Chapitre 11
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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le printemps ne vient jamais dans les champs volés ◈
Chapitre 11 : Admission
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L’académie se trouvait dans le Territoire neutre, au cœur du Monde des Humains.
À l’époque, quatre nations maintenaient un équilibre des pouvoirs précaire.
L’Empire d’Ibellis, le Royaume de Zéros, le Royaume d’Ilios et la Principauté d’Eodin envoyaient tous leurs éléments les plus prometteurs à l’académie.
La raison en était que si des individus talentueux de chaque nation obtenaient la chance d’intégrer le Parti du Héros, leur pays gagnerait davantage de poids politique lors du partage des récompenses après la défaite du Roi Démon.
On pouvait donc généralement considérer les jeunes gens réunis ici comme des personnes désireuses d’attirer l’attention du Héros et de voyager à ses côtés.
À la demande de leur famille, pour leur honneur personnel ou par simple curiosité, ces jeunes avaient l’occasion de démontrer leurs talents à l’académie.
Et même s’ils ne parvenaient pas à intégrer le Parti du Héros, cet endroit servait aussi de vaste terrain de sociabilité aux enfants des hautes sphères de chaque nation.
L’Empire d’Ibellis, qui avait vu naître le Héros de cette génération, devait se sentir particulièrement fier, à l’heure actuelle.
Chacun était venu ici avec ses propres objectifs, mais je pouvais affirmer sans hésiter que personne ne partageait les nôtres.
Car je comptais faire échouer l’« Épreuve » de Celia.
Le jour de la cérémonie d’entrée, Luna et moi passâmes une dernière fois en revue les détails de nos nouvelles identités.
« Donc, je suis Luna Iaros, fille unique de la Maison Iaros. Et Sirius est mon serviteur… Voyons… Tu seras mon majordome.
Mais est-ce qu’un majordome pouvait seulement s’inscrire ici ?
La question me traversa soudain l’esprit, mais, en regardant autour de moi, je fus soulagé de constater que tout le monde semblait être venu avec un ou deux serviteurs.
— Faisons attention à ne pas nous tromper.
Si nous disions quelque chose de bizarre et que nos identités étaient découvertes, nous aurions évidemment des ennuis.
Nous étions encore devant les grilles de l’académie lorsque nous nous dirigeâmes vers la file d’attente à l’entrée.
Nous marchions tranquillement quand Luna me tira soudain par le bras.
— Sirius.
— Oui ?
— Viens par ici, un instant.
Elle m’entraîna dans un épais buisson et me prit la main.
— Sirius…
Sa voix tremblait d’inquiétude.
— Tu m’aimes, pas vrai… ?
Contrairement à ce qu’elle avait dans le Monde des Démons, les yeux de Luna étaient bleus tandis qu’elle me regardait, cherchant clairement à être rassurée.
Elle semblait nerveuse à l’idée de bientôt rencontrer Celia.
Moi aussi, j’étais nerveux. Alors pourquoi fallait-il qu’elle le soit aussi ?
Je la pris dans mes bras.
— Ne t’inquiète pas. Je ne partirai pas.
— J’ai… peur… Enfin, pour toi, le Héros, c’est…
Elle ne parvint pas à finir sa phrase.
Je savais déjà ce qu’elle voulait dire, même sans l’entendre.
À cause de ma Magie innée, Luna devenait profondément anxieuse dès que quelque chose me concernait.
Les petites craintes et inquiétudes qu’elle n’aurait probablement pas montrées sans ma Magie innée avaient grandi en elle jusqu’à la submerger comme une catastrophe.
J’étais en partie responsable de son état, alors je la réconfortai.
— Je t’aime, Luna.
Je caressai ses cheveux argentés et lui soufflai ces mots comme si je lançais un sort.
— …Tu ne mens pas, hein ?
— Je le pense vraiment.
— Embrasse-moi.
Nos lèvres se joignirent.
Enivrés par l’odeur de son savon à l’orange, nous partageâmes un moment brûlant jusqu’aux derniers instants avant le début de la cérémonie.
La cérémonie d’entrée se déroula dans un immense auditorium.
