Chapitre 4
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Arsène
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le printemps ne revient jamais dans les champs volés ◈
Chapitre 4 : Magie innée (1)
──────
L’entrée du village, au bout d’une longue route sinueuse qui serpentait dans la montagne, était accessible en calèche.
Je fredonnais tranquillement dans la calèche quand le cocher m’appela. Je descendis alors.
« Héroïne… Euh, nous sommes arrivés, mais… vous êtes sûre que c’est bien ici ? »
Par la fenêtre, j’avais clairement reconnu la route qui menait chez moi.
« Oui ! C’est bien là. »
Le cocher me regarda d’un air gêné. Intriguée par son comportement, je me tournai vers l’entrée du village.
Le village avait… été rayé de la carte de l’Empire d’Ibellis.
À vrai dire, il n’en restait que le site. Pas âme qui vive à l’horizon.
Des fragments de maisons calcinées et des amas qui ressemblaient à des cadavres.
Je ne pus retenir la nausée qui me remontait dans la gorge.
Le cocher me dit quelque chose dans mon dos, mais je m’enfonçai dans le village sans me retourner.
Voir en ruines ces endroits chargés de souvenirs d’enfance, réduits en miettes, c’était comme vivre un cauchemar.
Maman… Papa… Yuwol… !
Après avoir erré sans but, je courus vers notre maison, à la lisière du village.
Trois ans d’entraînement m’avaient rendue bien plus rapide qu’autrefois.
Pourtant, je ne pensais pas avoir jamais couru aussi vite, même pendant l’entraînement.
J’arrivai chez moi.
Elle avait peut-être été moins endommagée que les maisons plus proches du centre du village. Elle était couverte de traces de brûlure, mais sa forme était encore intacte.
J’aurais préféré qu’elle soit réduite en cendres et dispersée par le vent.
Malgré les brûlures et les dégâts, des choses qui n’étaient pas là auparavant pendaient bien en vue aux murs intérieurs.
Des crânes humains. Je savais exactement à qui appartenaient ces crânes séparés de leurs corps.
Maman. Papa.
Je m’effondrai par terre.
Les larmes ruisselèrent sur mon visage. Je voulais hurler, mais aucun son ne sortit de ma bouche.
Une pensée me traversa alors l’esprit. Yuwol… ! Ne me dites pas que Yuwol aussi… ?
L’angoisse me submergea.
Par chance ou par malheur, les deux seuls corps retrouvés dans la maison semblaient être ceux de mes parents.
Je demandai au cocher de m’aider à enterrer les corps.
Il accepta, l’air mal à l’aise. Sans me soucier de salir ma robe, je ramassai tous les corps que je pus récupérer.
Après avoir enterré les cadavres non identifiés derrière le village, je me tins devant les tombes de mes parents.
« Maman. Papa. Yuwol… Je vous vengerai. Je le jure… »
Je savais déjà qui avait commis cette atrocité.
L’énergie démoniaque dense qui flottait encore devant la maison du chef du village, malgré le temps écoulé.
Mais surtout, le symbole tracé au sol ne laissait aucun doute : je l’avais déjà étudié.
Deux croissants de lune superposés, emblème accordé au bras droit du Monde des Démons.
La peur et la douleur n’avaient plus d’importance.
Désormais, pas un seul démon croisant ma route ne repartirait vivant.
Et toi qui avais fait du mal à ma famille, tu ne mourrais pas en paix.
Je t’arracherais les membres, décapiterais tes parents et accrocherais leurs têtes devant toi.
Comme ça, toi aussi, tu pourrais fermer les yeux en paix, n’est-ce pas… Yuwol… ?
* * *
Trois ans s’étaient écoulés depuis que j’avais commencé mon entraînement sous la tutelle de Maître.
À vingt ans, je ressemblais davantage à un jeune homme qu’à un garçon.
J’avais grandi, mes épaules s’étaient élargies et l’entraînement quotidien m’avait donné une carrure solide.
Luna aussi avait cessé d’être une jolie fille pour devenir une belle jeune femme.
Nous étions toujours ensemble. Ces trois dernières années, nous avions passé la majeure partie de nos moments d’éveil côte à côte.
Qu’il s’agisse de cours barbants, de séances d’entraînement où Yan me foutait une raclée ou des leçons de magie que Maître nous donnait de temps à autre.
Je m’étais tellement habitué à vivre ici, et à être avec Luna, que j’en oubliais parfois que j’étais humain.
Quand Maître et Luna disaient « nous », elles parlaient des démons, mais ce « nous » m’avait toujours inclus.
À un moment, j’avais commencé à l’accepter tout naturellement. Ça ne me semblait pas étrange du tout.
Au début, Luna avait été incroyablement revêche, mais après tout ce temps passé ensemble, elle était devenue une compagne avec qui j’étais plus à l’aise qu’avec n’importe qui d’autre.
Elle aussi m’avait clairement mal supporté au début, mais, sans que je m’en rende compte, elle s’était attachée à moi et semblait me considérer comme son partenaire.
Malgré tout, sa beauté stupéfiante me faisait parfois rougir.
Dernièrement, elle était devenue encore plus séduisante, je ne savais trop comment. À plusieurs reprises, je m’étais surpris à la fixer et elle m’avait pris sur le fait.
« Sirius… Avoue. Tu me regardais encore quand tu croyais que je ne te voyais pas, pas vrai ? »
Je tressaillis, mais comme toujours, je fis semblant du contraire.
« De quoi tu parles ? Tu sais bien que tu te prends pour le nombril du monde, non ? »
Comme si ma réponse l’amusait, elle croisa les jambes et se moqua encore de moi.
