Chapitre 137
Traducteur : thursdays Éditeur : Yahiko PR : LightBrin
2.
« Regardez là-bas ! Par là… »
« Qu-qu’est-ce qu’on fait ? Je devrais appeler un prof ? »
Des élèves s’étaient rassemblés dans la cour de récréation et pointaient le toit du doigt.
« Qu’est-ce qu’il essaie de faire, ce type ? »
« J’en sais rien. On dirait qu’il va sauter… »
Un élève se tenait sur le toit.
« Qu’est-ce qu’on fait ? »
« Putain ! Que quelqu’un appelle un prof ! »
« Là-bas ! Là ! »
Les élèves qui jouaient au foot. Ceux qui se promenaient. Même ceux qui quittaient l’école un peu tard. Les gamins éparpillés sur le campus s’étaient regroupés par paquets. C’était un comportement instinctif. Ils sentaient que, quoi qu’il allait se passer, c’était une situation qui les dépassait.
« Ça… ! »
Certains décidèrent d’agir rapidement plutôt que de rester là à attendre inutilement.
« Ça ne va pas du tout. Gong-ja ! Appelle le 119. Donne-leur le nom de l’école et dis-leur qu’un élève essaie de sauter du toit. Dépêche-toi ! Je monte sur le toit pour essayer de l’arrêter ! »
Raviel n’envoya personne chercher un professeur. Au lieu de chercher quelqu’un d’autre pour assumer la responsabilité, elle réagit à la situation dans l’urgence. Raviel se précipita vers le bâtiment principal sans attendre ma réponse.
« Ah… »
En voyant le dos de Raviel, mon corps pétrifié commença à bouger. C’est vrai. Je ne savais pas ce qui se passait, mais il n’y avait pas de temps à perdre. Je composai précipitamment les numéros sur mon téléphone portable. Un. Un…
Plaf !
Quelque chose tomba au sol juste avant que je ne puisse appuyer sur le neuf. Au début, j’ai cru que l’élève avait sauté. Cependant, le bruit sourd était trop faible pour être celui d’un corps humain. C’était le bruit du téléphone portable que l’élève sur le toit venait de jeter.
« …… »
Je levai les yeux vers le toit tout en appuyant sur le neuf.
Nos regards se croisèrent.
C’était le visage que j’avais vu dans la salle de classe. Le garçon qui s’asseyait au dernier rang, près de la fenêtre, étudiant silencieusement dans son coin. Mais ce n’est qu’à cet instant que j’ai eu l’impression de voir son visage pour de vrai.
Les yeux de l’enfant étaient noirs.
Ses joues étaient blanches.
« ——. »
L’enfant étira le coin de sa bouche dans un sourire moqueur.
Ses lèvres bougèrent lentement. Un son silencieux. Ses mots étaient étouffés par la distance, mais je pouvais les lire sur ses lèvres. Un mot que je devais reconnaître, même si je ne voulais pas l’admettre.
[Meurs.]
Puis.
Ses petits doigts, semblables à des râteaux, lâchèrent la rambarde du toit. Il lâcha prise, et—
Le vent.
La personne.
« ■■■■■■■■ !! »
Les élèves hurlèrent. Le monde fut envahi par le vacarme. « Quel ■ ! » Quelqu’un gémit convulsivement. « Aa■aa■aah ! » Quelqu’un eut des spasmes, arrachant la manche de l’uniforme d’un autre.
« ■fesseur ! Pro■ ! » « Pu■ain », « C’est ■ ! »
En un instant.
L’école n’était plus une école. Tout sombra dans le chaos. La cour de récréation devint un désert désolé. Le bâtiment principal n’était plus qu’une prison sinistre.
La salle de classe était un abattoir pour animaux ou une ferme d’élevage. Les animaux avaient toujours faim. Dans le monde des abattoirs et des chenils, une personne n’existait que pour devenir un cadavre.
Rouge.
Une personne était morte.
« …… »
En transe, je regardai le campus. Les briques étaient trempées de rouge. La rougeur s’étendait davantage. Craignant que le rouge ne tache leurs pieds, les élèves reculèrent. Certains sortirent leurs téléphones portables. Clic !
