Chapitre 192
Traducteur : Pai_
Il y avait une pointe de prudence — non, une once de peur — dans la voix de Jemel lorsqu’il mentionna l’instigateur de l’embuscade.
Turan savait pertinemment quand les dieux déchus affichaient une telle attitude.
Le dieu derrière tout cela, connu sous les noms de Biologiste, de Maître des marionnettes, ou bien d’autres encore.
Même les demi-elfes, réduits à l’état d’esclaves, hésitaient à prononcer son nom par pur malaise.
[Monarque ?]
[Oui, c’était le nom qu’il utilisait à l’origine. Entre nous, nous lui donnions d’autres surnoms, comme l’Escroc ou quelque chose du genre……]
[Les autres semblent réticents à mentionner ce nom, mais pas toi.]
En voyant Jemel tressaillir, Turan devina quelle avait été son intention.
Pour une raison obscure, il voulait que le Monarque, le Biologiste, réalise que son nom avait été prononcé et qu’il tourne son regard vers eux.
[Es-tu l’un de ses complices ? Dissimulé au sein de la Maison Carmine ?]
[Non, ce n’est pas ça-]
[Tu mens.]
À l’intérieur de la prison d’âmes, où tous deux existaient sous une forme spirituelle, il était difficile de déceler les émotions à travers les odeurs corporelles comme dans le monde réel.
Cependant, Turan possédait désormais une autre méthode pour distinguer le vrai du faux dans les paroles.
L’Œil de la Vérité.
Né de la fusion des lignées du Chasseur et du Traqueur, il pouvait être utilisé même sous forme spirituelle contre d’autres esprits, lui permettant de savoir si son interlocuteur mentait.
[Alors, tu n’es pas particulièrement loyal, n’est-ce pas ? À en juger par la façon dont tu as manigancé dans l’ombre sans agir directement, tu ne voulais probablement pas révéler l’identité du maître d’œuvre. Mais te voir faire cela pour ta propre sécurité…]
Et il semblait avoir la certitude que le Biologiste, le Monarque, ne lui ferait aucun mal après avoir été secouru de la sorte.
Il devait probablement détenir un atout caché le concernant.
[Plus important encore, peut-il percevoir les conversations même au sein de cette prison d’âmes ? Par quelle méthode, exactement ?]
[Ça, je l’ignore moi-même. Mais je me suis dit que, peut-être, il pourrait remarquer……]
Il n’en était pas sûr, mais il s’accrochait à un mince espoir, au cas où.
Cette fois, ce n’était pas un mensonge.
Combien de ses capacités avait-il dissimulées pour que même ceux qui avaient vécu à ses côtés pendant des milliers d’années ignorent ses limites ?
Même Talis, la personne la plus paranoïaque que Turan ait jamais rencontrée, n’était rien comparé à cet individu.
[Quoi qu’il en soit, puisque le sujet est sur la table, autant en demander davantage. Que sais-tu de lui ?]
[Eh bien-]
Voyant Jemel hésiter, Turan créa immédiatement un instrument de torture et le plaça à ses côtés.
Un chevalet triangulaire doté d’une selle pointue, un objet qu’il avait brièvement aperçu dans les souvenirs de Cadrum.
Même sans connaissance spécifique, son apparence révélait clairement sa fonction, et le visage de Jemel devint livide.
[J-Je vais parler ! Je t’en prie, pas ça……]
Puisque Jemel était sensible à la violence, Turan comprit que l’intimidation serait plus efficace que l’encouragement, et comme prévu, Jemel révéla rapidement ce qu’il avait caché.
[Pour autant que je sache, l’identité actuelle du Monarque est celle du chef de la Maison Nagin.]
[C’est donc bien ce que je pensais.]
Bien qu’il l’ait déjà soupçonné, obtenir une confirmation de l’intérieur n’était pas une mauvaise chose.
Bien sûr, il devait envisager la possibilité d’un autre niveau de tromperie, mais il y avait peu de raisons pour quelqu’un d’utiliser un autre corps alors qu’il possédait déjà celui, puissant, d’un chef de famille.
[Oui. Et quant à la façon dont le Monarque remarque quand son nom est prononcé……]
[C’est probablement parce qu’il traite avec des « tabous ».]
[Ah, donc tu le savais déjà.]
[J’en savais au moins autant. Tu n’es pas le premier prisonnier à venir ici.]
Comme il l’avait dit, celui qui avait informé Turan de ce fait était Reshion.
À l’origine, même au sein de la prison d’âmes, Reshion avait hésité à mentionner le nom du Monarque. Mais pour obtenir une chance de disputer une partie d’échecs avec son compagnon, il avait fini par le laisser échapper.
[Il établit des règles, comme l’interdiction de mentionner son nom ou certaines informations, et lorsque quelqu’un les enfreint, il en prend conscience, n’est-ce pas ?]
C’était parce que l’une des capacités du Monarque était d’être un Législateur capable d’établir des règles spécifiques.
Des lignées comme l’Alchimiste et l’Ombre du Chasseur de Nuit, ou le Mimique et le Cavalier des vagues du dieu noyé, avaient disparu à l’ère moderne.
Selon les vieux récits des dieux, à l’époque où la tribu des Dieux Preah vivait encore, le nombre de capacités de lignée qu’ils possédaient était facilement le double de ce qui existe aujourd’hui.
Leur nombre avait simplement diminué parce que les descendants qui héritaient de ces pouvoirs étaient éliminés pour diverses raisons.
[Mais ce que je ne comprends pas, c’est comment il peut exercer un tel pouvoir sur le monde entier sans même posséder un corps de dieu ?]
