Chapitre 115
Traducteur : thursdays Éditeur : Yahiko PR : LightBrin
2.
Puis, Raviel Ivansia resserra sa prise. Tuer un homme. Ressentir une douleur éternelle.
-Euk, ghk, eup… !
Le corps de l'homme se tordit. L'épée de Raviel Ivansia pénétra plus avant, plus profondément dans son cœur. Il laissa échapper un cri de douleur. Le cri déchira l'espace qu'ils occupaient, eux deux seuls.
« Je ne veux pas te tuer. »
Raviel Ivansia se mordit les lèvres.
« Je ne veux pas te perdre. »
Mais malgré ses vœux, Raviel Ivansia poignarda l'homme avec une force croissante. Elle sentait tout, intensément, entre ses mains. À chaque pression, sa poitrine s'enfonçait. Sa chair était lacérée. Son cœur était transpercé, et il continuait de cracher du sang.
Toutes ces choses devenaient les cicatrices de Raviel Ivansia.
« Encore. »
Elle devait le ressentir plus fort. Elle devait graver ce moment comme son traumatisme à partir de maintenant. Pour qu'un jour, qui sait quand, l'homme qu'elle aimait puisse voir cette scène.
Alors, quand l'homme fut sur le point de cracher encore plus de sang, Raviel Ivansia lui vola ses lèvres.
-…… !
Un souffle sanglant s'écoula de son cœur vers sa bouche. C'était rouge et visqueux. C'était la chaleur de son homme. C'était le sang de son homme. C'était le cœur de son homme.
Raviel Ivansia ferma sa bouche pour qu'aucune goutte ne s'échappe.
-……
L'homme était en train de mourir.
Raviel Ivansia ne cligna pas des yeux. Elle ne voulait pas manquer le moment de la mort de son bien-aimé, le moment où son teint pâlissait, où ses mouvements s'arrêtaient et où son souffle s'éteignait — chaque instant était une agonie pour elle.
Elle ne voulait pas le perdre.
Elle voulait pouvoir hurler au monde entier.
Elle ne voulait pas perdre cet homme.
Et si ce moment ne devenait pas son traumatisme ? Et si, à cause de cela, tous ses plans échouaient ? Alors elle l'oublierait, et il la perdrait. Il ne resterait plus rien.
Raviel Ivansia avait peur.
« Encore. »
Pour elle, la peur en soi était une honte. C'était une insulte. Mais Raviel Ivansia répétait constamment cette scène terrifiante, libérant sa sombre imagination. Elle approfondit délibérément la blessure.
Elle imagina qu'il ne parvenait pas à convaincre la Tour.
Elle se vit l'oublier et vivre comme elle le faisait auparavant.
Elle imagina les deux se croisant dans le couloir, sans se reconnaître.
Les blessures s'empilaient sur d'autres blessures.
-……
Puis, Raviel Ivansia vit. Sa mort.
-……
Raviel Ivansia comprit. Cette période était comme du temps en rab. Ce serait un très bref instant avant que son homme ne revienne. Il régresserait probablement après quelques secondes. Prise dans sa ligne temporelle, elle régresserait aussi de la même manière, bientôt.
Juste quelques secondes. Seulement quelques secondes.
Mais ces quelques secondes semblaient une éternité pour Raviel Ivansia.
Elle écarta lentement les lèvres.
-Gong-ja ?
Il n'y eut pas de réponse.
-Gong-ja.
Ah.
À cet instant précis, Raviel Ivansia comprit. C'était ça. Cette dernière scène, l'absence de réponse.
Son regard vide. Ses lèvres figées comme s'il avait oublié comment parler. Ce moment était désormais un traumatisme que Raviel Ivansia ne pourrait jamais effacer.
Tout était clair.
Elle n'avait jamais ressenti de cicatrice pire que celle-ci.
-……
Raviel Ivansia le serra dans ses bras. Elle embrassa son corps, utilisant les quelques secondes qu'il lui restait pour le tenir.
En croyant en lui.
[Reconstitution du traumatisme terminée.]
Tout comme j'ai cru en toi, tu croiras en moi, Gong-ja.
[Confirmation que la psyché du sujet est maintenue.]
Ainsi, nous pouvons nous attendre l'un l'autre.
[La pénalité prend fin.]
