Chapitre 42
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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le printemps ne vient jamais dans les champs volés ◈
Chapitre 42 : Raven (3)
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Raven avait peut-être foncé dehors dès qu’elle m’avait senti, car elle ne portait même pas son masque.
Sans son masque ni sa façon bizarre de parler…
J’avais l’impression d’avoir affaire à une tout autre personne.
« Je te jure que je n’ai rien vu. »
Je fis de mon mieux pour garder mon calme en parlant.
« Donc, tu as entendu quelque chose. »
Je tressaillis. Mon corps réagit avant que je puisse me retenir.
« J’avais même installé une barrière exprès… »
Elle serra le poing.
Si j’avais été un humain ordinaire ou un mage comme les autres, j’aurais peut-être remarqué la barrière, mais je n’aurais pas réussi à la briser.
« Ha ha… J’étais juste un peu trop curieux, je crois… »
Mal à l’aise, je me grattai la tête.
Je voulais simplement aller aux toilettes…
Raven semblait réfléchir à ce qu’elle allait faire de moi.
Je savais qu’elle prenait la chose au sérieux, mais il fallait quand même que je lui dise ce que j’avais à dire.
« Raven. »
« Quoi ? »
« … Je peux aller aux toilettes ? »
Raven me regarda un instant, incrédule, puis hocha la tête.
Après m’être dépêché de faire ce que j’avais à faire, je me retrouvai de nouveau attaché à la chaise de la pièce.
« Sirius. »
« Oui. »
La situation exigeait maintenant la plus grande politesse.
À présent qu’elle avait abandonné sa façon bizarre de parler, elle me rappelait un peu Luna.
« Oublie ça. »
« Pardon ? »
« J’ai dit d’oublier. Peu importe ce que tu as vu ou entendu, tu n’as jamais mis les pieds dans cette cabane. »
Raven parlait d’un ton ferme.
Je hochai la tête.
Je n’étais pas du genre à colporter les affaires privées des autres.
Raven… qui se servait de notre professeur principal comme… sujet…
Si j’en parlais à Luna, la personne la plus proche de moi, c’était moi qui aurais des ennuis, sans aucun doute.
Elle dirait sûrement quelque chose du genre : « Hmm~ Mais comment Sirius a-t-il appris ça~ ? »
Ça ne faisait même pas quelques heures qu’on m’avait dit de me tenir à carreau.
Je voulais vivre longtemps et en bonne santé.
« Haa… »
Raven poussa un profond soupir.
« Comment es-tu entré ? »
Parce que j’avais besoin d’aller aux toilettes, alors j’ai brisé la barrière.
« Il y avait une barrière qui avait l’air suspecte, alors… »
« Et tu l’as brisée aussi facilement ? »
Raven plissa les yeux.
Eh bien, j’étais techniquement le pire élève de notre classe. Elle avait donc de bonnes raisons de se méfier.
« Ah… Je suis assez doué pour déchiffrer les formules magiques… »
C’était vrai, mais j’avais quand même l’impression de bafouiller.
« Très bien… Peu importe. Tant que tu tiens ta langue, je ne te ferai rien de plus. »
En comprenant que Raven était différente de ce que j’avais cru, je ne pus retenir ma question.
« Pourquoi tu… parles comme ça… ? »
Je posai la question avec précaution, en observant sa réaction.
« Parce que mon maître trouvait ça mignon. »
Elle répondit sans détour.
Elle se tourna vers une étagère.
Un petit cadre y était posé. La photo montrait une fillette d’environ sept ans aux côtés du professeur principal, qui n’avait pas l’air très différent d’aujourd’hui.
Ce serait… Raven, quand elle était petite… ?
« Dès que je sortirai de cette pièce, je reprendrai ma façon habituelle de parler. Ne t’inquiète pas. »
Non. Je trouvais cette façon de parler bien mieux.
Elle parlait exactement comme une élite brillante et compétente.
Elle avait l’air d’une élève modèle.
