silhouette de sa mère.
Combien de temps s'était écoulé ?
-……Hum.
Le silence se brisa.
-C'est étrange. Très étrange.
L'odeur revint.
-Cela fait déjà dix jours qu'il a neigé ici. La neige atteint au moins un mètre cinquante. Comment cet enfant peut-il encore respirer ?
Finalement, même le paysage incolore se fragmenta.
So Baek-hyang regarda devant elle avec ses yeux d'enfant. Un vieil homme se tenait là. Il avait creusé la neige et fait du bruit. Lorsqu'il saisit son poignet, il dégageait une odeur de vieillard. Les yeux de l'homme qui l'observaient étaient noirs.
-Tu n'es pas une enfant ordinaire.
Ce vieil homme était un vieux maître de magie.
-Tu es née de la glace et de la neige. Le froid du monde fera bientôt partie de ton énergie. De plus en plus curieux. Une gamine qui passe dix jours enterrée dans un champ de neige et qui en ressort ainsi… On dirait une histoire tirée d'un livre !
-……
-Enfant. Quel est ton nom ?
So Baek-hyang entrouvrit les lèvres.
-Je ne sais pas.
Elle ne parvenait pas à se souvenir de son nom.
-Quel âge as-tu ?
-Je ne sais pas.
-Comment as-tu fini dans ce champ de neige ?
-Je ne sais pas.
-……
Elle ne se souvenait de rien.
Il faisait froid. Ses pensées avaient gelé, sa tête et sa capacité à réfléchir avaient gelé, et tous les mots dans son esprit et son cœur semblaient être figés.
-Pauvre petite. Une enfant déjà livrée aux éléments…
Le vieux maître gémit.
-Cependant, tu es le réceptacle parfait pour apprendre les arts martiaux. Le Maître de la Mer du Nord te prendrait même s'il devait payer un milliard de pièces d'or. Quel destin merveilleux ! Mais dans quel but ? Notre école sera-t-elle un cadeau pour toi, ou seras-tu un cadeau pour notre école ? C'est très difficile à évaluer avec mes vieux yeux.
So Baek-hyang ne comprenait pas. Depuis le début, elle saisissait à peine ce que disait le vieil homme. La personne en face d'elle utilisait des mots trop compliqués pour elle.
Frou-frou.
Le vieil homme caressa les cheveux de So Baek-hyang.
-Enfant. Veux-tu me suivre ?
-……
-Je te donnerai à manger et un endroit où dormir.
Ces mots-là étaient faciles à comprendre.
Alors qu'elle hocha lentement la tête, le vieil homme reprit la parole.
-Tu ne sens rien. Puisque tu n'as pas de nom et que tu ignores ton lieu de naissance, tu es probablement une enfant née de la neige. Je te donnerai mon nom de famille. Et je t'appellerai Baek-hyang, le parfum de la neige blanche.
Le parfum de la neige.
-À partir de maintenant, tu es une élève de la Secte Démoniaque, So Baek-hyang.
So Baek-hyang resta silencieuse un moment.
Puis, elle demanda :
-Où vais-je ?
Le vieux maître sourit.
-C'est un endroit où les enfants comme toi se rassemblent.
5.
« —C'est impossible ! » s'exclama la Démon Céleste.
« Je n'ai jamais eu de disciple de ma vie. Même si le monde est devenu corrompu, mes règles restent inchangées. Une disciple ?! Absurde ! »
La grotte avec la source chaude.
Nous avions quitté le champ enneigé pour rejoindre le bastion des derniers survivants de ce monde. La Démon Céleste et le Seigneur du Murim avaient été surpris de voir qu'il restait des survivants, mais ils nous avaient accueillis comme des invités.
Cependant, ils ne nous acceptaient qu'en tant qu'invités.
Il semblait que la Démon Céleste n'avait aucune intention de me prendre comme disciple.
« Hé. Seigneur Démon. Pourquoi être si avare ? »
À côté, le Seigneur du Murim mâchouillait une barre énergétique.
