Chapitre 108
Traducteur : thursdays Éditeur : Yahiko PR : LightBrin
3.
Je m'occupais de ma mort tout comme les autres s'occupaient de leur quotidien.
J'avais toujours la possibilité de mourir plus facilement. Envelopper mon cerveau d'aura. Et faire « pop ». En un instant, je pouvais mettre fin à mes jours sans douleur. C'était facile, simple et pratique.
C'est précisément pour cette raison que je ne me tuais pas de cette manière.
« Parce que c'est facile, simple et pratique. »
La facilité. La simplicité. La commodité. Les humains deviennent négligents lorsqu'ils s'habituent à ces trois choses. Peu importe à quel point l'esprit est tranchant comme une lame, il finit inévitablement par rouiller.
« À la fin, l'Empereur des Flammes est mort de mes mains à cause de sa négligence. »
Je recherchais des morts plus douloureuses. J'insistais pour utiliser ma dague afin de garder mes sens et mon jugement aiguisés. C'est ce que j'avais fait.
Cependant, aujourd'hui, les choses seraient différentes.
« Tout va bien. Ça se terminera en un rien de temps. »
J'envoyai lentement mon aura vers la Dame du Lys d'Argent à travers sa main. Était-ce parce que c'était une sensation inhabituelle ? Les sourcils de la Dame du Lys d'Argent se contractèrent lorsqu'elle reçut mon aura pourpre.
« …C'est chaud. »
« Oui. »
« On dirait que de l'eau brûlante parcourt mes veines. Si c'est ainsi que se manifeste ta chaleur corporelle, majordome, tu dois avoir une température légèrement plus élevée que la mienne. »
La Dame du Lys d'Argent plongea son regard dans mes yeux.
« Je suis anxieuse. »
« …… »
« Je n'avais jamais ressenti d'anxiété à propos de la régression auparavant. Je pensais que tout irait bien tant que je ne me perdais pas moi-même. Mais… Aujourd'hui, je ne veux pas te perdre. Si je régresse en premier et que tu ne te souviens pas de moi… »
Cela ferait-il de moi une ordure si les paroles de la Dame du Lys d'Argent me rendaient heureux ? Si je me sentais heureux parce qu'elle s'inquiétait pour moi ?
Ouais. Ça faisait probablement de moi un salaud.
« Ne t'inquiète pas. »
Mais j'étais un salaud, rien que pour elle.
« Je serai avec toi. »
Tandis que nous partagions notre chaleur corporelle, le monde autour de nous s'effondra.
Vrombissement—
Le sol se fendit avec fracas, et du sang jaillit des fissures.
Les démons des enfers, autrefois familiers de la Dame du Lys d'Argent, se déchaînèrent hors de son contrôle. Ils étaient aussi nombreux que les gouttes d'eau formant l'océan, et chaque goutte était aussi imposante qu'une montagne.
« Hein ? »
Au loin, les gens hurlaient.
« Des démons ! Les démons sont là ! »
« Quelle malchance. »
Ils criaient.
Les dix jours promis. L'amour de la Dame du Lys d'Argent, scellé par un vœu, cet amour éternel qu'une semi-Constellation ne pouvait contenir, débordait.
Mais même dans cette situation, la Dame du Lys d'Argent me regardait calmement, son cœur enchâssé dans l'argent.
« Je ne tolérerai aucune erreur. »
« Oui. »
« Si je meurs avant toi, ne serait-ce que d'un dixième de seconde, si tu meurs une milliseconde plus vite que moi, je ne te pardonnerai jamais, au grand jamais. Grave ces mots dans ton cœur. Je ne te donne qu'une seule chance. »
« Oui. »
« Saisis-la. »
[Le cœur plaqué d'argent vous observe.]
« Assume la responsabilité de m'avoir fait croire à nouveau. »
« …… »
Je lui tins la main un peu plus fermement.
« Je le ferai. »
Tandis que les démons ravageaient le sol, le ciel au coucher du soleil, éclatant, se brisa comme un miroir.
Un déluge de sang se déversa.
Le sol fut progressivement inondé de rouge. Les cris qui résonnaient s'apaisèrent dans un bruit de bulles, comme s'ils s'étaient noyés.
Ce n'était pas seulement le déluge de la Dame du Lys d'Argent qui causait la fin de ce monde.
[L'apôtre du « Bœuf qui récolte les ruines » s'est manifesté.]
Il y avait aussi les apôtres des autres Constellations dont elle avait parlé autrefois.
[L'apôtre du « Cheval de guerre des plaines éternelles » s'est manifesté.]
[L'apôtre de l'« Évangéliste du bonheur éternel » s'est manifesté.]
À travers les déchirures du ciel, des êtres venus d'autres mondes descendirent.
