Chapitre 8
Chapitre 8
Traducteur : Pai_
Au petit matin, Turan quitta la cité de Murei et prit la direction du nord-est.
Selon les dires de Midan, la distance entre les deux cités représentait environ une semaine de voyage pour un individu ordinaire.
À son rythme, cependant, il pouvait réduire ce trajet à deux ou trois jours tout au plus.
Après avoir quitté la ville et marché pendant une demi-journée, il sentit nettement que l'environnement naturel devenait de plus en plus luxuriant.
De chaque côté de la route, tracée naturellement par le passage des voyageurs, des forêts s'étaient développées, et lorsque la plaine s'ouvrait, on pouvait apercevoir au loin des champs de blé doré.
Et naturellement, là où l'abondance règne, les animaux sont nombreux, et qui dit plus d'animaux, dit aussi davantage de Bêtes Magiques.
Tandis qu'il avançait, Turan utilisait périodiquement la Magie de Détection pour vérifier la présence de créatures aux alentours. Après avoir confirmé leur position, il les chassait avant de reprendre sa route.
La plupart étaient si faibles qu'elles ne méritaient même pas d'être capturées, mais il en croisait parfois une ou deux plus intéressantes, ce qui rendait l'effort quelque peu gratifiant.
Peut-être parce qu'il s'agissait de la route menant à une grande cité, il croisait des gens assez fréquemment.
Des fermiers se rendant dans les villages voisins pour vendre leur blé, des colporteurs voyageant entre les villes, et des individus armés qui pouvaient être des chasseurs de bêtes ou des mercenaires.
Parmi eux, quelques-uns jetaient un regard curieux à Turan, qui voyageait seul. Cependant, en le voyant franchir en un seul pas la distance que parcourait un homme ordinaire en trois ou quatre enjambées, ils détournaient rapidement le regard, alarmés.
Au troisième jour, dans l'après-midi, il commença à voir des routes pavées de pierre solide plutôt que de terre battue.
Bien qu'il ignorât qui les entretenait, ces chemins étaient remarquablement bien conservés, ne présentant que quelques sections légèrement endommagées, ce qui rendait la marche aisée. Par curiosité, il tenta de briser le bord de la chaussée avec un peu de magie, mais la pierre ne bougea pas, comme si une sorte d'énergie magique y était imprégnée.
Et enfin, le quatrième jour.
Bien que le trajet eût pris un peu plus de temps à cause de ses fréquents détours pour chasser les Bêtes Magiques, Turan arriva à destination : la cité d'Orem.
« Allez, allez ! Faites la queue pour entrer ! Hé, pas de bousculade là-bas ! »
Orem était une vaste métropole qui faisait passer Murei pour un simple village rural.
Sa population se comptait, disait-on, en dizaines de milliers d'âmes.
À la périphérie, un amas de huttes délabrées abritait ce qui semblait être les résidents les plus pauvres, tandis que plus loin se dressaient des murs de pierre d'environ cinq mètres de haut, formant une enceinte.
Aux portes de la ville, des gardes vêtus d'armures métalliques surveillaient les allées et venues. À en juger par la quantité de portraits affichés à proximité, ils semblaient rechercher des individus signalés parmi les passants.
Alors que Turan s'approchait de la porte, l'un des gardes lui barra soudainement le passage.
« Hé, tes vêtements sont bien trop sales. Au minimum, secoue la poussière avant d'entrer. »
Le garde ne cherchait pas querelle sans raison ; les habits de Turan étaient nettement plus souillés que ceux des gens qui l'entouraient.
Il portait les mêmes vêtements usés depuis ses jours de berger, et ils s'étaient encore davantage dégradés. De plus, il n'avait pas pu les laver correctement durant ses quatre jours de voyage en extérieur.
Par ailleurs, ayant vécu sur les collines arides de Hisaril, Turan considérait la lessive comme une corvée à n'effectuer qu'une fois par mois.
Murei, située près des terres sauvages, manquait également d'eau, si bien que tout le monde y était tout aussi négligé.
À l'inverse, les habitants de cette cité étaient propres et soignés, ce qui rendait l'apparence de Turan d'autant plus frappante.
« Entendu. »
Après être sorti de l'enceinte pour épousseter ses vêtements, Turan se présenta à nouveau et fut laissé passer sans encombre.
Heureusement, il n'eut pas à perdre de temps à acheter des objets inutiles pour demander son chemin vers la bibliothèque.
Selon les dires de Midan, la bibliothèque était le plus haut bâtiment de la ville.
Au milieu de constructions ne dépassant généralement pas deux ou trois étages, une tour solitaire, qui semblait en compter plus d'une trentaine, se dressait fièrement.
