Chapitre 148
Traducteur : thursdays Éditeur : Yahiko PR : LightBrin
« Qui est-ce ? »
Je ne comprenais pas.
« Qui est en train de semer la pagaille pour le compte de Kim Yul ?! »
Kim Yul n'avait pas de famille proche. Il n'avait pratiquement personne. Le harcèlement de Kim Yul avait commencé avant même qu'il ne se fasse des amis, il n'y avait donc personne pour l'aider. Je n'avais pas choisi Kim Yul comme bouc émissaire par hasard !
« Il faut que je parle à Kim Yul. Il doit savoir quelque chose. Quoi que ce soit. »
Je me précipitai vers l'arrière de l'école. Kim Yul devait s'occuper des animaux de la ferme pédagogique à cette heure-ci. Je connaissais l'emploi du temps de Kim Yul heure par heure. Comme prévu, j'aperçus le dos de Kim Yul alors qu'il donnait à manger aux poules.
« C'est ça. C'est là que tu dois être. »
C'était un type qui nourrissait à peine son estime de soi en s'occupant d'animaux plus faibles que lui. C'est ainsi que je comprenais l'obsession de Kim Yul pour la ferme. Après tout, les humains sont aussi des bêtes, et les bêtes les plus faibles servent les plus fortes.
[Votre taux d'immersion est actuellement de 100 %.]
L'école était identique à la ferme. C'était une cage légèrement plus grande, et dans cet endroit, j'étais une bête plus forte que Kim Yul.
« Hé ! Kim Yul ! » grognai-je. « Qu'est-ce que t'as fait ?! »
Kim Yul ne se retourna pas. Il ne répondit même pas. Il continua à distribuer la nourriture comme s'il n'avait pas entendu ma voix.
« Ha. Il m'ignore maintenant ? »
Incroyable. Je m'approchai et saisis brutalement l'épaule de Kim Yul.
« Hé, espèce d'abruti. Quand quelqu'un t'appelle, tu dois… ! »
Quand Kim Yul se tourna vers moi, quelque chose tomba. C'étaient des écouteurs. Il portait des écouteurs. De la musique classique résonnait depuis les écouteurs qui avaient glissé sur ses épaules.
« …… »
Nos regards se croisèrent.
J'étais stupéfait.
Des larmes montèrent aux yeux noirs de Kim Yul.
« Quoi… »
Pendant un instant, je restai sans voix.
Je ne sais même pas pourquoi j'étais sans voix. Était-ce parce que c'était la première fois que je voyais Kim Yul pleurer ? Peut-être. Kim Yul n'avait jamais versé une larme, peu importe à quel point il était harcelé. Cet aspect de sa personnalité excitait d'autant plus le sadisme des clients.
Mais ce n'était pas seulement pour cette raison.
« Qui est-ce ? »
Cela me semblait étranger.
« Qui est ce bâtard ? »
Les yeux de Kim Yul semblaient trop étrangers. Son regard était lointain, il regardait au-delà de moi, pas moi. Kim Yul pleurait en silence alors que je tenais son épaule. Même ses larmes semblaient tomber ailleurs que sur le sol.
« Toi… »
« C'est magnifique. »
Kim Yul ouvrit la bouche.
« Quoi ? »
« La chanson. La musique que j'écoute. Un homme sourd a composé cette musique. »
Da da da dum—[1]
Le son s'échappait des écouteurs. C'était un rythme que j'avais déjà beaucoup entendu. Mais je me demandais juste comment ce mendiant avait pu se procurer un lecteur MP3.
« Je pense à l'humiliation et aux malédictions que cet homme sourd a dû subir dans sa vie. Les gens ne l'ont-ils pas insulté en le traitant d'infirme ? Ne se sont-ils pas moqués de lui en riant ? »
« De quoi tu radotes, espèce de… ? »
« C'est triste. Les cicatrices sont éternelles. Une personne ayant vécu il y a des centaines d'années a souffert, endurant les insultes tout au long de sa vie. Ça devait être la même chose il y a mille ans. Ce sera la même chose dans mille ans. »
Ce bâtard était-il devenu fou ?
« Rien au monde n'est beau en soi. Seuls ceux qui sont blessés voient la beauté. Seuls ceux dont la vie a été brisée se sentent reconnaissants de voir la vie d'un autre qui n'a pas encore été détruite. Les larmes sont versées par ceux qui endurent jusqu'à la ruine. »
Le regard de Kim Yul était fixé dans le vide.
