Chapitre 307
Chapitre 307
Histoire annexe - Turan Zahar (10)
Traducteur : Pai_
Cette nuit-là, les habitants qui avaient fui la cité observèrent, depuis le flanc d'une montagne voisine, la destruction de leur ville natale.
Une lumière aux cinq couleurs brodait le ciel d'encre, suivie d'une chaleur torride que l'on pouvait ressentir à des kilomètres à la ronde.
Chaque fois qu'un rugissement tonitruant retentissait, des bâtiments s'effondraient, et les ondes de choc atteignaient parfois des lieux bien au-delà de la cité.
C'était un spectacle qu'ils n'auraient jamais imaginé voir de leur vivant ; on aurait dit que les dieux eux-mêmes étaient descendus pour livrer bataille, et les plus fragiles s'effondrèrent ou perdirent tout contrôle sur eux-mêmes.
Il fallut une journée entière avant que les gens ne redescendent, bien après que les bruits du combat eurent cessé.
« Non... »
« Dieux du ciel, ayez pitié. »
Stupéfaits, ils constatèrent que la ville où ils avaient vécu ne laissait littéralement rien derrière elle, pas même des décombres.
Tout avait brûlé ou fondu sous l'effet du poison.
Les bâtiments, les murailles, et même les citoyens et les mages qui n'avaient pas réussi à fuir à temps.
Il ne restait plus qu’un liquide visqueux semblable à un marécage, comme si tout avait été réduit par ébullition, et après que quelques individus s’en furent approchés, ils vomirent aussitôt du sang avant de mourir ; dès lors, plus personne n’osa s’en approcher.
« Attendez. »
« Hm ? »
« Alors… qui a gagné ? »
À cette question, nul ne put répondre que le grand chef de la Maison Varaha l’avait emporté, comme on aurait pu s’y attendre.
S’il avait triomphé, quelqu’un serait venu rétablir l’ordre.
Leurs doutes furent dissipés peu de temps après.
La nouvelle se répandit à travers toute la Terre des Lacs : Helio City, la capitale des Varaha, avait été détruite.
*
« Heh. »
Marchant seul à travers les terres désolées, Turan aperçut son reflet dans une flaque d’eau souillée et rit.
Les brûlures qui avaient ravagé son corps entier avaient effacé toute trace de ses traits autrefois séduisants ; il ne ressemblait plus à rien d’autre qu’à un monstre.
À vrai dire, finir ainsi était un soulagement.
Même s'il voyait son visage d'origine à présent, il lui aurait été difficile de ressentir qu'il était véritablement le sien.
Ayant tout juste remporté sa bataille contre Solif, Turan avait longuement hésité à absorber son âme également, ou seulement son énergie magique.
Car le simple fait d'avoir absorbé Ymir lui donnait déjà l'impression que quelque chose, en lui, se délitait.
Mais après une longue délibération, la décision qu'il prit fut d'absorber.
En fin de compte, peu importait la puissance qu'il gagnait en absorbant l'énergie magique, il était seul, et ses ennemis étaient nombreux et redoutables.
Pour sauver son père, il pouvait bien sacrifier un sens de soi qui lui semblait déjà à peine réel.
C'est ainsi que Turan pilla l'âme et l'énergie magique de Solif, ainsi que l'énergie magique de la centaine d'autres mages Varaha qui avaient péri durant la bataille, terrassés par le poison, et il renaquit en un être plus puissant encore.
En absorbant une âme qui était à moitié celle d'un Elfe blanc, il renaquit également en quelque chose d'encore moins humain.
Mais même dans cet état, il devait faire preuve de prudence en attaquant le fief des Varaha.
Même le chef d'une Grande Maison noble maniant le pouvoir d'un dieu aurait eu du mal à affronter des milliers de mages à la fois, et le Temple du Soleil détenait une puissance qui entravait les capacités du Chasseur de Nuit.
Ainsi, la première chose que fit Turan en arrivant à la cité d'Helio fut de détourner les voies navigables autour du Temple du Soleil, de libérer des quantités massives de poison et de déverser le tout à l'intérieur du temple.
Que les citoyens de la cité d'Helio soient morts en masse des effets indirects importait peu.
Une fois qu'il les eut inondés de poison de la sorte, le reste fut simple.