[J’ai entendu dire, au détour d’une conversation, que l’essence de cette capacité s’apparente à la manipulation des âmes. Il est difficile de la contrôler après avoir perdu sa force, mais il conserve l’autorité en tant que propriétaire……]
Même de son vivant, alors que le Monarque possédait un corps de dieu, il préférait ne pas se montrer publiquement et aurait effacé de manière obsessionnelle toute trace historique mentionnant son existence.
Cela expliquait pourquoi aucune légende sur un dieu doté de tels pouvoirs n’avait survécu.
Les écrits que Turan avait vus dans la bibliothèque ou dans le Tombeau des Dieux se présentaient également sous forme de journaux intimes, dépourvus de tout compte rendu direct.
[Alors, la création de la « laisse » doit être le résultat de la combinaison de cette capacité de contrôle des âmes avec sa maîtrise de la vie, n’est-ce pas ?]
[Oui, c’est exact ! Je ne pensais pas que tu serais au courant de cela……]
C’était sans doute ce même pouvoir qui avait été utilisé pour reconfigurer les Nains en une forme plus primitive, ou pour créer des monstres horrifiques en utilisant la chair et les âmes de géants défunts.
La création de laisses héritées et d’artefacts similaires était probablement une application des compétences des lignées du Souverain ou du Dompteur qui facilitaient la magie des âmes……
Il était tout à fait compréhensible qu’il n’ait pas été très estimé durant l’ère du jeu malgré ses capacités.
C’était une combinaison totalement inutile à des fins de combat.
Cependant, une fois arrivés dans ce monde dans les corps des personnages du jeu, ses capacités non combattantes jouèrent des rôles majeurs dans divers domaines.
De la fabrication de « laisses » incrustées dans l’âme des mages, à la modification de races hostiles, et même à la réincarnation via la magie des âmes.
[Revenons au sujet précédent. Qu’a promis le Monarque à votre chef ? J’ai entendu dire qu’ils n’avaient pas une très bonne relation à la base.]
[C’était un artefact sacré appelé le Roi de la Calamité. Il appartenait à l’origine à notre chef de guilde.]
Les artefacts sacrés de haut niveau ayant survécu à l’ère moderne étaient pour la plupart des reliques laissées derrière elles lors de la disparition de l’ancienne tribu des Dieux Preah, des objets ordinaires qui avaient été imprégnés par leur ressentiment agonisant.
Tout comme l’Artefact mimique que possédait Turan.
Naturellement, ils ne servaient pas seulement d’armes puissantes, mais entretenaient également un lien émotionnel profond.
D’autant plus si l’ancien propriétaire de l’objet avait été proche de l’individu.
[L’avocat… je veux dire, Rodor, le chef de la Maison Carmine, était proche du propriétaire de cet objet. Mais le Monarque s’en est emparé au milieu du chaos, ce qui a envenimé leur relation. Étant donné cela, c’était un prix digne pour attaquer la Maison Parsha.]
En outre, il se disait que Rodor, le chef de la Maison Carmine, était déjà quelque peu mécontent de Turan.
Il n’appréciait pas qu’un simple natif ose s’opposer à eux, les dieux, et attendait le bon moment pour l’éliminer. L’opportunité de le faire en échange d’une récompense significative l’avait ravi.
[Alors, Rodor possède-t-il l’artefact du Roi de la Calamité maintenant ?]
[Non. S’il lui était donné à l’avance, il y avait un risque qu’il s’en empare et feigne l’ignorance, donc un contrat séparé a été établi.]
Il existait une compétence basée sur la capacité de la lignée du Législateur liée à cela.
Si le contrat était violé, cela n’affectait pas seulement le corps physique, cela pouvait causer de graves dommages à l’âme.
La condition était de raser Kalamaf en premier, après quoi l’objet serait remis, il ne l’avait donc pas encore reçu.
[Alors la Maison Carmine n’abandonnera pas après cette seule attaque.]
Ils avaient trop à perdre : récupérer les âmes de Jemel et de l’autre, le contrat, l’artefact sacré… il n’y avait aucune chance qu’ils laissent tomber si facilement.
Jemel hocha la tête avec une expression légèrement sombre.
[Oui, c’est probable. De plus, pour préparer cette embuscade, nous avons obtenu des informations internes de la Maison Parsha……]
[C’était sûrement Phoenix.]
[Hein ? C-Comment as-tu su !?]
Jemel s’écria, sous le choc de cette réponse totalement inattendue.
Ironiquement, c’était Jemel lui-même qui avait révélé que le nom de Phoenix était le surnom utilisé par son grand-père, Talis, dans le jeu.
Il l’avait entendu lors de son infiltration dans la réunion secrète au sein de la Maison Carmine, alors qu’il était déguisé en Onil.
[Quoi qu’il en soit, je pense en avoir appris assez pour te donner ta récompense.]
Turan remodela l’intérieur dans le style propre à la Maison Carmine, tel qu’il l’avait vu durant son temps en tant qu’Onil.
Un niveau légèrement inférieur à celui dont profitaient les demi-elfes, y compris Reshion.
[Oh……]
Bien que ce ne fût rien comparé à ce dont Jemel avait profité à l’origine, être confiné dans une prison sans rien d’autre que de la pierre semblait avoir déjà abaissé ses standards.
Turan s’adressa calmement à Jemel, frappé de stupeur.
[Ce n’est que le début. Si tu me donnes d’autres informations utiles, je t’accorderai un traitement encore meilleur. Maintenant, parle. Que sais-tu d’autre ?]
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