Chapitre 306
Chapitre 306
Histoire secondaire - Turan Zahar (9)
Traducteur : Pai_
Ayant survécu de justesse à la guerre, le premier endroit où Turan se rendit fut les zones humides de Siraf, gouvernées par la Maison Lavitas.
Pour recouvrer son corps mutilé, à commencer par son bras sectionné, il avait besoin de l'aide d'un Guérisseur.
Naturellement, il n'était pas aisé pour un noble de la Maison Zahar, désormais déchue, d'obtenir les services d'un Guérisseur de haut rang.
Après plusieurs rounds de négociations et de conflits, de ruses et de meurtres, Turan parvint finalement à se faire soigner par l'un des nobles de la famille principale des Lavitas.
« Ouf... »
Combien de temps avait-il passé à examiner le bras qu'il avait enfin récupéré ?
Lorsqu'il tourna son regard derrière lui, il vit les cadavres de Moroz, le noble Lavitas qui l'avait soigné, et de l'amante de ce dernier.
« Merci, Moroz. »
Turan offrit ses remerciements, des mots que les morts ne pourraient jamais entendre, et absorba leur énergie magique.
Sa première rencontre avec eux avait eu lieu à Merem, la capitale des Lavitas.
Moroz avait approché Turan alors que celui-ci cherchait des nobles Lavitas pour le soigner, et avait déclaré que si Turan accomplissait une seule mission, il guérirait parfaitement non seulement ses autres blessures, mais aussi son bras.
Cette mission n'était rien de moins que le vol de la « Modeste Souhait », une relique sacrée transmise au sein de la Maison Lavitas depuis des générations.
L'objet conférait à son propriétaire les traits physiques d'un Purificateur et d'un Guérisseur, et le porter pouvait stopper le vieillissement physique.
Il ne pouvait empêcher le vieillissement spirituel, si bien que son propriétaire finirait tout de même par mourir, mais il permettait de ne pas vieillir extérieurement et accordait une résistance au poison ainsi qu'un pouvoir régénérateur, ce qui en faisait un objet exceptionnel malgré tout.
Turan avait donc élaboré un plan avec Moroz et dérobé la Modeste Souhait, mais après avoir mis la main sur l'objet, au lieu de soigner Turan, le bâtard avait tenté de le faire passer pour le coupable et de s'en servir comme bouclier tout en s'enfuyant avec son amante.
Et le résultat de cette trahison, bien entendu, était l'état dans lequel ils se trouvaient désormais.
Après avoir recouvré son corps et être retourné dans le désert d’Enril, ce qui parvint aux oreilles de Turan fut la nouvelle de la chute totale des Zahar.
Leur territoire était devenu une colonie des trois Grandes Maisons nobles, et les survivants avaient disparu sans laisser de trace.
Il s'y attendait déjà, aussi ne fut-il pas particulièrement accablé.
Non, au contraire, il sentit même son cœur s'alléger à l'idée de n'avoir plus personne à protéger.
Une guerre entre factions était une chose, mais pour quelqu'un dans la position de piquer un géant à la puissance écrasante, voyager seul était simplement plus reposant pour l'esprit.
*
Le premier endroit où il commença ses assassinats fut une petite ville au sud de la capitale, Axum.
Des mesures avaient été mises en place pour se prémunir contre les nobles Zahar dispersés aux quatre vents, mais elles étaient loin d'être suffisantes pour arrêter Turan.
Il possédait des compétences, toutes sortes de capacités divines qu'il pouvait manier en combinant les symboles du Traqueur et du Chasseur.
Dispersant la Brume de Dissimulation pour distordre la lumière, Turan se glissa à l'intérieur, fit tournoyer sa lame et trancha la gorge d'un noble qui ronflait profondément, puis écrivit un message à côté du corps.
Otas était revenu.
Le nom par lequel la Tribu des Dieux Zahar l'avait autrefois appelé était devenu le sien.
À mesure que les assassinats se poursuivaient, l'énergie magique de Turan augmentait naturellement, petit à petit.
Certes, les nobles envoyés dans le désert étaient pour la plupart des petits poissons, considérés comme le bas de l'échelle au sein de leurs maisons, mais même la poussière, accumulée en quantité suffisante, finit par devenir une montagne.
Naturellement, l'effet de l'existence de Turan sur le désert d’Enril fut énorme.
