Chapitre 254
Traducteur : Pai_
« Je n'aurais jamais cru qu'ils me trahiraient aussi promptement. »
Telle fut la première pensée de Turan alors qu'il parait l'attaque soudaine de Rodor, portée dans son dos.
Il se doutait bien que les bâtards de Carmine finiraient par les trahir.
Il avait fait de son mieux pour ignorer ses soupçons, mais l'hostilité qu'ils lui portaient ne pouvait être totalement dissimulée, ni dans leurs regards, ni dans le ton de leur voix.
Ce qu'il n'avait pas anticipé, c'était le moment choisi pour cette trahison.
Il pensait qu'ils attendraient que les sirènes soient neutralisées et que le groupe soit quelque peu épuisé avant de frapper, mais tenter de l'attaquer par derrière au moment même où la bataille s'engageait ?
« Auraient-ils secrètement conspiré avec l'autre camp au préalable ? »
Si tel était le cas, la situation risquait de se compliquer, mais à en juger par l'hésitation et la confusion apparente des sirènes, cela ne semblait pas être le cas.
Pour tout observateur, il était évident que les ennemis avaient été pris au dépourvu par ce soudain conflit interne.
Alors que cette pensée traversait son esprit, Turan vit Rodor, surpris, retirer le trident qu'il venait de projeter.
[Espèce de bâtard-]
Turan se concentra sur le court trident qu'il tenait en main.
Bien qu'il n'eût été utilisé que pour une légère poussée, il avait provoqué un choc si puissant qu'il semblait vouloir retourner l'océan tout entier.
Cette arme recelait une puissance égale au « Châtiment du Ciel » d'Aravion, au long mousquet d'Haroon ou à la propre Relique Sacrée mimique de Turan.
L'arme que le roi des sirènes avait utilisée précédemment devait être une imitation inférieure de cet objet.
« C'est donc là le véritable Roi de la Calamité. »
Considérant que le propriétaire originel de cette Relique Sacrée était Monarch, il semblait que ce bâtard l'eût cédée pour manipuler Carmine.
Puisqu'ils avaient déjà conclu des accords similaires par le passé, Monarch les avait probablement poussés à agir immédiatement en échange de la remise anticipée de la Relique Sacrée, initialement promise pour plus tard.
Il comprenait désormais leurs intentions.
La situation était jusqu'alors relativement équilibrée, mais si Carmine maniait désormais le Roi de la Calamité, la guerre entre les factions de Carmine et des sirènes s'achèverait par une victoire écrasante de Carmine.
Si la trahison avait eu lieu à la fin de la bataille, les autres auraient été sur leurs gardes. Le plan devait donc être de les prendre par surprise juste avant l'affrontement, de porter un coup massif, puis d'utiliser la puissance de la Relique Sacrée pour tout anéantir.
En tant que plan, ce n'était pas si mal.
Si Turan n'avait pas eu la force de contrer l'attaque du Roi de la Calamité ou s'il avait été sans défense, il aurait fini neutralisé, comme lorsqu'il avait été transpercé par la foudre de Badal.
S'il activait la lignée de Lavitas au milieu de la mer, il perdrait sa capacité de respiration sous-marine, rendant tout traitement impossible, ce qui équivalait à une mort certaine. Et en utilisant le pouvoir de cette Relique Sacrée, ils auraient même pu massacrer toutes les sirènes du Grand Serpent de Mer alliées à Armania.
Cependant, ce que Rodor et la Tribu des Dieux Carmine avaient négligé, c'est que Turan était resté sur ses gardes à leur égard depuis le début, et qu'il possédait désormais une force suffisante pour repousser leur embuscade.
[Armania, ce sont aussi des ennemis. Ne fais confiance à personne d'autre que moi.]
[Entendu !]
À l'appel de Turan, Armania, qui se tenait là, hébété, ne comprenant pas la situation, agita rapidement sa queue.
Les nobles de Carmine à proximité hurlèrent et tentèrent de fuir, mais quelques-uns furent rattrapés par la queue et écrasés.
