Chapitre 51
Traducteur : WH Éditeur : Sasha
3.
Bae Hu-ryeong.
Ce qu'on appelle le Saint de l'Épée (劍帝) est le genre d'homme qui apparaîtrait si l'on mélangeait un psychopathe et un vieillard dans un ratio de 50/50. Grâce à cet équilibre parfait, 99 % du temps, ce que le Saint de l'Épée me raconte est soit délirant, soit inutile.
-Quand je manie mon épée, ce ne sont pas seulement mes compétences qui comptent.
En d'autres termes, le 1 % restant contient l'essence même de ce mélange psychopathe-vieillard.
-La foi ! La confiance ! Avoir foi en soi, c'est ça qui est vraiment important.
Bae Hu-ryeong arbore une expression solennelle.
-Même tes conneries sont les mêmes.
C'était une critique cinglante, née de sa propre expérience de vie.
-Je me suis menti à moi-même pour pouvoir tromper mes adversaires ! Tu dois croire en tes propres mensonges. Aie confiance ! Peu importe à quel point tes mensonges sont convaincants, si tu les débites sans assurance, tes adversaires n'y croiront pas. Mais peu importe à quel point c'est ridicule, tant que tu as confiance, tu pourras les mener par le bout du nez.
« Vraiment ? »
-Je le sais, je l'ai fait très souvent !
Peut-être que le ratio psychopathe-vieillard était plutôt de 60/40, en fin de compte.
-Bien sûr, si c'est un mensonge à 100 %, tes adversaires n'y croiront pas, et toi non plus. Alors, mélange tes mensonges avec un peu de vérité ! Mélange 10 % de vérité avec 90 % de mensonge !
« Mélanger ? »
-Exactement. C'est là toute la beauté du mensonge. Si tu crois en tes 10 % de vérité, les 90 % de mensonge restants couleront naturellement d'eux-mêmes !
En effet.
-Souviens-toi, zombie. Mentir, ça revient à avoir de l'assurance !
« Mmhmm. »
Je regarde ce qui se trouve devant moi.
Des troupes sont venues de tout le continent pour capturer Estelle, le Roi Démon. Parmi elles, les soldats de l'armée impériale d'Aegim, chargés de l'avant-garde, ainsi que le général qui les dirige, me fixent intensément.
Si je ne les trompe pas, je suis en danger.
« Pourquoi l'émissaire de l'Empereur Fondateur est-il… »
« Mais cette épée est sans aucun doute… »
« Pourquoi l'émissaire se trouve-t-il dans un endroit pareil ? »
Murmures, murmures.
Certains soldats me lancent des regards méfiants. L'armée impériale d'Aegim incline poliment la tête, mais c'est tout. Les soldats appartenant aux autres divisions n'ont pas l'ombre d'un doute sur le visage. Comme prévu, même l'armée impériale ne peut pas s'opposer à l'Épée de la Protection Sacrée.
« Au-, au fait, êtes-vous bien l'émissaire de l'Empereur Fondateur… ? »
Le chef même de l'armée impériale examine attentivement mon visage.
« Puis-je vous poser une question stupide ? »
« Qu'est-ce que c'est ? »
« La raison pour laquelle nous sommes ici aujourd'hui, comme je l'ai mentionné plus tôt, est de vaincre la sorcière. Pourquoi l'émissaire de l'Empereur Fondateur se trouve-t-il en ce lieu… ? »
Je ferme les yeux un instant.
« Mentir, c'est une question de confiance. »
Je m'exclame, les yeux grands ouverts :
« Messieurs de l'armée impériale ! J'ai déjà vaincu la sorcière ! »
Ma voix, imprégnée d'aura, résonne puissamment sur le champ d'acacias.
Le général Sarbast Aegim est sous le choc.
« Hu-, hein ? Que voulez-vous dire par "déjà vaincue", qu'est-ce que vous… »
« Regardez ici ! »
Je dégage le passage. Le spectre vengeur qui se cachait derrière moi apparaît alors. Qu'ils aient déjà été au courant de l'apparence d'Estelle ou non, certains la reconnaissent et s'écrient :
« Es-, c'est Estelle ! »
« C'est la Sorcière de l'Ouest ! »
« Je l'ai déjà vue ! C'est cette femme ! »
« Brûlez la sorcière ! »
La bouche du spectre vengeur gémit et se crispe.
Mais je dis, sans m'en soucier :
« Spectre vengeur. »
« Oui… ? »
« Viens t'agenouiller devant eux. »
« …… »
Un ordre ferme.
Le spectre vengeur, réduit à faire partie de mes Cent Fantômes, n'a pas le pouvoir de désobéir. Elle trébuche et s'agenouille.
Ce n'était pas fini.
« Baisse la tête. »
Le spectre vengeur baisse la tête.
