Chapitre 242
Traducteur : Seven ED : Sei
1.
Sylvia serra les poings.
« Qu'est-ce que tu entends par "comment nous allons gérer ça" ? »
« Je vais résumer les points qui posent actuellement problème. »
Mon amante poursuivit calmement.
« Je t'ai blessée. Bien que je me sois excusée pour guérir ces plaies, il sera difficile de les refermer avec de simples mots. En fait, je doute que ces blessures soient déjà totalement cicatrisées. »
« Eh bien, si tu le présentes ainsi, je passe pour une personne mesquine, mais… Si c'est le cas, alors… ? »
« Alors, il existe trois options. »
Raviel étendit trois doigts avant d'en replier un.
« La première est que je subisse ma propre chute jusqu'à ce que tu sois satisfaite. »
En entendant cela, je serrai les poings.
Raviel me jeta un coup d'œil du coin de l'œil avant de se tourner à nouveau vers la jeune demoiselle.
« Cependant, je ne peux pas faire cela. Pour la Raviel du passé comme pour celle d'aujourd'hui, trop de choses dépendent de moi et seraient affectées par ma chute. Autrefois, c'était la sécurité de l'Empire, et maintenant, c'est le bonheur de mon amant. C'est pourquoi je ne peux pas accéder à cette requête. »
« De plus, cela ne te rendrait pas heureuse ; ton majordome s'est déjà sacrifié pour le prouver. »
Sylvia baissa la tête.
L'histoire du majordome resterait à jamais une dette qu'elle ne pourrait jamais rembourser.
Raviel replia un autre doigt.
« La seconde serait de t'éliminer physiquement et de t'effacer de l'existence. »
« … ! »
Sursautant, Sylvia releva la tête.
Le Tyran d'Argent fixa Sylvia avec ses yeux rouge flamboyant.
« Normalement, c'est la méthode que j'aurais choisie sans hésiter. »
« … »
« Mon amant m'a dit qu'un dieu avait affirmé un jour que "le meurtre est l'ultime incompétence". Je suis tout à fait d'accord. Le meurtre n'est en aucun cas une preuve de compétence, c'est simplement l'option choisie faute d'autre solution. »
Cependant, Raviel avait fait une citation.
« Néanmoins, je ne suis pas un dieu omnipotent. Je ne suis pas une transcendante omnisciente. Je suis une personne avec des limites, rien de plus qu'une "bête légèrement plus intelligente" qui vit sur terre et ne peut survivre sans pain ni eau. J'ai des choses que je dois protéger au milieu de mes limites. »
« C'est pourquoi je n'ai pas d'autre choix que d'éliminer physiquement tout ce qui constitue une menace ou qui a le potentiel de le devenir. »
Une voix qui portait l'affirmation volontaire des limites de l'oratrice et la dignité humaine qui s'en dégageait.
« Alors… »
Sylvia serra les dents.
« Moi, tu vas te débarrasser de moi… ? Ou tu dis que tu ne peux pas permettre à quelqu'un comme moi d'avoir un corps, alors tu vas me laisser dans les entraves des Cent Fantômes… ? »
« Les deux sont possibles, mais je n'ai l'intention de choisir ni l'un ni l'autre. »
En disant cela, Raviel replia son dernier doigt.
« La troisième est d'accepter ton cœur. »
« … ? »
« En d'autres termes, je t'accepterai comme concubine. »
Le silence s'installa.
« … »
« … »
Slurp, Mlle Ja Soo-jung prit une gorgée de son thé d'orge. Le bruit de sa gorgée fut très distinct.
En dehors de cela, pas un seul son ne fut émis, même les membres du culte cachés dans l'ombre des murs retenaient leur souffle.
-Wow.
Ce qui parvint finalement à mes oreilles fut l'exclamation d'admiration de Bae Hu-ryeong.
Cette légende parmi les légendes, qui avait conquis jusqu'au 99e étage de la Tour, fixait la cour avec une expression vraiment profonde.
-Zombie, apporte-moi du pop-corn. Ah, pas n'importe lequel, il faut du pop-corn au caramel. À mon avis, le pop-corn est particulièrement délicieux quand il est modérément enrobé de brun. Comment dire, c'est plus spécial puisque chaque bouchée donne l'impression de se faire carier les dents. Bref, c'est ça.
Comparé à son expression, son dialogue était tout sauf profond.
Pour être honnête, j'avais envie de lui dire de se taire une seconde.
Finalement, après un long moment, une voix humaine résonna dans la cour. C'était le personnage principal, Sylvia Evanail. La Dame de la Soie Dorée.
Les lèvres de Sylvia tremblèrent.
« Quelles absurdités racontes-tu !? »
Je ne pouvais pas bien voir dans l'obscurité, mais j'étais certain que ses yeux tremblaient autant que ses lèvres.