« On dirait qu'ils n'ont même pas pris la peine de partager le plan complet avec quiconque en dehors de leur propre groupe. Eh bien, s'ils l'avaient fait, je l'aurais peut-être remarqué plus tôt. »
Alors que cette pensée lui traversait l'esprit, Turan sentit une vibration émanant du Roi de la Calamité, dirigée à nouveau vers lui.
L'eau, étant un milieu qui transmet les vibrations encore plus efficacement que l'air, rendait les ondes de choc résultantes incroyablement intenses.
« Argh. »
Turan se mit rapidement à couvert derrière un bouclier de glace pour éviter l'onde de choc.
En être frappé une fois l'aida à comprendre pourquoi Rodor avait été si désespéré d'obtenir cette Relique Sacrée.
Pouvoir déclencher une attaque comparable au Châtiment du Ciel d'Aravion sur une zone aussi vaste, dans un environnement sous-marin, en faisait un artefact magique encore plus redoutable.
En fait, le fait qu'elle perce partiellement les défenses la rendait encore plus vicieuse.
Cependant, cela ne signifiait pas que Turan était en danger.
Très peu de gens, même au sein de la Maison Parsha, savaient ce qu'il était devenu.
Les bâtards de Carmine et les sirènes ne savaient rien, et même Monarch n'avait vu Turan briser le crâne de Badal en tirant une bille d'acier qu'à travers une marionnette, depuis le lointain.
L'achèvement de la Combinaison du Berger lui permettait de lier organiquement les quatre emblèmes, ce qui signifiait que la plupart de la magie qu'il exécutait désormais fonctionnait essentiellement comme des compétences. Cela ne signifiait pas seulement qu'il pouvait puiser plus de puissance qu'auparavant.
[Quoi... où est-il passé !?]
[J'ai pourtant illuminé la zone... !]
Les mages de Carmine perdirent instantanément la trace de Turan, qui s'était dissimulé dans l'eau, et, surpris, commencèrent à conjurer des orbes de lumière dans toutes les directions.
Cependant, même alors que les profondeurs abyssales des fonds marins s'éclairaient comme en plein jour, Turan ne se montra pas.
« C'est tout à fait gérable maintenant. »
Bien que la capacité de dissimulation qu'il possédait en tant que Berger consommât toujours une grande quantité d'énergie magique en présence de lumière, ce n'était plus aussi dramatique qu'auparavant.
C'était parce que sa capacité surpassait désormais la magie de lumière ordinaire.
Alors qu'ils étaient momentanément déconcertés par l'invisibilité persistante de Turan, ce furent les sirènes qui frappèrent les mages de Carmine.
Quoi qu'il fût arrivé, la situation actuelle leur apparaissait comme une opportunité.
Ces maudits diables qui semblaient prêts à les anéantir à tout moment étaient désormais divisés en deux factions et s'entretuaient.
Si on leur en laissait le temps, ces deux-là finiraient peut-être par s'entre-déchirer, mais il existait aussi le risque qu'ils se réconcilient. Leur meilleure chance de survie était donc d'attaquer un camp maintenant pour réduire sa puissance.
[A-Attendez !]
[Ce n'est pas le moment de nous battre entre nous ! Espèces de sirènes stupides……]
Les mages de Carmine envoyèrent précipitamment des ondes portant leur intention de cessez-le-feu, mais la plupart des sirènes étaient bien au-delà de toute écoute, les yeux révulsés par une soif de sang.
Sans parler des sirènes roturières, pratiquement esclaves de leur instinct, même les sirènes nobles, plus rationnelles, devenaient folles, excitées par l'odeur du sang humain.
Les sirènes royales, capables de se transformer en grands serpents de mer, conservaient encore un peu de raison, mais même elles, au lieu de cibler Turan, désormais invisible, ou Armania, qui était au moins de leur lignée, choisirent de frapper les nobles de Carmine en premier.