Nous le devions.
[Actuellement, votre taux d'immersion est de 98 %.]
?
?
?
C'était étrangement difficile d'ouvrir les yeux.
« Majordome ? »
La Dame de la Soie Dorée, qui était assise en face de moi, fut surprise. C'était bizarre. Son visage, d'ordinaire si éclatant, me semblait flou aujourd'hui.
« Il s'est passé quelque chose ? Pourquoi es-tu comme ça tout à coup ? »
« Pardon ? »
« Tu pleures. Là, maintenant. »
Ce n'est qu'à ce moment-là que je réalisai que je pleurais. J'étais sous le choc. Il y a un instant à peine, la Dame de la Soie Dorée et moi discutions ensemble.
J'ai seulement cligné des yeux.
À cet instant, les larmes avaient commencé à couler.
« Ah… ? »
Pire encore, les larmes ne s'arrêtaient pas.
« M-majordome ? J'ai un peu peur. Je ne suis pas effrayée par grand-chose, mais là, j'ai un peu peur. Pourquoi t'es-tu mis à pleurer tout à coup alors qu'on parlait ? A-ai-je fait quelque chose d'étrange encore ? »
« Non… C'est juste que… Je ne sais pas pourquoi non plus. »
« Tu pleures sans raison ? Tu es en train de devenir fou ? Bon sang, tu en mets partout… Q-qu'est-ce que je dois faire ? C'est la première fois que tu pleures comme ça depuis que je t'ai tabassé quand tu avais cinq ans… »
« Vous ne laisserez jamais tomber cette histoire, n'est-ce pas, Milady ? S'il vous plaît, oubliez ça. »
« Mais, majordome. Même si j'oublie que tu t'es fait tabasser à cinq ans, je t'ai quand même frappé à six, sept, quatorze ans, et parfois, encore maintenant. Si tu me demandes d'oublier tout ça, je vais devenir amnésique. Ce ne serait pas exagéré de dire que ta vie est une suite de raclées que je t'ai données. »
Amnésie.
« …… »
« Ack, je pensais que tu t'arrêtais, mais pourquoi tu pleures encore ?! Je suis désolée ! Je suis désolée de continuer à te frapper ! Je ne te frapperai plus. Même quand je te frapperai, je ne porterai pas atteinte à ta fierté. Ça suffit, non ?! »
« Je crois que j'ai fait un cauchemar, Milady… »
« Quoi ? Un cauchemar ? Je me suis fait attraper par un monstre et je suis morte ? »
« Non. Une femme pleurait beaucoup en me regardant… Je voulais essuyer ses larmes, mais j'étais triste de ne pas pouvoir le faire. »
« Je vois. »
La Dame de la Soie Dorée eut un regard de profonde compréhension.
« Cette femme, c'était moi. »
« Ce n'était absolument pas vous, Milady… Milady ne pourrait jamais avoir une expression aussi mélancolique et noble. Votre tempérament est naturellement différent… »
« Ah. Est-ce que je devrais juste te frapper ? »
La Dame de la Soie Dorée me regarda avec les yeux plissés. Normalement, j'aurais dû m'incliner et m'excuser, et la dame aurait répondu : « Je suis généreuse, donc je comprends », avec une expression comme si on ne pouvait rien y faire.
Au lieu de cela, je me levai de la chaise.
« Majordome ? »
« Je dois aller quelque part un instant. »
« Hein ? Mais c'est la nuit. J'allais te dire que je devais rencontrer le prince héritier pour le dîner demain. J'étais excitée et je voulais me vanter. Tu es obligé de m'écouter frimer, majordome. »
Je m'inclinai.
« Je vous présente mes excuses, Milady. Mais il y a un endroit où je dois me rendre. »
« …… »
La Dame de la Soie Dorée me loucha dessus. Elle posa la main sur la chaise et me fixa, perplexe.
« Très bien. Tu as un cerveau, et si tu as un cerveau, tu peux réfléchir par toi-même. Mais ne reviens pas les mains vides ! Passe par la cuisine et vole-moi un muffin. »
« Demain, Son Altesse vous offrira une bague en corail bleu. »
La Dame de la Soie Dorée cligna des yeux.
« Quoi ? »
« Je m'en vais maintenant. »
Je sortis.