Les Maisons vassales qui s'étaient soumises furent terrifiées par d'éventuelles représailles en apprenant qu'un noble Zahar survivant résistait, et les nobles dépêchés par les trois Grandes Maisons nobles devinrent désespérés de rentrer chez eux au plus vite.
Ainsi, les trois Grandes Maisons nobles envoyèrent immédiatement des groupes de chasse pour abattre Turan.
Non seulement gérer la colonie serait impossible à ce rythme, mais Monarch, le chef de fait de la coalition, voulait le corps de Turan, si bien que les groupes étaient composés de l'élite de l'élite.
Chaque membre était un noble possédant au moins une énergie magique de niveau intermédiaire, et le capitaine de chaque groupe était un Corps Possédé doté d'une énergie magique de haut niveau et de l'âme d'un Dieu.
Avec leurs effectifs combinés atteignant une trentaine d'hommes, la capture de Turan ne semblait être qu'une question de temps.
Il ne leur fallut pas longtemps pour réaliser à quel point ils avaient tort.
« Le voilà ! »
« Attrapez-le ! »
« La lumière... bon sang, où est-il passé ? »
Les capacités de Turan, sa maîtrise magistrale des compétences combinant trois pouvoirs de lignée, en plus de la gamme variée d'autres magies qu'il maniait, dépassaient tout ce qu'ils avaient imaginé.
Chaque fois qu'ils apprenaient l'existence d'un assassinat et formaient un encerclement, Turan se faufilait à travers avec toutes sortes de ruses ingénieuses, jouant avec les groupes de chasse, et à chaque fois, il y avait des pertes.
Et chaque fois qu'il en avait le loisir, il absorbait leur énergie magique et devenait plus fort, en guise de bonus.
« Nous avons formé un encerclement parfait, j'en suis certain ! »
« Non, c'est comme se battre contre un fantôme. »
Et c'est ainsi que les mages dépêchés par les trois Grandes Maisons nobles donnèrent à Turan le surnom de Fantôme de Zahar.
Il était insaisissable, et il était, après tout, comme le spectre vengeur d'une faction déjà morte.
La traque entre Turan et les groupes de chasse se poursuivit pendant des semaines.
Parfois, ils parvenaient à acculer Turan et à le blesser, mais les blessures mineures guérissaient rapidement avec l'aide de la Modeste Souhait, et chaque fois que cela arrivait, quelqu'un dans le groupe de chasse mourait inévitablement.
À ce stade, les groupes de chasse avaient l'impression d'être devenus de grands herbivores chassés par un petit prédateur.
Ils pouvaient gagner dans un affrontement direct, mais leur adversaire ne se battrait jamais de cette façon.
Il se contentait de tourner autour d'eux sans fin, les écorchant petit à petit, les vidant de leur sang et usant leurs forces.
Et le jour où trois semaines complètes furent passées, Turan réussit enfin à planter ses crocs dans la gorge de sa proie.
« Guh, gurk. »
Renaud Nagin, le jeune noble dépêché par la Maison Nagin, rampait sur le sol comme un insecte, du sang s'écoulant de sa bouche.
La température était bien trop basse, même pour une nuit dans le désert, et une buée blanche s'échappait à chaque expiration.
Il n'y avait personne ici pour aider Renaud désormais.
Il était le dernier survivant du groupe de chasse.
« Ymir, sauve-moi, Ymir... »
L'être qui avait provoqué ce froid n'était autre que l'esprit de la Tribu des Dieux Preah habitant en lui, Ymir.
Celui qui, à un moment donné, était devenu son conseiller intérieur et son allié indéfectible.
Mais depuis qu'il avait senti que la bataille était perdue, que son corps avait été complètement neutralisé, Ymir avait refusé de sortir.
Grâce à cela, Renaud dut affronter seul le coupable qui l'avait réduit à cet état.
Thud, thud. Les pas qui s'approchaient s'arrêtèrent, et quelqu'un le saisit par les cheveux et lui tira la tête en arrière.
« Ugh... »
Lorsqu'il leva la tête, il vit un jeune homme aux cheveux gris cendré coupés court et aux yeux de la même couleur.
Son visage bien défini, quelque peu émacié avec des joues creuses, rappelait un loup gris mélancolique.