La semi-Constellation de ce monde, la Dame du Lys d'Argent. Visant les failles de la barrière effondrée, ils ne prirent même pas la peine de sauver les apparences et lancèrent une invasion à grande échelle.
« En tout cas, ils manquent cruellement de romantisme. »
Leurs apparences étaient aussi variées que les Constellations qui les avaient envoyés.
« Il semblerait. »
Ainsi, ils étaient faciles à retenir.
« Je devrais leur donner une leçon. »
« Quel genre de leçon ? »
« Qu'ils ne devraient pas interférer dans les relations des autres. »
« Ça me plaît. »
La Dame du Lys d'Argent rit.
« Mais ce n'est pas grave si tu ne le fais pas maintenant. »
C'était exactement ce qu'elle disait. De toute façon, nous n'avions pas le temps.
« Milady. »
Le firmament brisé du crépuscule. Le sang qui coulait sans fin.
Les démons rampant depuis le sol et les envahisseurs descendant du ciel. La personne devant moi avait réussi à endurer toutes ces scènes de fin du monde toute seule.
Jusqu'à aujourd'hui.
« Majordome », dit la Dame du Lys d'Argent.
« Tue-moi. »
Le monde avait été teint de rouge, et seuls la dame, moi, le bateau et l'eau dans un rayon de trois mètres autour de nous restaient intacts. Depuis le lac vermeil, d'innombrables langues et lèvres surgirent pour se moquer de nous.
En cet endroit.
Je m'autorisai une mort confortable pour la première fois.
L'aura qui recouvrait nos corps brûla.
Art Démoniaque des Cieux Infernaux.
Neuvième forme.
Épée du Suicide.
Sans la moindre erreur. Sans un moment de distorsion.
[Vous êtes mort.]
Nous mourûmes.
[Vous régressez 24 heures en arrière.]
4.
Quand j'ouvris les yeux, j'étais allongé à l'ombre d'un arbre blanc.
C'était le soir.
Le ciel virait au jaune.
Il n'était pas étrange que j'ouvre les yeux ici. Depuis le jour où j'avais décidé d'être le majordome exclusif de la Dame du Lys d'Argent, je faisais des promenades avec elle le soir.
J'essayai de me lever précipitamment quand—
« —Tu es réveillé ? »
Murmure.
J'entendis une voix juste à côté de moi.
« Tu as enfin repris tes esprits. »
Je regardai autour de moi.
« Tu es un majordome indigne. »
La Dame du Lys d'Argent se tenait dos au coucher du soleil éclatant. Elle tenait une ombrelle à la main, projetant une ombre sous ses pieds. Vroum— Alors que le vent soufflait dans ses cheveux d'argent, j'arrêtai accidentellement de respirer.
« Ai-je réussi ? »
Mon cœur battait la chamade.
« Ou ai-je échoué ? »
Je ne le savais pas encore.
Ne sachant pas, je me contentai de regarder la Dame du Lys d'Argent.
Ses doigts, agrippant négligemment le manche de l'ombrelle. Son geste pour repousser les cheveux que le vent avait éparpillés. Ses lèvres, fermées hermétiquement comme à l'accoutumée. Chacun de ses mouvements me faisait trembler.
« Majordome. Tu m'as dit un léger mensonge. »
La Dame du Lys d'Argent ouvrit la bouche.
« Tu avais promis que nous reviendrions à la même époque. Mais ne suis-je pas revenue neuf jours avant toi ? »
Ah.
« Même s'il s'agit d'une relation factice, tu as laissé ton amante seule pendant neuf jours. C'est un acte tout à fait honteux. »
J'avais réussi.
« J'ai attendu seule pendant neuf jours. J'ai été la seule à ressentir de l'anxiété pendant que j'attendais. Tu as juré d'être à mes côtés mais tu n'as pas pu tenir ta parole. N'est-ce pas là de la négligence et de la paresse ? »
J'avais réussi.
« Si tu veux réparer tes torts cette fois-ci, tu devras faire face à une punition. »
J'avais réussi.
« Hmm. J'ai soif. Majordome, apporte-moi le thé que tu as… »
La Dame du Lys d'Argent ne put terminer sa phrase.
Car je me levai et l'enlaçai.
Je voulais tellement l'embrasser que je ne pouvais m'en empêcher.
« …… »
Le vent souffla. L'ombrelle que la Dame du Lys d'Argent tenait tomba et roula dans l'herbe.
Bien que je l'enlaçasse déjà, ce n'était pas suffisant. Un peu plus. Encore. Je voulais la tenir encore plus fort. Je savais que ce sentiment venait du fait que je voulais chérir son cœur, et non son corps.
« Je suis désolé. »
Je l'avais fait attendre si longtemps, toute seule.
« Ce n'est rien. »
La Dame du Lys d'Argent me prit dans ses bras.