Derrière moi, la dame cria : « Majordome ! C'est vrai ?! » Cependant, j'ignorai ses cris.
« Attends un instant. Même si tu sors, réponds-moi d'abord ! Majordome, espèce d'idiot ! »
La dame était devenue plus calme après son arrivée à l'Académie Sormwyn, mais son esprit était toujours celui de la chef des gamins des ruelles. C'était elle qui tabassait les autres enfants dans notre ville natale.
« Ma maîtresse. »
Je me dépêchai.
Cela aurait dû être la première fois que j'empruntais ce chemin, mais mes pieds semblaient en connaître la direction.
« C'est comme si j'avais déjà parcouru ce chemin. »
La porte de la résidence de la Dame du Lys d'Argent était ouverte. Il n'y avait pas de gardes. Cela aurait dû être étrange, mais je pensai seulement : « Je me doutais que ce serait comme ça. » Mes pieds n'hésitèrent pas à traverser le jardin.
Le couloir.
« Tu es arrivé. »
Un éclat de clair de lune.
« …M'attendiez-vous ? »
« Oui. Aujourd'hui, c'est le [deux]. »
Des questions et des réponses qui manquaient de contexte. Une conversation que je ne pouvais pas comprendre troubla l'air nocturne. Avec le miroir en pied dans son dos, la Dame du Lys d'Argent souriait.
« Regarde dans le miroir. »
« …… »
« Que vois-tu ? »
+
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■■■ : ■■
■■ : [Arts ■■■■■■], [Ro■ce], [■■], [■■]
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■■ ■■■ : [Maître/Enseignant], [Amant], [■■■ ■■], [■■■], [■■■], [■■d], [■■], [■■■■■■■■■■], [■■■■ ■■■■■], [■■ ■■■■■]
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« …Je peux voir les mots "Maître/Enseignant" et "Amant". La lettre "d" également. Je peux voir des fragments de petits mots, mais je ne comprends pas ce qu'ils signifient. »
« Appelle-moi. »
« Héritière… »
J'étais sur le point de l'appeler Héritière Ivansia, mais je fermai la bouche.
Même si c'était le titre que j'aurais dû utiliser pour témoigner le plus grand respect à Raviel Ivansia.
『Ne m'appelle plus jamais [Héritière] avec ta bouche.』
『Je t'arracherai le cœur et je te tuerai.』
Je me souvins d'une conversation que je n'avais jamais eue. C'était comme un aperçu d'un rêve d'une vie antérieure.
J'étais confus. Je sentais que je ne devais pas l'appeler Héritière, quoi qu'il arrive.
« …Milady. »
« Tu t'es beaucoup amélioré. »
La Dame du Lys d'Argent s'approcha de moi. Ses yeux rouges me fixaient. Mais elle ne faisait que regarder. Les lèvres de la dame étaient étroitement closes.
『Quel rêve as-tu fait ?』
Néanmoins, j'avais l'impression que la Dame du Lys d'Argent me parlait. Ses lèvres closes semblaient bouger. C'était trop intense et trop clair pour être une hallucination.
« Votre Ladyship… Vous pleuriez. »
『Et ?』
« Vous n'arrêtiez pas d'appeler quelqu'un. Un homme était attaché devant vous… Ce devait être lui que vous appeliez. Mais je ne me souviens pas du nom de cet homme. »
『Ensuite ?』
« Votre Ladyship souffriez en poignardant l'homme avec une épée. »
Bizarre.
Pourquoi continuais-je à parler à quelqu'un qui ne répondait pas ? Pourquoi la Dame du Lys d'Argent m'écoutait-elle en silence ?
C'était vraiment bizarre.
Le plus étrange, c'était que mon cœur ne trouvait pas cette situation gênante.
« C'est admirable. »
La Dame du Lys d'Argent me caressa la tête. « C'est admirable. » Les mots résonnèrent au plus profond de mon cœur. « C'est admirable. » Il y a très, très longtemps… Je crois que j'avais entendu ces mots avant même de naître dans ce monde.
J'avais l'impression de sentir une odeur bleue.
« Regarde. »
La Dame du Lys d'Argent sortit quelque chose de son corsage.
C'était une carte.
« …Qu'est-ce que c'est ? »
« C'est la preuve que tu as travaillé dur pour moi. Tu peux être fier. »
Des mots serrés étaient gravés sur la carte dorée.