« Kheuk- ! »
Le cri d'un noble de Carmine se dissipa impuissamment dans l'eau de mer qui inondait sa bouche.
La bataille qui s'engagea au milieu de la mer fut un chaos total.
Les trois forces, les nobles de Carmine, Armania et les sirènes, s'affrontèrent dans toutes les directions : devant et derrière, à gauche et à droite, en haut et en bas.
Armania utilisa intelligemment la situation.
Sachant que s'il se faisait encercler par les nobles de Carmine ou par les sirènes, il serait submergé, il se faufila habilement le long de la frontière entre les deux camps.
Amusant, les sirènes prenaient parfois Armania pour l'un de leurs propres membres royaux et mouraient même en encaissant des lances de glace lancées par des nobles de Carmine visant ce dernier.
De même, Turan utilisait activement le déguisement pour alimenter la confusion.
Restant caché, il volait rapidement le vêtement supérieur d'un noble de Carmine mort, changeait de visage et combattait parmi les sirènes, pour soudainement tuer un noble de Carmine à proximité et disparaître à nouveau, répétant le processus.
Grâce à cela, Rodor et les mages de Carmine ne pouvaient se permettre de faire confiance, même à ceux qui se trouvaient à leurs côtés.
Si l'un d'entre eux se trouvait être Turan déguisé, cela signifierait une mort instantanée.
Leur seule chance était que cette bataille se déroulât sous l'eau.
Si cela n'avait pas été le cas, des canons électromagnétiques invisibles auraient fusé de toutes parts.
Sans compter que les attaques basées sur la foudre étaient pratiquement neutralisées ici.
[Bon sang, comment diable en est-on arrivé là……]
Rodor Carmine, connu parmi ses camarades sous le nom de l'Avocat, grinça des dents en regardant autour de lui.
Jusqu'au début de la bataille, Turan avait semblé uniquement concentré sur le grand serpent de mer devant lui. Alors, comment avait-il pu contrer l'embuscade avec une telle précision ?
Si seulement cette embuscade avait réussi, ils auraient pu tout renverser.
Ils auraient pu se débarrasser de ces sirènes arrogantes, autrefois leurs esclaves, désormais rebelles, et éliminer Turan, qui osait tenter de se placer au-dessus d'eux bien qu'il ne fût qu'un PNJ.
S'il était vrai que Turan avait détruit la Maison Zahar, alors le tuer et écraser la faction Parsha leur aurait donné la chance de reprendre le devant de la scène mondiale…….
« Urgh ! »
Juste au moment où cette pensée traversait son esprit, une pointe de glace déchira l'eau, visant le flanc de Rodor.
Sans la capacité de détection des vibrations accordée par le Roi de la Calamité, il n'aurait pas remarqué une attaque aussi furtive.
L'esquivant et créant une autre vibration qui perça un trou dans le corps d'un grand serpent de mer, Rodor vit alors un noble de Carmine se faire dévorer par Armania.
L'homme, qui partageait le même type de possession que Rodor, articula des mots vers lui, terrifié.
« Aide-moi. »
Ils savaient que la mort de la chair ne conduisait pas nécessairement à la mort de l'âme, pourtant la mort sur ce champ de bataille restait quelque chose à craindre.
Il n'y avait aucune garantie que leurs âmes reviendraient intactes au moment où Turan gagnerait.
Bien sûr, la base d'âmes que Jemel et les autres membres de la Tribu des Dieux Carmine connaissaient avait déjà été abandonnée et relocalisée depuis longtemps, mais s'ils étaient capturés ici sans pouvoir retourner, même cela serait dénué de sens.
En fait, la forme d'âme d'un camarade qui venait d'être dévoré par Armania fut immédiatement saisie par Turan, qui avait également invoqué sa propre forme d'âme juste à côté.
« Où garde-t-il son corps ? Est-il attaché au corps de ce grand serpent de mer ? »
Le moment où l'on déploie sa forme d'âme est celui où l'on est le plus sans défense, il serait donc préférable de viser cet instant. Mais le trouver quelque part sur l'énorme serpent de mer, long de près de cent mètres, n'était pas une tâche facile.