L'état de Turan n'était pas particulièrement bon non plus.
Il avait subi un nombre non négligeable de blessures en éliminant ses poursuivants un par un, et la résistance finale d'Ymir avait été féroce au-delà des mots.
La seule raison pour laquelle il avait pu vaincre Ymir était qu'il savait que son adversaire était un Corps Possédé, et qu'il ne pouvait donc pas manier un tel pouvoir très longtemps.
Même gagner en faisant durer les choses ainsi lui avait laissé des engelures sur tout le corps ; sans la Modeste Souhait, il aurait sûrement dû amputer une bonne partie de lui-même.
« Quel est ton nom ? »
« Re, Renaud Nagin. Épargne-moi, je t'en prie... »
« Oublie l'enveloppe. Dis-moi le vrai nom de la chose à l'intérieur de toi. »
« Ymir ne veut pas sortir de moi. Je le jure ! »
Désespéré de survivre par tous les moyens, il lâcha la vérité, mais Turan ne fit qu'esquisser un sourire en coin à ses mots.
« Bien sûr qu'il ne le fera pas. Il ne voudrait pas ressentir la douleur. Ymir, est-ce ce que tu penses, par hasard ? Que tout ce que tu as à faire, c'est de mourir ici, et tu pourras retourner d'où tu viens ? »
Ymir, qui s'était caché en laissant l'enveloppe de Renaud agir à sa place, tressaillit aux mots de Turan.
Tout comme il l'avait dit, la certitude que son adversaire ne pouvait rien lui faire était exactement ce qui lui permettait cette audace.
Les Prisons d'Âme que Monarch avait créées il y a longtemps avec l'aide des Mages Enchanteurs avaient autrefois été partagées avec Zahar également, mais chacune d'elles avait été récupérée lors de la dernière guerre.
Le fait que les deux autres Corps Possédés des groupes de chasse soient retournés sains et saufs à leurs bases après la mort était une preuve suffisante.
Bien sûr, à l'époque, il y avait eu trop de leurs camarades autour pour que Turan puisse prendre le temps de récolter les âmes.
Quoi qu'il en soit, cela signifiait que même si Turan tuait Renaud, il n'avait aucun moyen réel de nuire à l'Ymir en lui.
Ymir envisagea donc de prendre le contrôle du corps de Renaud pour se moquer de son adversaire, puis décida de ne rien faire.
S'il reprenait les rênes maintenant et qu'il se faisait frapper ne serait-ce qu'une fois, cela ferait mal.
Turan tendit alors une main vers le visage de Renaud et murmura d'une voix basse :
« Laisse-moi te montrer à quel point c'est une erreur. »
Crack. Des Tentacules d'Ombre jaillirent de sa main, transperçant l'œil de Renaud, traversant l'orbite et labourant son cerveau.
Lorsque l'humain appelé Renaud Nagin mourut, la Forme Spirituelle d'Ymir s'éleva naturellement de l'intérieur.
S'il retournait à la Forteresse des Âmes comme cela—
[Hein ?]
Libéré sous sa Forme Spirituelle, les yeux d'Ymir s'écarquillèrent en réalisant que la Forme Spirituelle de Turan se tenait juste devant lui.
À l'exception des pupilles verticales acérées, de la poussière noire tourbillonnant autour de son corps et d'une cape qui semblait tissée de la nuit elle-même, elle était presque identique à sa forme physique.
« Qu'est-ce que c'est ? Il essaie d'endommager ma Forme Spirituelle ou quoi ? »
Si c'était ce qu'il cherchait, Ymir était tout à fait prêt à ricaner devant cet effort futile.
Endommager une Forme Spirituelle prenait bien plus de temps que la plupart des gens ne l'imaginaient.
Quelle que soit la force de l'autre camp, ancré comme il l'était dans un corps physique, Ymir pouvait tenir jusqu'à ce qu'il retourne à sa base.
Mais comme pour se moquer de cette pensée même, Turan se rua en avant, saisit la Forme Spirituelle d'Ymir et commença à l'absorber.
À la douleur de voir son âme déchirée, littéralement, il hurla avant même de s'en rendre compte.
[Gh, aaaaargh ! Espèce de fou furieux ! Que fais-tu !]
[C'est le seul endroit où je peux te retenir sans prison. Les autres, je les ai laissés filer parce que je n'avais pas le temps, mais les choses sont différentes maintenant.]