« Je suis heureux que les enfants de l'extérieur aient survécu. Et non seulement ils ont survécu, mais ils ont traversé des conditions difficiles pour être enseignés par vous. C'est méritoire et assez charmant. Pourquoi restez-vous si rigide ? »
« C'est méritoire et charmant. »
La Démon Céleste émit un grognement méprisant.
« Même ainsi, les règles pour accepter un disciple sont strictes ! Dans notre école, nous n'acceptons pas les gens sans discernement. Seuls les enfants abandonnés par leurs parents et par le monde peuvent entrer dans le Culte Démoniaque. »
« Tsk, tsk. Vous me traitez toujours de vieux fossile dépassé, mais vous êtes bien plus discriminatoire que moi. »
Le Seigneur du Murim secoua la tête.
« Enfant. Tu as entendu ce qu'elle a dit. Pourquoi ne pas laisser tomber ces vieilleries du Culte Démoniaque et me prendre comme maître ? Je suis Namgung Un. Je suis issu du grand clan Namgung et je suis le chef de la famille Taesang, ainsi que le dirigeant de la Secte Juste. Si tu deviens mon disciple, je te traiterai avec une grande affection— »
« Pourquoi dites-vous que vous ne pouvez pas m'accepter comme disciple, Démon Céleste-nim ? »
Demandai-je en ignorant le vieil homme. Le Seigneur du Murim fut un peu choqué, s'exclamant : « Quoi ! Se pourrait-il que mon nom ne soit pas connu dans le monde extérieur… ?! » C'était un peu pathétique, mais je n'y fis pas attention.
La Démon Céleste fronça les sourcils.
« Ne viens-je pas de le dire ? Seuls les enfants abandonnés par le monde peuvent entrer dans l'école. »
« Le monde a changé », répondis-je.
« Les gens se sont transformés en Jiangshi à cause d'une maladie mystérieuse. Les sectes et les familles du monde du Murim ont toutes été détruites. Puisque le monde a abandonné les humains, nous sommes tous abandonnés par le monde. Que cela vous plaise ou non. »
« Démon Céleste-nim. Les conditions d'admission ne sont-elles pas automatiquement remplies ? »
La Démon Céleste se tut.
Probablement parce que j'avais raison.
Et plus que cela… J'étais un Chasseur. J'étais aussi un orphelin qui avait abandonné le monde extérieur pour se consacrer à l'ascension de la Tour. C'était un peu embarrassant de dire que j'avais été abandonné par le monde, mais je pouvais affirmer que j'avais abandonné le monde. Les [conditions d'admission] dont parlait la Démon Céleste étaient plus que satisfaites.
« ……Très bien. »
La Démon Céleste se leva de son siège.
« Si tu es confiant, montre-moi ton Escrime des Trois Calamités. »[1]
Elle me toisa du regard.
« Je vérifierai de mes propres yeux si tu es digne d'hériter des enseignements de notre école. Il est évident que tu n'es que paroles et aucune compétence, de toute façon. »
« …… »
Je me levai également.
« Merci pour cette opportunité. »
Je dégainai l'Épée Sacrée.
Shiiing !
Le son de l'épée résonna dans la vaste grotte. Les gens tournaient les yeux vers moi. Ils attendaient silencieusement de voir le genre d'escrime que j'allais démontrer.
Bien sûr, je n'avais aucune intention de montrer l'Escrime des Trois Calamités.
[Votre compétence est activée.]
Art Démoniaque des Cieux Infernaux.
Après tout, j'avais appris une compétence pour ce moment précis.
« …Hwooo. »
Lorsque la compétence s'activa, d'innombrables mouvements se dessinèrent dans mon esprit.
Des formes d'épée étranges et bizarres.
Cependant, voir la route devant soi et la parcourir étaient deux choses totalement différentes. Je n'avais pas encore une compréhension profonde de l'Art Démoniaque des Cieux Infernaux. Si j'essayais de frimer avec cette escrime, mon corps se déchirerait comme une mésange poursuivant une cigogne.
« S'il doit être déchiré de toute façon. »
Alors, ceci me vint à l'esprit.
« Autant qu'il soit déchiré correctement. »
Les scènes des [traumas] que j'avais vécus jusqu'à présent.
Je balançai mon épée tout en les peignant dans mon esprit, l'une après l'autre.