D'autant plus avec deux grands serpents de mer le ciblant constamment.
Rodor se déplaça rapidement, esquivant de justesse une gueule grande ouverte remplie de dents acérées, tout en grinçant des dents.
« Espèces de bâtards....... »
Dans un grondement, les quatre emblèmes à l'intérieur de Rodor activèrent leur pouvoir.
Rapides, Givre, Terrassier et Ménestrel.
Alors que le trident frappait le sol, une forte vibration retentit, secouant le fond marin et agitant violemment les courants environnants.
La portée atteignit plusieurs kilomètres dans toutes les directions.
« Uwaaah ! »
« Arrête ! Tu nous entraînes aussi ! »
« S'il te plaît, sauve-nous, Chef de famille ! »
Les courants étaient si turbulents que même les sirènes transformées en grands serpents de mer ne pouvaient maintenir leur équilibre, et encore moins les plus faibles.
Des milliers de sirènes roturières eurent les entrailles broyées par le choc du courant en un instant. Les nobles de Carmine hurlèrent également, mais les courants étaient trop violents pour qu'aucun son ne puisse porter.
Même Turan fut contraint d'abandonner sa dissimulation sous la turbulence folle et d'émerger.
Juste un instant, son cerveau fut si secoué qu'il devint difficile de maintenir sa magie.
La résistance à ce genre de choc n'était pas quelque chose que l'on pouvait gérer avec seulement d'excellentes capacités physiques.
« On dirait que j'ai vingt doigts... »
Regardant sa main et essayant de retrouver sa concentration, Turan remarqua enfin que Rodor, ayant trouvé sa cible, dégainait une lame vibrante, et il réagit en conséquence.
Tout comme Ymir l'avait fait autrefois, il invoqua un bouclier de glace.
Bien que relier la manipulation de la glace aux compétences de Berger fût difficile, et que ce ne fût donc pas classé comme une compétence, la magie de glace que Turan lança avec sa lignée Carmine activée était de premier ordre.
« Turan- ! »
« Si tu avais l'intention de me trahir, tu aurais dû être plus minutieux. »
Leurs voix ne se portèrent pas l'une vers l'autre, mais rien qu'à la lecture labiale et aux expressions faciales, ils se comprirent assez bien.
Turan déplaça subtilement son regard pour confirmer qu'Armania était toujours en plein combat acharné avec le roi des sirènes, et que les autres sirènes étaient toujours occupées à s'affronter avec les nobles de Carmine ; aucun d'entre eux ne pouvait se permettre de prêter attention ici.
Cela signifiait que c'était la situation parfaite pour un duel en tête-à-tête.
Se dissimulant à nouveau, Turan utilisa les courants marins pour réduire rapidement la distance et dégaina immédiatement un fouet de glace.
Dans un fracas, une onde de choc explosa autour du corps de Rodor, déviant l'attaque.
« Il ne devrait pas être capable de détecter les attaques qui ne sont pas en contact avec son corps, donc ce doit être une compétence de type barrière. »
Malgré l'étonnement, l'assaut se poursuivit.
Tout comme lorsqu'il avait utilisé la Lumière du Jugement par le passé, Turan fit fondre, geler et remodeler rapidement la glace créée.
En conséquence, ses attaques ressemblaient à une pieuvre de glace géante avec des dizaines de membres frappant de toutes les directions.
Bien sûr, personne ne pouvait percevoir cela.
« Toi... ! »
Rodor tenta de propager les vibrations aussi largement que possible pour attaquer le Turan invisible, mais à ce moment-là, Turan avait déjà trouvé un moyen de se défendre contre l'attaque dans une certaine mesure.
Alors que les ondes de choc entrantes étaient enveloppées par des dizaines de couches de barrières de glace, chaque couche absorbait une partie de la force, affaiblissant rapidement la vibration jusqu'à ce qu'elle se dissipe.