« Avec une beauté pareille, c’est normal qu’on me regarde. Je le sais bien. C’est parce que je suis si jolie. »
Elle s’approcha alors de moi, releva légèrement l’encolure de sa robe et me sourit du regard.
« Ouah. Si tu avais été honnête, je t’en aurais peut-être montré un peu plus. »
Elle n’avait absolument pas l’intention de me montrer quoi que ce soit. Elle se contentait de me taquiner, comme d’habitude.
Mais même face à une provocation aussi pitoyable, je ne savais où poser les yeux et m’empressai de regarder ailleurs.
Pour changer de sujet, j’évoquai le rituel que nous devions accomplir aujourd’hui.
« À ton avis, quelle sera ma Magie innée, Luna ? »
La Magie innée.
Dans le Monde des Humains, c’était une notion peu connue. J’avais appris que seuls de rares individus, ceux qui avaient atteint le sommet de la magie, pouvaient la manifester.
La plupart des démons, surtout les démons de haut rang, pouvaient en manifester une.
On pouvait même dire que le rang des démons de haut rang dépendait de leur Magie innée.
Le type et la puissance de chaque Magie innée variaient énormément d’un individu à l’autre.
C’était pourquoi la plupart des démons ne révélaient jamais leur Magie innée, sauf en cas d’absolue nécessité.
Après trois ans, Luna et moi avions achevé tous les cours de magie élémentaire et d’application au combat. Nous étions enfin prêts à explorer notre Magie innée.
« Eh bien… Tu n’es pas dépourvu de talent, alors tu devrais avoir quelque chose de convenable, non ? »
Elle n’avait pas tort.
C’était étrange de le dire moi-même, mais j’avais compris que, parmi les humains, mon talent magique était écrasant.
En seulement trois ans, j’étais devenu capable de tenir tête à Yan, un démon de haut rang, lors de nos entraînements. Dans le Monde des Humains, on m’aurait qualifié de génie de la magie digne d’entrer dans l’histoire.
Bien sûr, je perdais toujours contre Luna, dans les veines de qui coulait le sang du Roi Démon. Et, pour être honnête, je ne pensais pas pouvoir vaincre Maître, même en m’entraînant encore trente ans.
Aucun de mes sorts ne parvenait à effleurer le bas de sa robe avant de disparaître sur-le-champ.
« Hmm… Personnellement, j’espère que ce sera de la magie offensive à grande portée… »
Je savais déjà lancer des sorts offensifs à grande portée, mais je ne pensais pas que cela suffirait à venir à bout de Celia et de ceux qui l’entouraient.
Les plus puissants guerriers de l’humanité seraient sûrement de leur côté.
Derrière le château d’Amelia s’étendait une vaste clairière.
C’était là que Luna et moi nous entraînions toujours à la magie et que Maître testait ses nouveaux sorts.
À l’heure convenue, Luna et moi attendîmes au centre de la clairière.
Comme toujours, Maître apparut lentement au fond de celle-ci.
Trois ans ne représentaient peut-être rien pour une démone comme elle, mais elle n’avait vraiment pas changé depuis notre première rencontre.
Je me rappelai le jour où, poussé par la curiosité, je lui avais demandé son âge. Une torrentielle pluie d’eau s’était abattue sur moi depuis le ciel.
« Enfin venu le jour où mes disciples vont devenir un tant soit peu utiles. »
Comme d’habitude, elle sourit en faisant tourner son ombrelle.
« Bien. Qui veut commencer ? »
Luna et moi échangeâmes un regard.
Elle voulait sans doute me faire passer en premier, mais j’en pensais autant.
Nous n’étions que deux, alors on ne manquerait pas de nous comparer.
Dans ces conditions, passer avant Luna, la fille du Roi Démon, revenait à se porter volontaire pour faire le bouffon.
Bien sûr, Maître n’était pas du genre à tenir compte de ce genre de circonstances.
« Sirius. Tu commences. »
J’avais cru qu’elle me ferait une fleur, au moins aujourd’hui, mais pas du tout.
« Oui… ! »
J’avais montré des sorts ordinaires à Maître des centaines de fois, mais j’étais terriblement nerveux, car j’ignorais ce qui allait se manifester cette fois-ci.
« Ne sois pas nerveux. Prends une grande inspiration. Et souviens-toi : la Magie innée ressemble à ce que ton âme désire le plus. »
Ce que mon âme désirait le plus. Même moi, je n’en savais rien. Je ne m’étais jamais vraiment posé la question.
Maître hocha la tête. Un cercle magique d’une complexité incroyable apparut devant moi et se mit à luire.
Sentir quelqu’un d’autre faire sortir ma magie de force n’avait rien d’agréable.
C’était comme si l’on m’avait attrapé par les cheveux à l’intérieur de moi pour m’en tirer dehors.
Un immense courant de pouvoir magique tourbillonna autour de moi comme une bourrasque.
Le pouvoir magique continua de tournoyer en spirale, puis se calma peu à peu.
De la magie du vent ? Pourtant, sa puissance égalait à peine celle des sorts que lançaient les débutants.
C’était tout ? Sérieusement ?
J’en restai abasourdi. La Magie innée des archimages et des démons suprêmes possédait souvent des capacités dépassant l’imagination.
Invoquer des météorites, remonter le temps… Il existait quantité de pouvoirs célèbres et insensés de ce genre. Et moi, je n’avais qu’une brise assez forte pour me servir d’éventail…
Quelle déception.
Impossible de dissimuler mon désarroi. Mon visage se crispa en une moue contrariée, malgré Luna et Maître devant moi.
Le silence retomba. Soudain, Luna se mit à trembler et prit la parole.
« Qu’est-ce… que tu m’as fait ? »
« Moi… ? »
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>