Chapitre 45
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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le printemps ne vient jamais aux champs volés ◈
Chapitre 45 : Provocation
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Après mon repas avec Sirius, j’appelai Julia en toute hâte.
« Julia. Je veux que tu exécutes les instructions que je vais te donner, quoi qu’il arrive. »
« Il fait presque nuit. Y a-t-il une urgence, Héroïne ? »
Julia répondit d’un air légèrement préoccupé.
« Oui. Tout doit être prêt pour demain matin. »
« Compris. »
Ma réponse ferme sembla la crisper.
« Tu connais le programme que j’ai prévu pour les membres de mon groupe demain, n’est-ce pas ? »
« Oui. Vous aviez prévu de vous rendre au domaine du duc Aiern… »
« C’est complètement annulé. Nous ferons ça à l’académie, demain. »
Julia me regarda, visiblement perplexe.
« Mais nous avons déjà pris contact avec la maison Aiern… »
« Je parlerai moi-même à mon maître. Ne t’en fais pas et occupe-t’en. »
Julia semblait avoir quelque chose à ajouter, mais elle se tut en voyant mon expression.
« Compris. Que souhaitez-vous que je prépare pour demain ? »
Je devais profiter de l’occasion pour rabattre un peu le caquet de Luna.
Quoi que nous organisions, il fallait que Sirius voie, sans l’ombre d’un doute, que j’étais plus cultivée et plus élégante que Luna.
« Quel est le style de goûter le plus à la mode dans l’Empire, ces temps-ci ? »
Julia parut décontenancée par cette question sortie de nulle part.
« Héroïne, je vous ai tant de fois pressée d’assister à des réceptions mondaines, et vous ne leur avez jamais accordé le moindre intérêt. Qu’est-ce qui vous prend ? »
« Ça m’intéresse, maintenant. Je me suis dit que j’allais en organiser une demain. »
Pourtant, Julia ne semblait pas mécontente de ce revirement.
« Où comptez-vous la tenir ? »
« Au terrain d’entraînement. »
Julia fronça les sourcils.
« Est-ce vraiment nécessaire de la tenir là-bas ? Je vous conseillerais plutôt le jardin ou la terrasse près du réfectoire. »
Je le savais bien, moi aussi.
Mais le groupe de Sirius avait convenu de se retrouver là-bas, alors je n’avais pas le choix.
« Ce sera au terrain d’entraînement. »
Elle poussa un long soupir.
Je n’aimais pas toujours imposer ma volonté à Julia.
Je décidai de lui offrir quelque chose de joli dès notre retour dans la capitale.
« Haa… Compris. L’heure et le nombre d’invités restent ceux prévus, dix heures et quatre membres du groupe, vous comprise ? »
J’hésitai un instant.
Le groupe de Sirius serait évidemment là, mais rien ne garantissait que celui de Luna ne se joindrait pas à nous.
Leon m’avait dit dans la journée que le lendemain, c’était au tour de Luna.
Il y avait de fortes chances qu’elle et Sirius se soient arrangés pour se retrouver ensemble.
« Douze. Prépare tout pour douze personnes, s’il te plaît. »
« Ah ! Vous voulez inviter toute la classe ! »
Julia hocha la tête avec enthousiasme.
Depuis qu’on m’avait choisie comme Héroïne, je m’étais consacrée uniquement à l’entraînement et n’avais prêté attention à personne d’autre que Yuwol. Elle devait être heureuse que je m’intéresse enfin aux autres.
Mes raisons n’avaient rien d’aussi innocent, mais qu’importe ?
« Oui. Alors, fais en sorte que ce soit… le plus extravagant et impressionnant possible. »
« Il est assez tard pour organiser tout cela, mais puisque c’est votre ordre, Héroïne, je ferai de mon mieux. »
« Merci, comme toujours, Julia. »
Julia s’inclina, puis s’éloigna à la hâte.