« S'il existe quelqu'un qui croit que le monde entier est beau, il doit certainement avoir vu son propre monde s'effondrer. Seuls ceux qui vivent en enfer loueraient le monde. Je pense que la vie maudite de cet homme sourd a donné naissance à sa chanson. »
« Où t'as ramassé des pensées aussi débiles… Hé, toi. Qu'est-ce que t'as fait ? »
Je le saisis par le col. *Squeeze !* Kim Yul lâcha le sac de nourriture alors que je le secouais. Des grains jaunes se répandirent du sac tombé au sol.
« Qu'est-ce que t'as fait à mes clients, espèce de déchet recyclé ?! »
« …… »
Finalement, Kim Yul me regarda.
« Je n'ai rien fait, Roi de la Mort. »
« Roi de la… Quoi ? »
« Je ne fais que regarder ce que j'avais jeté. »
Kim Yul saisit mon poignet avec arrogance. Interloqué, j'essayai de me dégager.
Je ne pus même pas bouger d'un pouce.
« Hein ? »
Puis, Kim Yul retira simplement ma main de son col.
Tout cela se passa en un instant.
Confus, je tendis à nouveau la main, mais *vlan !* Kim Yul repoussa mon poignet. La trajectoire se tordit. Ma main dévia et fouetta l'air sans que je puisse la contrôler. En un clin d'œil, ma main ne rencontra que le vide.
« …Hein ? »
Je fixai Kim Yul, hébété.
« C'est dommage. »
Kim Yul ramassa nonchalamment le sac de nourriture.
« [Kim Yul] est en colère. Ce que veut Kim Yul, ce n'est pas la violence physique, mais une vengeance bien plus grande, pour être exact. Et [moi]… je crois que je veux exaucer le désir de Kim Yul. »
« T-toi. Qu'est-ce que t'as fait ? Qu'est-ce que tu fous, bordel ?! »
« Kim Yul veut que tu traverses tout ce qu'il a enduré. La vengeance signifie jeter ton adversaire dans les profondeurs de l'enfer dans lequel tu es tombé. C'est ce que pense [Kim Yul]. »
Kim Yul.
Non.
« [Moi], je suis d'accord avec cette opinion. »
Un étranger me regardait.
« Attends, le tueur de Kim Yul. Le jour touche à sa fin, et le chemin est long. Si long. On se reverra après ça. »
Kim Yul s'éloigna tranquillement, toujours avec son sac de nourriture.
« Hé ! Hé ! Reste là ! Ne… ! »
C'est à ce moment-là que la poche de mon pantalon vibra. Mon téléphone reçut un message. L'un de mes clients avait dû voir l'appel manqué et répondre. Jetant un coup d'œil vers Kim Yul, je vérifiai rapidement mon téléphone.
+
Ne me recontacte plus jamais.
Si tu le fais, je te tue.
+
J'étais terrassé. Confus, j'appelai le client qui avait envoyé le message. Mais même après plusieurs tentatives, aucune réponse.
Mon corps tremblait.
« C'est quoi ce bordel… »
La situation ne changea pas le lendemain.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Au contraire, ça empirait.
« E-Eunseo. »
En entrant dans la salle de classe, l'un de mes amis s'approcha de moi avec hésitation. C'était quelqu'un qui était apparu des dizaines de fois dans le [jeu de Kim Yul]. Il était assez populaire auprès des clients parce qu'il était doué pour frapper les gens. Cet ami appréciait secrètement cela, absorbé par sa popularité.
« Quoi ? »
« I-il y a un mot qu'on m'a demandé de te transmettre. »
Mon ami semblait vraiment terrifié.
« C'est si grave ? »
« Tiens… D-désolé. »
Il posa le mot sur mon bureau et recula comme s'il fuyait. Je fronçai les sourcils et dépliai le papier.
Quelques mots manuscrits étaient inscrits sur la page.
[Hwang Eunseo vit dans une décharge. Les chaussons et les uniformes scolaires sont tous recyclables. Le seul déchet qui ne peut pas être recyclé, c'est Hwang Eunseo.]
« …… »
La seule raison pour laquelle je n'ai pas réagi tout de suite, c'est parce que c'était trop ridicule.
