Chapitre 104
Traducteur : thursdays Éditeur : Yahiko PR : LightBrin
1.
Le sang provenant du miroir recouvrait les environs.
Au début, ce n'était qu'une goutte ou deux. Puis, les gouttes de sang continuèrent de tomber, se transformant en un robinet inépuisable.
Cependant, cling… cling… Au moment où une horloge à grand-père au loin sonna, les gouttes de sang changèrent. Le sang jaillit de manière incontrôlable de la fissure dans le miroir.
Cling…
Minuit. Douze coups de cloche.
Une seule goutte gonfla pour devenir une colonne.
Une colonne se divisa en six.
Le couloir était couvert de sang.
C'était une mer de sang rouge.
L'horloge à grand-père sonna son dernier coup.
Nous étions debout sur un tapis de sang.
« Milady. »
Instinctivement, j'enroulai mes bras autour des épaules de la Dame du Lys d'Argent. La mare de sang montait jusqu'à nos chevilles. La texture visqueuse et humide était de mauvais augure.
« C'est… »
« C'est mon cauchemar. »
La Dame du Lys d'Argent murmura dans mon étreinte.
« Restez sur vos gardes, majordome. Cet endroit ne diffère en rien d'un autre monde. Les autres personnes ne peuvent ni savoir ni voir ce qui se passe ici. »
Soudain, la mer de sang commença à bouillonner.
Des milliers de bulles montèrent, et des milliers de bulles éclatèrent.
Mais parmi elles, quelques-unes restèrent intactes au lieu de disparaître comme les autres.
[Le cœur plaqué argent se manifeste.]
C'étaient des démons en forme de lèvres. Non, ce n'étaient que des lèvres. Il n'y avait ni visage ni corps, seulement les lèvres rouges et la langue rouge.
La chose eut un sourire en coin.
-Son Altesse.
-Déteste-le.
Les lèvres de bulles de sang montaient et éclataient continuellement. Les mots qu'elles murmuraient étaient rarement liés. Les paroles étaient incohérentes. Comme un chœur dans une terrible dissonance.
-Le gentil prince héritier.
-Avant d'être prince héritier, le prince a cueilli une fleur pour moi.
-Tu as essuyé mes larmes avec tes manches. Tu étais encore une personne gentille.
-Le cœur était tendre. C'est pour ça.
-Mais…
Poignard !
La Dame du Lys d'Argent transperça les lèvres de bulles de sang avec sa rapière. Le démon éclata. Cependant, deux ou trois fois plus de langues surgirent de la mer de sang à sa place.
Les rires des démons étaient rouges.
-Aime-le.
Je balançai aussi mon épée.
-Quel est l'intérêt d'aimer quelqu'un qui est né distingué ?
La puissance de combat des démons était dérisoire. Ils ne ripostaient même pas. Ils acceptaient seulement les coups.
Mais.
-Bien qu'il soit une personne peu attirante.
-Le véritable amour, c'est embrasser et guider un homme insensé.
Ils étaient déconcertants.
Ce n'était pas une attaque physique, mais mentale.
-Je t'aime. Votre Altesse.
-Je sais aussi comment aimer.
-Je suis une noble aimante.
Je me mordis les lèvres. C'était désagréable. J'attaquai plus vite pour trancher à travers les bulles.
-Vas-tu me tuer ?
-C'est inutile. La tragédie devient plus douce à mesure que tu la piétines.
-La Dame de la Soie Dorée. Elle flirte avec Son Altesse ?
-Dégoûtant.
La mer de sang se souleva de rire.
-Elle est si naïve, à rêver de romance. Son Altesse n'aime pas la Dame de la Soie Dorée. Elle est juste un moyen d'échapper à ses devoirs impériaux.
-Pauvre prince.
-Pitoyable prince.
Merde.
J'avais déjà vu un phénomène comme celui-ci auparavant.
'Le Roi Démon de la Pluie d'Automne !'
Avant que je ne la récolte et que je lui donne le nom de Preta, la Constellation était comme ça. Le Roi Démon faisait couler du sang depuis le ciel et utilisait librement une armée de monstres.
C'était la force d'une Constellation.
Ces démons étaient les familiers de la Dame du Lys d'Argent.
[La présence du cœur plaqué argent devient plus proéminente.]
Quelque chose d'autre que des lèvres sortit de la mer de sang.