Une trace étrange de rire se glissa sur le visage de Turan alors qu'il répondait, et pour la première fois depuis les milliers d'années qu'il avait perdu son corps, Ymir ressentit de la peur.
Ce n'était pas du bluff. Le bâtard avait sincèrement l'intention de dévorer sa Forme Spirituelle !
[Espèce d'idiot ! Absorbe une Forme Spirituelle et les souvenirs se mélangent tous, tu ne seras même pas capable de garder ta propre identité ! Ce bâtard de nazi ne t'a jamais appris ç-]
Crack. Avant que les mots ne puissent être terminés, Turan mordit le visage d'Ymir.
Mâchant la chair de la Forme Spirituelle, il murmura doucement :
[Je sais.]
*
Quelles étaient les conséquences horribles de l'absorption directe d'une autre Forme Spirituelle avec la sienne ?
Turan connaissait déjà bien les effets secondaires, les ayant entendus de la bouche d'Haroon.
À mesure que ses propres souvenirs se mélangeaient à ceux d'un autre, même ses émotions sombraient dans le chaos, jusqu'à ce qu'à la fin, il devienne impossible de dire exactement quelles parties avaient été les siennes, ou du moins, c'est ce que disait l'histoire.
Mais pour le Turan d'aujourd'hui, rien de tout cela n'avait d'importance.
Grandir en force par des moyens ordinaires ne le rendrait jamais assez fort pour vaincre ces puissants Dieux de toute façon.
Absorber la Forme Spirituelle d'un autre, effets secondaires horribles mis à part, était le moyen le plus direct de piller tout ce qu'un adversaire savait tout en renforçant son propre pouvoir spirituel.
Quant à la confusion de soi, il la surmonterait simplement par la volonté.
C'est ce que Turan avait pensé, et peu de temps après, il apprit à nouveau à quel point cet état d'esprit avait été arrogant.
« Ngh, guh... »
Ce qui remplit sa tête fut un long, très long flot de souvenirs.
Les milliers d'années vécues en tant qu'Ymir de la Tribu des Dieux Preah, et des souvenirs différents pour chaque corps qu'il avait jamais possédé.
En remontant encore plus loin, Turan apprit même les vérités que son père et les autres Dieux ne lui avaient jamais dites.
Que leurs véritables identités n'étaient rien de plus que de simples humains qui avaient autrefois vécu dans un autre monde appelé Terre, s'adonnant à un passe-temps appelé jeux.
« Heh. »
Même sous l'emprise d'un mal de tête atroce, apprendre ce fait lui arracha un rire nouveau.
Il valait mieux que ses ennemis soient des humains qui maniaient simplement un pouvoir formidable plutôt que quelque chose de véritablement transcendant.
Les souvenirs d'Ymir continuaient de s'infiltrer dans son esprit sans fin.
Souvenirs de s'accrocher à des joueurs puissants dans le jeu et de supplier, souvenirs de mettre le feu à l'usine où il travaillait et de s'enfuir, souvenirs de s'en prendre aux enfants forts à l'école et de harceler un camarade de classe jusqu'à ce qu'il se suicide...
Combien de temps resta-t-il allongé là sur le champ de bataille ?
Lorsque tout fut terminé, Turan ouvrit les yeux et pensa :
« Qui suis-je ? »
Turan Zahar, qui avait vécu à peine vingt ans, et Ymir de la Tribu des Dieux Preah, qui avait vécu des milliers d'années.
Le fossé entre le volume pur des souvenirs des deux êtres allait de soi ; en toute logique, le sens de soi de Turan aurait dû être balayé et effacé en un instant.
Pourtant, pour une raison quelconque, il parvint à conserver une certaine mesure de son identité.
Peut-être qu'une raison était le dégoût qu'il avait ressenti en vivant la vie d'Ymir.
L'identité entière du bâtard avait été celle d'un rat méprisable, s'accrochant toujours aux forts et ricanant devant les faibles.
Mais cela ne signifiait pas que la personnalité de Turan restait totalement la même qu'avant.
Était-ce parce que trop d'années s'étaient précipitées dans son esprit tout à la fois ?
Maintenant, un grand nombre des souvenirs qu'il avait vécus en tant que Turan s'étaient estompés et brouillés comme les pages d'un vieux livre.