Il avait instinctivement compris que de multiples couches minces étaient plus efficaces contre les vibrations qu'une seule couche épaisse.
Au même moment, alors que l'attention de Rodor était détournée par le blocage du fouet de glace, une pointe de glace se glissa à travers la barrière de vibration perturbée et lui transperça l'abdomen, déchirant ses organes.
Bien que des choses comme les explosions de poudre à canon ou l'accélération magnétique ne puissent être utilisées sous l'eau, la technique de tir de Turan utilisant une fronde était déjà montée au rang de compétence.
« Ghk- »
Rodor vit le sang de sa bouche se mélanger et se disperser dans l'eau de mer et chercha urgemment des renforts.
Mais alors, il réalisa que face à un Turan invisible, la force brute du nombre signifiait peu.
Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il comprit que ce combat avait été impossible à gagner dès le début. Tout ce qu'il put faire fut d'arborer une expression de vaincu.
***
Après la mort de Rodor, les nobles de Carmine, ayant perdu leur volonté de combattre, tentèrent de fuir, mais il était presque impossible d'échapper aux sirènes dans la mer.
À ce stade, Turan commença à attaquer le camp des sirènes pour rétablir l'équilibre.
Il prit en embuscade l'un des grands serpents de mer royaux survivants et lui transperça la tête, le tuant. Lorsque la reine enragée chargea à cause de la mort de son enfant, Turan plongea dans sa gueule béante et libéra une décharge électrique massive de l'intérieur.
Lorsque le roi des sirènes, qui combattait férocement Armania, vit cela et se précipita, Turan utilisa rapidement les nobles de Carmine comme boucliers pour provoquer une destruction mutuelle entre eux. Finalement, il s'allia à Armania pour ôter la vie au roi des sirènes.
À la fin, les sirènes se battirent jusqu'à la dernière et périrent toutes, et seuls quelques nobles de Carmine ayant fui le plus rapidement réussirent à survivre.
Qu'ils puissent ou non retourner sur terre tout en évitant d'autres sirènes ou bêtes magiques était incertain, mais dans tous les cas, tous les hôtes possédés avaient été capturés, donc les restes n'avaient pas d'importance.
La mer, où la bataille avait pris fin, était désormais lourdement souillée par le sang et la chair des sirènes et des humains, un contraste frappant avec sa beauté autrefois limpide.
Naturellement, de nombreuses bêtes magiques marines, attirées par les restes, avaient commencé à se rassembler, mais Turan les laissa tranquilles.
Avec les guerres récentes si nombreuses, il ne restait plus beaucoup de mages ayant besoin d'énergie magique, et laissées sans surveillance, elles deviendraient simplement des esprits morts-vivants.
Bien sûr, il s'assura de collecter séparément les corps de Rodor et de quelques nobles de haut rang.
Les laisser derrière lui pourrait conduire à la naissance d'une bête magique marine de classe mythique, quelque chose de trop horriblement gênant pour être autorisé.
Naturellement, il récupéra également des objets magiques comme le Roi de la Calamité. Sa technique consistant à utiliser l'eau pour manipuler des objets par télékinésie joua un rôle majeur.
Si Turan avait essayé de tout collecter à la main, cela aurait pris beaucoup de temps.
Pendant ce temps, Armania, son corps désormais complètement déchiré et meurtri, s'occupait des restes de ses semblables.
Voyant les grands serpents de mer gisant sur le sol, il laissa échapper un grondement sourd.
Observant cela tranquillement, Turan s'approcha de lui en silence et posa une main sur son énorme tête.
N'ayant jamais vraiment eu de famille à part sa mère, Turan ne pouvait pas comprendre pleinement les sentiments d'Armania, mais il savait qu'en ce moment, Armania devait être profondément troublé.
[Turan……]
[Je suis désolé, Armania.]
C'était des excuses pour avoir tué la famille d'Armania, ses parents de sang, même s'ils avaient essayé de le tuer.