Un bruit artificiel résonna.
« Ah. »
Le son fit bouger mon corps.
« Ne faites pas ça. »
Je me dirigeai vers les élèves.
« Qu’est-ce que vous faites ? Ne prenez pas de photos ! Je vous ai dit d’arrêter ! »
Les élèves sursautèrent. Mais de plus en plus d’élèves se rassemblaient. Laissant le ballon de foot dans le désert, les fleurs sur les sentiers, tournant le dos au chemin du retour, de plus en plus de gens s’agglutinaient.
« Arrêtez ! »
Quand je bloquais un côté, ils sortaient leurs téléphones de l’autre.
« Je vous dis d’arrêter ! Putain, ne faites pas ça ! »
Une émotion innommable me monta à la gorge. J’avais envie de pleurer. Colère. Mépris. Dégoût. Dans le bâtiment principal, au premier, deuxième, troisième, quatrième et cinquième étage, les élèves passaient la tête par les fenêtres pour regarder.
D’innombrables visages. Avec d’innombrables yeux.
Ils regardaient.
« Arrêtez ! Ça ! »
Le coucher de soleil était rouge.
« Merde. »
Pourquoi ?
« Arrêtez. De prendre. Des photos ! »
Les cent visages étaient inexpressifs. Depuis le premier étage, la Maître du Dragon Noir regardait par ici. Depuis la fenêtre du troisième étage, le visage de l’Inquisiteur Hérétique dépassait. La Croisée et le Comte observaient depuis le sol. Les enfants de la Résidence des feux de l’enfer m’entouraient. Les cultistes se tenaient dans la cour.
Clic ! Clic. Ils bougeaient leurs doigts pour prendre des photos.
+
Celui qui m’a assassiné, c’est toi.
N’oublie pas.
Tu m’as tué.
+
Je levai les yeux vers le toit.
« …… »
Raviel me regardait d’en haut.
« Mais, Gong-ja. »
La voix de Raviel descendit du ciel.
« N’est-ce pas toi qui l’as tué ? »
Le monde devint un terrain vague.
Le ciel devint complètement rouge.
Comme de l’aquarelle, le rouge dégoulina et imbiba la terre.
Les gens devinrent rouges, et ma vision, elle aussi, vira au rouge.
« —Comme vous le savez tous, un événement scandaleux s’est produit dans notre école. »
Le directeur parlait dans l’auditorium. Il portait le visage du Saint de l’Épée.
« Mais j’ai foi en les élèves du collège et lycée Shinseo… »
Rougeur.
« Il a envoyé ce genre de message. Il n’était pas vraiment fou ? »
Dans la salle de classe, les élèves commérèrent avec les visages du Comte et de la Croisée.
« C’est vrai. Avec le recul, il avait toujours été un peu bizarre. »
Rougeur.
« Ignorez ceux qui font tout un plat de cette histoire. Ce ne sont que des guerriers du clavier qui n’oseraient jamais dire un mot en face. Hmph. Ces types devraient juste se faire couper les doigts. »
À la maison, mon père buvait du whisky avec le visage et le sourire de Bae Hu-ryeong.
« Ouais, mec. Parfois, tu te fais tabasser dans la vie. Et alors ? Pourquoi il a juste encaissé et est mort pour un truc pareil ? C’était pas un gros accro à l’attention ? Hé !
Appelle les Quatre Rois Célestes ! Allons jouer à un jeu ! »
Mon grand frère passa son bras autour de mes épaules avec la voix joyeuse de l’Empereur des Flammes.
Rougeur.
« Oui, votre professeur est également dévasté. Je suis déchiré, mais— »
Le professeur principal parlait au pupitre. Son visage était celui du Serpent Venimeux.
« —c’est une période très importante pour vous, les élèves. Le temps filera quand vous serez en terminale. En réalité, les gagnants et les perdants seront décidés dès votre deuxième année, cette année. Réfléchissez bien à ce qui est important pour vous et reprenez-vous en main. »
Les élèves ouvrirent la bouche. À l’unisson, ils répondirent.
« Oui, monsieur. »
Seule la déléguée de classe garda la tête baissée sans dire un mot.