« Elle a dû être bâtie par la magie, n'est-ce pas ? »
Sa grandeur était tout simplement inimaginable pour une œuvre de main d'homme.
À mesure qu'il s'en approchait, elle paraissait si démesurément haute qu'elle en devenait presque grotesque.
Elle était si élevée que Turan se demanda si l'on pouvait, depuis le sommet, regarder les nuages d'en haut.
Perdu dans son admiration pendant un long moment, Turan finit par reprendre ses esprits et s'approcha du garde posté à l'entrée.
« J'ai entendu dire que tout Mage pouvait entrer ici. Est-ce exact ? »
À la question de Turan, l'expression du garde se raidit.
Il avait d'abord pensé chasser cet homme à l'allure déguenillée, mais qu'était-ce donc que cela ?
Au fond de lui, il rejeta l'idée comme une absurdité débitée par un fou, mais un léger doute commença à germer.
C'est pourquoi le garde décida de vérifier l'identité de l'étranger par une méthode que seul un Mage pouvait employer.
« Hein ? »
Turan écarquilla les yeux face au flux de Puissance Magique émanant du corps du garde.
C'était un sort manipulé pour ne produire aucun effet visible, destiné uniquement à démontrer sa force.
N'avait-on pas dit qu'il avait été créé pour que les Mages puissent mesurer et comparer leur Puissance Magique sans recourir au combat ?
Bien que Turan l'eût appris de Keorn et pratiqué quelques fois avec lui, c'était la première fois qu'il le recevait de quelqu'un d'autre.
Enfin, c'était aussi la première fois qu'il rencontrait un autre Mage.
Turan, à son tour, rassembla sa propre Puissance Magique pure et la projeta vers le garde.
« Huff… ! »
Le garde laissa échapper un sifflement en la recevant.
La Puissance Magique du garde représentait, au mieux, la moitié de celle de Keorn. Comparée au niveau actuel de Turan, elle n'atteignait même pas un vingtième. Il n'avait aucune chance de résister.
D'un autre côté, il serait absurde de poster quelqu'un d'exceptionnellement doué à un tel endroit, n'est-ce pas ?
Sentant l'écart abyssal, le garde baissa la tête et parla.
« J-Je suis Kesha, chevalier de la Maison Baltas. Votre Grâce, puis-je vous demander de quelle noble maison vous provenez ? »
« Dois-je le dire pour entrer ? »
« Non, pas du tout. Je vous présente mes excuses ! »
Interprétant peut-être la réponse de Turan comme un « Comment oses-tu me demander cela ? », le chevalier inclina la tête plus bas encore.
Turan commençait déjà à se lasser de la conversation.
« Non, je posais simplement la question. »
Un silence s'installa. Lorsque le chevalier releva enfin la tête, il sembla réaliser que Turan était sincère. Il expliqua prudemment la situation.
La bibliothèque ne pouvait être utilisée que par ceux autorisés par le seigneur de la ville, le chef de la Maison Baltas.
C'était bien différent de ce que Midan lui avait raconté.
« J'avais entendu dire que les Mages pouvaient l'utiliser. »
« Eh bien… à ma connaissance, aucun roturier n'a jamais été autorisé à accéder à la bibliothèque. »
L'histoire avait-elle été déformée ? Comme tous ceux qui entraient et sortaient de la bibliothèque se trouvaient être des Mages, cela avait peut-être conduit à la croyance que tous les Mages y avaient accès.
Turan se gratta le menton un instant, puis laissa échapper un soupir.
« Comment puis-je obtenir la permission du seigneur de la Maison Baltas pour utiliser la bibliothèque ? »
« De telles questions me dépassent. Je n'ose m'avancer. Cependant, si Votre Grâce le permet, je contacterai la maison pour me renseigner. »
« Faites donc. »
Après avoir dit cela, Turan s'appuya contre le mur opposé à la porte principale de la bibliothèque.
Maintenant que son identité avait été révélée, il allait bientôt devoir faire face à l'« hospitalité » de la Maison Baltas.
Il était d'usage, pour les nobles, de traiter les autres nobles comme des invités lorsqu'ils pénétraient sur leur territoire.
« J'aurais peut-être dû m'infiltrer. »
Il avait envisagé d'utiliser la Capacité de Dissimulation de la Lignée Zahar pour entrer dans la bibliothèque. Cependant, il ne s'y était pas risqué, craignant qu'il n'y eût des mesures de sécurité capables de neutraliser de telles facultés.
S'il était pris, ne serait-il pas confondu avec un assassin ? Il ne serait même pas en mesure de réfuter une telle accusation.
D'autant plus que la capacité de la Lignée Zahar était l'une des plus spécialisées dans l'assassinat.
