Chapitre 2 530
« À votre avis, qui est le plus fort ? »
C’était la question qui venait naturellement à l’esprit en assistant à ce tournoi.
À la fin du premier tour, beaucoup avaient déjà leurs favoris pour la victoire.
Ce n’était pas une surprise : ils comptaient parmi les utilisateurs de reliques les plus puissants du tournoi.
Mais l’un d’eux dominait largement les autres.
« Lancelot était autrefois le plus grand chevalier du continent. Même s’il a vieilli, il n’a pas perdu son talent.
— Et depuis qu’il a reçu sa relique, il a des ailes.
— C’est vrai. Il ne fait aucun doute que c’est lui qui remportera le tournoi. »
Les spectateurs se souvenaient encore de la façon dont le vieux Lancelot avait profité du combat pour entraîner son adversaire. Personne n’avait vaincu le sien aussi facilement.
Ou plutôt, personne n’avait accepté de dépenser son énergie pour quelque chose qui ne lui rapportait absolument rien.
Ils plaçaient donc le vieux Lancelot au-dessus des autres.
Mais au deuxième tour…
« Pas comme ça. Tu mets trop de force brute dans tes attaques et tu ne les maîtrises pas correctement. Pas besoin d’en mettre autant : concentre ta puissance pour la rendre plus forte.
— Ton problème, c’est que tu réfléchis trop à la façon d’utiliser ton pouvoir. Ça devrait venir naturellement, sinon tu gaspilles trop d’énergie à le forcer.
— Comme ça, balance ton arme comme ça. »
En entendant ces conseils, l’utilisateur de reliques qui affrontait Alidus ne put s’empêcher d’esquisser un sourire crispé.
Tous les autres avaient transmis leur savoir avec des consignes claires et concises. Seul Alidus s’y prenait ainsi, avec des explications abstraites fondées davantage sur le ressenti.
À moins d’être à son niveau, impossible de comprendre facilement ce qu’il voulait dire. Aussi son adversaire ne put-il que lui sourire d’un air tout aussi crispé.
Il espérait qu’Alidus se rendrait compte de son erreur et lui expliquerait les choses correctement, puisqu’il n’espérait pas gagner. Il ne se berçait pas d’illusions : il savait qu’il ne pouvait pas battre Alidus. C’était justement pour cela qu’il espérait apprendre quelque chose de lui.
Malheureusement, Alidus était incapable d’enseigner…
« Dites-moi autre chose, je vous en prie. »
Finalement, l’adversaire d’Alidus n’eut d’autre choix que de le supplier de changer de méthode.
Mais en voyant la surprise se peindre sur le visage d’Alidus, il ne put retenir un tressaillement.
Alidus avait presque l’air de ne pas comprendre ce qu’il avait fait de mal. Il croyait sa méthode parfaite et ne comprenait pas pourquoi son adversaire lui disait ça.
« Ha, ha, ha ! » La foule éclata de rire en voyant sa tête.
À n’en pas douter, elle se souviendrait de cette expression et transmettrait l’histoire aux générations futures. Le récit ferait rire tous ceux qui l’entendraient.
Mais Alidus, lui, n’était pas du tout d’humeur à rire.
Son adversaire avait beau se plaindre de sa méthode, cela n’allait pas le faire changer d’approche comme par magie.
Au début, il sembla chercher comment expliquer ses enseignements à son adversaire. Mais plus il y réfléchissait, plus il paraissait contrarié.
Après tout, c’était comme lui demander de changer toute sa personnalité pour donner cette leçon.
Et ce n’était pas quelque chose qu’on pouvait faire d’un claquement de doigts.
Alors, Alidus finit par prendre une mesure radicale.
« Serre les dents. »
Son adversaire, stupéfait, ne comprit pas ce qu’Alidus avait l’intention de faire. Mais quand il le vit lever sa massue, il n’y avait pas vraiment de quoi se méprendre.
Alidus avait choisi de lui enseigner par la pratique.
Il comptait lui faire tout expérimenter pour qu’il apprenne par l’action plutôt que par les mots.
Son adversaire avait l’air au bord des larmes, mais il n’abandonna pas pour autant. Il leva sa relique et se prépara à recevoir le coup d’Alidus.
Après tout, il voulait apprendre, et cela semblait être le seul moyen d’y parvenir.
Mais il comprit vite que c’était une mauvaise idée.
« J’abandonne ! »
Il ne lui fallut que quelques coups pour comprendre qu’Alidus ne savait vraiment pas s’y prendre.
Il préférait apprendre plutôt qu’enseigner et, lorsqu’il devait donner une leçon, il recourait à la méthode qui lui convenait le mieux. Seulement, cette façon instinctive d’enseigner ne marchait pas du tout avec les autres…
« C’est comme ça…
— Ah, c’est donc ça que vous vouliez me montrer. Je croyais que vous vouliez juste me frapper au visage. »
Alidus ne fit pas meilleure figure lorsque le vieux Lancelot s’avança pour expliquer à sa place. Il ne pouvait rien dire, cela aurait été injuste pour son adversaire s’il s’en était mêlé.
Après s’être fait rosser en espérant apprendre quelque chose, puis n’avoir rien appris du tout, celui-ci aurait eu l’impression d’être le seul à avoir souffert.
Il n’eut donc d’autre choix que de regarder le vieux Lancelot tout expliquer.
En l’observant, il se demanda quelle était la différence entre eux.
À ses yeux, les enseignements d’Alidus ressemblaient à ceux du vieux Lancelot.