Chapitre 77
Elles deux au sein de l'Achtschwietz ? C'était quelque chose que je n'aurais jamais imaginé. Devrais-je leur révéler que je suis une espionne ?
« Non, je ne peux pas faire ça. »
D'une manière ou d'une autre, je dois d'abord trouver des preuves et revenir avec avant que la situation ne s'envenime. Sigrid raffermit sa résolution. À cet instant, Marie-Chez s'éclaircit discrètement la gorge. Lorsque Sigrid se tourna vers elle, Marie-Chez prit la parole :
« Au fait, Siri, j'ai entendu dire que tu avais été invitée au salon de Son Altesse la princesse héritière ? »
« Hein ? Oh, oui. »
Sigrid hocha la tête. À peine dix jours s'étaient écoulés depuis la naissance du bébé, et pourtant, elle avait reçu une invitation spéciale. Marie-Chez joua avec sa tasse de thé et dit :
« J'aimerais tellement être invitée, moi aussi. »
« Vraiment ? »
Lorsque Sigrid demanda cela avec une expression perplexe, Marie-Chez insista :
« Bien sûr ! Son Altesse la princesse héritière n'est-elle pas au sommet des cercles mondains en ce moment ? »
« Ah, c'est vrai. »
Lowengrin hocha la tête.
Normalement, l'Impératrice devrait être au centre des cercles mondains, mais que ce soit parce qu'elle était la seconde épouse ou simplement par manque d'intérêt, l'Impératrice actuelle n'était pas très active dans les événements sociaux. Comparé au salon animé de la princesse héritière, celui de l'Impératrice pouvait être décrit comme désert.
Sigrid se souvint de la princesse héritière, toujours enjouée.
« Elle a assurément du charisme. »
Une personne bienveillante qui lui avait même offert une armure coûteuse...
« Je vais me renseigner pour toi. »
« Vraiment ? »
Les yeux de Marie-Chez pétillèrent. Sigrid hocha la tête.
« Je ne peux rien promettre, mais... »
« Non, rien que le fait de demander suffit. Merci, Siri ! Je t'adore ! »
« Quel amour matérialiste. »
Alors que Lowengrin marmonnait cela, Marie-Chez rit d'un « Oh là là ? »
« Qu'y a-t-il de mal à consacrer son amour à quelque chose qui en vaut la peine ? »
Lowengrin s'exclama « Oh ? » avec admiration, puis dit avec un sourire :
« Quel roman d'amour lis-tu en ce moment ? »
« Une romance entre une femme matérialiste et un prince. »
À ces mots, Lowengrin gloussa, tandis que Marie-Chez renifla, lançant un « Qu'est-ce qu'il y a de mal à ça ? » indigné. Lowengrin prit calmement la parole :
« Siri. »
« Oui ? »
« Si j'étais toi, je n'annoncerais pas que je fréquente Beramund Lunatil. »
« Euh... ? Pourquoi ? »
« Tout le monde sait que Beramund Lunatil est dans le camp de Son Altesse le prince héritier. Et l'Achtschwietz est la garde personnelle de Sa Majesté l'Empereur. Ils sont voués à s'affronter. Ne le dis à personne. »
Le ton de Lowengrin était sérieux, et comme elle n'avait pas tort, Sigrid hocha la tête.
« Je comprends. »
Il vaudrait mieux éviter même les moindres soupçons, surtout qu'elle devait jouer le rôle d'une espionne.
« Bien. Alors, nous allons y aller. »
« Hein ? Déjà~ ? »
« Tu es encore en convalescence. Ce n'est pas bon de rester dehors trop longtemps. »
« Ah, c'est vrai. Tu as dit que tu te sentais un peu étourdie tout à l'heure. Mange bien et repose-toi. Nous reviendrons. »
« Mais je vais bien... »
Sigrid marmonna, mais Marie-Chez leva le doigt, lui ordonnant d'aller se coucher. Puis elle demanda :
« Au fait, Siri. »
« Oui ? »
« À quel niveau d'amitié penses-tu que nous en sommes maintenant ? »
À cette question indiscrète, Sigrid réfléchit un instant avant de répondre :
« Les niveaux n'ont pas d'importance entre amis. »
À ces mots, Marie-Chez eut un souffle court, posant la main sur sa poitrine.
« Notre Siri a tellement grandi ! »
« Je crois que je vais pleurer », dit Marie-Chez en faisant semblant d'essuyer ses larmes avec son mouchoir, et Sigrid rit. Après s'être assurées que Sigrid était docilement retournée dans sa chambre et s'était allongée sur son lit, Lowengrin et Marie-Chez quittèrent sa maison.
Marie-Chez dit joyeusement :
« Dire que Sigrid fréquente quelqu'un maintenant. N'est-ce pas un progrès incroyable ? »
« En effet. »
Lowengrin hocha la tête. Observer les changements de Sigrid, eh bien...
Cela lui donnait le sentiment que rien en ce monde n'est impossible.
