Chapitre 20
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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le printemps ne vient jamais aux champs volés ◈
Chapitre 20 : L’invitée
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À mesure que les coups redoublaient, je sentais mon cœur s’emballer.
Si j’ouvrais la porte dans cet état, je n’assisterais pas à une nouvelle dispute pour la deuxième place, comme tout à l’heure. Je les regarderais se battre à mort.
Toc, toc, toc. Luna se frotta les yeux, comme si elle allait se lever d’un instant à l’autre.
Réfléchir ne résoudrait rien. Il fallait que je prenne une décision.
C’était un peu risqué, mais si je parvenais à m’en sortir cette fois…
Je rassemblai un peu de mana et lançai ma Magie innée sur Luna, qui tentait d’ouvrir les yeux. C’était la première fois que je l’utilisais depuis le rituel avec mon Maître.
Comme elle subissait déjà ses effets, je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer. Je limitai donc la puissance du sort au strict minimum.
Luna, qui se réveillait et essayait de se redresser, affichait un air complètement hébété.
Je m’approchai d’elle et lui chuchotai aussi bas que possible :
« Si tu bouges ou fais le moindre bruit, je ne t’aimerai plus jamais. »
Ses yeux ensommeillés s’ouvrirent en grand et elle hocha la tête pour me montrer qu’elle avait compris.
Je l’enveloppai étroitement dans ma couverture pour qu’elle ressemble autant que possible à un paquet de linge, puis refermai la porte de la chambre derrière moi.
« …Oui ! J’arrive ! Tout de suite… ! »
Je me dépêchai d’aller entrouvrir la porte, juste assez pour passer la tête.
« Ah, oui. Héroïne, vous aviez besoin de quelque chose… ? »
Celia me regarda comme si elle ne comprenait pas pourquoi je n’ouvrais pas la porte en grand.
« Sirius. Prends ça d’abord. »
Elle me tendit un panier rempli de fruits.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« La famille de ma servante Julia me les a envoyés de son village natal, pour prendre soin de moi, mais il y en a bien trop pour que je les mange toute seule. »
« Il ne fallait vraiment pas… Ha… haha… »
Je pris le panier, mal à l’aise, et priai pour qu’elle dise vite ce qu’elle avait à dire et s’en aille.
« Je peux entrer un instant ? »
Celia semblait avoir quelque chose à me dire.
Non. Surtout pas. Pas maintenant.
« Euh… Ma chambre est… vraiment en désordre, vous savez… ? »
Même à mes oreilles, ça sonnait comme une excuse lamentable.
« Ça ne me dérange pas vraiment, mais c’est à ce point-là ? »
« Oui. Beaucoup. Si vous voyiez ça, Héroïne, vous ne voudriez peut-être plus m’avoir dans votre groupe, alors je ne peux vraiment pas vous laisser entrer. Ha… haha… »
Celia avait toujours l’air méfiante, mais semblait prête à renoncer.
Son visage exprimait à la fois l’inquiétude et le doute.
« Très bien. On discutera plus tard, alors. »
« Oui, oui. Merci pour les fruits. Je vais me régaler ! »
À peine eus-je fini de parler que je claquai la porte et essuyai la sueur froide sur mon front.
Ouf…
Je m’effondrai juste devant la porte, déposai le panier dans la cuisine, puis retournai dans la chambre.
Pourvu que Luna aille bien…
Comme je m’y attendais, Luna était toujours enveloppée exactement comme je l’avais laissée. Elle n’avait pas bougé d’un pouce.
« …Luna… ? »
Quand je soulevai la couverture, je découvris Luna au bord des larmes, les lèvres serrées pour ne pas faire de bruit.
Je la pris dans mes bras.
« Ça va, maintenant. Tu peux faire du bruit. »
Les larmes dévalèrent son visage, comme si son cœur était brisé.
« …Snif… Sirius… Comment as-tu pu… me dire quelque chose d’aussi cruel… ? »
Quiconque l’aurait vue aurait cru qu’elle avait perdu le monde entier.
Luna passa les deux bras autour de mon cou et frotta sa joue contre moi.
« …Snif… Ne me quitte pas… Je ne peux vraiment… pas vivre sans toi… »
Sans rien dire, je lui tapotai doucement le dos.
« Je suis désolé… Je suis désolé… Tu as vraiment eu peur, hein, Luna ? »
La Magie innée était vraiment incroyable. Son effet était stupéfiant.
