Chapitre 189
Traducteur : Pai_
Utilisant le tir de railgun invisible de Turan comme signal, l'armée alliée de trois cents hommes de la Maison Parsha et de la Maison Varaha s'avança vers l'armée de la Maison Carmine et des sirènes, qui les surpassait en nombre de plus de dix contre un.
Naturellement, ils ne furent point effrayés par cette infériorité numérique.
Contrairement à l'ennemi, composé principalement de sirènes issues du peuple et de quelques nobles de la Maison Carmine et d'élites sirènes, l'alliance Parsha-Varaha avait délibérément intégré environ un tiers de nobles dans ses rangs.
Par-dessus tout, le facteur le plus critique résidait dans l'écrasante différence de puissance de feu.
[« Dispersez-les ! »]
D'un cri amplifié par la magie du vent, les mages de Parsha dispersèrent simultanément la poudre noire qu'ils tenaient entre leurs mains.
Les Esprits du Feu, autrement connus sous le nom de poudre à canon, chevauchèrent le vent violent et s'abattirent sur les sirènes, explosant tous en même temps.
« Aaaaargh ! »
Ce que Turan avait autrefois infligé à un groupe de pirates sur une île, des années auparavant, se déroulait désormais à une échelle bien plus vaste.
Quelques sorts de Magie d'Ignition, à peine éprouvants pour les plus faibles des Chevaliers, mirent des centaines de sirènes en pièces, arrachant des hurlements à glacer le sang.
« Bien joué ! »
« Alors, tentons une dernière fois... hein ? »
Peut-être mécontent de leur célébration, le ciel se mit soudainement à déverser une pluie torrentielle.
Il y a un instant à peine, la journée était pourtant claire, à peine voilée par quelques nuages.
Ils ne comprenaient pas encore qu’il s’agissait de l’effet d’un artefact magique d’invocation de pluie préparé à l’avance par le camp des Carmine, mais il n’était pas difficile de constater que la situation venait de se dégrader.
Non seulement l’usage de la poudre à canon était rendu inefficace, mais les mages Carmine, maîtres de l’eau, gagneraient en puissance, tandis que les mages Varaha, adeptes du feu, perdraient de leur superbe.
Cependant, l’équilibre entre les deux forces n’était pas si fragile qu’il pût être rompu par un tel événement.
« Rien n’a changé ! À l’attaque ! »
Au signal, les mages de l’alliance Parsha-Varaha commencèrent à lancer toutes sortes de sorts, à l’exception du feu.
Alors que les mages Carmine tentaient de les intercepter et que les sirènes roturières chargeaient telles des chiens de chasse, Jemel, qui menait l’armée Carmine, laissa échapper un gémissement en fixant le camp des Parsha au loin.
« Turan, Parsha... »
Lui, plus que quiconque, comprenait parfaitement pourquoi Turan s’était soudainement révélé.
Grâce à sa perception spirituelle éveillée avant la bataille, il avait vu Turan capturer l’âme du corps possédé qui venait de succomber sous le tir du canon électromagnétique.
Puisque l'âme se trouvait hors du corps, il était impossible de maintenir une Magie de dissimulation dans un tel état...
« Puis-je le tuer ? »
Il le savait intellectuellement.
Ce n'était pas le moment de brûler de désir de vengeance, mais bien de fuir.
Face à un ennemi capable de capturer les âmes, son immortalité ne remplirait plus sa fonction habituelle.
Cependant, son esprit échauffé, furieux de la raclée totalement unilatérale qu'il venait de subir, et son orgueil démesuré, accumulé au fil de longues années, ne pouvaient l'accepter.
Il devait au moins porter un coup pour sauver la face.
Et peut-être, si l'ennemi était totalement sans défense, cette attaque pourrait-elle mettre fin à tout cela facilement...
À cette pensée, trois symboles se mêlèrent en lui.
Une rivière en crue gela dans un craquement sonore, prenant la forme d'un dragon. Puis, six yeux se formèrent près de sa tête, lui insufflant vie et mouvement.
Rapides, Givre, Chasseur.
Une compétence utilisable uniquement en combinant ces trois symboles, le Chasseur Éternel, se forma dans sa main et fut immédiatement projetée vers Turan.
Au premier coup d’œil, cela ne semblait être qu’une lueur turquoise, mais il s’agissait d’une malédiction terrifiante qui gelait instantanément tout ce qu’elle touchait.
Aucune magie de l’ère moderne ne pouvait la briser.
Si elle atteignait Turan, sans défense, même un homme doté de la puissance d’un Chef de famille ne s’en sortirait pas indemne.
Mais l’attaque de Jemel fut bloquée par un bouclier doré qui apparut devant Turan, alors sans protection.
« Pensais-tu que je restais là à ne rien faire ? »
Celui qui ricanait tout en parant l’attaque n’était autre que Solif, le Chef de la Maison Varaha, que Jemel avait aperçu un instant plus tôt.
Alors que des flammes blanches jaillissaient du corps de Solif, l’expression de Jemel s’assombrit.