Les visages de ceux avec qui il avait grandi en tant que noble de la Maison Zahar, leurs noms, les souvenirs qu'ils avaient partagés, rien de tout cela ne lui venait facilement à l'esprit.
Tout ce qui faisait surface était la volonté qu'il avait de sauver son père, celui qui lui avait été si précieux.
« Père... »
Récitant la raison pour laquelle il se battait, Turan absorba l'énergie magique du cadavre de Renaud.
C'était un niveau de puissance qui offrait peu à Turan, qui possédait déjà une force comparable, voire supérieure, à celle de Rahmann, le plus puissant des héritiers de Zahar.
Pourtant, en l'absorbant, Turan tressaillit un instant, puis invoqua immédiatement son énergie magique et projeta une rafale de givre.
L'air environnant gela instantanément, et des morceaux de glace tombèrent avec un crépitement.
« Ha. »
À en juger par la quantité d'énergie magique consommée et la force produite, il pouvait approximativement deviner.
Pas tout à fait au niveau d'un vrai noble de la Lignée du Givre, mais son aptitude pour la Magie du Givre avait augmenté.
Dévorer l'âme d'un Dieu en valait incontestablement la peine.
*
La cible suivante de Turan était l'est, la terre de Varaha.
Son plus grand ennemi était Monarch, souverain des factions Aravion et Nagin, mais le Chef de Famille de Varaha était un adversaire presque tout aussi détestable.
Si ce bâtard ne les avait pas trahis, Zahar ne serait jamais tombé aussi misérablement.
Entrant dans le Pays des Lacs, Turan se dirigea droit vers la ville frontalière de Ronco, conjura une lance de flammes massive et la projeta sur le manoir du seigneur.
Le but était d'attirer la famille de Mages qui gouvernait cet endroit.
« Nous sommes attaqués ! »
« Sonnez les cloches ! Tous les Chevaliers, rassemblement ! »
Peut-être parce qu'ils avaient anticipé des représailles d'un noble Zahar ?
La famille de Mages de Ronco répondit à l'attaque plus rapidement et plus systématiquement que prévu.
Ironiquement, cela ne fit que faciliter la chasse de Turan.
S'ils s'étaient dispersés dans la panique, il aurait dû les traquer et les tuer un par un.
Pour s'occuper des Mages rassemblés, il suffisait de libérer d'innombrables tentacules avec le pouvoir de la Lignée de l'Ombre.
« Aaaaargh ! »
« Fuyez ! C'est un monstre ! »
« Maman- ! »
Naturellement, il était impossible pour les Mages d'une région frontalière comme celle-ci de résister à Turan, qui était devenu assez puissant pour briser même la plupart des Corps Possédés.
Contrairement au désert d’Enril, où il n'avait chassé que les nobles dépêchés par d'autres maisons, en traversant les terres de Varaha, Turan massacra impitoyablement chaque Mage qu'il rencontrait, littéralement.
Il tua même chaque Chevalier, dont les morts ne le renforceraient pas d'un iota, et pilla leur énergie magique.
Ce n'était pas seulement parce qu'ils appartenaient à la Maison Varaha.
Après avoir absorbé l'âme d'Ymir, Turan, qui n'avait jamais ressenti beaucoup d'empathie pour les humains pour commencer, trouvait maintenant difficile de faire la différence entre les humains et les bêtes.
Non, au contraire, les regarder se tordre et hurler d'agonie était même quelque peu agréable.
L'instinct sadique propre à la Lignée de l'Ombre, qu'Haroon et Talis avaient autrefois enchaîné par l'amour et la discipline, avait naturellement refait surface à mesure que les souvenirs de cette éducation s'estompaient.
La nouvelle des massacres de Turan fut relayée à la maison principale en un instant grâce au système de balises installé à travers le Pays des Lacs.
Solif, après avoir brièvement envisagé d'envoyer quelques-uns des autres Elfes blancs puisque tout cela était bien ennuyeux, décida bientôt de prendre le terrain lui-même.
Après tout, un roi démon intelligent n'envoie pas de sbires de bas niveau pour que le héros monte en niveau ; il sort et écrase le héros personnellement.