Elle semblait déterminée à satisfaire mes exigences déraisonnables, d’une manière ou d’une autre.
Je m’en voulais, mais il y avait des choses auxquelles je ne pouvais pas renoncer.
La question était de savoir si le groupe de Luna serait là.
S’ils n’étaient pas là, je serais déjà ravie de passer un goûter tranquille et tout à fait innocent avec Sirius.
Mais si cette garce de Luna venait, ce serait encore mieux.
Qu’est-ce que la fille d’un comte du Royaume de Zéros pouvait bien avoir d’impressionnant ?
J’étais l’Héroïne qui représentait l’humanité. J’étais sûre de ne rien avoir à lui envier.
Quant à savoir qui méritait le mieux d’être servie… nous le découvririons bientôt.
* * *
J’aurais dû demander à Sirius de m’accompagner.
Je suppliai le personnel du réfectoire, leur promettant de les payer plus tard, et parvins tant bien que mal à obtenir du thé et des rafraîchissements.
Mon maître avait dû me donner une belle somme du royaume des humains avant que je ne passe de l’autre côté, mais je ne m’en étais jamais servie et n’en avais donc rien emporté. Quelle erreur.
Je chargeai les victuailles qu’on m’avait remises sur le chariot que j’avais préparé.
Ce n’était peut-être pas de la meilleure qualité, mais ça ferait l’affaire pour aujourd’hui.
En vérifiant l’heure, je me rendis compte que j’étais un peu en retard.
J’imaginais déjà Sirius, qui manquait de savoir-vivre, complètement perdu et incapable de se débrouiller.
Même ça, c’était mignon.
S’il avait eu trop de charme et s’était mis à séduire toutes les femmes qu’il croisait, je lui aurais déjà cloué le bec.
J’étais déjà irritée de voir toutes ces inconnues graviter autour de Sirius.
Bien sûr, il était évident que Sirius n’était pas allé les aborder le premier.
Il n’en avait pas le cran, ni le talent d’acteur irréprochable qu’il aurait fallu pour me berner.
Je l’avais déjà averti sèchement à plusieurs reprises, alors je pensais qu’il se tiendrait tranquille.
Mais il restait une variable…
L’Héroïne. Cette garce était la seule personne que je ne pouvais pas ignorer.
J’avais beau manier le bâton et la carotte avec Sirius, sa présence représentait un danger bien trop grand pour moi.
Il y avait au fond de moi une émotion que Sirius n’avait sans doute pas remarquée.
La défaite.
Depuis un bon moment, je me sentais vaincue par l’Héroïne, que je n’avais pourtant jamais vue de mes yeux.
Quand j’étais encore dans le Monde des Démons, avant que la Magie innée de Sirius ne me frappe, je m’étais juré de ne jamais lui avouer mes sentiments.
Pour une seule raison.
Sirius ne me voyait pas.
Il endurait des entraînements si éprouvants qu’ils auraient été un enfer pour un corps humain, serrant les dents à chaque instant.
Tout ça pour l’Héroïne. Pour cette fille, Celia.
Une partie de moi avait déjà renoncé.
À ses yeux, l’Héroïne était une étoile qui lui montrait la voie.
Alors, tout ce que je pouvais espérer, c’était que Sirius arrête l’Héroïne et empêche la mort de mon père, empêche la défaite des démons.
Il était juste à côté de moi, et pourtant, il me semblait si loin que je n’osais pas espérer prendre sa place.
Je pensais qu’il n’y aurait jamais d’ouverture.
Tout ce que je pouvais faire, c’était parfois plaisanter avec lui, à moitié pour rire, à moitié sérieusement.
Mais le jour où Sirius utilisa sa Magie innée sur moi…
Ce jour-là, tout changea.
Mes sentiments ne m’appartenaient plus.
Je ne pouvais plus m’empêcher de désirer Sirius.
J’étais incapable de penser à lui avec lucidité.
