Après y avoir réfléchi à maintes reprises, Noa finit par décider de sortir au naturel et de renoncer à ces « artifices ».
Elle tenait à sa silhouette, bien sûr, mais pas au point de devoir recourir à des coussinets pour la dissimuler.
En outre, elle avait un caractère franc et sans détour.
Puisqu’elle pouvait déjà affirmer avec certitude que les personnes qu’elle allait retrouver étaient des amies proches, elle avait encore moins de raisons de s’inquiéter de ce genre de choses.
Pour les vêtements, elle laissa naturellement sa mère, qui s’y connaissait, prendre la décision.
Rosvisser composa pour son aînée une tenue qui correspondait au style habituel de Noa tout en convenant à une sortie entre amies.
Le noir restait la couleur dominante.
Un petit gilet court porté sur un haut de sport d’un blanc pur dévoilait ses abdominaux bien dessinés.
Elle portait toujours un short, mais cette fois, Rosvisser avait pris le temps de réfléchir au choix des chaussures.
Elle opta pour une paire de baskets montantes en toile noire et blanche qui, en plus d’assortir leurs tenues coordonnées, à Noa et à sa mère, mettaient en valeur ses jambes et ses mollets.
Quant à ses cheveux, elle les laissa simplement détachés, au naturel.
Rosvisser ajouta aussi quelques accessoires.
Des lunettes de soleil accrochées au col, ainsi qu’un collier et une chaîne à la taille.
Dans l’ensemble, elle avait tout de la beauté glaciale et cool, dans le même esprit que Rosvisser à l’époque.
« Hum… Ça devrait aller. »
Rosvisser rectifia une dernière fois le col de Noa, puis la conduisit devant le miroir.
« Ton principal atout, c’est ta taille — plus précisément, ta taille et tes jambes. Il suffit de les mettre en valeur. Alors, qu’en dis-tu ? Ça te plaît ? »
En découvrant son reflet — lumineux, soigné, et pourtant indéniablement elle-même —, Noa eut les yeux qui brillèrent.
« Oui, oui ! Merci, maman ! »
Rosvisser lui sourit chaleureusement.
Noa était heureuse, et elle aussi.
Après tout, Noa était d’ordinaire extrêmement indépendante. Dans la vie quotidienne, sa famille avait bien peu d’occasions de lui venir en aide.
Alors pouvoir lui apprendre à s’habiller et à mettre ses atouts en valeur rendait Rosvisser sincèrement heureuse.
Dans une famille, le plus important, c’était de prendre part aux choses.
« Ouah, grande sœur est trop cool ! »
À ce moment-là, Moon avait elle aussi fini de se changer.
Elle admirait une robe qu’elle venait d’acheter, mais dès qu’elle vit Noa transformée, son instinct d’admiratrice de sa grande sœur prit complètement le dessus.
Elle se précipita vers Noa et s’accrocha fermement à son bras, tandis que la petite mèche sur sa tête tressautait d’excitation.
Au même moment, Aurora, Muse et Xiaoxue avaient elles aussi enfilé leurs tenues de sortie.
Chacune avait son charme propre.
À part Moon, qui avait adopté un style de jeune fille tout en douceur, Aurora portait une robe en coton avec des chaussettes blanches montant jusqu’aux genoux. Ajustée juste ce qu’il fallait au niveau de la poitrine, elle lui donnait une silhouette délicate et un air frais et énergique.
Muse était encore jeune. Sa tenue était donc simple, même s’il était évident qu’elle imitait le style d’Aurora.
En raison de son tempérament réservé, Xiaoxue avait choisi des couleurs discrètes — surtout des tons bruns —, pour un résultat sobre et effacé.
Noa lui sourit avec douceur et indulgence, puis lui pinça la joue.
« Alors, préparons-nous à partir. »
« D’accord~ »
Rosvisser conduisit les filles à l’étage inférieur.
Lorsqu’ils arrivèrent dans la salle à manger, leur père contempla ses filles, si élégamment vêtues, et en fut profondément ému.
À cette chaleur s’ajoutait une paisible admiration.
Le temps passait vraiment trop vite.
Les jours où Moon grimpait sur ses épaules pour jouer au « chevalier dragon » lui semblaient dater d’hier.
Et pourtant, en un clin d’œil, elles avaient presque grandi.
« Le temps n’épargne personne… pas même les dragons », soupira-t-il.
« Papa, dépêche-toi de manger ! Après, on va à la Cité du Ciel ! »
Xiaoxue s’assit près de lui, prit ses couverts et le pressa de se dépêcher.
Leon revint à lui et sourit.