Alors qu'un venin mortel, conféré directement par une puissance du calibre d'un chef de famille, emplissait le temple, les nobles Varaha qui ne purent y résister devinrent les sacrifices de ses flèches à chaque fois qu'ils tentaient de s'enfuir.
Les hauts nobles qui parvinrent à peine à endurer, ainsi que la poignée de Corps possédés divins, ne purent pas non plus surmonter les assauts incessants de Turan, qui usait de magie de pistage et de dissimulation pour frapper et s'éclipser.
Les Bêtes magiques de l'Ombre, dotées d'une puissance capable de menacer la plupart des hauts nobles et armées de crocs et de griffes imprégnés d'un venin mortel, formèrent un encerclement parfait dont pas une seule âme ne put s'échapper.
Lorsque la chasse prit enfin fin, Turan suivit les souvenirs de Solif jusqu'à la Forteresse des âmes sous le palais Varaha et absorba jusqu'à la dernière des âmes des dieux qui s'y trouvaient.
Des souvenirs qui s'étaient déjà estompés avec seulement deux entités débordaient désormais de ceux de l'ancienne Tribu des Dieux Preah, des centaines de vies vécues.
Il ne pouvait plus sentir qu'il était Turan Zahar.
Renaud Nagin, Solif Varaha, Insen Varaha, Karz Varaha, Reshion Varaha.......
Plus d'une douzaine de noms firent surface en un instant, accompagnés des identités qu'ils avaient utilisées bien plus tôt et de ces souvenirs, même ceux de leurs jours passés en tant qu'Elfes blancs avant de fusionner avec les dieux ; tout s'entremêlait dans le chaos.
Pourtant, prendre de tels risques n'était pas sans récompense.
Clac. D'un simple claquement de doigts, Turan sourit devant l'énorme anneau de lumière qui fleurit dans son dos.
L'art secret que nul autre que la Lignée du Soleil des Varaha ne pouvait utiliser : la Lumière du Jugement.
Un pouvoir obtenu en se gorgeant de Formes Spirituelles qui portaient la force de la Lignée du Soleil.
Ayant tué Solif et jusqu'au dernier mage des Varaha, absorbant leur énergie magique ainsi que les Formes Spirituelles des dieux, le pouvoir de Turan rivalisait désormais avec celui d'Haroon à son apogée.
Mais même une telle puissance ne suffisait pas.
Il était Otas, le dieu le plus puissant du monde et le grand Chasseur de Nuit.
Le dieu des dieux se devait d'être un être encore plus puissant qu'il ne l'était à présent.
Pour se venger des dieux malfaisants.
Et pour devenir un splendide Chasseur de Nuit, digne des attentes de son père.
Mais qui était son père, déjà ?
Cette pensée ne dura qu'un instant ; face au mal de crâne qui surgissait, Turan détourna son esprit vers d'autres préoccupations.
D'abord, l'objectif immédiat.
« Je dois manger davantage. »
Il avait déjà dévoré tous les mages notables des terres de Varaha.
Alors, que restait-il ?
Le désert d’Enril.
Dans la terre natale où il avait autrefois vécu, il restait encore de nombreux traîtres.
« C’est exact, des traîtres. Ceux qui ont rampé devant l’ennemi pour conclure leurs marchés. »
Aucun souvenir ne lui revint de la manière dont ils avaient autrefois combattu ensemble sous le nom de Zahar.
Après plusieurs jours de voyage, Turan retourna dans le désert d’Enril et entama une nouvelle traque aux mages.
« Aaaargh ! »
« G-Grand Chasseur de Nuit ! Pourquoi, au nom du ciel !? »
« Turan, Turan ! C’est moi, reprends tes esprits ! »
Le désert d’Enril abritait plus de mages à dévorer qu’il ne l’avait escompté.
Les nobles Zahar qui avaient fui depuis longtemps étaient revenus, attirés par les exploits brillants qu’il avait accomplis sous l’alias d’Otas.
Turan les tua tous alors qu'ils imploraient le dialogue et la coopération, absorbant leur énergie.
Pour quelqu'un doté d'une énergie magique de classe chef de famille, les chevaliers et les nobles ordinaires n'apportaient aucune augmentation perceptible de force, même après en avoir dévoré des dizaines, mais cela importait peu.