« Ha. »
Je fis semblant de rire et regardai mon ami.
« C'est quoi ça ? Une blague ? »
*Sursaut.* Il se recroquevilla derrière les autres élèves.
J'étais déjà stressé toute la nuit parce que mes clients se comportaient comme des merdes, mais avec ce soi-disant ami qui agissait ainsi, j'étais bouillant de rage.
« C'est le Recyclé qui t'a poussé à faire ça ? Hé. Hé. Regarde-moi. Regarde-moi, putain. Il y a des choses qu'on ne peut pas faire, même en tant qu'ami.
Ouais ? C'est Kim Yul qui t'a fait me donner ce mot ? »
L'ami ne put rien dire. Il gardait cette expression terrifiée sur le visage. Alors que j'étais sur le point de le confronter face à l'absurdité de la situation, un autre camarade de classe s'approcha de mon bureau.
« Hwang Eunseo… »
« Quoi ? »
« Désolé. Prends ça. »
Le camarade jeta un autre mot sur mon bureau. Instinctivement, je saisis le mot et le lus.
[Je me sens tellement mal pour les élèves de première année de notre école. Ils doivent appeler Hwang Eunseo leur sunbae. Tu as déjà pensé à ce qu'ils ressentent ? Ça ne te fait pas mal à la conscience ?]
Mon esprit se vida.
Profitant de l'occasion, trois autres camarades déposèrent des mots sur mon bureau. Comme les deux précédents, ils avaient aussi été activement impliqués dans le « jeu de Kim Yul ».
[Hwang Eunseo est vraiment dégoûtante. Comment peux-tu être encore plus sale que le prof de maths ?]
C'était quoi ça ?
[Wow ! Il y a des élèves qui ne lavent pas leurs uniformes !]
Pourquoi ils me faisaient ça ?
[Tu pues vraiment. Sérieusement, tu empestes.]
Qu'est-ce qui s'est passé hier ?
Quelque chose est arrivé, mais j'étais la seule à ne rien savoir.
Quelque chose avait poussé tous mes clients à me tourner le dos. Non seulement ça, mais mes amis avaient été forcés de jouer cette étrange comédie.
« Calme-toi. »
Mon cœur battait à tout rompre.
« Calme-toi. Réfléchissons calmement. Kim Yul a fait ça ? Non. C'est impossible. Il était un peu bizarre hier, mais ce n'est pas lui.
Alors, qui ? Qui a fait ça ? »
C'est alors.
« Hwang Eunseo ! »
Le professeur principal passa la tête dans la salle de classe depuis la porte. Tous les élèves se tournèrent vers lui. Il scruta la classe, me vit, puis me fit signe.
« Viens avec moi. »
« Moi… ? »
« Quoi, il y a une autre Hwang Eunseo dans notre classe ? Tu n'es pas en difficulté, alors dépêche-toi de me suivre. Ah ! Délégué de classe ! Récupère les téléphones des élèves et apporte-les-moi. »
Hésitante, je suivis le professeur principal. Mon environnement était étrangement silencieux alors que je sortais.
L'air semblait lourd.
C'était comme si tous mes camarades savaient pourquoi j'étais appelée, comme s'ils n'avaient aucun doute sur la raison pour laquelle le professeur principal m'avait choisie. Les seuls qui n'étaient pas affectés étaient les intellos qui étudiaient leurs notes depuis le matin.
« Hwang Eunseo. »
Le bureau des professeurs.
« Oui… ? »
« Tu as fait quelque chose de mal ? Tu n'as rien fait, n'est-ce pas ? » demanda calmement mon professeur principal.
Il parlait comme si cela n'avait aucune importance. Dans le bureau, des élèves en uniforme circulaient pour récupérer des documents. Les professeurs organisaient les polycopiés avant leur premier cours.
« Quoi ? »
« Je te demande si tu as fait quelque chose de mal. Rien ne te vient à l'esprit ? »
« Non… »
Mon cœur s'emballa.
« Je ne crois pas ? »
« Hmm. »
Mon professeur principal se gratta la tête.
« Hé, Hwang Eunseo. Ne parle de ça à personne, d'accord ? »
« D'accord… »
« Écoute ça. »
Mon professeur principal me tendit un écouteur. Je le pris. Les écouteurs étaient branchés sur l'ordinateur du professeur. *Clic.* Lorsqu'il cliqua sur sa souris, j'entendis des voix enregistrées à travers les écouteurs.
