Chapitre 211
Traducteur : Seven ED : Sasha
3.
« Je vois. C'était donc juste un malentendu. »
Après avoir écouté mon explication désespérée, Raviel hocha la tête.
Un fast-food.
J'aurais voulu aller dans un café, mais la chronologie de cette [histoire secondaire] se situait dans le passé. L'époque où les cafés commençaient à pousser partout dans le pays comme des champignons était encore lointaine.
Malheureusement, cela signifiait qu'il n'y avait pas beaucoup d'endroits où nous pouvions entrer librement pour discuter.
« Eh bien. J'aurais dû savoir que tu ne regarderais jamais quelqu'un d'autre. En fait, la nouvelle que les lois de la physique avaient été réfutées aurait été plus crédible. Je me suis juste laissé emporter par mes émotions un instant. »
« Non. Je suis soulagé que tu m'aies cru… »
Honnêtement, j'ai cru que le monde allait s'effondrer.
« Enfin. À mon avis, la Maître du Dragon Noir est une personne compétente. Même si elle était née dans l'Empire, elle serait presque certainement devenue une noble. Devenir si proche d'une telle personne est une décision sage. Tu as de la chance. Bien sûr… »
Raviel plissa les yeux en regardant par la vitrine du restaurant.
« Je ne me serais jamais attendue à ce que tu reviennes avec un enfant gobelin. »
Dehors, Uburka se tenait dos à nous, les bras croisés.
Bien qu'un hobgobelin géant se tienne au milieu de la ville, les gens continuaient de passer comme si de rien n'était.
Certains semblaient surpris par la taille d'Uburka, mais aucun ne le reconnaissait comme un hobgobelin.
« Y a-t-il une sorte de sortilège d'altération de la perception sur nous ? »
« Peut-être. »
Cliquetis.
Raviel fit tourner son verre de coca, faisant tinter les glaçons contre les parois.
« Les vêtements que je porte sont très différents de ceux d'ici. Normalement, cela me ferait remarquer. Mais bien que beaucoup de gens fixent mon visage, personne ne semble se soucier de ma tenue. »
Raviel portait une robe dans le style de l'Empire. Pourtant, le serveur du magasin n'avait eu aucune réaction en la voyant tout à l'heure.
Et ce, même si la beauté surnaturelle de Raviel suffisait à faire trembler le monde.
« La conclusion est évidente. À leurs yeux, nous semblons tous porter des vêtements normaux. »
« Une altération de la perception à l'échelle mondiale… C'est ridicule. »
« Cela signifie simplement que la personne qui t'a offert cette opportunité est omnipotente. Tu as un talent pour être apprécié des puissants, Gong-ja. »
« Haha. »
Autour du restaurant, des clients de tous âges et de tous genres ne cessaient de jeter des coups d'œil à Raviel. Cela prouvait que si l'altération de la perception fonctionnait pour nos vêtements, nos apparences, elles, semblaient rester les mêmes.
Si nous étions à une époque avec des smartphones, ils auraient peut-être sorti leurs appareils pour essayer de nous prendre en photo en douce.
« Alors, fais venir cet enfant que tu appelles ton fils. »
« C'est vraiment d'accord ? »
« Oui. Même s'il n'est pas ton enfant biologique, c'est une relation que tu as nouée avec ton cœur. On ne sait jamais. Je pourrais même le reconnaître comme un membre du Duché d'Ivansia. »
Raviel accordait rarement des faveurs comme celle-ci.
Avant que la Duchesse ne change d'avis, je suis rapidement allé chercher Uburka.
« … »
Uburka attrapa deux chaises et s'assit dessus. Les bras toujours croisés, il regarda Raviel, qui était bien plus petite que lui.
« … »
« … »
Le silence s'installa.
Que se passait-il ?
Pourquoi étais-je celui qui était le plus nerveux ?
« … des cheveux argentés comme la lumière de la lune, et des yeux rouges comme les lys dans la vallée. »
Finalement, ce fut Uburka qui brisa le silence.
« Maintenant que je te regarde, tu me rappelles quelqu'un d'une légende. Ugor. Es-tu Raviel Ivansia ? »
« Oho. Contrairement à ton apparence, tu t'exprimes plutôt bien. »
« Je me contente de me souvenir des choses que Papa m'a racontées. »
« Gong-ja a parlé de moi dans ton monde ? »
« Papa a créé cinq légendes. La quatrième parle de toi, Raviel Ivansia. Le Lys d'Argent. La lune dont le cœur a été volé par un miroir. Il n'y a pas un gobelin qui ne te connaisse pas. »
« Hmm. »
Les coins des lèvres de Raviel se relevèrent et je me sentis un peu mieux. Raviel attrapa sa fine paille et la fit tourner lentement, remuant son coca.