Peu de temps après, une grande calèche tirée par quatre chevaux dévala la rue principale et s'arrêta devant la bibliothèque.
Un homme d'âge mûr, qui semblait être le cocher, jeta un coup d'œil à Turan et s'inclina immédiatement avec déférence.
« Bienvenue dans la Cité de la Sagesse, Orem, Votre Grâce. Je suis Reden, intendant de la Maison Baltas. Le chef de la maison souhaite vous accueillir. Serait-il possible de nous accorder un peu de votre temps ? »
« Très bien. »
« Je vous en prie, Votre Grâce, ne m'adressez pas un titre si élevé. »
À l'usage d'un titre respectueux par Turan, l'intendant qui se faisait appeler Reden — bien que Turan ne comprît pas parfaitement ce qu'était un intendant — répondit avec une telle servilité qu'il sembla prêt à se prosterner au sol à tout instant.
Turan, soupirant intérieurement face à cette réaction trop obséquieuse, hocha la tête.
« Soit. »
« Je vais vous guider. »
Bien que Turan eût vu des calèches à quelques reprises à Murei, c'était la première fois qu'il en montait une.
Durant le trajet, Turan se calma et se prépara à toute éventualité.
Bien que peu probable, si la maison venait à l'attaquer soudainement, il devrait se Dissimuler et s'enfuir immédiatement.
Après une dizaine de minutes, la calèche s'arrêta et une voix retentit à l'extérieur.
[Nous sommes arrivés.]
Lorsqu'il descendit de la calèche, un château bâti de pierre blanche immaculée l'accueillit.
Il comptait environ cinq ou six étages, et son apparence semblait privilégier l'esthétique sur la défense.
L'intendant, qui était descendu du siège du cocher, s'adressa à lui.
« Me permettriez-vous de vous aider à rafraîchir votre tenue avant de rencontrer le seigneur ? »
Turan ne comprenait pas ce que signifiait « rafraîchir sa tenue », mais cela semblait nécessaire pour l'entrevue, alors il acquiesça.
Suivant les conseils de l'intendant, Turan entra par la porte principale, où trois servantes s'approchèrent de lui.
« Nous allons vous guider vers les bains, Votre Grâce. »
C'était une suggestion bienvenue, car Turan se sentait sale depuis son arrivée.
Le problème survint lorsque les servantes le suivirent dans les bains.
« Nous allons vous aider pour votre bain. »
L'aider pour son bain ? Voulaient-elles le laver comme s'il était un enfant ?
Bien que Turan n'eût vécu qu'avec sa mère, il comprenait l'étiquette de base que les hommes et les femmes devaient observer entre eux. Fronçant les sourcils, il secoua la tête.
« Je vais me laver seul. Tout le monde dehors. »
Cependant, en entendant cela, les visages des servantes devinrent pâles, et elles se prosternèrent en suppliant : « Nous sommes désolées, pardonnez-nous, je vous en prie. »
À la stupéfaction de Turan, la plus jeune servante, qui semblait avoir son âge, se mit même à sangloter bruyamment.
Déconcerté par une réaction aussi extrême, Turan pointa du doigt la servante la plus âgée et demanda :
« Y a-t-il un problème si je me lave seul ? »
« Oui. Si nous ne servons pas correctement Votre Grâce, nous serons punies. Ayez pitié… »
Turan avait conscience de la différence de statut marquée entre les Mages et les roturiers, mais il ne s'attendait pas à ce qu'elle soit aussi extrême.
Accablé par l'épuisement, Turan laissa échapper un profond soupir et hocha la tête.
« Faites comme vous voulez. »
Quelques instants plus tard, les servantes déshabillèrent Turan et le lavèrent avec de l'eau chaude et du savon.
Il n'eut rien à faire lui-même durant le processus.
Les servantes étaient si habiles qu'elles ne lui demandèrent même pas de bouger les bras ou les jambes, nettoyant méticuleusement chaque centimètre de son corps.
Bien qu'exposer son corps nu à des femmes, laisser autrui le laver et voir les traînées de crasse s'écouler de sa peau fût incroyablement gênant, l'expérience de se faire baigner ainsi en valait indéniablement la peine.
Après le bain, les servantes peignèrent ses longs cheveux emmêlés et le vêtirent d'habits frais, achevant sa toilette.
Lorsqu'elles eurent terminé, les servantes écarquillèrent les yeux d'émerveillement.
La plus jeune, qui sanglotait plus tôt, rougit et laissa échapper un souffle d'admiration.
« Waouh… »
« Quoi ? »
Lorsque Turan tourna la tête pour demander, la jeune fille eut un hoquet et couvrit rapidement sa bouche de ses mains.
La servante la plus âgée intervint pour expliquer.