Quoi qu'il en soit, les dévorer le laisserait dans une meilleure situation qu'auparavant.
« Penses-tu qu'Haroon serait heureux de te voir ainsi ? »
En laissant ces derniers mots, Ridel Zahar, Kim Woong, ne fit plus qu'un avec Turan.
Il lui était difficile de comprendre ce qu'il voulait dire en demandant si son père serait heureux de le voir ainsi.
Considérant qu'il était devenu un grand Chasseur de Nuit, son père se réjouirait naturellement.
Et ainsi, alors qu'il errait dans le désert à la recherche d'un mage après l'autre à dévorer.
Quelqu'un, à la fois étrange et familier, apparut devant Turan.
« Turan. »
« Hm ? »
« Est-ce vraiment... toi ? »
Turan réfléchit un instant à l'identité de la femme qui lui barrait la route.
Cheveux roux, yeux bleus, une silhouette émaciée.
« Ah, Meisa. »
La femme qui, pour la première fois, avait allumé une flamme de compétition chez Turan, lui qui, depuis sa naissance, n'avait vu que des êtres inférieurs à lui ou des êtres qu'il devait admirer.
La première personne qu'il avait voulu épargner, même au prix de défier la volonté de son père, et la femme qui, à cause de cela, lui avait coûté son père.
Il était assez certain que cela l'avait autrefois tourmenté, mais désormais, il ne ressentait rien de particulier.
Pourquoi avait-il été si désespéré pour une femme comme celle-ci ?
En pensant à cela, Turan observa Meisa en silence.
Elle semblait un peu plus mince qu'auparavant, comme si elle ne s'était pas bien nourrie depuis leur dernière séparation.
Bien qu'elle fût encore dans un bien meilleur état que lorsqu'il l'avait vue pour la première fois.
Combien de temps restèrent-ils à se fixer en silence ?
Meisa fut la première à parler, avec précaution.
« J'ai entendu les rumeurs. On dit que tu tues tous les mages que tu croises. »
« C'est exact. »
Il lui arrivait de tuer des roturiers lorsqu'ils se trouvaient sur son chemin, mais il ne les traquait jamais avec la persistance qu'il réservait aux mages.
Il ne s'agissait alors que d'écraser un insecte de passage qui avait eu le malheur de l'importuner ; traquer chaque fourmi une par une était tout simplement trop fastidieux.
« Pourquoi ? »
« Parce que je dois devenir le grand Chasseur de Nuit. »
Au sein de Turan, le Chasseur de Nuit n'était plus l'être divin qui avait sauvé le désert d’Enril des géants.
Ce n'était plus qu'une idole sans nom, la plus puissante au monde, une fusion de tous les êtres divins issus des innombrables souvenirs logés en lui.
Même son objectif initial, sauver son père, ne lui semblait plus si important.
Aux paroles de Turan, Meisa demanda, le visage s'assombrissant :
« Et c'est un but qui mérite d'être atteint, même si cela signifie tuer jusqu'au dernier mage ? »
« Oui. »
Kwarung. À sa réponse, un éclair s'abattit violemment sur le corps de Turan.
Avec une force suffisante pour réduire en cendres la plupart des hauts nobles, ou les neutraliser avant même qu'ils ne puissent se préparer.
Mais cela ne suffisait pas à blesser un corps puissant parcouru par une énergie magique digne d'un chef de famille.
Après avoir lancé son embuscade, Meisa s'éleva prestement grâce à sa magie de vol, prenant ses distances avec Turan.
Ses cheveux auburn flottant au vent ressemblaient à s'y méprendre à des flammes.
« Alors je t'arrêterai. »
« Avec ça ? »
Peut-être autrefois, mais le Turan d'aujourd'hui surpassait Meisa par la simple quantité de son énergie magique.
Une héritière ordinaire qui ignorait même le secret des âmes, prétendant qu'elle allait l'arrêter ; il y avait des limites à l'inconscience.
Apparemment, même son visage brûlé pouvait encore exprimer un ricanement, car Meisa se mordit la lèvre et déclara :
« Tu n'as jamais été comme ça ! Ce n'est pas comme si j'ignorais comment tu en es arrivé là... »
« Tu parles trop pour quelqu'un qui ne sait rien. »
Il ne l'avait traitée avec bienveillance au départ que pour réduire ses chances de s'échapper.
