Chapitre 60
Personne ne fut capable de réagir, à l'exception de Moon. De la terre jaillit du sol devant Marcus, formant un mur défensif en une fraction de seconde dans l'espoir de stopper la flèche dévastatrice.
Crac !
La flèche transperça le mur et continua sa course, son élan à peine ralenti. Elle manqua le crâne de Marcus de quelques centimètres alors qu'il rejetait instinctivement la tête sur le côté.
Marcus déglutit, le visage livide. Puis, la peur fit place à la colère. « Toi... ! »
Moon l'interrompit d'une voix calme : « Personne ne t'arrêtera. Tu peux partir. Nous avons déjà ce que nous voulions. »
[Échec de l'activation de la compétence Emplacement de classe.]
[La classification de la cible dépasse le seuil de la compétence.]
Jonathan hocha la tête, ce sourire déconcertant toujours aux lèvres. Il murmura quelque chose d'imperceptible avant de faire volte-face et de s'éloigner.
Les Parias restants le suivirent comme des chiens obéissants et, en quelques instants, ils disparurent dans la forêt, ne laissant derrière eux que le cadavre de James.
Marcus se tourna immédiatement vers Moon. « C'est quoi ce bordel ?! On les avait encerclés ! On aurait pu... »
« Ça suffit », trancha le Lieutenant d'une voix calme. « Moon a pris la bonne décision. Notre objectif était James. Nous l'avons. »
Il fit un geste vers le cadavre. « Combattre Jonathan aurait coûté cher, et pour quoi au juste ? »
Marcus grimaça, mais il finit par se taire, reconnaissant la sagesse de ces paroles même s'il ne l'appréciait guère.
Le regard de Moon resta fixé sur la zone où Jonathan avait disparu. Il y avait quelque chose qui clochait chez cet homme.
Ma compétence Emplacement de classe a échoué à copier sa classe pour une raison inconnue. Et cette flèche, tout à l'heure... il est vraiment puissant. Il a brisé ma barrière avec une facilité déconcertante. Bien que la Terre ne soit pas mon élément le plus fort, j'ai tout de même utilisé une compétence de rang Épique. Pour qu'il parvienne à la percer... soit il possède lui-même une compétence de rang Épique, soit... il a déjà atteint sa première évolution de classe.
Jonathan était bien plus fort que ce à quoi on pouvait s'attendre pour un homme à la tête d'un groupe de Parias. Son tir avait été trop rapide, trop précis, et la manière dont il avait pris deux décisions cruciales sans la moindre hésitation le rendait dangereux. Jonathan agissait comme s'il était détaché de toute émotion ou conséquence humaine normale.
Moon avait déjà croisé des psychopathes. James en était un. Mais Jonathan était tout autre. Un fou dont le prochain mouvement était toujours imprévisible. Quelqu'un qui suivait une logique qui n'appartenait qu'à lui. Qui tuait ses alliés aussi facilement que ses ennemis quand cela servait l'objectif incompréhensible qu'il poursuivait.
Ce genre de personne était le plus dangereux qui soit. Car on ne pouvait jamais prédire ce qu'il ferait ensuite. Ce qui le rendait encore plus méfiant, c'était le fait que sa compétence ait échoué contre lui, ce qui déclencha plusieurs signaux d'alarme dans l'esprit de Moon.
Le Lieutenant s'approcha du cadavre de James pour confirmer sa mort. « Marcus, Alyssa, sécurisez la tête. Nous la ramènerons comme preuve. »
Il regarda Moon. « Merci d'être intervenu. La situation aurait pu mal tourner à plusieurs reprises. »
Moon hocha la tête sans rien dire.
Les heures suivantes furent consacrées à retrouver l'élan qui s'était échappé plus tôt. Par chance, ils le localisèrent.
L'élan buvait près d'un ruisseau, ses bois massifs s'abaissant pour laper l'eau du courant.
Dès qu'ils l'aperçurent, Moon élabora un plan. Il se tourna vers Nathaniel et dit : « Vous le voulez vivant, n'est-ce pas ? Quelques blessures ne devraient pas poser de problème. »
Nathaniel acquiesça. « Tant qu'il est en vie. »
Moon s'adressa ensuite à l'archère du groupe, une femme svelte nommée Serra qui était restée silencieuse durant la majeure partie du voyage. « Au signal, je veux que tu tires dans ses pattes. Son seul avantage est sa vitesse. Une fois sa mobilité entravée, il sera plus facile à capturer. »
Serra hocha la tête, déjà une flèche à l'arc. Après l'avoir vu invoquer un sort de foudre, elle n'avait plus aucun doute sur ses capacités.