C'étaient des mains.
Comme une mariée et un marié lors d'un mariage, deux mains étaient entrelacées.
-Raviel. Ta famille et la famille impériale ont arrangé des fiançailles entre nous.
-Des fiançailles, n'est-ce pas ?
-Oui. Mais je ne veux pas d'un mariage politique.
Les mains des démons se joignirent.
Le sang coulait sans fin des mains de sang.
Je remarquai que les démons rejouaient [ce qui s'était passé dans le passé] comme une pièce de théâtre.
-Nous pouvons ignorer les fiançailles décidées sans égard par les adultes. Indépendamment d'eux, je t'aimerai. Je suis venu ici aujourd'hui pour te demander formellement en mariage.
-Prince.
-Raviel. Quand nous serons plus âgés, m'épouseras-tu ?
Des dizaines de lèvres entourèrent les mains.
À l'unisson, elles répondirent.
-Oui.
-Je t'aimerai, c'est certain.
-Je t'aimerai aussi, mon prince.
Ce fils de pute.
Il a dit quelque chose comme ça et il n'assume toujours pas ses responsabilités ?
-Son Altesse a très probablement oublié.
-C'était une promesse faite durant l'enfance.
-On n'y peut rien.
-Les gens ont une mauvaise mémoire.
Les lèvres de bulles de sang ricanèrent.
-On n'y peut rien !
Je ne pouvais plus le supporter.
J'étais submergé par la rage.
Splash ! Je fis un pas en avant, concentrant mon aura sur mon pied avant.
Art Démoniaque des Cieux Infernaux.
Huitième forme.
Épée d'Incinération.
Alors que les vagues de sang se propageaient, mon aura en fit de même.
La mer de sang qui recouvrait le couloir brûla.
-Ooh.
Derrière moi, Bae Hu-ryeong parla.
-Maintenant, tu peux t'occuper de ces foules d'un seul coup. Tu as beaucoup grandi, petit corbeau.
Normalement, j'aurais joué le jeu des railleries de Bae Hu-ryeong. Mais là, je n'étais pas d'humeur. Je nettoyai le couloir. Les démons furent engloutis dans l'enfer. Les démons ne crièrent même pas en disparaissant. Au contraire, la façon dont ils riaient jusqu'au bout m'énervait.
« Merde. »
J'ai brûlé les démons d'un coup, mais je bouillais toujours à l'intérieur.
Colère envers le prince héritier. Mépris.
Le fait qu'une personne honorable comme la Dame du Lys d'Argent soit blessée à cause d'un tel homme, qu'elle ait fait un vœu irréversible. Ces choses me rendaient fou.
« Depuis quand… ?! »
Je pris une inspiration pour tempérer ma voix. Peu importe à quel point j'étais en colère, je ne voulais pas hausser le ton devant la Dame du Lys d'Argent.
« …Depuis quand es-tu devenue une Constellation ? Ces choses sont les familiers d'une Constellation. Tu les as créés. »
C'est pour cela qu'ils ne résistaient pas ; ils nous reconnaissaient comme des alliés.
La Dame du Lys d'Argent hocha la tête. Elle savait.
« C'est arrivé au moment où j'ai poignardé mon cœur. »
Inaperçu, le sang commença à retourner vers le miroir. Se tordant. Se faufilant. Les colonnes de sang rampèrent à travers la fissure du miroir.
Régression. La Dame du Lys d'Argent regardait calmement les gouttes de sang s'éloigner comme des sangsues.
« Il semble qu'il n'y ait pas de Constellation originale dans ce monde. Je ne sais pas s'il y en avait une et qu'elle a été tuée, ou si elle n'a jamais existé dès le départ. »
Lefanta Aegim a probablement tué la Constellation. Mais ce n'était pas le moment d'en parler. J'écoutai attentivement les paroles de la dame.
« Avec le temps, les démons deviennent plus puissants. Leur nombre augmente, et leur taille croît. Il devient difficile de les contrôler comme je le fais maintenant. Et le dixième jour— »
Le dixième jour.
Là, la Dame du Lys d'Argent s'arrêta. Elle secoua la tête une fois et reformula.
« …Quoi qu'il en soit, alors que les dix jours commençaient à boucler, je suis devenue [la représentante de ce monde]. Bien que ce ne soit pas ce que je souhaitais, le temps du monde tourne autour de moi. »
-Hmm.