Sa libération, elle aussi, n'était due qu'à l'ordre de son père de la renvoyer à Aravion.
Bien sûr, il savait qu'une fois libre, elle ne retournerait jamais à Aravion, mais la raison pour laquelle il n'en avait pas informé son père était...
« Pourquoi donc, déjà ? »
Turan chassa la question qui venait de surgir soudainement dans son esprit.
Cela n'avait aucune importance.
Ce qui comptait, c'était que la proie, et pas n'importe laquelle, l'héritière d'Aravion elle-même, était venue d'elle-même à sa rencontre.
Une proie de ce calibre serait certainement d'une aide, ne serait-ce que minime, pour accroître sa puissance.
Dans un élan soudain, une ombre s'éleva du corps de Turan et teinta le désert d'un noir d'encre en un instant.
Le poison qu'elle contenait était largement suffisant pour faire fondre à mort ceux du rang de Chevalier en quelques instants ; même les Nobles ne pourraient retenir leur souffle que quelques secondes avant que leur vie ne soit éteinte.
Mais Meisa, comme si elle avait anticipé l'assaut, s'éleva haut dans les airs pour prendre ses distances et lança immédiatement un éclair vers le bas.
Grâce aux dispositifs de magie défensive qui avaient tous été confisqués lors de son enlèvement, mais que Turan lui avait rendus au moment de la libérer.
Lorsque Turan souleva le sable du désert grâce à la magie de manipulation de la terre pour la capturer, Meisa déversa une quantité massive d'eau, puisée on ne sait où, la laissant s'imprégner avant de décocher un nouvel éclair pour percer ses défenses.
Elle n'aurait jamais pu rassembler une telle humidité dans ce désert ; elle avait dû remplir à ras bord une sacoche de grande capacité avec l'eau d'une oasis.
« Quelle plaie. »
Elle n'était pas de taille face à lui, de toute façon ; elle aurait dû simplement se laisser capturer.
Claquant de la langue face à l'engourdissement qui le parcourait, Turan manifesta la Lumière du Jugement et fit fondre le mur de sable détrempé.
Puis, il pointa son arc droit vers Meisa, qui volait au loin, et tira.
Le fait qu'elle se déplaçait à une vitesse prodigieuse, digne d'une maîtresse de la magie du vent, importait peu.
La flèche du Chasseur de Nuit ne manquait jamais sa cible.
En un instant, le projectile se divisa en des dizaines d'autres, brodant le ciel de noir et verrouillant chaque direction vers laquelle Meisa aurait pu esquiver.
Meisa déploya précipitamment un rideau de magie du vent pour les bloquer, mais les flèches enveloppées d'ombres percèrent le vent contraire et vinrent se ficher dans son manteau, encore et encore.
Ce n'était pas seulement le résultat d'un écart d'énergie magique, mais celui d'une compétence surpassant la magie par sa supériorité.
Crac, kwak. Affaiblies par leur multiplication, les flèches brisèrent ses défenses après plusieurs impacts et vinrent transpercer sa clavicule saillante, la fracassant net.
« Argh ! »
Dès l'instant où une seule flèche l'atteignit, le combat prit fin.
Empoisonnée par le venin de la flèche, Meisa ne put résister à la salve qui suivit et s'écrasa au sol, tombant du ciel.
S'approchant d'un pas nonchalant, Turan toisa Meisa, étendue sur le sol, littéralement en lambeaux.
Alors que les flèches d'ombre s'évanouissaient, le sang qui s'écoulait de ses blessures teignit le désert de rouge.
« Ngh, Tu, ran... »
Turan observa les larmes couler des yeux bleus de Meisa tandis qu'elle levait les yeux vers lui.
Que dirait-elle, se demanda-t-il, dans un moment pareil ?
Demander pardon, avouer ses torts ? Ou faire appel à lui, en lui rappelant leur ancienne proximité ?
Malgré toute son attente fébrile, ce qui franchit ses lèvres ne fut rien de tout cela.
« Je suis, désolée. »
« Pour quoi ? »
« C'est à cause de moi que la guerre a éclaté, à cause de moi que tu as fini ainsi. Je suis vraiment désolé. Au moins, je voulais... »
T'arrêter.