Nous étions sur le point d’arriver en retard, alors nous prîmes les places libres tout au fond.
Une feuille affichant le programme était accrochée près de l’entrée.
Les moments les plus marquants seraient le discours de bienvenue du directeur et celui du Héros, prévu pour clôturer la cérémonie.
Un discours de Celia…
La Celia dont je me souvenais n’avait jamais eu l’étoffe d’une meneuse.
Elle n’avait jamais semblé aimer se mettre en avant, ni être particulièrement douée pour ça.
Je me demandais à quoi ressemblait Celia maintenant qu’elle avait grandi, mais j’étais aussi curieux de savoir ce qu’elle allait dire.
Dans quelle mesure Celia prenait-elle désormais au sérieux le devoir du Héros : vaincre le Roi Démon ?
La cérémonie commença et le directeur monta à la tribune.
Helvern Tiaros, un homme que l’on disait compter parmi les plus grands guerriers du Monde des Humains.
Ce n’était pas un Héros, mais les gens le considéraient comme l’homme qui s’en rapprochait le plus.
Il avait vieilli et s’était retiré du service actif, mais il ne fallait pas le sous-estimer.
Il balaya du regard les élèves réunis dans l’auditorium, puis prit la parole.
Sa voix grave résonna dans la salle.
« Bienvenue à tous. Le simple fait d’être parvenus jusqu’à cette académie mérite déjà d’être salué.
— Ici, vous pourrez atteindre un niveau supérieur en affrontant des rivaux plus talentueux et en suivant un entraînement qui reproduit les conditions d’un véritable combat.
— J’espère que vous serez choisis parmi les guerriers les plus puissants et que vous aurez l’honneur de vaincre le Roi Démon aux côtés du Héros. Donnez le meilleur de vous-mêmes ! »
À l’entendre, j’avais presque l’impression que je devais moi aussi vaincre le Roi Démon.
Il savait vraiment manier les mots.
Désolé, mais j’avais du mal à adhérer à son discours, sachant qu’un simple claquement de doigts du Roi Démon suffirait à m’effacer si je faisais la moindre bêtise.
Après les divers discours et explications, le dernier événement arriva enfin : l’allocution du Héros.
« À présent, écoutons quelques mots du Héros ! »
Ces paroles plongèrent l’auditorium dans le silence.
Tout le monde semblait attendre avec appréhension l’arrivée du Héros.
Toc, toc.
Une silhouette apparut au fond de l’auditorium.
À mesure que ses pas se rapprochaient, j’eus l’impression que mon cœur battait de plus en plus fort.
Puis le Héros.
Celia.
Fit son entrée dans l’auditorium.
Ses cheveux dorés étaient toujours aussi brillants et soigneusement coiffés.
Ses traits semblaient plus marqués qu’autrefois.
Elle avait aussi beaucoup grandi, même si elle n’était pas particulièrement grande.
Elle avait à peu près la taille d’une femme de stature moyenne.
Debout devant la tribune, Celia promena silencieusement son regard sur les élèves réunis dans l’auditorium.
« … Pour être honnête, vaincre le Roi Démon ne m’intéresse guère. »
À ces premiers mots, tous affichèrent une expression stupéfaite.
Luna et moi ne devions pas avoir l’air bien différents.
Pour quelqu’un censé représenter et guider l’humanité, c’était une entrée en matière sidérante.
Celia ne prêta aucune attention aux murmures qui s’élevaient autour d’elle et poursuivit :
« Il n’y a qu’une seule chose qui compte pour moi. »
Tous les regards se tournèrent vers elle.
« Si, en tant que Héros, j’ai l’intention d’anéantir les démons et de vaincre le Roi Démon, c’est uniquement pour cette raison. »
Ils l’écoutèrent tous, une curiosité fébrile peinte sur le visage.
« Que vous soyez forts ou faibles, peu importe. Mais si vous m’aidez à régler cette affaire, je vous donnerai aussitôt l’occasion de vous joindre à moi pour vaincre le Roi Démon. »
Des regards de hyènes apparurent dans toute la salle.
Pour ceux qui manquaient de confiance en leurs capacités, c’était une occasion unique.