« J'ai entendu dire que tu étais une Constellation. »
« Ugor. »
« J'ai été une Constellation, moi aussi. Ce n'était pas par choix, mais je n'étais pas offensée que le monde tourne autour de moi. Tu es à un niveau complètement différent des autres. Ne trouves-tu pas étrange d'avoir Gong-ja comme père ? »
« C'est une question stupide. Même quand les gobelins n'étaient que des bêtes immatures, Papa a rempli son rôle de parent. Les relations ne se forment pas quand on est au même niveau, elles émergent quand on met ce niveau de côté. »
« Ne te soucies-tu pas de ta propre dignité ? »
« Ugo. La dignité vient des qualifications. Papa les mérite. En fait, je ne connais personne d'autre que Papa qui ait le droit d'être honoré par la race gobeline. »
« Mm. »
Raviel hocha la tête.
Quand moi, qui l'aimais, j'ai vu cela, j'ai su que c'était bon signe.
Plus que cela, ce type d'Uburka agissait comme un enfant quand il était avec moi, mais il se montrait mature devant Raviel. Était-il en train de faire preuve de favoritisme envers son père ? Cela m'a rendu triste. C'est pour ça qu'élever un fils ne sert à rien.
« Comment as-tu rencontré Gong-ja pour la première fois… »
« Ugor, c'était quand la guerre avait éclaté contre l'Empire des Slimes… »
Bientôt, les deux entamèrent une conversation amicale. Sans moi.
La tristesse continua de m'envahir alors que j'étais ignoré par ma femme et mon enfant simultanément.
C'était le chagrin d'être un "papa oie"(1)….
'Hein ?'
En regardant par la fenêtre à côté de nous, mon attention fut soudainement captée par un piéton qui passait.
En le voyant, j'ai ressenti une étrange impression de déjà-vu.
« … ? »
Au début, la raison pour laquelle ce piéton a attiré mon regard était ses vêtements.
L'uniforme du collège-lycée Shinseo.
Pour être précis, c'était l'uniforme du collège.
Les collégiens faisaient partie de ceux qui harcelaient Kim Yul. Peu importe le genre. C'est peut-être pour ça que l'uniforme a attiré mon attention.
'Je n'ai jamais vu cet élève auparavant.'
Était-ce juste un déjà-vu ?
Quand j'ai renforcé ma vue avec de l'aura, j'ai immédiatement remarqué plusieurs points étranges chez ce passant.
D'abord, les cheveux.
'Blonds.'
Ce n'était pas une couleur teintée, cela semblait être sa couleur naturelle.
À chaque pas du piéton sur le trottoir, ses cheveux blonds se balançaient.
J'ai pensé qu'il pouvait s'agir d'un étranger, mais étant donné qu'il portait l'uniforme du collège-lycée Shinseo, c'était peu probable.
'Il porte un uniforme sale et… il transporte une mallette ?'
Le piéton ne portait pas de sac d'étudiant.
Au lieu de cela, il tenait poliment à deux mains une mallette que les employés de bureau auraient pu avoir. La mallette était très vieille et usée. Le cuir semblait sur le point de se détacher. On pouvait dire sans se tromper qu'elle était déjà bonne pour la poubelle.
La dernière chose qui a attiré mon attention était…
'Il a une démarche assurée.'
Il n'y avait aucun changement dans sa foulée.
Ce simple fait expliquait une grande partie de ce sentiment étrange.
'Son rythme et sa foulée n'ont pas changé d'un iota.'
Cela n'aurait pas été si difficile s'il avait entraîné son corps et ses mouvements à un niveau considérable. Mais le piéton ne montrait aucun signe d'exercice régulier, et encore moins de traces d'aura. Au contraire, il semblait particulièrement faible comparé à ses pairs.
Le piéton passa lentement devant le fast-food.
Et pendant un instant, nos regards se croisèrent.
« … »
Le temps sembla ralentir.
Non, ce n'était pas mon temps qui ralentissait.
Le piéton était totalement inexpressif. Comme s'il n'avait jamais montré la moindre expression depuis sa naissance. Et son visage inexpressif était parfaitement sculpté.
Mais ses yeux.
Ses yeux étaient infiniment transparents.
Ce monde était en plein milieu de l'été, mais ce piéton ne semblait pas se mêler à la chaleur étouffante de la rue ou aux soupirs nerveux des autres gens. C'était une sorte de transparence qui ne tolérait aucune impureté.
Hooooonk-
Les klaxons des voitures au loin.
Les feux de circulation clignotant au carrefour.
Même le passage du feu jaune au rouge au carrefour à trois voies ne se reflétait pas dans les yeux de ce piéton. C'était comme s'il marchait dans un temps différent.
Le même rythme. La même foulée. Comme si un être absolu traversait le monde.
Le [fait de marcher] prouvait qu'il avait autrefois fait partie de ce monde.
Mais ce n'était pas un simple passant. C'était quelqu'un qui pouvait rejeter le monde entier simplement en marchant. Une fois à chaque pas. Deux fois à deux. Trois fois à trois. Quatre fois…
À l'infini.
« Gong-ja ? »
Soudain, j'ai réalisé que je m'étais levé de ma chaise.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
« Désolé. »
Raviel et Uburka arrêtèrent de parler et me regardèrent.
« Attendez ici un instant. Je dois aller quelque part. »
Tout en m'excusant, je gardais les yeux fixés sur le dos du piéton qui s'éloignait progressivement.