Il reconnut là une compétence issue d’un ancien jeu auquel ils s’adonnaient autrefois, accessible uniquement par la combinaison de trois classes spécifiques.
« Tu as déjà maîtrisé cela... »
La raison pour laquelle les êtres possédés par des dieux, comme lui, détenaient un avantage absolu sur les mages modernes résidait précisément dans cette compétence.
Mais à l’inverse, si un mage humain ordinaire de l’ère moderne parvenait à maîtriser l’usage de telles compétences, cet avantage disparaissait.
Non, si l’on considérait que leurs corps et leurs âmes étaient encore jeunes et étroitement liés, ils pouvaient même utiliser ces compétences plus aisément que les possédés, ce qui les rendait supérieurs.
À cet instant, Jemel fut saisi d'un frisson et érigea prestement une barrière de glace autour de son corps.
Un éclair étranger, d'un bleu marine profond, s'écrasa contre la barrière en le frôlant.
« Argh... »
Réalisant que cette attaque provenait de Meisa Aravion, postée au loin, et qu'elle aussi pouvait manier avec adresse une compétence combinée de Dompteur de vent et de Seigneur du Tonnerre, Jemel perdit tout esprit combatif.
Ces deux-là constituaient déjà des forces redoutables, et si Turan venait à les rejoindre après avoir dérobé une âme, la bataille deviendrait impossible à gagner.
Grâce à la présence des Grands Serpents de Mer, la défaite ne serait peut-être pas totalement unilatérale, mais
« Attends une seconde, ces salauds ? »
Ce ne fut qu'à cet instant que Jemel remarqua que les silhouettes massives qui se tenaient à ses côtés quelques instants plus tôt avaient disparu.
Les trois Grands Serpents de Mer s'étaient déjà métamorphosés en sirènes sans qu'il ne s'en aperçoive et fuyaient dans des directions opposées.
Était-ce à cause de la pluie torrentielle qui s'abattait sur eux ?
Même sur terre, leur vitesse était impressionnante.
« Espèces de bâtards ! »
Même alors que Jemel fulminait, il pouvait comprendre pourquoi ils agissaient de la sorte.
Il était évident qu'ils se trouvaient dans une situation où ils n'avaient aucune chance de prendre le dessus.
Plutôt que de résister jusqu'au bout et de mourir, n'était-il pas préférable de fuir en utilisant ceux qui n'étaient que des alliés de circonstance, d'anciens ennemis, comme boucliers, préservant ainsi leurs propres forces ?
Ce qui était véritablement amer, c'était que contrairement à eux, il ne pouvait pas simplement abandonner ses subordonnés et ses camarades pour s'échapper.
Les mages de la Maison Carmine présents ici étaient suffisamment loyaux envers la Maison pour exécuter même les ordres les plus inhumains, comme celui de coopérer avec les sirènes.
« Nous allons nous échapper pendant que ces bâtardes de sirènes les retiennent ! Repliez-vous ! »
« ......Oui ! Tout le monde, battez en retraite ! »
Heureusement, les milliers de sirènes de classe roturière finirent par servir d'enclumes, absorbant les attaques de l'ennemi.
Peu importait l'élite que constituaient les mages de Parsha et de Varaha, il leur faudrait du temps pour abattre toutes les sirènes, dont la férocité n'avait fait que croître sous la pluie torrentielle.
Peu de temps après avoir fui en abandonnant l'armée des sirènes, Jemel comprit pourquoi l'ennemi avait déployé une force d'élite composée en grande partie de nobles.
« Auraient-ils pu prévoir les choses aussi loin à l'avance... ? »
Au loin, plusieurs forces de mages s'approchaient d'eux, les encerclant et resserrant leur étau.
En raison du manque d'effectifs, la plupart de ces unités n'étaient probablement que des Chevaliers. Mais dans une situation pareille, le moindre retard pouvait s'avérer fatal.
Le visage de Jemel se tordit comme celui d'un démon à la vue des forces ennemies qui approchaient.
*
La bataille entre l'alliance Parsha-Varaha et la coalition Carmine-sirènes, bien qu'il fût plus juste de parler de traque que de combat, se poursuivit pendant près d'une journée entière.
Comme prévu, les pertes du côté de la Maison Parsha et de la Maison Varaha furent presque négligeables.
Une trentaine de Chevaliers furent sacrifiés en tentant de bloquer Jemel et les autres puissants Nobles, et une vingtaine furent tués par la férocité de la charge des sirènes.
Parmi les Nobles, quatre périrent en tentant la tâche insensée de retenir les Grands Serpents de Mer.
En revanche, le tribut payé par la Maison Carmine et les sirènes fut véritablement immense.
De Jemel, des quinze Nobles Carmine qui l'accompagnaient et des quelque quatre-vingts Chevaliers, seuls dix parvinrent à s'échapper indemnes.
Quant aux sirènes, seule l'une des trois capables de se transformer en Grands Serpents de Mer survécut de justesse, tandis que les classes nobles et roturières furent totalement anéanties.