« Tout va bien maintenant. Je ne peux pas dire que je n'ai pas été amusée en observant la version de toi qui n'avait pas passé les derniers jours avec moi. »
« C'est un mensonge. »
« Oui, c'est un mensonge. Ce n'était pas très amusant. Mais tout va bien. Je suis très patiente. »
« Je suis désolé. »
« Je te pardonne. »
La Dame du Lys d'Argent caressa mon cou.
[L'immersion envers le personnage s'approfondit.]
[Actuellement, votre taux d'immersion est de 71 %.]
Je voulais l'aimer à en perdre la tête.
« Tu pleures ? »
« Non. »
« Tu mens. »
« Oui. »
« Je déteste les mensonges. C'est bien de plaisanter, mais ne me dis aucun mensonge. Je ne te mentirai pas non plus. Je ne te mentirai ni avec des mots, ni avec des gestes, ni avec des regards. »
« Tu pleures ? »
« …… »
« Si tu ne veux pas parler, tu as le droit de garder le silence. Je ne te presserai pas. Je ne te pousserai pas. Nous pouvons attendre tranquillement jusqu'à ce que l'autre veuille parler. »
« Oui. »
Dieu merci.
Dieu merci d'être tombé amoureux d'elle.
Dieu merci d'être devenu quelqu'un capable de l'aimer.
« J'ai une requête, Votre Ladyship. »
« Quelle serait-elle ? »
Puis-je vous embrasser ?
Je me retins.
Dieu merci, encore une fois, qu'elle ne puisse pas voir mon visage.
« Je suis vraiment désolé, mais pourriez-vous m'attendre encore un peu ? »
« Quelle impudence. Combien de temps veux-tu que j'attende encore ? »
« Huit jours. »
« Pourquoi ? »
« Sept jours. »
« Hmm ? »
« Six jours. »
« …… »
« Je réduirai cela jour après jour. »
« …… »
« Jusqu'à ce que nous puissions être ensemble dès ce premier jour. »
Silence.
« …Homme impudent », murmura la Dame du Lys d'Argent à mes oreilles. « En fin de compte, tu veux dire que tu me tueras neuf fois de plus. »
« Ça n'a pas fait mal, n'est-ce pas ? »
« Ça n'a pas fait mal. Comme tu l'as dit, c'était fini en un instant. Mais tu as déjà pris ma vie une fois, et le fait que tu en prennes encore plus rend ta nature horrible. »
« Puis-je vous embrasser ? »
« …… »
« …… »
Oups. Je n'avais pas pu me retenir.
La Dame du Lys d'Argent bougea la tête et croisa mon regard.
Rouge.
La couleur que j'aimerais le plus désormais était là.
« J'exercerai mon droit de garder le silence. »
Alors je l'embrassai.
Nous nous serrâmes l'un contre l'autre.
De souffle en souffle, de lèvres en lèvres, je projetai mon aura et offris la température de mon cœur. J'étais également reconnaissant que mon aura soit rouge. Le son de nos respirations se mélangea.
Puis.
[Vous êtes mort.]
[Vous régressez 24 heures en arrière.]
La fois suivante où j'ouvris les yeux, la Dame du Lys d'Argent était à mes côtés. Nous ne parlâmes pas. Peut-être avions-nous déjà beaucoup parlé. La Dame du Lys d'Argent me prit la main, et je l'embrassai.
[Vous êtes mort.]
[Vous régressez 24 heures en arrière.]
Pour me rapprocher un peu plus d'elle.
[Vous êtes mort.]
[Vous régressez 24 heures en arrière.]
Pour rencontrer la Dame du Lys d'Argent, qui disait que nous serions à jamais des lignes parallèles, je penchai la tête. Je l'embrassai. Avant que nos chronologies ne puissent se chevaucher, nos lèvres se rencontrèrent.
Dans le couloir froid de sa résidence.
[Vous êtes mort.]
[Vous régressez 24 heures en arrière.]
Dans un sous-sol sombre.
[Vous êtes mort.]
[Vous régressez 24 heures en arrière.]
Sous les pétales de magnolia blanc.
« Milady. »
Je haletai.
« Avant de venir ici, vous êtes-vous brossé les dents ? »
« Il semble que ce soit le bon moment pour utiliser mon droit de garder le silence. »
« C'est déloyal. Vous seriez la seule à vous en tirer. »
« Dans ce monde, il y a deux cas où l'on est pardonné d'agir de manière déloyale. L'un est en temps de guerre, et l'autre en amour. De plus— »
Quand je mourais, je régressais de 24 heures, mais la Dame du Lys d'Argent retournait au premier jour dans la salle de bal.
Elle comptait les écarts de temps.
« Tu m'as fait attendre neuf jours, huit, sept… Au total, trente-neuf jours. Ma loyauté propre permet à ta conscience de se soulager. Sois reconnaissant. »
« Alors, 39 jours de baisers… »
« Tu es agaçant, alors tais-toi. »
[Vous êtes mort.]