« Concubine ? C-, viens-tu de dire concubine ? Toi, comment oses-tu dire cela à moi, Sylvia Evanail. Moi, à qui Son Altesse le Prince Héritier a promis de faire sa Princesse Héritière, être une, une concubine… !? Viens-tu de me dire de devenir ta concubine !? »
« C'est exact. »
« Conneries ! Conneries, conneries, conneries ! Quel genre de conneries est-ce là, ça— ça n'a aucun sens ! Toi, qu'est-ce qui te prend, à quoi penses-tu… »
« Mm. C'est certainement des conneries. »
Affirma Raviel.
Mon cœur, qui avait succombé pour elle, grimpa le long de ma colonne vertébrale avec un gémissement.
« Il y a deux raisons pour lesquelles c'est des conneries. »
Dit Raviel en étendant à nouveau ses doigts.
« Un. Ce n'est pas quelque chose que je peux décider seule. Le visage. Le statut. Le regard. Toutes ces conditions peuvent être réglées après, mais d'abord, Gong-ja et moi devons parvenir à un accord. »
« Le fait que l'accord ne soit pas intervenu avant la proposition est l'une des raisons pour lesquelles je pense que c'est des conneries. »
Je poussai un soupir de soulagement.
Alors que mon cœur, qui essayait de remonter le long de ma colonne, reprenait sa place, Sylvia cria.
« Non, ce n'est pas ça ! Qu'en est-il d'écouter mon opinion ?! Cela aurait dû être une condition préalable— »
« Deux. »
Raviel replia ses doigts.
« M'as-tu vraiment aimée ? »
La Sylvia hurlante ferma la bouche.
« Était-ce de l'amour, ou était-ce le désir pour celle que tu idolâtrais ? »
« N'est-ce pas simplement le désir de posséder quelque chose que tu n'avais pas, et que tu croyais ne pas pouvoir avoir ? »
Le silence passa pendant un long moment.
« Je, »
Tuk.
Raviel posa sa tasse de thé.
Et Ja Soo-jung récupéra la tasse sur un plateau avant de disparaître dans la maison.
« J'aime Kim Gong-ja. »
« J'aime tout chez Kim Gong-ja. Je n'ai jamais cru qu'il était possible d'aimer autant quelque chose, et c'est une chose impossible pour beaucoup de gens qui ont vécu et sont morts, mais c'est un miracle qui m'a été accordé, le rencontrer. »
Raviel.
Elle parlait calmement, comme si elle expliquait simplement la vérité.
« Tout chez lui est parfait. Le son de sa respiration, sa place vide dans le lit quand il part le matin… Sa chaleur… Chaque trace de mon amour pour lui me rend heureuse. Je le comprends, et il me comprend. Nous vivons au même moment. C'est pourquoi… »
Raviel se tourna vers Sylvia.
« Je ne peux accepter rien d'autre que [ce genre d'amour] comme étant de l'amour. »
« … »
« M'as-tu aimée à ce point ? »
Sylvia baissa la tête.
C'était un geste comme pour dire qu'elle ne pouvait pas répondre, qu'elle ne pouvait pas ne pas répondre, et qu'elle voulait juste tout éviter maintenant.
« Tu devrais le savoir maintenant. Tu ne m'as pas aimée. C'est pourquoi je ne peux pas t'aimer. »
C'est exact.
C'était ça.
Combien de coïncidences et de sang avait-il fallu pour que j'aime Raviel, pour que Raviel m'aime ? La raison pour laquelle nous pouvions nous aimer si intensément était que notre amour n'était pas venu facilement.
Notre amour était difficile.
Mais c'était un amour que Raviel et moi avions mérité.
« …Si c'est le cas, alors, »
Quand Sylvia dit « Si c'est le cas, alors ».
Sa tête pendait si bas que sa frange tombante couvrait son visage.
« Alors, que comptes-tu faire… après tout ça ? »
Bien qu'elle soit serrée, ses dents tremblaient et devinrent rouges alors que du sang commençait à couler de ses gencives.
« Tu ne me détruiras pas, tu ne m'élimineras pas, tu ne m'aimeras pas… Alors quoi ? Après avoir lancé des excuses incomplètes, ah, quoi alors… que va-t-il se passer… »
« Ça, j'aimerais te laisser en décider. »
Puis Raviel se tourna à nouveau vers moi.
« Gong-ja. »
Mm.
« Oui, Raviel. »
« Si tu donnais à Sylvia un corps en utilisant la boîte du Dragon d'Os Terrestre, Sylvia serait-elle plus libre que lorsqu'elle était un Cent Fantômes ? »
Comprenant l'intention derrière la question, je hochai la tête.
« Oui, elle serait libre. »
« Cette liberté est-elle équivalente à celle qu'elle avait de son vivant ? »
« Oui, c'est exact. »
« Assez pour poursuivre ce qu'elle veut ? »
« Assez pour poursuivre tout ce qu'elle désire. »
Hochant la tête, Raviel se tourna vers Sylvia.