Bae Hu-ryeong se prit le menton.
-Ce n'est pas une ascension typique. En termes de Murim, ce n'est pas une voie juste, mais une voie maléfique. Bien que l'épée dans le miroir ne soit qu'un fragment, elle faisait autrefois partie de la [Déesse de la Protection].
Bae Hu-ryeong haussa les épaules et marmonna.
-Si tu l'enfouis dans ton cœur, tu accéderas au rang de Constellation même si tu ne le veux pas… Combiné avec la régression répétée, ce n'est pas quelque chose qu'un corps humain peut supporter. Bien qu'elle ne soit pas une Constellation complète, mais une contrefaçon. Quoi qu'il en soit, c'était le résultat de nombreuses coïncidences.
'Quelqu'un peut-il devenir une Constellation même s'il ne le veut pas ?'
-Ouais. Zombie, es-tu né humain parce que tu le voulais ?
Sérieusement, même quand on essaie de lui parler, il est comme ça.
-La partie importante, ce sont les conditions. Pas la volonté. Il y a beaucoup de gens qui souffrent parce qu'ils sont humains, mais ceux qui souffrent parce qu'ils sont devenus des Constellations sont aussi étonnamment courants. Il est facile pour une vie de devenir misérable. Tu comprends, Jeune Maître de la Secte Démoniaque ?
J'expirai.
Ma colère envers le prince fermentait dans mon cœur. Cette colère laissait un goût amer dans ma bouche.
La Dame du Lys d'Argent me regarda.
« Comme c'est inhabituel. N'es-tu pas déçu ? »
« Pardon ? »
« Tes mots sont corrects. Quelles que soient les circonstances, ces démons sont mes familiers. Ils n'inventent pas les versets. Les choses qu'ils ont dites sont toutes des choses que j'ai murmurées dans mes rêves, même si c'était inconsciemment. »
La Dame du Lys d'Argent pencha la tête.
« J'ai promis un amour qui ne changerait jamais. Pour garder cet amour pur, je dois éliminer la poussière et les défauts qui s'installent dans mon amour chaque jour. »
Déception.
Frustration.
Le sentiment de vouloir recevoir autant qu'on donne.
« C'est le résultat. »
Une tache d'huile sur un cœur.
L'incarnation même d'une malédiction.
« N'est-ce pas laid ? » murmura la Dame du Lys d'Argent. « Je t'ai montré ce qu'est l'amour. Mais je ne t'ai pas seulement montré. J'ai essayé de récolter ton amour, aussi. Je t'ai amené ici pour t'éveiller de ce fantasme. »
« Déçu ? »
Sans que je le sache, un souffle s'échappa de mes lèvres. Ce n'était pas un soupir. C'était un souffle contenant à peine la colère.
« C'est laid ? Je ne sais pas grand-chose, mais milady, je ne serai jamais déçu par vous à propos d'une chose pareille. »
« …Comme ça ? »
« Vous m'avez confié un secret. Vous avez pris votre cœur et me l'avez révélé tel qu'il est. Une personne qui est vraiment détestable, milady, c'est quelqu'un qui ne montre jamais son cœur aux autres. Faire semblant d'être décontracté. Faire semblant d'être composé. Ne sachant que blesser les gens. »
Ce bâtard d'Empereur des Flammes.
« Plutôt, je suis pire. Si Votre Ladyship savait quel genre de pensées j'ai, vous m'abhorreriez. »
« Cela me rend curieuse. »
« Si vous m'avez amené ici pour me faire abandonner, vous aviez tort, milady. Je ne suis pas tombé amoureux de vous parce que votre cœur n'est pas laid. »
La Dame du Lys d'Argent fit une très brève pause. Amour. C'était à cause de ce mot. Mon visage devint chaud quand je le dis à voix haute, mais je ne pensai pas à hésiter.
« Cela ne fait qu'un jour que tu as commencé à m'aimer. Mon enseignement est brillant. »
« Est-ce que ça a de l'importance que ça ne fasse qu'un jour ? Aurait-ce été mieux si je vous avais aimée pendant un an ? Mille jours ? Voulez-vous que je revienne après ça ? »
« …… »
« Je peux voir quel genre de personnes vous méprisez. Et ce que vous méprisez est la même chose que ce que je déteste. Je peux voir quelles cicatrices vous portez et comment vous êtes blessée. J'aime votre façon de vivre. Parce que, vous et moi, nous vivons la même vie. »
M'entendra-t-elle ? Comprendrait-elle ce que je veux dire ?