« Je vais laisser émaner mon aura pour que vous puissiez me suivre si vous le souhaitez. Uburka devrait pouvoir me suivre facilement. »
« Papa ? »
« Fils. Occupe-toi de Raviel. »
Après avoir dit cela, je suis sorti précipitamment du restaurant.
'Où est-il allé ?'
Le piéton traversait la rue. Le feu pour les piétons venait à peine de passer au vert, mais il commençait déjà à clignoter, pressant le piéton de se dépêcher.
Hooooonk-
Comme nous étions en plein été, il n'y avait pas beaucoup de monde dans la rue, et il n'y avait qu'un seul piéton sur le passage. Bien que le feu soit encore vert pour les piétons, les conducteurs semblaient ignorer le signal. Les voitures roulaient sur la route derrière et devant le piéton solitaire.
'Quand… où l'ai-je vu ?'
Je l'ai suivi.
'Quand je suis allé au lycée Shinseo ?'
Le piéton entra dans une ruelle.
'Non. Je n'aurais pas oublié un élève qui marchait comme ça. Même si je ne l'avais vu qu'une fois, je m'en serais souvenu.'
Les arbres bordant la rue projetaient leur ombre sur la route.
'C'est vraiment la première fois que je le vois. Alors pourquoi…'
Le soleil d'été brillait intensément.
La frontière entre les zones ombragées et ensoleillées était nette. Alors que le piéton marchait dans l'ombre, il semblait dériver comme un mirage, essayant d'échapper à la saison.
Cric cric.
Les cigales chantaient.
'Qui est-il ?'
Tap.
Le piéton s'arrêta au milieu de l'ombre.
Je n'ai pas eu d'autre choix que de m'arrêter aussi.
« … »
Le piéton se retourna lentement.
J'ai immédiatement ressenti une attraction invisible.
Dans le court instant où le piéton s'est retourné, j'ai eu l'impression que le temps ralentissait à nouveau. Ma respiration s'est arrêtée et mes pensées se sont accélérées.
Dans ce temps ralenti, des fragments de mémoire ont commencé à affluer.
「Je veux savoir comment les Tours sont construites.」
Avant d'entrer au 35e étage, la Croisée avait demandé.
「Il suffit qu'il y ait quelqu'un qui vive la vie la plus malheureuse dans ce monde.」
La voix de la Dame avait répondu.
「La Tour est construite par le Maître.」
「Le Maître vit au nom de la vie de la personne la plus malheureuse du monde.」
「La Tour est construite dans un monde que le Maître a déjà vécu et traversé. Les mondes sans Tours sont ceux que le Maître n'a pas encore visités.」
Quelque chose m'a chatouillé le nez quand le piéton s'est retourné à moitié.
C'était une certaine odeur.
Une odeur que je connaissais.
「Je vais à l'école un peu plus tôt aujourd'hui.」
Kim Yul.
「Je dois aller à la ferme et nourrir les lapins.」
L'odeur de vieux fourrage pour animaux stocké dans l'entrepôt depuis longtemps.
「De toute façon, nous n'avons plus de club d'entretien des animaux. Les délégués de classe du collège sont censés nourrir les animaux à tour de rôle, mais… Il n'y a aucune chance que les collégiens s'y tiennent, tu sais ? Alors le gardien et moi…」
「Et un gamin du collège.」
「On s'occupe de nourrir les animaux, tous les trois.」
Une Tour avait été construite dans notre monde.
Si les paroles de la Dame étaient vraies, cela signifiait que le Maître de la Tour avait [vécu] dans notre monde auparavant.
Au nom de la personne la plus malheureuse.
Si c'était le cas, cela signifiait que quelqu'un avait été jugé plus malheureux que Kim Yul.
「Kim Gong-ja.」
Alors c'était pour ça.
Les mots que le délégué de classe avait prononcés résonnèrent à nouveau dans mon esprit.
「Tu te baladais en l'appelant le perdant de 2e année du lycée Shinseo ou je ne sais quoi.」
Le piéton me regarda.
J'étais debout sous le soleil d'été. Le piéton se tenait dans l'ombre.
Il y avait un espace.
Un fossé.
Les cris stridents des cigales étaient la seule chose qui remplissait le vide entre nous.
« — qui es-tu ? »
Un bourdonnement incessant.
Ce n'est qu'après que le piéton a ouvert la bouche que j'ai réalisé la véritable origine de ce sentiment de déjà-vu.
C'était une voix que je n'avais entendue que dans la Tour.
« Et si possible. »
« … »
« Dis-moi pourquoi tu me suis. »
Maître de la Tour.
Le Maître de Manseng me regardait.(NDT : Manseng = 10 000 vies)
(Note :
1. Un '기러기 아빠', littéralement "papa oie", est un terme sud-coréen qui désigne un homme qui travaille en Corée pendant que sa femme et ses enfants vivent à l'étranger, généralement pour l'éducation des enfants. Le terme vient du fait que les oies sont une espèce migratoire, tout comme le père "gireogi appa" doit parcourir une grande distance pour voir sa famille.)