Pour ouvrir la voie aux arts démoniaques.
J'avais été témoin de gémissements et de cris en gravissant la Tour jusqu'ici. Ces gémissements et ces hurlements étaient toujours bruts et vivaces. Je me souvenais de ces sons comme si je venais de les entendre à l'instant. Leurs voix coloraient mon cœur.
「Sauvez-moi.」
「Sauvez-moi, s'il vous plaît. J'ai si faim. Donnez-moi quelque chose à manger.」
Le sous-sol du manoir.
Je me rappelai les voix des enfants piégés et torturés.
「Je veux vivre.」
Les enfants avaient été enchaînés. Lorsque le manoir avait pris feu, les enfants fixaient les flammes devant eux. Prisonniers de leurs chaînes, ils ne pouvaient s'échapper. Ils avaient dû attendre patiemment d'être entièrement consumés.
「Je voulais jouer encore un peu.」
Avec les cris des enfants dans mon cœur, je balançai mon épée.
« Ma, Madu ! Cette escrime… »
« …… »
À proximité, j'entendis le Seigneur du Murim s'exclamer avec stupéfaction. Mais je l'ignorai. Ce n'était pas sur lui que je devais me concentrer.
Lentement, sans me presser, pas à pas.
Je balançai mon épée, en pensant à ce que je devais penser.
「Brûlez-la !」
「Brûlez le nid de la sorcière !」
Je me souvins de la voix de Preta alors qu'elle essayait de sauver les malades au bord d'un continent.
「Pourquoi ?」
「Vous êtes tous des humains.」
Preta avait versé des larmes noires. Le paradis qu'elle avait créé. Le petit village brûlait. La vision d'un homme brûlant un autre homme était gravée dans les yeux de Preta.
「Vous connaissez la beauté et les larmes de la vie, alors pourquoi ?! Juste pourquoi ?!」
「Vous nous avez traités de monstres. C'est pour ça que vous n'avez pas hésité à nous brûler !」
「Ne sommes-nous pas humains nous aussi ?!」
Avec les cris de Preta dans mon cœur, je balançai mon épée.
« …… »
« …… »
Mon épée bougeait de plus en plus vite. L'Art Démoniaque des Cieux Infernaux que j'avais acquis par ma mort prenait forme. Le trauma qui avait été transplanté après ma mort pulsait d'anticipation. J'avais l'impression que j'allais me perdre au milieu de tout cela, mais alors, j'appelai mon Aura et me forçai à poursuivre les formes d'épée.
-Regarde ce gamin… ?
Bae Hu-ryeong disait que les arts démoniaques étaient des clous qui griffaient le monde.
Cependant, en pratiquant l'Art Démoniaque des Cieux Infernaux, mon esprit changea un peu.
Peut-être est-ce plus un cri qu'un clou.
-Wow.
La trajectoire de mon épée se poursuivait encore et encore, pour finalement devenir une danse de l'épée.
-Maintenant je vois, si tu étais né dans le monde du Murim, tu aurais rejoint le Culte Démoniaque.
Au final, ma danse de l'épée n'était pas belle. Elle était immature. Elle était maladroite. Il n'y avait aucun parfum de fleurs, seulement l'odeur du feu. Si l'escrime avait un visage, mon épée était le visage d'une personne marquée par les brûlures.
Ce n'était qu'un cri.
Peu importait à quel point le yin et le yang étaient admirables, le monde né d'eux n'était rempli que de chagrin.
Peu importait l'intelligence du texte des Trois Classiques, il ne pouvait surpasser le simple cri d'un humble humain.
L'épée contenant le chagrin du monde était plus tranchante que l'épée du yin et du yang.
Une épée qui maniait un seul cri était plus forte qu'une épée qui suivait les préceptes d'un sage.
Plus le chagrin est profond, plus le cri est brut, plus l'épée est forte.
C'est pour cela que nous étions forts.
La loi du plus fort.
C'était la doctrine de la Secte Démoniaque.
「Parle.」
「La guerre a oublié la chevalerie, et la chevalerie a oublié la guerre. Dis-le.」
「Si tu dis cela, je te tuerai comme tu le souhaites.」
La Démon Céleste était l'incarnation de cette doctrine.