Ce n'était pas quelque chose que je pouvais savoir.
Je n'avais jamais dit une chose pareille à quelqu'un d'autre. Je n'y étais pas habitué. Mais je voulais garder la personne en face de moi. Et je voulais que la Dame du Lys d'Argent me garde. Je voulais que nous partagions une vie et que nous nous ayons l'un l'autre.
« Je vous aime autant que je m'aime moi-même. J'aimerais que vous puissiez m'aimer autant que je vous aime. »
C'étaient mes vrais sentiments.
Et la seule méthode que je connaissais était de l'exclamer de tout mon cœur.
« Je vous ferai certainement m'aimer. Je ne vous dirai pas d'abandonner le prince héritier. Même si je ne vous le demande pas, vous finirez par l'abandonner un jour. »
« Mon cœur est… »
« Oui. Mais peu importe si votre cœur est pris en otage par le monde. Si c'est le problème, je vous libérerai. Mais si vous aimez toujours le prince héritier, alors je deviendrai une personne encore meilleure que lui et je resterai à vos côtés. »
« …… »
« Le prince héritier vous a-t-il donné des souvenirs inoubliables quand vous étiez enfants ? Cela n'a pas d'importance non plus. »
Je murmurai à l'oreille de la Dame du Lys d'Argent.
« Nous sommes deux régresseurs. Les deux seuls au monde. »
Je savais que mon visage était rouge. Mais j'ai dit ce que j'avais à dire.
« Il y aura beaucoup de moments que seuls vous et moi pourrons apprécier. Durant ces moments, je vous donnerai des souvenirs si époustouflants qu'ils feront s'effacer votre souvenir du prince. Je ferai de mon mieux. »
« Hmm. »
Le coin des yeux de la Dame du Lys d'Argent se releva.
« Peux-tu répéter ces dix derniers jours indéfiniment ? Tu finiras par t'en lasser. »
« Ce n'est pas un problème. Ce n'est pas la première fois que je répète les mêmes jours encore et encore. »
« Et si je te dis de sortir de ma vue parce que je me lasse de toi ? »
« Je disparaîtrai, mais— »
Je bougeai ma main. Je la bougeai, et j'attrapai le bout des doigts de la Dame du Lys d'Argent. Elle avait lâché sa lanterne en combattant les démons. C'était quelque chose qui demandait du courage. Beaucoup. Heureusement, j'en avais assez.
« Pour commencer, cela n'arrivera pas. »
« Pourquoi cela ? »
« Parce que vous ne vous êtes pas lassée du prince héritier… et je suis une meilleure personne que lui. Si je vous mets mal à l'aise, s'il vous plaît, dites-le-moi maintenant. Je disparaîtrai. »
Silence.
La Dame du Lys d'Argent regarda mon visage.
« …Tu es insupportable. »
Les lèvres de la dame s'entrouvrirent.
« Je devrais être dérangée, mais en ce moment, je ne ressens pas cela. Je ne pense pas que je serai facilement dérangée, non plus. »
C'est alors.
« …ler… ! »
Depuis le fond du couloir, il y avait une voix. Elle semblait urgente. Les serviteurs de la Dame du Lys d'Argent devaient dormir, pourtant la résidence fut soudainement troublée.
« …où… ! Mais… ! »
Bientôt, nous entendîmes des pas. Les serviteurs s'étaient réveillés. Des lumières s'allumèrent partout, et peu après, le serviteur aux cheveux gris courut là où nous nous tenions.
« Je vous présente mes excuses, milady. »
La Dame du Lys d'Argent lâcha ma main.
« Pourquoi faites-vous un tel tapage à cette heure tardive ? »
« Je suis désolé, mais je dois vous informer… »
À ce moment-là, la voix lointaine qui faisait du bruit put être entendue plus clairement qu'avant.
« Majordome ! Où êtes-vous, majordome ?! »
Mon expression se durcit.
C'était une voix très familière.
Le serviteur aux cheveux gris s'inclina dans notre direction.
« La Dame de la Soie Dorée est en plein accès de rage. »