« Alors poursuis tes rêves, Sylvia Evanail. »
« Veux-tu me détruire ? Tu as déjà presque réussi auparavant. Tu peux réessayer. Cependant, pour ce faire, tu devrais devenir plus forte que mon amant et moi, et tu devrais aussi ignorer le cœur du majordome qui s'est sacrifié pour toi. »
Le souffle de la Dame de la Soie Dorée s'arrêta un instant.
Les paroles de Raviel continuèrent.
« Veux-tu que je meure et que je disparaisse ? Ou veux-tu me tuer personnellement ? Vas-y, essaie, mais je n'ai aucune intention de te faciliter la tâche. Je résisterai à chaque menace proférée contre moi avec tout ce que j'ai et je gagnerai. Tu devras être meilleure, tout comme tu aurais dû l'être quand tu voulais me détruire auparavant. »
« Ou veux-tu être aimée par moi ? Ou recevoir mon culte et mon adoration comme je l'ai reçu de toi par le passé ? Cela dépendra aussi de tes propres efforts. Tant que tu travailleras assez dur. »
Peut-être y parviendras-tu, murmura Raviel.
Tout au long de cet échange, son regard était resté fixé sur la Soie Dorée.
« Quoi qu'il en soit, Sylvia Evanail. »
Les yeux d'une personne rencontrèrent les yeux de l'autre.
« Je t'accepterai comme ma rivale, comme quelqu'un qui peut se tenir face à moi, comme un être humain que je peux reconnaître comme mon égal. »
Dès le début.
Dès le tout début, c'était tout ce dont le monde avait besoin.
« Alors j'aimerais te demander, Sylvia Evanail. »
Raviel Ivansia demanda doucement.
« Me reconnais-tu comme un être humain égal ? »
Puis, le silence tomba.
2.
Sylvia fixa Raviel avec un regard vide.
Au-delà du ciel sombre, la lune blanche flottait.
Le visage de Raviel, rétroéclairé par le clair de lune, était très ferme.
Après une durée indéterminée.
« … »
La Soie Dorée ouvrit la bouche.
Il y avait tellement de vapeur accumulée dans sa poitrine que même après avoir ouvert la bouche, aucun mot ne sortit.
Tout ce qui sortit fut un souffle chaud rempli de malice, de colère, de honte, de remords, de ressentiment et d'inimitié.
« Je…… »
Je, dit-elle.
Sylvia était vraiment en train de se vider.
« Je… C'est difficile. Vous, vous tous… »
Elle serra les dents si fort qu'elles saignèrent.
Et elle fixait si intensément que cela en faisait mal.
« Vous ne respectez pas, ou ne dénigrez pas… vous acceptez les gens pour ce qu'ils sont… Vous faites aux autres même s'ils ne feraient pas la même chose pour vous… »
Plus que toute autre chose, sa voix était rauque.
« …même maintenant. Tu t'es excusée auprès de moi, mais à la fin je… je ne peux pas m'excuser auprès de toi. Je ne peux pas te pardonner… je. »
Sylvia se couvrit le visage de ses mains.
« Je sais… à quel point ces mots sont éhontés. Je sais que j'ai fait bien —tellement— pire envers toi. Je sais que… que. »
Indépendamment de la force, de l'autorité ou du statut, celui qui pardonne est plus fort que celui qui a été pardonné, simplement par ce fait.
Comme elle ne pouvait pas pardonner à Raviel, Sylvia n'était pas aussi forte.
« C'est pourquoi, d'abord… »
Tremblante, Sylvia prit une inspiration profonde et tremblante, comme si elle la mâchait avant de la relâcher.
« D'abord, je veux essayer… de faire ça… »
Sylvia fit un vœu.
« Vous… vous tous… je vous pardonnerai… Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour vous accepter comme des êtres humains, ou si c'est possible de le faire entrer dans mon esprit étroit, mais je vais essayer de le faire à partir de maintenant. »
« Parce que ça… »
Sylvia ravala ses mots.
Elle aurait pu les avaler puis les digérer, mais après avoir baissé la tête, elle les laissa sortir.
« Je ne veux pas être ce genre de personne… Ce type… c'est ce que mon majordome devait vouloir… »
Des larmes remplirent ses yeux alors qu'elle marmonnait la fin.
Puis, après avoir reniflé un peu, elle sanglota.
« Pour une fois… je veux… je veux être une personne dont ce type n'aurait pas honte… »
Je.
C'était ce qu'on appelait la volonté de vivre.
« Bien. »
En tant que personne ayant le pouvoir de donner la vie, je répondis joyeusement.
« Si c'est la façon dont tu veux vivre. Dame de la Soie Dorée. Sylvia Evanail. »
« Pour réaliser ton souhait. Pour prouver ce que tu veux prouver. Vis. »
Une carte dorée brilla dans ma main.
« Je t'accompagnerai. »
Je mis sa volonté dans la boîte du Dragon d'Os Terrestre.
[Compétence activée !]