-Hé, commencez pas à frapper tout de suite ! Faites-le juste s'agenouiller !
-Hein ? Beaucoup de gens ont contribué cette fois. On va faire un tirage au sort pour décider du concept parmi les cinq requêtes qu'on a reçues pour aujourd'hui.
J'eus un frisson dans le dos.
-Ah, la personne choisie aujourd'hui est la Reine. Félicitations, Reine. Qu'est-ce que vous faites ? Applaudissez-la, applaudissez.
-Whoaa !
Ma voix.
Et les voix de mes amis qui venaient de me jeter les mots.
-Regardons la requête de la Reine. Hé, elle nous a aussi donné un budget. 100 000 wons. Elle a dit que c'était pour nos repas et nous a dit de ne pas avoir faim. Et pour notre star populaire, on va mélanger du jjajangmyeon et du jjamppong et…[2]
*Clic.*
Le professeur principal arrêta l'enregistrement.
« Tu as entendu les voix à l'instant ? »
« Oui. »
« J'ai reçu cet enregistrement par mail hier. La qualité sonore n'est pas bonne, mais ça ressemble un peu à ta voix et à celles d'autres élèves. Alors je t'ai appelée pour demander. Hwang Eunseo, c'est toi ? »
« Ce n'est pas moi. »
J'essayai d'avoir l'air déconcertée.
« Et puis, une reine ? C'est quoi ce jeu ? »
« Qui sait ? Je l'ai écouté du début à la fin, et c'est vraiment bizarre. Bref, ça dégage une mauvaise ambiance. Le mail disait que c'était quelque chose [pour Hwang Eunseo de la 2e année, classe 5], alors je me suis demandé si c'était une blague entre vous les jeunes… »
Merde. Alors c'était ça. C'est comme ça que les autres gamins étaient menacés.
Heureusement, notre professeur principal était un crétin. Il pensait que ça pouvait être une farce même après avoir écouté l'enregistrement. Eh bien, c'était seulement parce qu'il était si idiot qu'il ne savait pas ce qui se passait dans la classe. C'était une chance pour moi.
« On ne peut rien faire avec juste cet enregistrement. C'est juste un coup dans l'eau. »
Peut-être que l'un de mes « amis » ou un client avait capturé l'enregistrement vocal et s'amusait avec. Si cette personne avait quelque chose de plus concluant que l'enregistrement, il n'y avait aucune raison pour qu'elle ne l'envoie pas au professeur principal…
« Le problème, c'est que tout le monde a peur du coup dans l'eau. Merde. »
Le professeur principal leva les yeux vers moi.
« Tu n'as vraiment pas planifié cette farce avec tes copains ? »
« Non. Euh, mais je peux vraiment ne parler à personne de ça ? »
« Non. Ne dis jamais un mot. Bref, c'est bon puisque tu dis que ce n'est rien. Retourne en classe. »
« Oui. »
Je quittai tranquillement le professeur.
« Merde, merde, merde ! »
*Grincement.*
En ouvrant la porte du bureau des professeurs, je tombai sur quelqu'un de l'autre côté.
« …… »
C'était le délégué de classe. Il tenait une boîte de collecte en plastique bleu, après avoir récupéré les téléphones de notre classe.
« Oh. Désolé. »
Le délégué de classe parla avec son expression habituelle, son visage d'intello, et s'écarta un peu de mon chemin. D'habitude, j'aurais dit merci, mais je n'avais pas la tête à ça. Je croisai brièvement son regard et sortis dans le couloir.
« Je ne sais pas quel bâtard a copié ça, mais je vais leur faire payer aujourd'hui ! Espèce de fils de pute, à me traiter avec autant de légèreté. Ça va au-delà d'une blague. Comment tu peux faire un truc pareil à une camarade de classe ?! »
*Grincement.*
Le bruit de la porte qui se refermait derrière moi résonna doucement dans le couloir.
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[1] : Symphonie n° 5 en ut mineur de Beethoven. Ces quatre accords sont parfois interprétés comme le Destin frappant à la porte.
[2] : Nouilles aux haricots noirs et nouilles épicées aux fruits de mer, respectivement. Des plats fusion sino-coréens qui… ne seraient probablement pas bons mélangés.