Le ciel le plus haut.
La Démon Céleste connaissait tous les cris des membres de sa secte et savait comment les libérer tous avec une épée. La forme d'épée que la Démon Céleste utilisait devait être un cri face au monde, mouvement après mouvement.
C'était la preuve que quelque part dans ce monde, il y avait ceux qui avaient crié et hurlé dans l'agonie.
「Le monde entier est devenu vide.」
「Des décennies passées en vain, totalement futiles.」
Elle était ce genre de ciel.
Même la Démon Céleste avait crié au moment final.
「Ahaha. Ha, hahaha !」
Elle riait follement.
「Ahahahaha ! Ha, ahahaha…」
Avec ce rire dans mon cœur, je balançai mon épée.
« Arrête. »
Je balançai mon épée.
« Arrête ça. »
Je balançai mon épée.
« Ne t'ai-je pas dit d'arrêter ?! »
Soudain, mon épée s'arrêta.
Je ne m'étais pas arrêté parce que je le voulais. Il y avait une canne. La Démon Céleste avait levé un bâton en bois et bloqué ma lame. Son énergie interne sombre résonnait sur la canne.
« Toi… » murmura la Démon Céleste d'une voix basse.
« Où as-tu appris les compétences de notre école ? »
Ses yeux étaient noirs comme l'encre.
« Tu ne peux pas tromper mes yeux ! Peu importe à quel point tes formes sont désordonnées et inexpérimentées, ce que tu viens de faire était sans aucun doute l'Art Démoniaque des Cieux Infernaux. Dans ce monde, seuls les membres de la Secte Démoniaque peuvent apprendre cette compétence, mais moi, la chef du culte, je n'ai jamais vu ton visage. »
« Parle. Où l'as-tu volée ?! »
Je réalisai alors que j'étais plus fatigué que je ne le pensais. J'étais à bout de souffle. Tout mon corps était trempé de sueur. L'Épée Sacrée dans ma main droite semblait lourde comme un rocher.
Je regardai autour de moi. Le Seigneur du Murim, bien sûr, mais même les autres membres du groupe me regardaient, le souffle coupé. Depuis le plafond ouvert de la grotte, la lumière des étoiles du ciel nocturne se déversait. Peut-être que plus de temps s'était écoulé que je ne le pensais.
« Je… »
Je forçai ma bouche à s'ouvrir.
« Suis-je assez digne ? »
« …… »
« Ai-je les qualifications pour être le disciple de la Démon Céleste-nim ? »
La Démon Céleste resta silencieuse.
Après être restée silencieuse un moment, la femme tourna le dos. Elle marcha vers la partie sombre de la grotte. Son dos rejetait tout le monde, personne ne pouvait la poursuivre.
Si j'avais eu un peu plus d'énergie, j'aurais peut-être pu la suivre…
« R, Roi de la Mort-nim ? »
Affaissement.
Mes genoux cédèrent.
« Roi de la Mort-nim ! Ça va, Roi de la Mort-nim ?! »
Tout était flou. Je pensais que c'était parce que j'avais consommé trop d'Aura d'un coup, et ma tête s'était vidée. J'allais probablement m'évanouir et rester comme ça toute la nuit.
J'essayai de sourire à l'Alchimiste pour la rassurer, mais même cela était difficile. La scène devant mes yeux était déjà sombre.
-Tsk, tsk.
Juste avant de m'évanouir, j'entendis la voix de Bae Hu-ryeong.
-Tu t'es poussé au bord de la mort en utilisant des arts martiaux au-dessus de ton niveau. Petite mésange. C'est pour ça que les gens répètent qu'il faut construire à partir des bases.
Bae Hu-ryeong soupira.
-Eh bien, de toute façon…
Puis.
-Ce n'était pas si mal, mésange. Tu es un bâtard admirable.
Je perdis connaissance.
~~~
[1] Escrime des Trois Calamités - Un nom cliché dans les romans d'arts martiaux pour désigner les compétences les plus basiques, qui consistent généralement à couper verticalement, horizontalement et à poignarder.