+
[Amour d'un Régresseur]
Rang : EX
Effet : Pour un régresseur, l'amour est comme un poison. Peu importe à quel point vous luttez, vous ne pouvez pas partager votre temps avec l'être aimé. Ainsi, un certain régresseur a supplié : « S'il vous plaît, conservez les souvenirs de mon amant. » Ce souhait a atteint la Tour et s'est réalisé.
Vous partagez une ligne temporelle avec votre bien-aimé. Quand votre amant régresse d'un jour, vous reculez aussi d'un jour. Quand vous régressez d'un jour, votre amant régresse d'un jour. C'est l'alliance de la bague. C'est le mariage du temps.
Que la chance soit avec vous deux.
※Cependant, la compétence ne fonctionne que lorsque vous et votre bien-aimé vous aimez mutuellement.
+
« …… »
Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais sans voix.
« S'il vous plaît, gardez le temps de mon amant. »
La Dame du Lys d'Argent sourit un peu.
« C'est gênant de se faire demander en mariage comme ça. J'aime ta voix. Tu comprends ? Si tu ne le dis pas toi-même, je n'écouterai pas. Donc, tu dois revenir vers moi rapidement. »
Mon cœur battait la chamade.
« Je vais te tuer. Je te tuerai encore et encore jusqu'à ce que tu reviennes. Si tu peux revenir en voyant mes cicatrices, je te les montrerai autant de fois qu'il le faudra. »
« Milady… »
« Alors regarde mes blessures et souffre. Regarde la cicatrice que tu as laissée sur moi. Regarde-la encore et encore. Il y a des traces de toi là-bas. »
La Dame du Lys d'Argent tendit les mains et attrapa mon cou.
« Tu es la seule personne au monde qui puisse me tuer. »
Doucement.
« Tu devrais savoir que je suis la seule personne qui puisse te tuer. »
Et je vis.
[Vous êtes mort.]
[Le traumatisme de l'ennemi qui vous a tué est en cours de reconstitution.]
Je vis… puis je revis.
[Actuellement, votre taux d'immersion est de 97 %.]
Je vis la Dame du Lys d'Argent verser des larmes.
Je la vis tuer un homme, encore et encore.
Chaque jour où je revenais, je vivais dans ses rêves.
[Vous êtes mort.]
[Actuellement, votre taux d'immersion est de 96 %.]
Nous nous aimions dans une vie passée.
[Vous êtes mort.]
[Actuellement, votre taux d'immersion est de 95 %.]
Nous nous aimerons dans cette vie aussi.
Peut-être même dans la prochaine.
[Actuellement, votre taux d'immersion est de 94 %.]
[Actuellement, votre taux d'immersion est de 93 %.]
[Actuellement, votre taux d'immersion est de 92 %.]
Que je t'ai blessée. Que tu as pleuré dans un endroit que je n'ai pas vu, à une époque où je ne pouvais pas être avec toi. Tes larmes silencieuses.
Si je ne les oublie pas.
Si je ne les oublie pas, si je m'en souviens —
[Actuellement, votre taux d'immersion est de 91 %.]
Nous pourrons nous aimer pour toujours.
[Actuellement, votre taux d'immersion est de 90 %.]
Alors.
Alors.
Alors.
Alors je reviendrai vers toi.
Ouvrir une porte. Traverser le jardin. Courir dans le couloir.
Tu es née comme la fille du Duc d'Ivansia. Tu avais une mère triste et tu as vécu une vie triste. Ton mari a été décidé avant ta naissance, et après ta naissance, tu as consacré ta vie à cette personne.
Tu es une fleur blanche.
Tu es appelée la Lune d'Ivansia, tu étais appelée l'héritière, et je t'appelais Votre Ladyship.
« Tu es arrivé. »
« …… »
Tu te tiens dans le couloir. Dans ce couloir, dans la nuit noire, tu es comme une île solitaire au milieu de la mer. Une mer infinie t'entourait. J'entendais le fracas des vagues.
Tu n'es pas l'Héritière Ivansia, pas la Dame du Duché, ni Votre Ladyship.
« Raviel. »
La fleur blanche sourit.
« J'attendais, Gong-ja. »
Je.
Je t'aime.