Chapitre 17
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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le printemps ne vient jamais sur les champs volés ◈
Chapitre 17 : Évaluation des compétences (3)
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Sirius.
Depuis l’apparition de cet homme, que je soupçonnais d’être Yuwol, je n’arrivais plus à me concentrer sur quoi que ce soit.
Après avoir harcelé Julia de questions, j’avais pu en apprendre davantage sur la Maison Iaros.
La Maison Iaros était l’une des plus anciennes maisons nobles du Royaume de Zéros, et son chef actuel était le comte Rain Iaros.
Il avait une fille, mais personne dans la haute société ne l’aurait jamais vue, disait-on.
Les rumeurs allaient bon train sur les raisons de cette discrétion. Des serviteurs ayant quitté la demeure du comte affirmaient que sa beauté était si éclatante qu’il l’avait enfermée dans son domaine pour la protéger.
Elle n’était jamais apparue à un bal ni à une réception, et presque personne ne pouvait prétendre avoir vu son visage.
Si c’était vrai, pourquoi Luna Iaros et cet homme, Sirius, étaient-ils venus jusqu’à cette académie ?
Ils avaient bien trop de choses suspectes en eux.
Quel. Était. Leur. But. Exact ?
La plupart des nouveaux élèves de l’académie espéraient devenir mes compagnons et m’accompagner, moi, le Héros, dans mon périple pour vaincre le Roi Démon.
Pourtant, Luna Iaros agissait comme si tout cela lui était complètement égal.
Elle avait clairement un autre objectif.
Et Sirius. On l’avait amené ici comme serviteur de la jeune dame, mais personne ne savait encore de quoi il était capable.
Pourquoi le comte, qui n’avait même pas laissé sa fille quitter la maison, avait-il fait assez confiance à cet homme pour l’envoyer avec elle jusque dans cette lointaine zone neutre ?
Sirius était-il vraiment assez fort pour la protéger de toutes les menaces ?
Je ne méprisais pas Yuwol, mais celui que j’avais connu était un garçon de la campagne qui ne savait rien.
Qu’il se soit éveillé comme Héros, à l’instar de moi, qu’il ait développé son talent et bénéficié d’un soutien et d’un entraînement sans réserve… c’était presque impossible.
Si cette hypothèse était juste, alors, selon la force de Sirius, il se pouvait que ce ne soit pas Yuwol après tout…
J’en avais mal à la tête.
Si Sirius n’était pas Yuwol… alors…
Il était encore trop tôt pour tirer des conclusions.
Il y avait bien des façons de vérifier s’il était Yuwol.
J’en aurais largement l’occasion.
J’avais même fait pression sur le personnel pour obtenir la chambre voisine de celle de Sirius.
Abuser de mon autorité n’était pas idéal, mais je n’avais pas le choix.
J’étais le Héros qui allait battre le Roi Démon à mort. C’était absurde qu’on ne puisse pas me réserver une seule chambre.
Pour commencer, je devais vérifier ses véritables capacités.
Les résultats de l’évaluation des compétences me donneraient sûrement un indice de taille.
S’il s’agissait vraiment de Yuwol…
Luna Iaros… prépare-toi à mourir de ma main…
Je n’avais toujours aucune preuve solide qu’il était Yuwol, alors je les laissais faire ce qu’ils voulaient, pour l’instant.
Mais quand la vérité éclaterait…
Je ne laisserais jamais passer ça.
Il faudrait peut-être aussi remettre mon Yuwol dans le droit chemin.
* * *
Après l’évaluation des compétences, Luna et moi prîmes la direction du réfectoire.
Tout le monde avait dû terminer à peu près au même moment, car la salle était bondée.
J’avais les oreilles qui me démangeaient. Est-ce que quelqu’un parlait de moi ?
« Quelqu’un est en train de dire du mal de moi ?
— Pourquoi ?
— J’ai les oreilles qui me démangent. »
Je me dis que ce n’était que mon imagination. Tous les repas de l’académie avaient été plus que satisfaisants.
En regardant autour de moi, je repérai sans peine quelques gens distingués qui râlaient à l’idée de mettre cette nourriture dans leur bouche.
Mais s’ils passaient un mois sous la tutelle du Maître, je te jure qu’ils comprendraient à quel point ces plats étaient excellents.
Luna avait dû connaître une vie incroyablement luxueuse, mais après avoir mangé dans la même marmite que moi pendant trois ans, elle était devenue bien moins difficile.
Après le repas, nous nous promenâmes ensemble dans l’académie.
J’avais encore du mal à croire que j’avais soudain autant de temps libre.
Le matin, je luttais contre le sommeil en étudiant la théorie. À midi, Yan me faisait subir des séances interminables d’entraînement physique. L’après-midi, les cours de magie impitoyables du Maître me laissaient en lambeaux.
Une fois de retour dans ma chambre, le soir, plus rien ne comptait à part dormir.
L’académie disposait de toutes sortes d’installations d’entraînement pratique ; il fallait donc un bon moment pour en faire le tour.
Nous marchâmes lentement en regardant le soleil se coucher.
Luna était incroyablement belle dans la lumière du soir.
« … Tu es belle. »
Les mots jaillirent tout seuls de ma tête à ma bouche, sans que j’y réfléchisse.
Luna détourna les yeux du coucher de soleil et se tourna vers moi.
Je m’attendais à ce qu’elle sorte évidemment une remarque agaçante du genre : « Je suis jolie, pas vrai ? » Mais elle se contenta de me regarder.
Enveloppée par les lueurs du couchant, elle sourit timidement.
