Chapitre 2 531
« Alors, combien sont venus vous voir ? »
À cette question, des sourires apparurent sur leurs visages.
Ils s’attendaient déjà à ce que cela arrive, mais il semblait que les sollicitations dépassaient largement leurs prévisions.
Les utilisateurs de reliques étaient généralement protégés, et les représentants des autres pays n’avaient pas souvent l’occasion d’entrer en contact avec eux. Encore moins de leur parler en privé.
Mais les choses étaient différentes lors d’un événement d’une telle ampleur, surtout quand il bénéficiait du soutien total de l’Alliance raciale.
Ils avaient de nombreuses occasions de discuter en privé avec les utilisateurs de reliques, d’autant qu’ils étaient responsables des salles d’attente où ceux-ci se réunissaient.
Parmi tous les utilisateurs de reliques participant au tournoi, les plus populaires étaient réunis dans cette pièce. C’était parce qu’ils avaient été les premiers à devenir des utilisateurs de reliques et qu’on les considérait comme les favoris.
« Ça m’a surpris qu’ils viennent me parler. »
Alidus avait une bonne raison de dire cela : techniquement, il était l’utilisateur de reliques de la race des géants.
La plupart des représentants venaient de pays humains ; ils n’avaient donc pas grand-chose à se dire.
Il leur serait vraiment difficile de convaincre un géant d’abandonner sa race pour rejoindre un pays humain.
Mais il y avait tout de même une chose qu’ils pouvaient proposer à Alidus.
« Je ne pensais pas qu’ils s’y prendraient de cette manière, mais ça ne nous dérange pas. Certaines tribus de géants envisageaient déjà de développer leurs échanges avec les autres pays humains, seulement, elles n’en avaient pas encore eu l’occasion. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire si facilement. »
Il disait cela, mais son expression trahissait des manigances bien plus sinistres.
« Tu leur as extorqué combien ? » lui demandai-je avec un léger sourire.
Alidus ne répondit pas, mais le sourire qu’il m’adressa en retour en disait long.
Bien sûr, je savais que quelqu’un comme Alidus n’aurait pas pu trouver cette idée tout seul. En y repensant, je me rappelai que Haley s’absentait de temps à autre, comme si elle avait des affaires à régler.
Je ne pus m’empêcher de me demander quel avantage elle aurait à leur permettre de commercer librement ainsi, puisque la plupart des échanges avec les géants passaient actuellement par son entreprise.
Cependant, si elle avait approuvé cette initiative, elle devait forcément y trouver son compte.
Haley ne conclurait jamais un accord qui lui ferait perdre quoi que ce soit.
Outre Alidus, de nombreux pays avaient abordé les autres personnes présentes dans cette pièce.
Mais, à vrai dire, il n’y avait pas grand-chose à discuter.
Le vieux Lancelot ne partirait jamais, lui qui n’avait qu’un objectif : abattre les Forces de la Destruction.
Quant à la sainte, elle se consacrait au service des dieux et ne travaillerait jamais pour un pays humain.
Les autres avaient tous été recrutés parmi les soldats fidèles du Royaume de Kite. Ils risquaient donc encore moins de trahir le Royaume de Kite en pareilles circonstances, quelle que soit la somme qu’on leur proposerait.
Pourtant, le vieux Lancelot avait quelque chose à dire.
« J’aimerais vous parler de quelque chose. »
Surpris de l’entendre, nous le regardâmes avec une légère inquiétude.
Nous ne pensions pas qu’il allait trahir l’Alliance raciale pour collaborer avec ces pays.
Mais s’il y avait ne serait-ce que la moindre chance que…
Finalement, il n’en était rien.
« Ils m’ont proposé d’enseigner à leurs utilisateurs de reliques. »
Ce n’était pas surprenant : des propositions en ce sens avaient déjà été faites. Simplement, aucune n’avait été acceptée, car les conditions étaient inacceptables.
Ou, pour être plus précis, leurs conditions donnaient l’impression qu’ils comptaient enlever le vieux Lancelot. Nous n’avions donc eu d’autre choix que de refuser chacune de leurs propositions.
Mais quelque chose avait dû changer, sans quoi le vieux Lancelot n’aurait pas proposé cela.
« Je veux ouvrir une école. »
C’était un retournement de situation auquel ils ne s’attendaient pas, mais ils voyaient bien qu’il ne plaisantait pas. Son expression montrait qu’il avait réellement l’intention d’ouvrir une école où les utilisateurs de reliques pourraient suivre son enseignement.
Seulement, ce ne serait pas si facile.
Si le projet se concrétisait, les autres pays ne laisseraient pas une telle école s’installer dans un endroit qu’ils ne contrôlaient pas. Il nous serait donc impossible de l’ouvrir dans un lieu où le vieux Lancelot serait en sécurité.
« Ils sont prêts à céder et à nous laisser l’ouvrir dans le Royaume de Kite. »
Je ne fus pas le seul à être surpris en l’entendant.
Les autres étaient tout aussi étonnés, car ils savaient à quel point les représentants des petits pays étaient obstinés. S’ils acceptaient réellement de céder sur un point pareil, c’était qu’il s’était passé quelque chose.
Comme s’il avait deviné nos pensées, le vieux Lancelot ajouta : « Ils ont vu à quel point les autres utilisateurs de reliques sont devenus forts après mon enseignement. Je leur ai dit qu’il pouvait en aller de même pour eux. »
Je ne pus m’empêcher de secouer la tête avec un léger sourire.
Au bout du compte, seule la cupidité pouvait les faire bouger.