« Jusqu'au sol. »
« …… »
Le spectre vengeur touche le sol de ses mains tremblantes. Est-ce de la colère ? Ou de l'humiliation ? Quoi qu'il en soit, incapable de parler ou se mordant la langue, les deux joues du spectre sont profondément gonflées. Un peu plus tard, du sang coule le long de sa mâchoire jusqu'à ses lèvres.
« Pose ton front contre le sol. »
« Ugh… »
Le spectre vengeur obéit à mes ordres.
Les soldats observent, retenant leur souffle, alors que l'ancien Roi Démon pose son front à terre. Une colère et une honte plus grandes encore se mêlent au bruit de la respiration du spectre. Néanmoins, pour protéger son petit paradis, elle obéit à mes ordres.
D'une certaine manière, c'était une scène imposante.
Je donne un ordre solennel au spectre vengeur :
« Maintenant, en prenant appui sur tes pieds, donne une impulsion et fais une roulade avant. »
Silence.
Un silence soudain tombe sur le champ d'acacias.
« ……Hein ? »
Le spectre vengeur tourne la tête et lève les yeux vers moi.
Elle a l'air d'avoir mal entendu.
Je fronce les sourcils.
« Tu ne m'as pas entendu ? »
« Uh, uh hein… ? »
« Allez, fais une roulade avant ! »
Le spectre vengeur tressaille et obéit à contrecœur. Elle pose ses deux mains au sol et effectue une roulade avant.
Degoureureu !
[Note : Effet sonore coréen pour une roulade.]
Un petit corps roule sur le champ, et ses cheveux blonds, plus longs qu'elle, flottent et balaient les pétales d'acacia au sol. Après cette pirouette, le spectre vengeur garde une expression comme si elle ne savait pas ce qu'elle venait de faire, ni pourquoi.
« Hmm. »
J'acquiesce.
« Maintenant, fais le poirier. »
« …… »
Le spectre vengeur me regarde une fois de plus.
Elle semble douter de la santé mentale de son nouveau maître.
Bien sûr, je ne hausse même pas un sourcil.
« Dépêche-toi, tu ne sais même pas faire le poirier ?! »
« Hikkk. »
Le spectre vengeur tremble et touche le sol de ses deux mains. Alors qu'elle tente lentement de se mettre en position, « Ackkk ! » peut-être manque-t-elle de force, elle trébuche et tombe. « Snif, snif… » Comme si elle nageait sur le sol nu, le spectre vengeur se débat en pleurant.
Quoi qu'il en soit, je continue d'ordonner d'une voix sévère :
« Fais vingt jumping jacks ! »
« Dix squats, commence ! »
« 10 pompes dès que tu as fini ! »
« Je t'ordonne de faire 20 abdos ! »
« Reste en position de planche pendant 20 secondes ! »
Après un moment.
« Non, plus rien, Seigneur… Je, je ne peux plus bouger mon corps… »
L'ancien Roi Démon, n'ayant plus la force de lever le petit doigt, s'allonge sur le sol.
Des larmes emplissent ses yeux.
« Hmmm. »
Je regarde Sarbast Aegim.
« Comprenez-vous maintenant ? »
Sarbast Aegim a la bouche grande ouverte. Non seulement le général, mais aussi les soldats sous ses ordres ont une expression similaire. L'armée du continent regarde, hébétée, le spectre vengeur qui pleure comme un simple enfant.
« Ho-, saint émissaire. Qu'est-ce que tout cela… »
« Comme je viens de le dire. »
J'écarquille les yeux et le fixe sans crainte.
« La sorcière a déjà été vaincue par mes soins. Maintenant, quoi qu'il arrive, elle ne peut plus aller à l'encontre de mes ordres ! »
Bien sûr, j'ajoute :
« Il ne lui est plus possible de causer le moindre tort aux habitants du continent. Messieurs, vous pouvez être rassurés au sujet de la sorcière ! »
Les soldats poussent des acclamations.
Puis, les soldats frissonnent, et les commandants de l'armée sont tout aussi confus.
« Uhmm, si le saint émissaire… Si vous le dites… »
« Non, attendez une minute ! »
Sarbast Aegim, soumis à l'autorité de l'Épée de la Protection Sacrée, semble essayer de croire ce que je dis, mais les autres commandants ont une expression qui dit « quelle connerie ».
Parmi eux, le Chevalier Sacré en chef fait un pas en avant et crie :
« Qu'est-ce que vous fichez ?! Nous sommes venus ici pour vaincre la sorcière. »
« Je veux dire, l'émissaire de l'Empereur Fondateur a déjà dit que la sorcière a déjà été vaincue… »
« Comment peut-on croire ça ?! »
« Au-, au contraire, comment pourrais-je ne pas le croire ? L'émissaire de l'Empereur Fondateur m'a ordonné de… Mais n'avez-vous pas vu la sorcière faire tout ce qu'elle a fait ? »
Sarbast Aegim est en colère. Le pouvoir de l'Épée de la Protection Sacrée est vraiment impressionnant.