Je voulais le rejoindre. Le toucher. L’aimer.
Mon obsession devint si terrible que je finis par faire de lui mon Serviteur.
Pendant qu’il dormait et que sa transformation en démon suivait son cours, je fus rongée d’angoisse tout du long.
J’avais peur qu’il me déteste à son réveil. Peur qu’il finisse par me haïr complètement.
Heureusement, il ne me repoussa pas.
Nous nous rapprochâmes peu à peu, puis nous fûmes liés l’un à l’autre.
Sans aucun doute, le jour où nous ne fîmes plus qu’un fut le plus beau de ma vie.
Je goûtai alors à un bonheur d’une douceur écrasante, pour la première fois de ma vie.
C’était si doux que cela ressemblait à un rêve.
Mais nos jours heureux ne durèrent pas.
Dès que la date de notre départ pour le royaume des humains fut fixée, l’angoisse me reprit, et je ne pus que trembler.
L’Héroïne.
Cette femme qui avait été tout pour Sirius.
J’avais peur. Sirius était maintenant d’une infinie gentillesse avec moi, mais ses sentiments pouvaient changer à tout moment.
Elle n’était plus simplement une ennemie que je devais vaincre.
C’était la femme qui m’enlèverait ma famille. Mon amoureux.
Une femme née avec le destin de m’arracher tous les bonheurs de ce monde.
Je grinçai des dents.
Je ne pouvais pas laisser faire ça.
Est-ce que moi, la fille du Roi Démon, j’allais vraiment rester les bras croisés à regarder tout m’être arraché ?
Je me dirigeai d’un pas vif vers le terrain d’entraînement.
Ça faisait longtemps que je n’avais pas passé la journée avec Sirius.
Bien sûr, chacun de nous serait accompagné des membres de son groupe, mais je n’avais pas l’intention de m’en soucier.
Après tout, Sirius était désormais mon majordome, au service de sa jeune maîtresse. Il n’appartenait qu’à moi.
Je me dis qu’on pourrait discuter un moment, puis filer en douce pour un rendez-vous en tête à tête.
J’ouvris brusquement la porte du terrain d’entraînement.
« Hein ? Ça ne faisait pas partie du programme… »
Pendant un instant, je crus m’être trompée d’endroit.
Tout était si différent que je ne reconnaissais plus du tout le terrain d’entraînement.
Des meubles qui avaient l’air coûteux. Des gens qui circulaient partout avec du thé et des rafraîchissements. Un orchestre jouait dans le fond.
On aurait dit qu’une immense réception mondaine avait lieu.
Et pourtant, il n’y avait que trois tables.
Les personnes assises autour étaient des visages familiers.
Toute notre classe était là, Sirius compris.
On aurait dit qu’ils étaient installés par groupe.
Mon ennemie jurée, l’Héroïne, se tenait seule au centre et semblait être en train de dire quelque chose.
À mon arrivée, le silence tomba un instant sur le terrain d’entraînement.
Cette satanée Héroïne me sourit.
« Nous t’avons aussi préparé une place, Luna. »
Je sentis ma tension monter d’un coup.
Je me mordis la lèvre jusqu’au sang.
Sinon, j’avais l’impression que quelque chose de cruel allait me sortir de la bouche.
Ah, je voyais. C’était son plan pour gagner les faveurs de Sirius ?
Que l’Héroïne ait organisé tout ça seule ou non, je détestais Sirius de rester assis dans son coin, l’air absent.
Haa… Je voyais la scène d’ici. Il n’avait sûrement pas su refuser franchement et s’était contenté de regarder autour de lui pour comprendre ce qu’il devait faire avant de s’asseoir.
Je fis exprès de faire résonner bruyamment mes pas jusqu’à ma place, puis je m’assis et croisai les jambes.
Très bien. Vas-y.
Voyons jusqu’où ira ton petit numéro.
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