« Mais plus elle change, plus il semble qu'elle s'attire des ennuis... »
Murmura Lowengrin. Contrairement à l'époque où elle se contentait de suivre les ordres, si Sigrid réfléchit désormais par elle-même, s'angoisse sur ses décisions et choisit sa propre voie, avec quelle force et quelle détermination marchera-t-elle sur ce chemin ?
Lowengrin se mordit légèrement la lèvre.
Si on lui demandait qui mourrait pour sa cause sans le moindre regret, Lowengrin nommerait Sigrid sans hésiter.
Elle donnerait sa vie sans regret ni peur.
Et Lowengrin appréciait énormément Sigrid. Elle ne voulait pas qu'elle meure ou qu'elle soit blessée.
Lowengrin soupira en montant dans la calèche.
« Pourquoi soupires-tu ? Tu vas faire s'effondrer le sol. »
Dit Marie-Chez en croisant les jambes. Elle examina attentivement ses chaussures. De la boue avait-elle éclaboussé ses souliers neufs ornés de rubans ?
« J'ai le sentiment que des ennuis vont arriver. »
« Parce que Siri fréquente Beramund ? Mais même s'il est un playboy, il n'a pas mauvaise réputation, non ? »
« Non, ce n'est pas seulement ça. Bien que cela en fasse partie. »
Lowengrin pensa à son fiancé, se demandant si elle devait en discuter avec lui.
« Alors quel est le problème ? »
À la question de Marie-Chez, Lowengrin gémit et dit :
« Pourquoi Sigrid quitte-t-elle la Garde Impériale pour rejoindre l'Achtschwietz ? »
« Peut-être se sent-elle mal à l'aise de travailler au même endroit que son amant et supérieur ? »
« Elle a dit que ce n'était pas ça. De plus, l'existence même de l'Achtschwietz est, eh bien... »
Lowengrin tomba dans ses pensées. Marie-Chez tira la langue et dit :
« Lowie, tu réfléchis trop. Ne pense pas à ces choses-là, profite juste de la vie. Laissons les hommes gérer les maux de tête. »
« Je préférerais ne pas finir couverte de boue plus tard pour avoir évité les maux de tête maintenant. »
À la réponse de Lowengrin, Marie-Chez fit un « Hmm » et s'appuya confortablement dans la calèche.
« Mais ne détestes-tu pas les choses gênantes ? »
Aux mots de Marie-Chez, Lowengrin cligna des yeux et sourit.
« Tu as mis le doigt dessus. »
Il était vrai qu'elle était quelqu'un qui parlait facilement mais n'agissait pas. Lowengrin le savait bien à son sujet. Mais peut-être était-il temps d'agir.
« C'est parce que j'aime Siri. »
Aux mots de Lowengrin, Marie-Chez rit légèrement.
« Sigrid doit être incroyable pour émouvoir même la grande Lowengrin. »
« Oh là là ? Regardez qui parle. Qui est celle qui pratique l'escrime tous les jours ? »
Aux mots de Lowengrin, Marie-Chez hocha la tête en disant : « Ah, c'est vrai. »
Toutes deux se regardèrent et éclatèrent d'un rire léger.
« Je devrais aller voir mon fiancé. »
Aux mots de Lowengrin, Marie-Chez lui tapota légèrement l'épaule.
« Je ne sais pas de quoi il s'agit, mais bonne chance. »
« Merci. »
Lowengrin hocha la tête.
⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱
Hatien leva les yeux au son des talons hauts.
« Lowengrin. »
Hatien avait des traits si délicats qu'il donnait l'impression d'être un érudit plutôt qu'un chevalier. Les fines lunettes à monture argentée qu'il portait renforçaient cette image.
« Qu'est-ce qui amène ma fiancée ici ? »
Demanda Hatien en retirant ses lunettes pour les poser sur le bureau. Lowengrin sourit doucement. Comme elle rendait visite à son fiancé, elle était vêtue d'une robe élégante. C'était une simple robe vert foncé avec des broderies dorées au col et aux manches, mais cela suffisait pour Lowengrin.
« N'est-il pas permis de rendre visite à son fiancé sans raison ? »
« Ce n'est pas du tout cela. Je suis heureux de voir ta belle apparence. »
Hatien se leva et embrassa légèrement le dos de la main de Lowengrin.
L'Empire d'Arcana compte trois familles ducales et six familles vicomtales. Tant la vicomté Alsekidna de Lowengrin que la vicomté Illisaine d'Hatien étaient actuellement des factions neutres.
Lowengrin parla doucement :
« En fait, il est vrai que je suis venue parce que j'ai quelque chose à discuter. »
« Je m'en doutais. »
Hatien hocha la tête et tourna son regard vers le balcon, disant :
« Allons-nous dehors ? Il n'y a pas de vent aujourd'hui et le soleil est agréable. »
« Bien sûr. »
Hatien fit un signe de tête à un serviteur, et ils préparèrent rapidement des sièges sur le balcon.
Une fois les préparatifs terminés, Lowengrin s'assit sur une chaise sur le balcon et regarda en bas.