Sur ce dernier murmure, les tremblements qui agitaient le corps de Meisa cessèrent.
Fixant ces yeux bleus désormais vitreux, Turan grinça des dents, en proie à un malaise dont il ne parvenait pas à nommer la source.
Pourtant, assister à l'agonie d'une personne aurait dû être un spectacle fort divertissant.
Combien de temps fouilla-t-il les racines de ce qu'il ressentait ? Peu après, Turan fit claquer sa langue, « tch », et absorba l'énergie magique de Meisa.
Il ressentit alors une secousse, le plaisir de la croissance, une sensation oubliée depuis l'absorption du pouvoir de Solif.
« Oui, c'est cela. »
La valeur qui primait sur tout le reste ne cessait de croître.
Se rapprochant toujours plus du grand Chasseur de Nuit, de cet être que tous les dieux avaient autrefois vénéré ; rien de plus.
Ce qui disparut avec la mort de Meisa ne fut pas seulement sa vie.
À l'instant où il écarta ce souvenir, l'être nommé Turan Zahar avait, à toutes fins utiles, disparu de ce monde.
*
La dévastation successive de la Terre des Lacs et du désert d’Enril fut un choc, même pour la Tribu des Dieux Preah qui régnait sur ce monde.
Eux aussi avaient commis toutes sortes de méfaits au cours de leur longue existence, mais ils n’avaient jamais, au grand jamais, délibérément massacré les mages d’une région entière.
C’était là une chose seulement possible lors d’une invasion à grande échelle par les races non-humaines, à l’image de la grande invasion des Elfes noirs du passé.
Non, même à cette époque, aucune Grande Maison noble n’était tombée.
C’est ainsi que les Grandes Maisons nobles déclarèrent celui qui se faisait appeler Otas, Turan Zahar, « Ennemi du Monde ».
Un ennemi dont l’existence même, à l’instar de celle des races non-humaines, devait être exterminée par l’humanité.
Cela valait non seulement pour Nagin et Aravion, sous l’influence du Monarque, mais aussi pour Carmine, qui s’était opposée à eux depuis des lustres, et pour Ruvan, qui avait maintenu sa neutralité.
Car même à leurs yeux, le déchaînement de Turan avait largement dépassé les bornes.
Lavitas, qui ne servait pas les dieux déchus mais à qui Turan avait autrefois dérobé une précieuse Relique Sacrée, rejoignit également l’alliance.
Mais malheureusement, après avoir dévoré les mages du désert d’Enril et ceux de Meisa, Turan était devenu un monstre qu’ils ne pouvaient arrêter, même en unissant leurs forces.
D’autant plus que sa faiblesse passée, le combat ouvert, avait été comblée, maintenant qu’il pouvait manier le pouvoir de Varaha presque à la perfection.
Un jour, puis un autre.
Les cadavres des héros venus avec une seule conviction, celle de traquer un ennemi du monde tel que les rois non-humains d'autrefois, se décomposaient sous les vents du désert d’Enril.
Même les chefs de famille des grandes Maisons nobles ne faisaient pas exception.
Osel Lavitas, Rodor Carmine, Kalais Ruvan, Badal Aravion.
Malgré la présence de tous ces hommes, qui auraient dû, en toute logique, rester terrés dans leurs bastions familiaux, Turan restait insaisissable.
L'union de deux d'entre eux aurait largement suffi à submerger Turan, mais ce dernier, conscient de ce fait, refusait catégoriquement de les affronter de front.
Turan traquait les mages les plus faibles avec une persistance presque obsessionnelle, les neutralisant parfois au lieu de les tuer sur le coup afin d'épuiser les capacités des mages guérisseurs.
Quant à Osel, le plus puissant des guérisseurs et purificateurs, et l'ennemi le plus gênant à laisser en arrière, Turan enleva la sœur qu'il chérissait tant, l'attira seul hors de ses lignes et l'assassina.
Dans tout cela, Monarch ne trouva aucune faille pour intervenir.
Car Turan ne traitait avec personne, pillant toutes ses provisions auprès de quiconque il croisait sur son chemin.
Les mages-marionnettes tout comme les monstres de chair reconstituée fondaient et périssaient, impuissants face au venin mortel du Chasseur de Nuit.