Moon se sépara alors du groupe et commença à approcher l'élan, lentement mais sûrement. La distance passa de cent mètres à vingt mètres, là où il s'arrêta.
Bien que l'élan n'ait pas bougé, Moon savait qu'il sentirait sa présence s'il avançait d'un seul centimètre de plus.
Les oreilles de la créature pivotaient constamment, à l'affût du moindre bruit. Ses muscles étaient tendus sous son pelage sombre, prêts à bondir au moindre signe de menace.
L'élan avait cessé de boire, la tête légèrement relevée, en alerte.
Moon attendit tel un chasseur, patient et immobile, laissant les minutes s'écouler jusqu'à ce que le moment opportun se présente.
Soudain, la tête de l'élan replongea vers l'eau.
Moon frappa comme la foudre.
L'éclair s'abattit avant même que l'élan ne puisse prendre la fuite. L'électricité parcourut son corps, le paralysant instantanément. Au moment de l'attaque, Moon fit signe à Serra.
Fiu ! Fiu !
Plusieurs flèches volèrent, et les vétérans coururent pour réduire la distance et coincer la bête sous différents angles.
Incapable de bouger, l'élan fut touché par deux flèches qui trouvèrent leur cible : l'une s'enfonça dans sa patte avant, l'autre érafla son torse, traçant une ligne de sang sans toutefois atteindre d'organes vitaux.
Une fois la paralysie dissipée, l'élan s'élança.
Malgré la flèche dans sa patte et sa blessure, il courut avec une force désespérée. Le sang jaillissait de la plaie à chaque pas, mais l'instinct de survie de la créature ignorait la douleur.
Crash !
Bien qu'encerclé, l'élan choisit une direction et percuta le vétéran qui tentait de l'arrêter. L'homme fut projeté contre un arbre voisin ; il avait essayé de le ralentir, mais sa force physique n'était pas suffisante pour empêcher l'élan de s'échapper.
Moon était déjà en mouvement.
Il activa à nouveau son élément foudre, mais cette fois, il le canalisa différemment. Au lieu de le projeter vers l'extérieur comme une attaque, il fit circuler le courant à travers son propre corps par impulsions contrôlées.
Contrairement à la dernière fois où il avait tenté cela — ce qui, en fuyant l'attaque de la Bête de l'Hiver, lui avait causé une douleur immense aux jambes — il utilisa cette fois une tension minimale. Juste assez pour améliorer sa réactivité musculaire et sa vitesse sans se retrouver incapable de bouger quelques instants plus tard.
Malgré la réduction de l'intensité, il savait que cela aurait tout de même des effets secondaires.
Le corps humain n'était pas conçu pour conduire l'électricité, et le sien n'avait pas encore fini de s'adapter à son pouvoir. Mais il devait combler l'écart. L'élan restait incroyablement rapide malgré sa blessure.
En quelques instants, l'élan et Moon avaient laissé Nathaniel et les autres loin derrière.
Marcus courait avec les vétérans, poussant ses jambes dans leurs derniers retranchements. Ils pouvaient apercevoir l'élan et Moon au loin, mais ils ne parvenaient tout simplement pas à les rattraper. L'écart se creusait à chaque seconde.
Alors que Marcus s'apprêtait à abandonner, la voix de Nathaniel perça son épuisement : « Continuez de courir ! »
Marcus jura intérieurement mais continua, forçant ses jambes à avancer.
Quant à Moon, il ne canalisait plus son élément foudre. Il avait déjà réduit la distance à un rythme confortable, courant à seulement vingt mètres derrière l'élan.
L'élan commençait à faiblir. La perte de sang due à sa blessure à la patte pesait lourd. Sa démarche devenait irrégulière, favorisant le membre blessé. Il défonçait les broussailles, laissant une trace claire de végétation piétinée et d'éclaboussures de sang.
Moon maintenait la pression, gardant ses distances sans pour autant se rapprocher davantage. Il était en train de le rabattre, utilisant sa présence pour guider sa panique dans une direction précise.
Devant eux, le terrain changeait. La forêt laissait place à un sol plus rocailleux où la vitesse importerait moins. Là où la patte blessée de l'élan deviendrait un handicap encore plus grand.