« Votre Grâce est si beau qu'elle a dû se perdre un instant dans son admiration. Veuillez l'excuser. »
En disant cela, la servante apporta un grand miroir qui avait été mis de côté.
En s'y regardant, Turan comprit immédiatement leur réaction.
La première chose qui attira son attention fut ses cheveux gris, qu'il avait toujours laissés attachés en une queue-de-cheval grossière par paresse.
Les servantes les avaient peignés soigneusement et appliqués une sorte d'huile, les laissant retomber avec fluidité. Ils brillaient désormais comme de l'acier poli et s'harmonisaient parfaitement avec ses yeux gris cendré.
Une fois sa peau sombre, encrassée par le manque d'hygiène, nettoyée, les traits nets et audacieux de Turan ressortaient davantage, et les vêtements blancs brodés de fils d'or rendaient sa silhouette haute et agile encore plus élégante.
Si, avant d'être lavé, il ressemblait à un mendiant plutôt séduisant, il avait désormais l'air d'un jeune noble ayant vécu une vie de raffinement et de privilèges.
Peu après, ses préparatifs terminés, Turan suivit l'intendant vers la salle de banquet, où le chef de la maison l'attendait.
En chemin, tous ceux qu'ils croisaient s'inclinaient profondément, comme s'ils savaient tous qui il était. Curieux, Turan demanda à l'intendant qui marchait devant lui :
« Connaissent-ils tous mon identité ? »
« C'est à cause des vêtements que vous portez. Dans ce château, les parures ornées de fils d'or sont une couleur réservée exclusivement à la noblesse. »
À peine l'intendant eut-il fini de parler qu'une jeune dame vêtue d'une robe bleu-gris brodée d'or apparut dans un couloir.
En voyant Turan, elle pencha la tête et demanda :
« Est-ce là l'invité qui est arrivé avec l'allure d'un mendiant ? Qu'est-ce donc, après l'avoir lavé et habillé, il ressemble à un prince ? »
« Ah, ma dame… le traiter de mendiant est… »
« Oh, qu'importe ? Je suis Izela. Izela Baltas. Et vous êtes ? »
À en juger par le titre et le ton que l'intendant utilisait pour s'adresser à elle, il était clair qu'elle était une noble de la Maison Baltas.
Son attitude et son langage débordaient d'une telle arrogance que Turan se dit : « Alors, c'est donc cela, un vrai noble. »
Instinctivement, il ressentit une forte envie de ne pas reculer, et il garda la tête haute en répondant avec assurance :
« Je suis Turan. »
« Juste Turan ? Qu'en est-il de votre nom de famille ? »
« Il est difficile de le révéler en raison de certaines circonstances. Il y a une maison avec laquelle je suis en conflit. »
C'était une excuse que Turan avait préparée à l'avance après avoir consulté Keorn.
Il prétendait être un noble en pèlerinage pour renforcer sa Puissance Magique, tout en cachant son identité à cause d'un conflit avec une maison rivale.
En réalité, la Maison Zahar, qui pouvait techniquement être appelée sa famille, n'était même pas au courant de l'existence de Turan, il ne pouvait donc pas revendiquer ce nom. En même temps, dissimuler complètement ses antécédents pouvait susciter des soupçons sur le fait qu'il fût un criminel en fuite.
À peine eut-il fini de parler qu'une Puissance Magique jaillit du corps d'Izela, tout comme le garde de la bibliothèque l'avait fait plus tôt.
C'était comme si elle essayait de déterminer s'il était un imposteur.
En réponse, Turan libéra sa propre puissance, et lorsque les deux forces entrèrent en collision, des étincelles crépitèrent dans l'air.
« Kyaaah ! »
Les servantes crièrent et reculèrent de peur, tandis que Turan analysait ce bref affrontement et ressentait une nouvelle onde de choc.
La Puissance Magique d'Izela était presque à égalité avec la sienne.
En vérité, ce n'était pas quelque chose qui aurait dû le surprendre.
Malgré son grand potentiel, Turan restait un novice qui n'avait commencé à cultiver sa Puissance Magique qu'il y a moins d'un mois.
Cependant, comme chaque Mage qu'il avait rencontré jusqu'à présent avait été bien plus faible que lui, rencontrer quelqu'un d'un calibre similaire pour la première fois était une expérience saisissante.
C'était comme vivre toute sa vie parmi des nains et se retrouver soudain face à un géant de la même taille que soi.
En regardant de plus près, Turan remarqua qu'Izela, elle aussi, semblait ébranlée par sa puissance.
« Waouh… »
Elle laissa échapper une exclamation, hésitant un instant, avant de lâcher brusquement quelque chose de choquant :
« Alors, cher invité, si nous nous mariions ? »