Chapitre 190
Traducteur : Pai_
Une fois les conséquences de la guerre plus ou moins réglées, Solif retourna rapidement à Kalamaf avec les mages de Varaha.
Tout comme les mages de Parsha avaient été traités auparavant, ils seraient de nouveau escortés par un passage secret dissimulé quelque part dans le Temple du Soleil, sous une surveillance étroite.
Quant à Turan, il dut se concentrer sur le travail de suivi, plus fastidieux et pénible que la guerre elle-même.
Vérifier et reconstituer les stocks utilisés lors de cette bataille, en particulier la poudre à canon qu'il gérait personnellement, n'était pas une tâche qu'il pouvait aisément déléguer à autrui.
De plus, les informations concernant le nombre de victimes parmi les mages de Carmine et les sirènes revêtaient également une grande importance.
Même en excluant les mages tombés au combat, plusieurs villages avaient été endommagés simplement parce qu'ils se trouvaient sur la trajectoire de l'ennemi.
« Les pertes civiles s'élèvent à environ quatre ou cinq cents... »
« Je sais que cela peut paraître déplacé, mais compte tenu du contexte de guerre, ce n'est pas un bilan si lourd. Tu peux te permettre d'être un peu plus satisfait. »
Est-ce parce que le visage de Turan était resté sombre alors qu'il murmurait ces mots ? Ashiz, qui feuilletait des documents en face de lui, prit la parole sur un ton qui tenait de l'excuse.
Il n'était pas de ces nobles au caractère corrompu qui jugeaient la mort des roturiers sans valeur. Pourtant, il estimait qu'au vu de l'ampleur de la victoire, ces sacrifices étaient acceptables.
Peut-être que n'importe qui d'autre au monde aurait pensé la même chose.
N'importe qui, sauf ce seigneur assis devant lui.
« Ceux qui se sont battus de toutes leurs forces là-bas peuvent se réjouir, mais pas moi. Ces gens sont morts en partie à cause de moi. »
Si le plan avait été élaboré avec plus de minutie, le bilan n'aurait pas été aussi lourd.
Écoutant les paroles de Turan, empreintes de regret et de déception, Ashiz répondit à son ami d'un ton sérieux.
« Turan, ce que tu dis n'est pas une manière de penser humaine. Coordonner et contrôler parfaitement chaque chose... c'est le propre d'un dieu. »
Si l'on veut atteindre ses objectifs sans la moindre erreur ni le moindre revers, c'est à ce niveau qu'il faudrait parvenir.
Les humains n'étaient pas faits pour porter une telle responsabilité.
« Eh bien, les dieux ne sont pas si formidables non plus. Ce dont tu parles exigerait quelque chose de bien plus grand encore. »
Pour les fidèles de la foi Preah, de tels propos auraient suffi à les faire convulser. Mais parmi les hautes sphères des forces alliées de Turan, y compris Parsha, personne ne s'accrochait plus à sa foi.
Ils avaient fini par comprendre à quel point ceux qui se prétendaient dieux étaient mesquins et méprisables dans la manière dont ils assuraient leur propre subsistance.
Tout en conversant, une pensée traversa soudain l'esprit de Turan.
Comme l'avait dit Ashiz, il aurait peut-être été agréable qu'il existe réellement un dieu capable d'orchestrer et de contrôler parfaitement le monde.
Même sans aller jusqu'à surveiller chaque mouvement de chacun, si au moins un berger existait pour gouverner ce vaste pâturage que l'on nomme le monde...
***