Si sa mère avait été encore en vie et avait pris le parti de Badal en tant que membre d'Aravion, et qu'il avait dû la tuer en tant qu'ennemie, comment se serait-il senti ?
Ou si Solif avait tué sa mère à sa place ?
Très probablement, il n'aurait pas pu balayer cela si facilement, en disant que c'était juste quelque chose qui devait être fait.
Aux excuses de Turan, Armania inclina profondément la tête et resta silencieux pendant un long moment.
[Ne veux-tu pas une tombe séparée pour eux ?]
[C'est très bien comme ça…… Si nous les laissons ici, ils se disperseront naturellement et ne feront plus qu'un avec la mer.]
Cela semblait être la façon dont les sirènes organisaient leurs funérailles.
Il n'y avait aucune raison d'interférer.
Après tout, les corps des sirènes grands serpents de mer n'étaient essentiellement que des coquilles, sans aucune valeur particulière à utiliser.
[Il n'y a aucune chance que d'autres sirènes se transforment en grands serpents de mer en utilisant ces corps, n'est-ce pas ?]
[Non. Il ne reste aucune véritable essence dans nos corps.]
[Hmm.]
Turan hocha la tête et pénétra au cœur du sanctuaire complètement ruiné des sirènes.
Autrefois une rue ornée de décorations en corail élaborées et assez vibrante d'apparence, elle était désormais à moitié détruite et en ruines.
Grâce aux sens accordés par sa Relique Sacrée, il savait déjà qu'il n'y avait aucun survivant.
Même les jeunes sirènes qui s'étaient cachées dans des grottes souterraines étaient toutes mortes, emportées par les courants massifs que Rodor avait soulevés.
Pour Turan, c'était quelque chose dont il était silencieusement reconnaissant.
Il ne pouvait pas se permettre de laisser derrière lui quoi que ce soit qui pourrait devenir une menace future, mais en même temps, il ne voulait pas montrer à Armania le spectacle de lui tuant tous ses jeunes frères et sœurs vivants sous ses yeux.
[Ce doit être la résidence de la famille royale.]
[Oui.]
Turan entra dans le palais du roi des sirènes avec Armania, qui était revenu à sa forme de sirène.
Bien que ce fût pratiquement une ruine, les effets personnels éparpillés tout autour confirmaient que c'avait autrefois été un endroit splendide.
Alors qu'ils passaient devant ce qui restait de ce qui était autrefois de jeunes sirènes, les restes d'un grand serpent de mer mort-vivant, chassé il y a longtemps, apparurent dans la partie la plus intérieure.
Déjà meurtri par des attaques précédentes, il avait maintenant été traité d'une manière spéciale, le rendant significativement plus petit qu'auparavant.
[En offrant des rituels ici, ils en tirent de la puissance.]
[Je vois.]
Hochant la tête à l'explication d'Armania, Turan conjura une lame de glace massive et trancha les restes du grand serpent de mer en morceaux, les stockant dans sa pochette de grande capacité.
Comparé aux corps transformés des sirènes royales qu'il avait tuées plus tôt, celui-ci était beaucoup plus résistant, consommant une quantité considérable d'énergie magique.
Les sirènes avaient probablement utilisé une technique spéciale pour le traiter.
Après avoir récupéré les restes du serpent, Turan chercha enfin le trésor des sirènes, et parmi eux se trouvait la Couronne de Corail Bleu que Carmine avait autrefois obtenue.
Considérant que c'était le trésor utilisé pour diriger les sirènes, il pourrait plus tard s'avérer utile pour contrôler ou conduire les sirènes des deux mers à l'extinction.
[On dirait que tout est réglé. Remontons.]
[Très bien……]
Turan tapota l'épaule d'Armania alors qu'il regardait sombrement vers le bas, puis remonta avec lui à la surface.
Comme toujours, la mer était paisible, comme si elle ne savait rien de ceux qui s'étaient battus et étaient morts en dessous.