Elle fit un pas, puis un autre, se rapprocha de moi et posa doucement ses lèvres sur les miennes.
Elle sentait l’orange.
Elle était si différente de son attitude habituellement joueuse que mon cœur se mit à battre à tout rompre.
Nous nous embrassions souvent et avions partagé des moments encore plus intimes. Alors pourquoi avais-je soudain l’impression d’être un garçon sans la moindre expérience ?
Après ce bref baiser, elle me tourna le dos.
Le soleil disparaissait derrière les montagnes lointaines.
Elle s’éloigna d’un pas léger, puis se retourna.
« On… se tient la main pendant qu’on marche… ? »
La voir sourire en me tendant la main me donna l’impression que je ne pourrais jamais lui échapper.
Les gens de ce monde ne sauraient jamais que cette adorable jeune fille était la fille du Roi Démon.
Sans un mot, je pris sa main et me promenai lentement avec elle dans le champ.
Peut-être que c’était ça, le bonheur.
* * *
L’évaluation des compétences se termina aussi mal que je l’avais prévu.
On m’affecta au groupe 1.
Bien qu’on m’eût appelée la première, je restai pour écouter la répartition des autres élèves.
Je cherchais à savoir dans quel groupe se trouvaient Luna Iaros et Sirius.
Ils avaient été affectés au groupe 4, mais les terrains d’entraînement étaient trop éloignés pour que je puisse aller les observer directement.
Faute d’autre choix, je suivis les indications jusqu’au terrain d’entraînement et fus la première à présenter ma spécialité.
« Héroïne, Celia. »
Le professeur chargé de l’évaluation m’appela en premier.
« Oui. »
Tous les élèves du groupe 1 braquèrent les yeux sur moi.
Ils étaient probablement tous curieux.
À quoi ressemblait le Héros, et quelle était sa force ?
Je devais sortir d’ici en tête de classe.
Pour que ce soit facile, je devais leur montrer ma puissance écrasante.
Qui voudrait rejoindre le Parti du Héros si son chef était plus faible que lui ?
Je dégainai Raydin, la célèbre épée que le Maître m’avait offerte.
Avant même d’entrer à l’académie, elle était déjà mon épée adorée. Elle m’avait servi à abattre d’innombrables démons cachés dans le monde des humains.
Chaque fois que je voyais des démons, je repensais aux deux crânes suspendus au-dessus de la cheminée. Impossible de me retenir face à eux.
Ils m’avaient suppliée de leur laisser la vie sauve, mais je leur avais tranché la tête à tous.
Ma mère et mon père les avaient sans doute suppliés de la même façon.
Je réglai ma respiration et pris ma posture.
Un seul mouvement.
Un seul suffisait.
Je décochai un ample coup horizontal en direction de la cible, au loin.
J’avais répété ce geste des milliers, des dizaines de milliers de fois, jusqu’à m’en briser les bras pendant mon entraînement avec le Maître.
Cette technique était clairement conçue pour des adversaires à courte portée, mais passé un certain niveau, cela n’avait plus d’importance.
La cible, de l’autre côté de la zone d’attente, fut tranchée net en deux.
Mon coup ne s’arrêta pas là. Il laissa une énorme entaille dans le mur solide du terrain d’entraînement.
Les élèves réagirent de toutes sortes de façons.
Le professeur sembla lui aussi légèrement surpris. Après un bref silence, il annonça à voix haute : « Note : 1 ! »
Certains me regardèrent comme pour dire que voilà ce qu’on attendait d’un Héros. D’autres restèrent bouche bée.
Je me fichais pas mal de ce qu’ils pensaient.
Mais quiconque voulait me rejoindre devait être capable de bloquer facilement une attaque comme celle-là.
Mon tour terminé, je n’avais plus rien à faire et regardai donc l’évaluation des compétences du groupe 1 se poursuivre.
J’eus beau chercher, personne ne surpassait mes talents martiaux.
Je n’en attendais pas grand-chose, mais les capacités du groupe 1 étaient encore pires que je ne l’imaginais.
Je pouvais affirmer sans hésiter que même l’évaluateur était probablement moins fort que moi.
J’étais curieuse de connaître les résultats de Luna et Sirius.
Dès le lendemain, les cours seraient répartis selon le classement ; je n’aurais donc pas longtemps à attendre.
Le temps était agréable. Après l’évaluation, je décidai de faire une petite promenade dehors avant de rentrer.
Regarder le soleil se coucher m’apaisait.
Je descendais la longue route, d’humeur légère, quand j’aperçus deux silhouettes au loin.
Par un temps pareil, il n’était pas étrange de croiser des gens en promenade.
Mais à mesure que je m’approchais, je reconnus les deux personnes.
Luna et Sirius. Ceux qui m’intéressaient le plus en ce moment.
J’avais envisagé d’aller leur demander tranquillement comment s’était passée leur évaluation, mais je dus brusquement détourner le regard en arrivant près d’eux.
Mon cœur se mit à battre à tout rompre.
Je ne comprenais pas.
Était-il normal qu’une jeune dame et son serviteur se comportent ainsi avec autant de naturel ?
Julia m’aidait, mais comme je n’étais pas née noble, je n’en savais rien.
Ils marchaient main dans la main.
Ou bien leur relation était-elle vraiment de ce genre ?
En voyant un homme qui pouvait être Yuwol tenir la main d’une autre femme, je secouai la tête.
Non… Ce n’est pas possible…
Ça doit être normal…
Le goût métallique du sang m’emplit la bouche tant j’avais mordu ma lèvre.
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