« Ha ha… Je trouve que ta façon de parler actuelle te va bien, pourtant… »
Avec ton numéro, c’est même difficile de commencer une conversation avec toi.
« Et alors ? »
Elle me regarda d’un air indifférent.
« Ce serait peut-être plus facile de parler à tout le monde comme ça… ? »
Ma voix s’éteignit.
Je n’avais pas tort. Ça ne sonnait pas bizarre, de parler comme ça ? « Ceci est cela, cela est ceci, tu vois ? »
Raven eut un petit rire.
« Je me fiche des autres. »
Elle s’approcha de l’étagère et effleura la photo du bout des doigts.
« Tu veux savoir autre chose ? J’ai supplié mon maître de ne pas m’envoyer dans cette académie. »
Pour la première fois, une émotion brute se dessina sur son visage.
Je ne savais pas pourquoi elle avait l’air ainsi, mais son expression débordait de tristesse.
« Ça aurait été mieux si les Héros n’existaient pas… »
Elle avait murmuré si bas que j’aurais pu ne pas l’entendre. Pourtant, ses mots m’étaient parvenus clairement.
Je n’arrivais pas à mettre de l’ordre dans mes pensées.
Raven ne cherchait-elle pas, elle non plus, à rejoindre le Parti du Héros ?
« Tu ne voulais pas venir à l’académie, Raven… ? »
Je reposai la question pour en être sûr.
Raven se tenait près de la fenêtre et regardait la mer.
« Sirius. Y a-t-il quelqu’un qui compte beaucoup pour toi ? »
« Hein ? »
« Quelqu’un pour qui tu serais prêt à tout abandonner. »
Celia.
Son nom me vint à l’esprit.
J’avais déjà renoncé à être humain pour elle.
Sans rien dire, je hochai la tête.
« C’est pour ça que j’ai renoncé. Si mon maître fait ce choix… je le suivrai. »
Même sans connaître toute l’histoire, je voyais combien son visage était triste.
« L’amour, ce n’est pas ce que tu peux faire pour quelqu’un. »
Le bruit des vagues entrait par la fenêtre que Raven avait ouverte.
« C’est jusqu’où tu peux supporter ce que tu détestes. »
« C’est ce à quoi tu peux renoncer. »
Elle se tourna vers moi.
« Voilà ce que c’est, Sirius. »
Ses cheveux noirs flottèrent dans la brise.
Derrière elle s’étendait un paysage aux teintes émeraude.
Le bruit des vagues emplit le silence.
On aurait dit un tableau.
« Ça suffit pour les confidences, Sirius. J’aimerais que tu partes le premier. »
Je hochai la tête, me levai et saisis la poignée.
Avant de sortir, je me retournai pour regarder Raven une dernière fois.
Le menton posé contre la fenêtre, elle fixait le dehors, comme si elle se souvenait de quelque chose.
Les paroles de Raven et l’expression tourmentée de son visage… tout cela me semblait irréel.
Je refermai doucement la porte et me dirigeai vers Yuri et Cain, qui profitaient joyeusement de la mer.
Je n’étais pas resté longtemps dans la cabane, mais j’avais l’esprit en désordre.
Yuri dut remarquer que quelque chose avait changé pendant mon absence.
« Sirius. Il s’est passé quelque chose ? »
Elle me posa la question d’une voix inquiète.
« Non, rien. »
Pour une raison ou une autre, j’avais l’impression d’accumuler les secrets.
J’avais déjà découvert le secret de Yuri. Et maintenant celui de Raven.
Cain surfait toujours. Il avait l’air aux anges, fendant les vagues et hurlant à pleins poumons.
Au lieu de retourner dans l’eau, je m’assis sur la plage et contemplai l’horizon.
Pourquoi Raven ne voulait-elle pas aller à l’académie ?
J’avais l’impression qu’il y avait une raison plus profonde que son amour pour Luke.
Et il y avait autre chose. Sur cette photo, Luke n’avait pas l’air très différent d’aujourd’hui, alors que Raven était passée du stade de petite fille à celui de jeune femme.