La déléguée portait le visage de la Maître du Dragon Noir.
Une fleur blanche fut déposée sur le bureau de l’enfant. Un jour. Deux. Trois. Moins d’une semaine plus tard, le bureau disparut. Je ne savais pas qui l’avait emporté.
Pas un seul élève ne demanda qui l’avait débarrassé.
Aucun nouveau bureau n’apparut à la place près de la fenêtre, au dernier rang.
« …… »
Le vent souffla.
Le rideau bougea.
Il n’y avait personne là où le vent soufflait.
[Le traumatisme va se répéter.]
Puis.
[La sévérité de la pénalité est élevée.]
[La pénalité est la voie animale.]
Dring,
Dong,
Dang,
Dong.
Une mélodie misérable résonna.
Il y avait un bruit masqué par le son. La sonnerie de l’école retentit avec un son électronique qui imitait un son naturel. Pour dissimuler le fait qu’il ne s’agissait que d’une contrefaçon, la mélodie devint plus énergique et entraînante.
-Ici le club de radio, nous informons tous les élèves restant dans l’enceinte de l’école…
Une imitation.
-À l’exception des élèves participant à l’étude surveillée du soir, veuillez rentrer chez vous maintenant. Encore une fois, le club de radio annonce…
Quelque chose qui avait échoué.
-Récemment, certains élèves sont restés dans l’enceinte de l’école après l’heure de sortie. Aux élèves encore présents, veuillez rentrer chez vous si vous n’êtes pas inscrits à l’étude surveillée du soir.
Sentant mes entrailles se nouer, j’ouvris les yeux.
« Sunbae, réveille-toi ! On est libérés ! »
« …… »
« Oh ? Tu es déjà réveillé. »
L’Inquisiteur Hérétique rayonnait.
« Mais ce n’est pas bon pour toi de dormir sur ton bureau ! C’est mauvais pour ton dos, et surtout, tu ne dormiras pas bien. Je comprends que tu étudies… »
Je n’attendis pas que l’Inquisiteur Hérétique finisse sa phrase. Je me levai et sortis en courant de la bibliothèque. Derrière moi, j’entendis la voix de l’Inquisiteur Hérétique.
« Ah, sunbae ! Tu ne devrais pas courir dans les couloirs ! »
En courant dans les couloirs, je grinçai des dents.
« Je comprends. »
J’avais compris la source de ma confusion.
C’était sans aucun doute le traumatisme du Tueur de Constellations, Lefanta Aegim.
C’était juste que mes souvenirs s’étaient superposés au cauchemar de Lefanta Aegim comme une [peau].
La même situation.
Le même casting.
Cependant, leurs apparences étaient celles des gens de ma vie, pas celles dont Lefanta Aegim se souviendrait. C’est pourquoi la Maître du Dragon Noir, la Croisée et le Comte étaient devenus des élèves. Le Maître et Bae Hu-ryeong étaient devenus mes parents.
Quant à moi.
« Je suis le coupable. »
J’avais un goût de sang dans la bouche.
« Je suis l’auteur de cette situation. »
J’avais vécu de nombreux traumatismes jusqu’à présent, mais à chaque fois, j’avais été un [observateur]. J’avais toujours eu l’impression d’être un observateur à la première personne. Mais comme mon rang avait augmenté, la pénalité s’était alourdie.
Ici, j’étais partie prenante du traumatisme.
Pas seulement moi, mais tous ceux dont je me souvenais.
Sauf une personne.
« Merde ! »
J’arrivai aux escaliers.
[Se comporter correctement ?]
[Vivre joyeusement ?]
[Avec un cœur heureux ?]
La devise dont je ne pouvais même pas rire était accrochée dans l’escalier. Ne vous moquez pas de moi. Sérieusement, ne plaisantez pas. Maudissant intérieurement, je levai les yeux vers la volée de marches menant au toit.
Là se tenait la seule personne dont je ne me souvenais pas dans ce monde.
« Le Tueur de Constellations. »
Sa silhouette était petite. L’élève saisit la porte en fer et la secoua d’avant en arrière. Clac. Clac ! Les chaînes étaient si robustes qu’il semblait difficile de les défaire.