Mais si ça continuait comme ça, ça allait devenir un problème…
Luna ne voulait pas s’éloigner de moi, même un peu.
Chaque fois que je pensais que la magie s’était dissipée et que j’essayais de me dégager un peu…
« …Où vas-tu… ? J’ai fait quelque chose de mal… ? Je suis désolée… Je ferai mieux… S’il te plaît, ne me quitte pas… »
Elle disait des choses comme ça, et ses larmes menaçaient de couler à nouveau.
À la fin, je renonçai à essayer de la faire lâcher prise et lui proposai qu’on fasse une autre sieste dans les bras l’un de l’autre.
J’avais déjà dormi un peu, mais j’avais dépensé du mana pour lancer ma Magie innée et j’étais aussi épuisé mentalement. Je m’endormis sans difficulté.
C’est ainsi que nous nous endormîmes sans voir le temps passer.
Quand j’ouvris les yeux, le soleil s’était déjà couché et la lune brillait derrière la fenêtre.
Luna, qui s’était accrochée à moi avec tant d’insistance, avait disparu.
Après avoir remis la couverture en place, j’ouvris la porte de la chambre et me dirigeai vers le salon.
Crac. Crac.
Quelqu’un mâchait quelque chose.
Je tournai instinctivement la tête vers le bruit.
Luna était là, une pomme du panier à la main, en train d’y croquer.
La lumière de la lune tombait derrière elle tandis qu’elle était assise sur le canapé, dans le noir.
Elle avait dû m’entendre, car elle cessa de mâcher.
« …Tu es réveillé… Ha… haha… »
Elle mordit de nouveau dans la pomme et s’adressa à moi.
« Je crois qu’on a des choses à se dire… »
J’essayai de faire demi-tour pour retourner dans la chambre.
Pendant un instant, je crus qu’elle me laisserait m’enfuir, mais évidemment, non.
« Sirius. On dirait qu’il est temps qu’on ait une vraie conversation, pour une fois. »
Mon corps bougea contre ma volonté. Je traînai les pieds jusqu’à elle et m’agenouillai devant elle.
« Qui t’a donné ces fruits ? »
« Leon. »
Je lâchai le nom d’un camarade de classe au hasard.
« Leon ? »
Luna pencha la tête sur le côté.
Je ne pouvais quand même pas lui dire que c’était Celia.
« Pourquoi Leon te donnerait-il ça ? »
Je répétai ce que Celia m’avait raconté, en changeant seulement le nom.
« Hmm, je vois. Partager avec un camarade de classe… Quelle gentille personne… »
Alors que je m’apprêtais à pousser un soupir de soulagement, elle me plaqua les genoux au sol, comme si elle avait encore des reproches à me faire.
« Ha ha… Y a-t-il autre chose que vous aimeriez savoir, dame Luna ? »
« Toi… Pourquoi m’as-tu fait ça ? »
Elle parlait de ma Magie innée. Qu’est-ce que j’étais censé répondre ?
« Je ne voulais pas te montrer… »
« Me montrer quoi ? »
« Ton côté vulnérable… Je voulais être le seul à pouvoir le voir… »
Aux yeux des autres, Luna devait passer pour une fille froide et puissante, avec un sale caractère.
Je ne voulais vraiment pas que quelqu’un d’autre la voie dormir dans son lit, sans défense.
Quand je la regardai droit dans les yeux en le lui disant, elle détourna légèrement la tête, comme si elle était gênée.
« Sirius. »
Sa voix s’était adoucie. Mes jambes, qui étaient restées clouées au sol, pouvaient de nouveau bouger.
Je me dis que je pouvais me détendre un peu.
« Même si ta magie m’avait fait perdre la tête… »
Elle marqua une pause.
« Ne dis pas que tu ne m’aimeras plus jamais… S’il te plaît… »
Luna le dit avec un regard triste, dans la lumière de la lune.
Je compris aussitôt que c’était pour ça que je devais vraiment m’excuser.
Je passai derrière Luna, assise sur le canapé, et l’enlaçai.
« Je suis désolé. Je ne dirai plus jamais ça, même pour plaisanter… »
Luna me serra la main et répondit :
« D’accord. Ne le fais pas, s’il te plaît. »
Luna quitta ma chambre après ça.