[Vous régressez 24 heures en arrière.]
La fois suivante où j'ouvris les yeux, j'étais dans la chambre privée de la Dame de la Soie Dorée.
« Roi de la Mort ! »
L'Inquisiteur Hérétique, qui n'était pas encore devenue la Dame de la Soie Dorée, sourit. Ma chronologie était maintenue, mais celle de l'Inquisiteur Hérétique ne l'était pas. Ainsi, alors que mon taux d'immersion restait le même, l'immersion de l'Inquisiteur Hérétique diminuait à mesure que je m'approchais du premier jour.
« La Dame du Lys d'Argent est venue rendre visite ! Aha. Je me demande de quoi il s'agit pour venir si tard dans la nuit. J'ai entendu dire qu'elle séjourne dans un logement séparé, pas dans les dortoirs. Vu qu'elle est venue ici à cette heure, quelque chose est… »
« Où est-elle maintenant ? »
« Ah. Elle attend dans le jardin devant les dortoirs. »
J'ouvris la porte et courus. Derrière moi, l'Inquisiteur Hérétique appela : « Roi de la Mort ? », mais je n'avais pas le temps de répondre. Il y avait quelqu'un qui m'avait attendu.
Un peu plus vite.
Même juste un peu, dépêche-toi.
La Dame du Lys d'Argent se tenait sous les magnolias.
Un lotus blanc fleurissait dans le ciel nocturne.
La fleur de lotus enneigée ressemblait à un cœur qui avait perdu sa couleur rouge.
« …… »
Certaines personnes dans les dortoirs épiaient probablement le jardin depuis les fenêtres. Mais nous nous sommes approchés, nous sommes enlacés et nos lèvres se sont rencontrées.
Je murmurai : « Le saviez-vous ? »
« Je ne sais pas. Vas-y. Expose-toi. »
« Mon nom est Gong-ja, et je vous appelle Votre Ladyship, ou « gong-nyeo ». Côte à côte, nous devenons Gongnyeo et Gong-ja. Bien sûr, les mots peuvent sonner différemment dans la langue de Votre Ladyship, mais… »[1]
« Es-tu en train de dire que nous sommes faits l'un pour l'autre ? »
« Je le pense. »
« Tu deviens prétentieux à cause d'une coïncidence. »
« Je vous aime. »
Nos lèvres se touchèrent.
Nos souffles se mélangèrent.
Le temps se chevaucha.
[Vous êtes mort.]
Enfin.
[Vous régressez 24 heures en arrière.]
Quand j'ouvris les yeux, j'étais dans une salle de bal luxueuse.
Le lustre pendait du plafond comme un saule pleureur.
En dessous, des dizaines de dames et de gentilshommes dansaient par paires.
C'était l'endroit où nous nous étions rencontrés pour la première fois.
L'endroit où l'Inquisiteur Hérétique avait reçu une gifle.
La première scène où nos chronologies s'étaient croisées.
Premier jour.
« …… »
« …… »
Au milieu de la salle de bal, nous nous faisions face.
Je fis un pas.
La Dame du Lys d'Argent s'avança également.
À l'endroit où des dizaines d'ombres voletaient, sous le lustre blanc, nous nous embrassâmes, incapables de dire qui avait bougé en premier.
Nous n'avions besoin d'aucun mot.
Autour de nous, des voix d'étonnement s'élevèrent. Nous les ignorâmes. L'orchestre qui jouait de la musique dans la salle de bal s'arrêta. Les dames et les gentilshommes cessèrent de danser et nous fixèrent. Pourtant, nous les ignorâmes.
Les yeux de la Dame du Lys d'Argent. Sa voix. J'étais simplement immergé dans les contours de son existence.
« Nous, »
Mon front toucha celui de la Dame du Lys d'Argent.
« Est-ce toujours le premier jour ? »
Les coins de la bouche de la Dame du Lys d'Argent se courbèrent vers le haut.
« C'est le premier jour. Ce sera toujours le premier jour. »
« Pour toujours ? »
« Tant que nous le souhaitons tous les deux. »
Nous nous embrassâmes à nouveau.
Nous nous abandonnâmes à l'instant comme s'il devait durer toujours.
Seuls les sons de nos deux souffles se répandaient doucement dans la salle de bal spacieuse.
« Hein… ? »
Longtemps après, l'Inquisiteur Hérétique prit la parole derrière nous.
« Euh. Ai-je manqué quelque chose ? »
Personne ne put répondre.
~~~
[1] Gongnyeo (공녀) fait référence à la fille d'un duc ou d'un seigneur féodal. Certaines personnes le traduisent par « princesse », et il existe d'autres significations. Gong-ja (공자), en plus de signifier « Confucius », peut faire référence au fils d'un duc/noble.