À mesure que le temps passait et qu'il absorbait les âmes des dieux, Turan devenait plus fort encore.
Son talent magique, déjà exceptionnel, lui permettait désormais de manier l'eau et le froid, le vent et la foudre, la guérison et la purification comme s'il s'agissait de capacités de lignée, et leur synergie ne faisait que décupler sa puissance.
Ses traits, autrefois défigurés par des brûlures, s'étaient rétablis, et en absorbant les demi-elfes de Ruvan, il avait même acquis la robustesse physique qui les caractérisait.
Bien entendu, à travers tout cela, la force la plus redoutable que Turan maniait demeurait celle du Chasseur de Nuit.
Les Symboles qui résidaient en lui étaient, en fin de compte, ces quatre-là, et les Compétences formées par leur combinaison étaient donc les seules qu'il pût utiliser.
Combien de temps lutta-t-il contre les milliers, les dizaines de milliers de mages rassemblés dans le désert d’Enril ?
À la toute fin, après avoir tué Badal Aravion et absorbé la Forme Spirituelle de Haps, le dieu qui avait occupé son corps, Turan apprit grâce aux souvenirs qu'il avait obtenus où se cachait le véritable corps de Monarch.
« Alors, c'est là que tu te trouvais ? »
N'ayant pas réussi à obtenir le corps d'un humain doté de quatre lignées, un être qualifié pour devenir un dieu, Monarch accomplissait le rituel de divinité tout en étant logé dans le corps d'une Bête magique.
À la limite sud-est du monde, dans le laboratoire du Vieil Empire.
En apprenant cela, Turan rit de plaisir et s'y précipita.
Ce qui lui barrait la route au laboratoire, c'étaient les Monstres de chair que Monarch avait préparés à l'avance.
Mais des créatures dépourvues d'âmes véritables, manquant même d'intelligence, ne pouvaient espérer arrêter Turan.
Brûlant, déchiquetant et faisant fondre chaque monstre de chair qui se dressait sur son passage, Turan atteignit enfin le Monarque.
Il était arrivé à la Frontière du Monde, un espace où toute chose était faite d'Essence.
« Bonjour, Monarque. C'est la première fois que nous nous rencontrons en personne, n'est-ce pas ? »
[Espèce de fou.]
« Quoi ? »
[J'ai toujours su que j'étais une ordure, mais... qu'est-ce que tu es, bon sang ? Qu'est-ce qui a bien pu te pousser aussi loin ?]
À cette question, teintée d'une sorte de répulsion, Turan réfléchit un instant.
Qu'est-ce qui l'avait poussé, déjà ?
Il était presque certain d'avoir voulu, autrefois, sauver son père.
Mais après avoir vécu indirectement des dizaines de milliers d'années, des centaines de vies, en absorbant les âmes des dieux, Turan n'aspirait plus à cet objectif.
Les âmes d'Haroon et des autres dieux Zahar étaient de toute façon introuvables.
Elles avaient été broyées pour servir de combustible tandis que le Monarque perçait un trou dans le monde pour pénétrer dans la Frontière du Monde.
Turan proféra donc un mensonge auquel lui-même ne croyait pas.
« Pour la vengeance. Pour mon père et les miens. »
[Je suis pourtant certain que tu en as tué bien plus que je ne l'ai jamais fait.]
Et qu'importe ?
Ne souhaitant pas prolonger cette conversation inutile, Turan décocha une flèche droit vers le Monarque.
[Qu'est-ce que-]
Le Monarque n'était pas un adversaire facile.
Tandis que le monde de la surface était dévasté, la créature avait pris le contrôle d'une quantité considérable d'Essence grâce à la Présence récoltée par ses marionnettes.
Tout comme les Compétences formées par des combinaisons de Symboles surpassaient la magie par leur supériorité, le pouvoir de manier l'Essence agissait avec supériorité sur les Compétences.
Mais outre son immense énergie magique, Turan possédait sa propre arme : une Forme spirituelle gonflée à une taille monstrueuse après avoir absorbé des dizaines d'autres Formes spirituelles au fil du temps.
Le monde de la Frontière, là où le corps et l'esprit s'entremêlaient sous l'Essence.