En termes de ratio, il s'agissait d'un cent pour un, voire davantage ; une victoire absolument écrasante.
Claquant de la langue à la réception du flot de rapports, Solif fit remarquer :
« Sérieusement... Je n'aurais jamais cru qu'ils tomberaient dans le panneau aussi facilement, exactement comme tu l'avais prédit. »
« Ils avaient déjà collaboré avec Ruvan par le passé. De plus, nous savions que c'était Zahar qui servait de médiateur entre les deux, alors je me suis dit que si nous laissions la moindre ouverture, quelqu'un finirait par mordre à l'hameçon. Je ne m'attendais pas, en revanche, à ce qu'ils s'allient aux sirènes. »
En vérité, Turan avait même anticipé le pire des scénarios : un assaut total de l'ennemi, mobilisant toutes les forces à sa disposition.
Il imaginait les armées d'Aravion et de Nagin menées par Badal, aux côtés du Chef de famille de la Maison Carmine, surnommé l'Avocat, ainsi que tous les êtres possédés, et même une douzaine de Grands Serpents de Mer s'unissant pour rayer Parsha de la carte.
Si cela s'était produit, Turan avait prévu de s'infiltrer parmi eux en utilisant le Masque du Dieu Mimique pour semer la discorde en interne.
Il aurait attaqué Aravion et les sirènes en se faisant passer pour le Chef de famille de la Maison Carmine, ou aurait introduit Armania pour dresser Aravion-Nagin contre Carmine.
Comparée à cela, la situation actuelle — un assaut par une force semblant parfaite pour écraser une Maison Parsha privée de sa puissance principale — n'était guère plus qu'une petite proie tombant dans un piège magistral.
À tout le moins, il aurait été préférable que le Chef de famille de la Maison Carmine ou le roi des sirènes se déplacent en personne.
Néanmoins, même sans eux, il était indéniable que Carmine et les sirènes avaient subi un coup suffisamment dur pour rendre toute action précipitée impossible dans un avenir proche......
« Mais qu'en aurait-il été s'ils n'avaient pas mordu à l'hameçon ? »
« Hmm ? »
« Ruvan aurait pu attaquer la fausse armée de Varaha, ou Carmine aurait pu décider de ne pas attaquer du tout. »
À la question toute naturelle de Meisa, Turan émit un « hmm » et prit un instant pour organiser ses pensées.
Il y avait songé à l'avance, mais il lui fallut un certain temps pour ramener cette pensée au premier plan de son esprit.
« Tout d'abord, Ruvan n'attaquera absolument pas. »
« Pourquoi ? »
« Parce que leur armée serait probablement aussi inconsistante que la nôtre. »
Il n'y a pas si longtemps, par une série d'assauts répétés au canon électromagnétique, Turan avait prouvé qu'il représentait une menace qu'aucune armée ordinaire ne pouvait contenir, un individu qui ne ferait qu'accroître les dégâts à mesure que l'on jetterait des troupes d'élite contre lui.
Si l'ennemi avait su qu'une telle présence se trouvait parmi les forces adverses, il n'aurait jamais eu la folie de risquer l'envoi de ses troupes d'élite.
Même s'ils parvenaient à détruire la force principale par la force brute, il resterait difficile de capturer Turan, et les assauts ne feraient que se poursuivre.
« Ah... »
« Ce n'est qu'une supposition, mais ils attendent probablement que je frappe à nouveau avec le canon électromagnétique, préparant une unité spéciale pour me capturer. »
Bien entendu, si l'on considère que l'armée des Varaha stationnée de l'autre côté de la rivière n'avait ni la capacité ni la volonté de progresser réellement, tout cela n'était qu'un effort vain.
« Et si personne n'attaquait... eh bien, ce serait tout simplement un peu décevant. »
Après tout, la seule ressource dépensée dans la planification de cette opération était essentiellement le prestige de Solif ; ainsi, même en cas d'échec, il n'y aurait aucune perte significative.
De plus, puisque Varaha avait rendu un grand service à Parsha lors de cette opération, tant qu'ils fourniraient un soutien suffisant en retour, le prestige diminué de Solif serait rapidement restauré.
Et il restait un dernier facteur important.
« Maintenant que nous avons usé d'une ruse, ils ne pourront plus agir avec certitude à l'avenir. Le simple fait de les forcer à hésiter et à se demander si c'est réel ou non constitue déjà une victoire. »
Il aurait été préférable de pouvoir anéantir complètement une faction ennemie comme prévu initialement, mais dans tous les cas, il était clair que les deux forces hostiles à Turan avaient subi des dommages considérables.
Dans l'esprit de Turan, le plan suivant se dessinait déjà étape par étape.
« Si nous ciblons Ruvan immédiatement pendant qu'ils sont paralysés après avoir encaissé un coup... Ah, à bien y réfléchir, je dois d'abord avoir une discussion avec nos nouveaux amis. »
Turan tapota légèrement la boîte à bijoux qui portait encore des traces d'humidité suite à son utilisation récente.
Il lui fallait également cultiver la camaraderie avec ces nouveaux amis récemment admis.