Après un bref silence, Celia prononça ses derniers mots et quitta la tribune.
« Trouvez un homme de vingt ans nommé Yuwol, à la peau pâle et aux cheveux noirs. Si vous le trouvez, je vous laisserai rejoindre mon groupe sans la moindre condition. »
J’entendis les gens autour de moi chuchoter et demander qui était Yuwol.
Ha… Celia… Qu’est-ce qui te prenait… ?
Elle semblait avoir terminé, mais remonta soudain à la tribune pour ajouter une dernière précision.
« Cet homme a un grain de beauté du côté droit de la nuque. Gardez-le en tête. »
Sans se retourner, elle redescendit tranquillement de la tribune.
J’avais l’impression d’être un criminel recherché, avec une prime sur la tête.
Est-ce que les gens assis autour de moi le savaient ?
Que le ticket d’or se trouvait juste à côté d’eux.
Je me sentis comme un fruit mûr et me tournai vers un bruit à côté de moi.
Luna avait serré les poings et grinçait des dents.
Son joli visage s’était déformé en une grimace féroce.
Puis je l’entendis marmonner :
« … Cette putain de Héroïne… »
Pas de jurons, mademoiselle.
De toute façon, puisque j’étais désormais son majordome, je me dis qu’il fallait que je la corrige.
* * *
L’Épreuve avait commencé.
L’Empire d’Ibellis m’en avait expliqué le déroulement jusqu’à me casser les oreilles.
En réalité, il n’y avait rien de compliqué.
Je devais simplement finir première dans toutes les épreuves, rallier des gens à ma cause et obtenir mon diplôme.
À l’idée qu’une chose aussi insignifiante m’empêchait de chercher Yuwol, j’eus la gorge sèche.
Alors, le jour de la cérémonie d’entrée, je jetai le discours préparé par l’Empire et annonçai que je récompenserais quiconque retrouverait Yuwol.
Je ne m’attendais pas à grand-chose, mais tous ceux qui se trouvaient ici comptaient dans leur pays ; je me dis donc qu’ils pourraient m’être utiles.
Dès que je descendis de la tribune, ma servante Julia me réprimanda, affolée.
« Oh là là, Héros, qu’avez-vous fait du discours que l’Empire vous avait remis ? Pourquoi avoir lancé une déclaration aussi fracassante ? »
À vrai dire, c’était Julia qui se faisait réprimander chaque fois que je faisais ce genre de choses, et j’avais de la peine pour elle.
— Je suis désolée, Julia. Laisse passer, cette fois.
— Hélas… Comment suis-je censée expliquer ça, maintenant ?
Julia savait déjà que j’étais obsédée par l’idée de retrouver Yuwol.
Alors, chaque fois que les hauts responsables de l’Empire s’en plaignaient, c’était toujours à Julia de trouver des excuses pour moi.
Les seules personnes qui m’apportaient encore un peu de réconfort étaient Julia et mon professeur, le duc Aiern.
Le duc avait compatit avec moi après mes premières vacances traumatisantes et m’avait énormément aidée dans mes recherches de Yuwol.
La cérémonie d’entrée terminée, j’allais quitter l’auditorium quand j’aperçus un visage incroyablement familier au fond de la salle.
Un visage dont j’avais toujours rêvé.
Un visage que j’avais cherché pendant des années.
Impossible de le confondre avec quelqu’un d’autre.
C’était Yuwol.
Ça ne pouvait être que Yuwol.
À côté de l’homme qui ressemblait à Yuwol se tenait une femme aux cheveux argentés.
Pour une raison que je ne comprenais pas, Yuwol semblait marcher sur des œufs en sa présence.
Un pas, puis un autre. Je me précipitai vers Yuwol.
Alors que j’arrivais derrière lui et m’apprêtais à le prendre dans mes bras, la femme aux cheveux argentés apparut devant moi à une vitesse que je peinais à suivre et repoussa ma main d’une gifle.
Elle frappa si fort que même ma main, à moi, le Héros, en resta engourdie.
« Ne touche pas à ce qui m’appartient, espèce de garce insolente. »
C’était quoi, le problème de cette garce ?
Notes de bas de page :
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