Ce qu'il ne réalisa pas, cependant, c'est que de telles erreurs avaient déjà été commises à plusieurs reprises, et que Turan était un héros assez intelligent pour continuer à esquiver le roi démon.
« Il a encore disparu ? »
« Oui, Chef de Famille... »
« Quel casse-tête il est en train de devenir. »
Turan, ayant appris l'itinéraire de l'armée de Varaha que Solif dirigeait, garda sa Magie de Pistage en effet constant et ne leur donna jamais la distance nécessaire pour établir le contact.
Un massacre éclatait dans une région, et au moment où ils se lançaient à sa poursuite, il était déjà en train de perpétrer un autre massacre quelque part ailleurs, sans laisser de trace derrière lui.
Naturellement, au fil du temps, le Pays des Lacs tomba en ruine à une vitesse effrayante.
Les régions dont les Mages avaient été massacrés en masse perdirent la capacité de résister aux Bêtes magiques et furent dévastées, et même les régions épargnées virent leur capacité à maintenir l'ordre s'effondrer alors que leurs Mages étaient réquisitionnés.
Les Mages qu'il tua directement se comptaient par centaines, et les personnes dont il causa la mort indirectement se comptaient au bas mot par dizaines de milliers.
À ce stade, le Fantôme de Zahar, l'existence connue sous le nom d'Otas, était devenu quelque chose comme un cauchemar pour les habitants de Varaha.
« Si tu ne dors pas la nuit, Otas viendra et t'emportera. »
Vers l'époque où de tels dictons commencèrent à circuler ouvertement, Solif reçut un autre rapport de massacre, poussa un soupir et donna l'ordre.
« Très bien, très bien. Allons jeter un autre coup d'œil, voulez-vous. »
Bien que nous ne ferons que courir après son ombre... il n'était pas nécessaire de dire cette partie à voix haute.
Cela ne ferait que nuire au moral.
Pourtant, au mépris des attentes de Solif, cette fois Turan resta immobile sur la place de la ville qu'il avait massacrée, attendant que Solif et les autres nobles Varaha arrivent.
Aurait-il pu mettre en place un double ? Après un moment d'hésitation, Solif prit la parole en premier.
« À quoi penses-tu ? »
« À propos de quoi ? »
« Je supposais que tu aurais encore fui, naturellement. »
Quelle que soit la puissance que Turan avait construite en dévorant d'innombrables Mages, il n'y avait aucune chance qu'il puisse égaler Solif.
À moins d'être un imbécile, Turan devait le savoir aussi.
Regardant en silence les Mages Varaha l'encercler aux côtés de Solif, Turan ouvrit lentement la bouche.
« Je vous ai donné un avertissement clair. Otas est revenu. »
« Quand tu ne sais même pas ce que ce nom signifie. »
« Pensais-tu vraiment que je ne le savais pas ? »
Au début, ce n'était rien de plus qu'un nom utilisé au sein de sa famille, mais grâce à l'absorption de l'âme d'Ymir, il savait maintenant.
Bien qu'en vérité, il avait déjà deviné qui c'était, étant donné la façon dont son père l'avait considéré comme la réincarnation du Chasseur de Nuit.
Snap. Il fit claquer ses doigts, et des explosions retentirent dans toute la ville tandis que des torrents de liquide vert se déversaient.
Une bonne partie en éclaboussa également les Mages Varaha entourant Turan.
« Qu, qu'est-ce que, urgh. »
« Ne me dis pas, du poison ? »
Les Mages Varaha qui avaient encerclé Turan s'effondrèrent au sol là où ils se trouvaient, étourdis et nauséeux.
Les Chevaliers étaient une chose, mais il était de notoriété publique que le poison ordinaire n'avait aucun effet sur les nobles.
Et pourtant, la plupart de l'élite de Varaha rassemblée ici avait été neutralisée en un instant.
Il n'y avait pas beaucoup de moyens de briser cette règle.
Collecter le venin de puissantes Bêtes magiques venimeuses, ou alors—
« Toi, ne me dis pas ? »
« Je te l'ai dit. Je suis revenu. »
Ou manier le pouvoir de la lignée qui commandait le poison, l'Alchimiste.
Avec cette réponse, Turan encocha la flèche qu'il tenait tranquillement à son arc en un éclair et la pointa vers Solif.
La flèche du Chasseur de Nuit, revenu après des milliers d'années, fut décochée.
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