« D’accord. »
Une demi-heure plus tard, après le petit-déjeuner, la famille prit la route de la Cité du Ciel.
…
…
À l’entrée de la Cité du Ciel, un Dragon d’Argent descendit lentement du ciel.
Ses énormes ailes s’abaissèrent, et Aurora, Muse et Xiaoxue glissèrent à terre l’une après l’autre, se posant sans difficulté.
Rosvisser n’avait même pas encore repris forme humaine qu’une autre silhouette dégringola du ciel dans une descente précipitée et mal assurée.
L’aigle rata son atterrissage en douceur et dut se débattre pour se remettre debout après avoir heurté le sol.
« Au moins, il ne s’est pas trop mal réceptionné. Tout le monde va bien. »
Noa fut la première à sauter du dos de l’aigle. Elle se retourna et aida Xiaoxue à descendre.
Leon les suivit en dernier.
Une fois à terre, il s’approcha de l’aigle, épuisé.
Ses yeux tournaient déjà dans leurs orbites.
« Ah… Tu n’es pas très malin, et pourtant tu t’obstines à faire de ton mieux alors que tu n’arrives clairement pas à voler plus vite qu’elle. »
Aigle : @A@
Rosvisser croisa les bras et s’approcha d’un pas tranquille, un sourire moqueur aux lèvres.
« Un maître comme toi se retrouve avec une monture pareille. Si tu avais des ailes, tu serais sûrement encore pire : tu passerais tes journées à rivaliser avec moi pour savoir qui vole le plus vite. »
Leon fit la moue, mais ne répliqua pas.
Elle n’avait pas tort.
« Cela dit, reprit Rosvisser, Noa et les autres grandissent. Ton aigle peut presque transporter trois personnes, maintenant, non ? »
Leon hocha la tête en lissant doucement les plumes de l’aigle.
« Tu te souviens de la façon dont Noa et moi avons commencé à gagner sa confiance ? »
« Oui. J’étais enceinte de Muse, à l’époque, répondit Rosvisser. Il s’était introduit sur le Territoire des Dragons d’Argent pour voler du poisson, et Xiaoxue et Noa l’avaient attrapé. »
« On a fini par comprendre qu’il avait pris ce risque uniquement parce que sa compagne était enceinte. »
« Exactement. Je leur ai récemment envoyé une bonne quantité de nourriture, dit Leon. J’ai vu que leurs oisillons avaient grandi, eux aussi. Je pensais en parler à l’aigle : voir si l’un de ses petits pourrait vivre quelque temps avec Noa et nouer des liens avec elle. »
Sur le continent, apprivoiser des créatures dangereuses et intelligentes pour en faire des montures n’avait rien d’inhabituel.
Mais la plupart du temps, on les domptait par la force.
Leon avait lui aussi soumis l’aigle de cette façon, au début.
Pourtant, au fil des années, il avait traité la famille de l’aigle comme des amis et s’était sincèrement occupé d’eux.
À l’époque où sa compagne était enceinte, Leon était même parti au loin pour lui apporter un Fruit du Dragon de Rosée de Jade.
Ainsi, quand l’aigle raconta plus tard à ses petits les dix jours et plus qu’il avait passés avec Noa, il en parla avec affection pendant un bon moment.
Bien sûr, cette « affection » ne venait pas du fait que Leon avait appris le langage des aigles-dragonnes à six écailles.
Elle s’exprimait plutôt par un langage corporel assez abstrait.
Après tout, c’était là que Leon excellait le plus.
Rosvisser approuva naturellement son idée.
« Pas de problème. Ça aidera aussi Noa à accomplir des missions avant son éveil draconique complet. »
À ces mots, Leon poussa un profond soupir.
« Franchement… Je ne m’y serais jamais attendu. »
Rosvisser haussa un sourcil.
« À quoi ? »
« Qu’un jour, “ne pas pouvoir voler” devienne un défaut que Noa et moi partageons. »
Rosvisser cligna des yeux.
« C’est un peu sentimental, mais j’y entends comme un soupçon de soulagement… Comme si tu étais enfin heureux que quelqu’un comprenne ta souffrance. »
Leon rit d’un air gêné et se gratta la tête.
Rosvisser renifla et lui donna un léger coup de poing sur la poitrine.
« Noa volera tôt ou tard. Mais toi, mon cher mari, jamais — tu ne voleras jamais. »
Leon passa aussitôt en mode combat.
« Et alors, si tu sais voler ?! »
« Désolée, mais savoir voler, c’est vraiment génial~ »
Leon : [O?`д?O]!!
Reine : (#^.^#)~~