Une Forme spirituelle n'était, en fin de compte, qu'une information, et dans un lieu où la quantité d'informations pouvait être convertie en Essence, cela équivalait à un véritable pouvoir.
Qui plus est, la Présence que Turan avait accumulée n'avait rien à envier à ce que Monarch avait bâti au cours des siècles passés.
Car chaque être humain, aux quatre coins du monde, le considérait comme le grand roi de la terreur, le Dieu Maléfique.
Fallait-il en dire davantage, alors que la peur était si profonde que de nouvelles religions fleurissaient, choisissant de l'adorer plutôt que d'affronter sa colère ?
Grâce à la Présence née de cette immense terreur, Turan engloutit de vastes quantités d'Essence et fit face à Monarch en égal.
Un loup d'ombre colossal, long de plusieurs centaines de mètres, bondit sur le cerf.
Combien de temps dura ce combat à mort ?
Turan vacilla un instant sous l'effet d'une puissante réverbération émanant de son for intérieur.
Des profondeurs les plus reculées, là où les Formes Spirituelles d'innombrables dieux gisaient déjà enchevêtrées, des voix éclatèrent pour le dénoncer.
[Maudit soit-il, je ne peux plus supporter cela. Dire que je finirais par nourrir un monstre pareil.......]
[Monarch ! Doo Seok-hoon, espèce d'idiot ! Nous allons le maintenir, alors tue cette chose !]
Les âmes des anciens Grands Dieux, jaillissant de sa propre âme, tentèrent d'arrêter Turan.
Déclarant que la victoire de Monarch serait préférable à la sienne.
Turan ricana face à eux.
« Quoi, c'était là-dedans ? »
La forme spirituelle horriblement boursouflée de Turan était plus que suffisante pour les engloutir tous et ne faire plus qu'un avec eux.
En remontant le fil des souvenirs, Turan comprit que l'un d'eux était le Chasseur de Nuit, l'être qu'il avait autrefois souhaité imiter.
Bien entendu, il n'en avait cure.
N'importe qui pouvait voir qu'il était désormais le Chasseur de Nuit le plus fort, le plus accompli.
Ayant enfin absorbé jusqu'à la Présence des Grands Dieux, Turan surpassait également Monarch dans la puissance de l'Essence.
[Non, c'est, insensé, non.......]
Monarch s'était toujours posé en cerveau machiavélique agissant dans l'ombre, le roi démon de l'histoire ; pourtant, ironiquement, il ne se sentait plus que comme un héros déchu.
Le simple fait d'imaginer ce que ce monstre ferait ensuite le remplissait d'effroi.
Mieux valait briser sa propre forme spirituelle en mille morceaux ici et maintenant, même si cela signifiait...
« Non, tu ne le feras pas. »
Sentant l'intention de son adversaire, Turan dépouilla Monarch de toute l'Essence qu'il pouvait manier et s'empara de sa Forme spirituelle, l'avalant tout entière.
Il pouvait sentir la vaste Présence que Monarch avait détenue, ainsi que toute son Essence, devenir la sienne.
« C'est donc ça. »
Turan trembla devant ce sentiment d'omnipotence, celui de tenir la source même du monde entre ses mains, d'être capable de plier le tout à sa volonté.
À cet instant, des oiseaux monstrueux venus d'au-delà, ayant franchi la barrière effondrée, virent cela et s'enfuirent, terrifiés.
« Ah. »
Ils avaient pourtant l'air de nouvelles proies.
Sa déception ne dura qu'un instant ; contemplant le monde au-delà de la frontière floue, Turan sourit avec satisfaction.
Car il restait encore tant à dévorer.
S'il absorbait toutes les informations qui composaient les lois de ce monde, toute l'énergie magique et les phénomènes naturels qui constituaient ses forces, tous les objets et les êtres vivants qui formaient sa matière, il pourrait devenir encore plus puissant.
Bien sûr, sa Présence pour absorber et manier l'Essence faisant encore défaut, tout digérer prendrait un temps considérable.
Heureusement, même après avoir tout dévoré, les proies ne manqueraient pas.
Le monde voisin, la Terre, patrie des dieux déchus.
Et à l'autre bout de la Terre, les mondes s'étendant au-delà des douze branches reliées à leur monde d'origine.
Le loup glouton, le Chasseur de Nuit, riait, le monde entre ses griffes.
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