Chapitre 215
Traducteur : Pai_
Turan resta immobile et s’interrogea.
Comment diable avait-il pu reconnaître cette femme comme étant Haroon Zahar ?
Il eut beau retourner la question dans tous les sens, aucune explication claire ne lui vint à l’esprit.
C’était simplement qu’au moment où leurs regards s’étaient croisés, il avait eu une intuition.
C’était bien le vieil homme qu’il avait rencontré peu de temps auparavant, à la frontière entre la Zone Grise et le désert, celui qui lui avait raconté l’histoire de sa vie avec un calme olympien.
Remarquant peut-être que leurs yeux s’étaient croisés pendant une seconde, le vieil homme d’Aravion, qui était resté assis en silence, fixa Turan.
Ses lèvres ridées se tordirent et une déclaration stupéfiante en sortit.
« La veux-tu ? »
« Pardon ? »
« J’ai demandé si tu voulais cette femme. Ton regard semblait pour le moins ardent. »
Tant qu’elle n’était pas tuée, peu importait ce qu’on lui faisait subir ; les mots marmonnés par Badal, accompagnés de son regard et de son expression, étaient imprégnés d’une profonde malveillance.
Comme s’il était désespéré de tourmenter cette femme devant lui par tous les moyens.
« Qu’est-ce que... »
Que s’était-il passé entre ces deux-là pour qu’il nourrisse une telle animosité ?
Il ne restait aucune trace de l’apparence creuse et indifférente du passé sur le visage de Badal, désormais empli d’exaltation.
Celui qui se tenait devant lui n’était rien de plus qu’un scélérat cherchant désespérément à tourmenter une femme sans défense.
Non, plus troublant encore, il paraissait bien plus vigoureux et vivant qu’auparavant.
Quelques années avaient passé, il ne lui restait donc plus beaucoup de temps à vivre, et pourtant, il était soudainement redevenu aussi alerte.
Ces pensées furent brèves, car Turan redevint Faol et accueillit la question de Badal avec brusquerie.
« L’odeur est trop forte pour cela. »
« Eh bien, on dit que le nez des nobles Zahar est particulièrement fin, n’est-ce pas ? Bien que ce ne soit pas à ce point, c’est assez insupportable pour moi aussi. Va la laver. »
Face à cet ordre inattendu, Turan s’apprêtait à répondre « Oui » immédiatement, mais il ferma brièvement la bouche avant de donner une réponse différente.
C’était une manœuvre calculée ; il pensait que s’il se montrait trop obéissant ici, il pourrait éveiller les soupçons, étant donné qu’il n’était qu’un subordonné de Talis.
Surtout, il était lui-même un noble de la Maison Zahar, trop fier pour accepter une tâche aussi vile sans broncher.
« Ce n’est pas mon travail. »
« N’est-ce pas ton travail de servir le chef de famille ? Même si c’est dans un corps aussi misérable. »
Badal parla avec moquerie et poussa légèrement la tête de la femme du bout de sa chaussure.
À en juger par sa façon de parler, il semblait que même Faol, l’identité d’emprunt de Turan, était au courant que cette femme était Haroon.
Peut-être même connaissait-il la véritable identité des dieux et la question de la possession d’âme.
En effet, si ce n’avait pas été le cas, il n’aurait jamais pu pénétrer aussi facilement dans la demeure du chef.
Qui laisserait entrer quelqu’un sans savoir quels mots pourraient sortir de la bouche de Badal ou d’Haroon ?
De plus, même pour Talis, il aurait été gênant que son confident agisse sans l’en informer.
Après tout, on ne pouvait pas compter sur un corps possédé pour chaque petite corvée, comme apporter à manger à Badal ou accomplir la tâche simple de ce jour.
« ......Je comprends. »
Affichant un mécontentement manifeste, Turan provoqua un rire sarcastique chez Badal, qui agita la main comme pour lui dire de s’en aller.
Malgré l’alliance, le fossé entre les deux forces semblait toujours infranchissable.
À en juger par ce comportement, il était probable que la faction du Monarque soit celle qui détenait l’initiative.
Turan allait devoir commencer à enquêter sur la méthode qu’ils avaient utilisée.
Turan défit les liens qui entravaient Haroon, puis la saisit par la nuque comme s’il manipulait quelque chose de répugnant.
Malgré cela, incapable peut-être de surmonter ses instincts physiologiques, la femme s’étouffa et haleta lorsque son cou fut pris dans ses vêtements.
« Pardonnez-moi. »
« Bon travail. Quand tu la ramèneras plus tard, nettoie aussi cet endroit. »
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