« Haa… Une clé… »
L’élève soupira et se retourna. À cet instant, nos regards se croisèrent. L’élève retint son souffle une milliseconde, puis inclina poliment la tête.
Il me saluait, la tête basse.
« Pourquoi je n’ai pas réalisé plus tôt ? »
J’aurais dû savoir que quelque chose clochait quand j’ai appris que cet enfant était mon camarade de classe. N’était-ce pas évident ?
Quel genre de camarade de classe saluerait un autre camarade avec une révérence ?
C’était faux.
« …… »
L’élève m’observa prudemment puis commença à marcher tranquillement. Quand il essaya de passer à côté de moi, je l’interpellai.
« Attends un instant. »
« Oui ? »
L’élève parla respectueusement comme si c’était naturel. Il ne me regarda pas droit dans les yeux, mais prudemment vers le haut, sous un angle.
Ma gorge se serra.
« …S’il te plaît, prête-moi ton téléphone un instant. »
« …… »
« S’il te plaît. »
L’élève me tendit docilement son téléphone. Il était resté silencieux un moment, mais ce silence n’était pas un refus à ma demande. Il était simplement confus par l’utilisation d’un langage poli de ma part.
J’ouvris le téléphone, qui n’avait pas de mot de passe.
+
Messages de Indisponible : 47
+
Je parcourus les messages, un par un.
Je les regardai.
[Je me sens tellement mal pour les élèves de première année de notre école [😭][😭] Ils doivent t’appeler sunbae, ■■. Tu as déjà pensé à ce qu’ils ressentent ? Ça ne te fait pas mal à la conscience ?]
[Hé, tu m’ignores ?]
[Wow ! Il y a un élève qui ne lave jamais son uniforme ?!]
[■■… Quelle saleté. Comment tu peux être encore plus dégueulasse que le prof de maths ? mdrrr]
[Tu étais tellement heureux que tu aurais pu mourir juste parce que je t’ai dit bonjour dans les couloirs hier, mdrrr. J’ai juste perdu à pierre-papier-ciseaux, ok ? Te fais pas d’idées [😭][😭]]
[■■ vit dans une décharge. Ses chaussures d’intérieur et ses uniformes sont tous recyclables. Le seul déchet qu’on ne peut pas recycler, c’est ■■.]
[Tu pues grave. Sérieusement, tu empestes.]
[On se voit après les cours.]
Clac.
Je refermai le téléphone.
Je ne pouvais pas en lire davantage.
« …… »
Je fermai les yeux et respirai. Je respirai et parvins difficilement à me calmer. Dans ce traumatisme, je n’avais ni ma dague ni le mouchoir que Raviel m’avait offert. Il me fallut beaucoup d’efforts pour apaiser mes émotions.
« Pourquoi… »
Je regardai [le passé du Tueur de Constellations].
« Pourquoi tu apportes ton téléphone à l’école ? Tu peux juste le laisser à la maison. »
Alors, l’élève répondit.
« …Tu as dit que tu me tuerais si je ne l’apportais pas. »
Quand j’avalai ma salive, elle me parut froide.
Ma tête se mit à tourner.
« Alors, jette-le complètement. Pourquoi tu ne le jettes pas ? On ne peut rien y faire si tu dis que tu l’as perdu. »
« Ça. »
L’élève.
Celui qui serait un jour appelé le Tueur de Constellations ouvrit les lèvres.
« C’est le téléphone que Gong-ja-nim m’a donné. Celui que tu utilisais avant… »
« …… »
« Parce que ma famille n’a pas d’argent… C’est toi qui paies les frais. Pour que si Gong-ja-nim me dit de sortir, je sorte immédiatement. Pour ça. Tu as dit que si je le perdais, tu me tuerais… »
Un bâtiment devenu un fléau.
Des amitiés qui imitent l’amitié, un amour qui imite l’amour, une chose dénuée de sens qui feint l’importance, cette ferme d’animaux qui prétend être spéciale — il n’y avait que de la malveillance.
« Est-ce que je peux vraiment le jeter ? »
Seule la malveillance était réelle.