L’âge de Luke m’avait déjà intrigué, mais quel âge avait-il au juste ?
J’avais beaucoup trop de questions.
Alors que je traçais distraitement des formes dans le sable avec une brindille, Raven s’approcha.
Elle me tendit un fruit que je n’avais jamais vu.
Il faisait à peu près la taille de ma tête.
« Hein ? »
« Si tu le bois, c’est rafraîchissant, tu vois. »
Elle avait repris sa manière de parler habituelle, affectée, comme si rien ne s’était passé.
Elle tenait trois autres fruits dans ses bras, probablement pour Yuri et Cain.
« Merci. »
Je souris et acceptai le fruit.
« Je vais appeler les autres ? »
Elle hocha la tête.
« Cain ! Yuri ! Venez par ici ! Raven a quelque chose pour vous ! »
Ils interrompirent ce qu’ils faisaient et nous nous rassemblâmes sur le sable.
« Oh ! Qu’est-ce que c’est ? »
Yuri fit tourner le fruit entre ses mains, fascinée.
Cain ricana à sa question.
« Tu ne connais même pas ça ? C’est un fruit rare qui ne pousse qu’à l’autre bout du continent de l’Empire d’Ibellis ! »
Quel crétin.
Mais ça voulait dire que cet endroit faisait partie de l’Empire ?
Raven fouilla dans sa poche, en sortit un couteau et nous montra comment faire.
« Il faut couper le haut comme ça, puis le boire, tu vois. »
Elle trancha l’extrémité du fruit, révélant une cavité remplie de liquide.
Raven pencha la tête en arrière et but directement à l’ouverture.
« … Ahh. »
À en juger par ce son, elle avait dû apprécier. Ça ne faisait pas partie du personnage, ça, Raven ?
Cain observa Raven préparer le fruit, puis sourit.
« Pourquoi tu utilises un outil pour un truc pareil ? »
Il arracha le haut du fruit à la seule force de ses mains.
La chair du fruit vola partout et du liquide éclaboussa les vêtements de Yuri et les miens.
Tu peux faire étalage de ta force si tu veux, mais tu pourrais peut-être penser aux gens autour de toi ?
Yuri avait l’air agacée, elle aussi, et fusillait Cain du regard.
Cain l’ignora, saisit d’une main le fruit coupé en deux et en avala le contenu d’un trait.
« Ah ! C’est incroyable ! »
Sa réaction était presque aussi enthousiaste que lorsqu’il avait mangé de l’Asukrim chez lui, la veille.
J’étais quand même curieux de savoir quel goût ça avait.
Yuri me tendit le couteau après s’en être servie.
Donc, si je tordais la tige comme ça et que je l’arrachais…
Oh. La tranche ronde était remplie de liquide.
Une odeur sucrée s’en échappa.
Yuri et moi en bûmes une gorgée, puis nous nous regardâmes.
Impossible de résister à un goût pareil.
Après avoir vidé nos fruits, Yuri et moi posâmes la question à Raven.
« Raven, tu en as d’autres ? »
Elle hocha la tête.
« Il y en a plein qui poussent aux arbres, derrière la cabane, tu vois. »
Dès que Cain l’entendit, il partit vers la cabane sans nous adresser un mot.
Yuri et moi hochâmes la tête, puis nous nous précipitâmes à sa suite.
Ce jour-là, nous avons probablement dépouillé cinq ou six arbres de tous leurs fruits.
Raven nous appela, disant qu’il était temps de rentrer.
Comme à l’aller, nous posâmes chacun une main dans celle de Raven.
L’ombre de Raven nous engloutit.
Mais quelque chose avait changé.
Cain et Yuri semblaient déjà avoir été renvoyés à l’académie, mais Raven et moi étions toujours dans les ténèbres.
Alors que j’hésitais, perplexe, Raven prit la parole.
« Si tu dis ne serait-ce qu’un mot à mon maître sur ce que tu as vu aujourd’hui… »
Elle me lança cet avertissement d’un air féroce.
« Oui. »
… Compris, tu vois.
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