Le Chevalier Sacré en chef a un visage qui dit « je vais devenir fou ». Il crie en sautillant :
« Comment pouvez-vous croire ça… Non, non, non, non, déjà ! Cette épée n'est-elle pas la seule chose qui prouve que ce jeune homme est l'émissaire de l'Empereur Fondateur ? Vous n'avez cessé de vous baser là-dessus depuis tout à l'heure, juste pour cette simple épée… »
« Une simple épée, dites-vous ? »
La voix de Sarbast Aegim monte d'un ton.
« Vous venez de dire "cette lame" !? Oh mon Dieu. En ce moment même, vous osez douter de l'autorité de l'Empereur Fondateur, qui a fondé l'Empire ?! La preuve que nous sommes favorisés par la déesse est cette Épée de la Protection Sacrée. Comment osez-vous ! »
Le Chevalier Sacré en chef tressaille.
« Non, général. Calmez-vous… Je ne voulais pas dire ça à ce point. »
« L'Empereur Fondateur a pris cette épée et est parti dans les terres sauvages ! Il a parcouru les plaines, laissant un héritage dans chaque ville qu'il a visitée, a gravi des volcans, a brûlé des cascades et a même percé des montagnes ! Juste pour établir l'Empire ! Tous nos ancêtres se sont tenus aux côtés de l'Empereur Fondateur, et nous lui sommes tous redevables ! Mais vous venez de dire "juste pour cette simple lame" !? »
« Non, ce n'est pas ce que je voulais dire… »
« Si ce n'est pas ça, alors de quoi diable parliez-vous ?! »
« Vo-, Votre Sainteté, le Pape m'avait donné des ordres. J'ai reçu l'ordre strict de vaincre la sorcière maléfique à tout prix… Mais juste à cause d'un mot… »
Le général de l'Empire hurle :
« Qu'est-ce que vous voulez dire par "juste à cause d'un mot" ?! Vous remettez indirectement en question les paroles de l'émissaire de l'Empereur Fondateur en utilisant l'ordre du Pape ! »
Wow.
« Quoi, quoi… »
Le Chevalier Sacré en chef se tait.
Il lui faut exactement deux secondes pour que son hébétement se transforme en colère.
« C'est plutôt vous qui osez douter de l'autorité du Temple de Dieu ! »
« N'avez-vous pas douté le premier de l'autorité de l'Épée de la Protection Sacrée ?! »
« Oh ohhhh, bien ! J'ai compris ! On dirait que le Troisième Prince auquel vous êtes loyal n'a pas besoin de la déclaration de soutien du Pape. »
« Ha, quelle déclaration de soutien ?! L'émissaire de l'Empereur Fondateur est déjà apparu et a vaincu la sorcière. Qu'est-ce que l'amour de la Déesse a à voir avec la souveraineté de l'Empire ? »
« Est-ce donc vraiment la volonté de la faction du Troisième Prince ? »
Le général de l'Empire et les Chevaliers du Temple se disputent férocement.
Je souris intérieurement, ravi.
« Très bien. »
Il y a une chose dont il faut se méfier quand des groupes de personnes s'associent.
Si une lutte interne est révélée ne serait-ce qu'une fois, c'est la voie directe vers la destruction.
« Ils ne pourront pas aller bien loin. »
Quand nous, les Chasseurs, sommes montés au 12e étage. À cette époque, c'était malheureux, mais il y avait exactement huit structures de pouvoir différentes.
Moi, le Saint de l'Épée et les cinq maîtres de guilde principaux représentaient chacun une structure de pouvoir. Et les forces mineures qui contribuaient de la 8e à la 10e place.
Nous étions ensemble dans le but extérieur de « nettoyer la tour », mais nous n'avons jamais formé un bloc solide.
Il y avait des choses qui s'accumulaient les unes sur les autres. Il y avait de la méfiance.
C'est pourquoi nous nous sommes pathétiquement autodétruits, même s'il n'y avait qu'une seule variable inattendue appelée [La Récompense du Roi Démon].
[Guerriers, vous qui gravissez les tours.]
Dès que le 11e étage a été ouvert, je me suis souvenu de ce que l'hologramme de la déesse avait dit.
[Du 11e au 20e étage, vous ferez face à une épreuve. Une épreuve de foi.]
Je souris intérieurement.
L'épreuve de la bonne foi de chacun.
« Non seulement les Chasseurs, mais probablement les résidents de la tour devront aussi passer par là, n'est-ce pas ? »
Cela ne rendrait-il pas le monde un peu plus juste ?