* * *
C’était quoi, ce putain de professeur principal ?
Sirius et Luna me donnaient déjà assez de maux de tête comme ça, avec leurs identités impossibles à confirmer.
Je voulais arrêter de soupçonner les gens, mais ce que j’avais vu m’empêchait de laisser tomber.
Je détestais l’admettre, mais Luna Iaros était forte.
Après avoir échangé seulement quelques coups avec elle, j’avais compris qu’aucun de nous ne s’en sortirait indemne.
Cette fille, qui n’avait même jamais mis le nez dehors, s’était entraînée comme une folle dans sa chambre ou quoi ? Sa force et sa vitesse étaient absurdes.
C’était déjà ridicule qu’une jeune fille qui n’avait jamais quitté sa maison possède de telles capacités au combat, mais le clou de la journée, ça avait été le professeur principal.
D’où sortait cet homme, Luke, et comment avait-il réussi à nous arrêter, Luna et moi ?
Une chose était sûre : il nous dépassait de plusieurs niveaux, Luna comme moi.
Je commençais à me demander pourquoi je devais encore être le Héros.
Ce ne serait pas plus simple si le professeur principal devenait le Héros ?
Ces pensées impures me traversèrent l’esprit, mais elles disparurent aussitôt que je pensai à mes parents.
Je prendrai la tête du Roi Démon.
Les cours avaient fini plus tôt et Julia m’avait donné un énorme panier de fruits, en disant que ses parents le lui avaient envoyé de son village natal.
Comment allais-je manger tout ça… ? Il y en avait beaucoup trop pour une seule personne.
Je me dis donc que j’allais en partager une partie avec Sirius, mon voisin.
Je ne savais pas s’il était Yuwol ou non, mais ce n’était pas important. De toute façon, je ne pouvais pas tout manger seule, alors autant en donner à quelqu’un.
Toc, toc, toc.
« Sirius. Tu es là ? »
Comme il ne m’avait peut-être pas entendue, je frappai encore une fois.
Toc, toc, toc.
Ah… J’avais fait tout ce chemin avec le panier et je n’avais pas envie de le rapporter, alors je frappai une dernière fois.
J’entendis alors du remue-ménage à l’intérieur et Sirius vint m’ouvrir, en passant seulement la tête dans l’entrebâillement.
« Ah, oui. Héroïne, vous aviez besoin de quelque chose… ? »
Il m’accueillit d’un air embarrassé.
« Sirius. Prends ça d’abord. »
Je lui tendis le panier de fruits.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« La famille de ma servante Julia me les a envoyés de son village natal, pour prendre soin de moi, mais il y en a bien trop pour que je les mange toute seule. »
« Il ne fallait vraiment pas… Ha… haha… »
Il avait l’air de cacher quelque chose à l’intérieur, puisqu’il ne passait toujours que la tête dans l’embrasure de la porte.
« Je peux entrer un instant ? »
« Euh… Ma chambre est… vraiment en désordre, vous savez… ? »
Il n’avait emménagé que deux jours plus tôt. Comment avait-il pu mettre sa chambre dans un tel état en si peu de temps ?
« Ça ne me dérange pas vraiment, mais c’est à ce point-là ? »
« Oui. Beaucoup. Si vous voyiez ça, Héroïne, vous ne voudriez peut-être plus m’avoir dans votre groupe, alors je ne peux vraiment pas vous laisser entrer. Ha… haha… »
Pour être honnête, je ne le croyais pas tout à fait, mais ce qu’il venait de dire me plaisait.
Contrairement à cette Luna, Sirius, au moins, semblait vouloir former un groupe avec moi.
« Très bien. On discutera plus tard, alors. »
« Oui, oui. Merci pour les fruits. Je vais me régaler ! »
Il se précipita à l’intérieur comme s’il avait quelque chose aux trousses.
Ça ne fit qu’attiser ma curiosité sur ce qu’il pouvait bien y faire.
Et je croyais avoir deviné ce qu’il essayait si désespérément de cacher.
En entrant, il m’avait brièvement laissé apercevoir une paire de chaussures de fille, soigneusement rangée dans l’entrée.
Il laisse même une fille entrer dans sa chambre…
J’envisageai de défoncer la porte pour entrer, mais pas encore. Pas encore, Celia.
La lame dans mon cœur s’aiguisa de nouveau.
Notes de bas de page :
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