« Le jardin a toujours l'air aussi peu impressionnant. »
« Reviens dans un mois. »
« Je suppose que je devrais. »
« Ou tu pourrais venir définitivement. »
Aux mots d'Hatien, Lowengrin se tourna pour le regarder. Il souriait comme toujours, et Lowengrin posa son menton sur sa main en disant :
« Tu devrais porter tes lunettes. »
« Je peux voir ton visage assez bien. »
« Tes yeux sont si perçants que lorsque tu dis de telles choses, cela ne semble pas romantique. »
À ces mots, Hatien rit et demanda au serviteur d'apporter ses lunettes. Après les avoir mises, il demanda :
« Ai-je l'air plus romantique maintenant ? »
« Oui. En fait, les hommes à lunettes sont mon type idéal. »
« Alors je devrais les porter tout le temps. »
Alors qu'il hochait la tête, Lowengrin rit puis dit doucement :
« Je suis toujours reconnaissante pour ta patience. »
« À en juger par tes flatteries, il semble que le sujet dont tu veux discuter soit assez sérieux. »
Dit Hatien avec aisance, en croisant les doigts. Lowengrin cligna des yeux et dit : « Oh là là. »
« Ce n'est pas une affaire si importante. Je voulais poser des questions sur l'Achtschwietz. »
« Tu parles de la garde personnelle de l'Empereur. Je n'ai jamais vu cela bien finir. La concentration du pouvoir mène à la concentration de la richesse, et cela mène rapidement à la corruption. »
« Je suis d'accord avec cela. Mais je parle du problème du sang qui continue de couler de leurs épées jusqu'à ce que cela finisse mal. »
« C'est encore calme pour le moment. »
« Oui, c'est vrai. »
« Penses-tu qu'ils vont purger la noblesse ? »
« Je pense qu'ils vont en éliminer certains dans une certaine mesure. Même s'ils ne le font pas, leur existence même exercera une pression sur nous. »
« Le duché de Lunatil, la vicomté d'Arbandom, la vicomté de Soltier — ces trois-là seront directement affectés. Ils sont fermement dans la faction du prince héritier, après tout. »
Dit Hatien en levant trois doigts. Puis il les replia un par un.
« Mais il ne semble pas encore y avoir cette atmosphère. »
« Une fois qu'une telle atmosphère est créée, il est difficile de faire marche arrière. »
« Oh ? »
Hatien baissa légèrement ses lunettes et regarda Lowengrin.
« Suggères-tu que nous nous rangions du côté de la faction du prince héritier maintenant ? »
« Non, je dis que nous devrions nous méfier de l'Achtschwietz. »
Aux mots de Lowengrin, Hatien remit ses lunettes et hocha la tête.
« Je suis d'accord avec ça. »
Lowengrin écarta légèrement les bras et dit :
« En fait, une amie à moi les a rejoints, mais je ne pense pas que ce soit pour une raison bénigne. »
« Cette amie à toi est... ? »
« Sigrid Ankertna. »
« Ah — la célèbre Maître. Elle a rejoint l'Achtschwietz ? »
Hatien frotta son pouce sur la tasse de thé, perdu dans ses pensées.
« Je comprends. »
Il hocha la tête.
« Appliquons un peu de pression. »
Hatien sourit sournoisement.
« Nous ferons en sorte qu'ils ne puissent pas se concentrer sur la discipline interne. Si les choses deviennent chaotiques, de nombreuses failles apparaîtront. »
« Merci. »
Lowengrin pencha légèrement la tête, et Hatien secoua la sienne.
« Pas du tout. C'est quelque chose que nous devions faire de toute façon, et c'est une demande de ma charmante fiancée. Cette amie doit être très importante pour toi. Pour que Lowengrin vienne demander une faveur... Cette amie le sait-elle ? »
« Siri viendrait me protéger de n'importe quoi juste parce que nous sommes amies, même si je n'avais rien fait. »
Lowengrin en était certaine.
Hatien haussa les sourcils, puis baissa les yeux et dit :
« Les amis précieux sont difficiles à trouver. »
« Oui, c'est pour cela qu'ils sont si précieux. »
« Je comprends. »
Hatien hocha la tête. Lorsque Lowengrin tendit la main, il la prit avec une expression perplexe. Elle sourit et dit :
« Maintenant, devrions-nous avoir une conversation digne d'un couple fiancé ? »
Hatien sourit et hocha la tête.
« Faisons cela. Si tu me permets de te lire de la poésie que j'ai récemment achetée. »
« Hmm — je le tolérerai tant que ce n'est pas la poésie de Bairin. »
« C'est un soulagement. »
Hatien sourit radieusement.
⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱⊰⋆⋅⭑⋅⋆⊱
Sigrid demanda une audience avec Sa Majesté. Elle craignait qu'elle ne soit pas accordée, mais contre toute attente — ou plutôt, assez rapidement — un serviteur l'appela à l'intérieur.
L'Empereur regarda la femme chevalier qui inclinait la tête devant lui.
« Eh bien, es-tu remise de ton rhume ? »
« Oui, Votre Majesté. Je suis profondément reconnaissante de votre sollicitude. »
« Ce n'est rien. Alors, qu'est-ce qui t'amène ici ? »
« Je suis venue accepter l'importante mission dont vous avez parlé précédemment. »
« Tu veux dire rejoindre ma garde personnelle ? »