Chapitre 170
Traducteur : Pai_
« Je salue le chef de la Maison Parsha. Je suis celle qui dirige ces... »
Turan observa calmement les mages de Carmine désarmés, alignés devant lui, ainsi que la femme d'âge mûr qui se tenait à leur tête pour le saluer.
Il se souvenait de l'avoir croisée alors qu'il était déguisé en Onil.
C'était une noble de haut rang de Carmine et, à en juger par son absence lors de la réunion secrète avec Talis, elle n'était probablement pas possédée par un dieu.
Le malaise se lisait sur son visage, tout comme sur celui des mages de Carmine derrière elle.
Rien de plus naturel.
Ils étaient encerclés par les mages de la Maison Parsha, et le chef de famille se tenait droit devant eux.
« Peu m'importe qui vous êtes. Répondez simplement à la question que j'ai posée plus tôt. Que fait l'armée de Carmine dans un endroit pareil ? »
« Je vous prie de m'excuser, mais il m'est difficile de m'exprimer à ce sujet. Il s'agit, après tout, d'une affaire interne à la Maison Carmine... Argh ! »
Alors qu'elle tentait de se justifier, la femme gémit sous une pression écrasante qui sembla peser sur tout son corps.
Turan n'avait pourtant rien fait de spécial, exerçant seulement une légère pression avec son énergie magique.
La puissance de Turan était désormais telle qu'une simple projection d'énergie magique, normalement inoffensive, pouvait infliger une douleur mentale quasi étouffante à des individus du niveau de chevaliers.
Tout comme une fourmi réalise la taille réelle de la baleine qui se trouve à ses côtés, dès l'instant où l'on perçoit un être d'une dimension totalement différente, l'instinct nous plonge dans la terreur.
« Si, comme vous le prétendez, il ne s'agit que d'une affaire interne à Carmine, alors je n'ai aucune raison d'intervenir. Mais envoyer une armée sur le territoire de ma Maison est une tout autre histoire. C'est votre dernier avertissement. Parlez. Que se passe-t-il ? »
N'importe quel lâche aurait perdu ses moyens sous une telle pression, mais, à la surprise générale, la commandante de Carmine endura la présence de Turan, le dos droit.
« Vous refusez de parler ? »
« Selon l'accord d'Ebel, qui a établi les frontières de Carmine il y a mille deux cents ans... à moins de descendre de la montagne, cette zone ne peut être interprétée comme appartenant à Parsha. Nous ne faisons qu'exécuter une mission confiée par notre maison principale... »
Turan fixa en silence la femme, qui peinait à répondre, avant de cesser de projeter son énergie magique.
Tout le monde resta coi, si bien que seul le bruit des respirations saccadées résonna sur le flanc de la montagne silencieuse.
Entre-temps, Turan ouvrit discrètement la boîte à bijoux et interrogea le bibliothécaire.
[Ancien, puis-je vous poser une question ? Qu'est-ce que l'accord d'Ebel ?]
[Pourquoi me poses-tu soudainement une telle absurdité ? C'est un accord de délimitation conclu il y a 1231 ans entre Carmine, Aravion et l'union des maisons de la Zone Grise, les trois puissances.]
Selon les explications qui suivirent, ils avaient défini leurs frontières jusqu'aux pentes moyennes des montagnes du nord de la Zone Grise, ce qui signifiait que, techniquement, la zone proche du sommet était proche d'une zone neutre.
Ayant appris cela, Turan fit claquer sa langue et hocha la tête.
« Eh bien, vous n'avez pas tort. »
Ce n'est qu'alors que Turan comprit que l'autre partie avait prémédité cette situation et s'était positionnée ici à dessein.
Comment auraient-ils pu savoir que cette terre marquait la frontière entre Carmine et la Zone Grise, et qu'il était donc conventionnellement difficile de les tenir pour responsables, sans avoir étudié la question au préalable ?
Même Turan, qui aimait lire, avait dû demander au bibliothécaire des précisions sur cet accord ; il était si ancien.
La raison pour laquelle le groupe de Carmine s'était abstenu d'attaquer, préférant se défendre avec une barrière contre les nobles de Parsha venus en éclaireurs, était probablement d'établir un prétexte.
Ils pourraient ainsi clamer : « Nous ne faisions que notre travail dans une zone neutre, et ils nous ont attaqués. »
« Alors, pourquoi ont-ils fait cela ? »
Se pouvait-il qu'il y ait vraiment un trésor caché au sommet de la montagne qu'ils étaient venus récupérer ?
Non, si tel avait été le cas, Turan lui-même l'aurait déjà trouvé.
Il avait arpenté ces montagnes plus de fois qu'il ne pouvait le compter, et tout élément inhabituel aurait alerté les sens de son Artefact mimique.
« Le but était de m'attirer ici... se pourrait-il que... ? »
Ce qui vint à l'esprit de Turan fut la guerre entre Varaha et Ruvan qui se déroulait à l'est.
S'il n'avait pas frappé en premier pour forcer l'armée de Ruvan à battre en retraite, ils seraient arrivés à Helio à peu près à ce moment-là.
Si, à ce moment-là, l'armée de Carmine avait traîné dans le nord de la Zone Grise, la Maison Parsha aurait eu du mal à apporter un soutien approprié.
« En y réfléchissant, la demande de rejoindre la chasse au Grand Serpent de Mer, il y a quelque temps, devait avoir une raison similaire. »
Il avait refusé car il soupçonnait qu'ils pourraient le poignarder dans le dos, mais à bien y penser, l'objectif réel était peut-être de l'attirer hors de ses bases dès le départ.
Si Turan et les membres d'élite de la Maison Parsha avaient quitté la maison principale pour chasser le Grand Serpent de Mer, il aurait naturellement été difficile de soutenir Varaha.
Turan jeta un regard impassible à la commandante de l'armée de Carmine, qui gardait la tête baissée, et aux mages derrière elle, puis lança une question.
« Cette opération était-elle coordonnée avec Ruvan à l'avance ? »
« Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. »
La femme, qui semblait être la commandante, tout comme les autres nobles de Carmine, ne montra aucun signe de culpabilité face à la question de Turan.
Il n'y avait aucune trace de ce désespoir vertigineux typique de quelqu'un pris en flagrant délit.
« Eh bien, même si c'était vrai, ils n'auraient pas informé ces petits soldats qui ne sont même pas possédés. »
Bien qu'il ait posé la question par précaution, Turan trouva son hypothèse assez plausible.
Le fait que l'opération se poursuive malgré la retraite de Ruvan était probablement dû à l'impossibilité de communiquer en temps réel.
Avec la route maritime bloquée, ils auraient dû utiliser des bêtes magiques volantes ou des moyens similaires pour communiquer. Mais la distance entre Carmine et Ruvan était telle que même des bêtes magiques de premier ordre comme Bije auraient eu besoin de plusieurs jours pour voyager, rendant fort probable le fait que la nouvelle de la retraite de Ruvan ne leur était pas encore parvenue.
Après avoir mis de l'ordre dans ses pensées, Turan déclara à l'armée de Carmine :
« Pour l'instant, je ne vous punirai pas, étant donné que vous n'avez pas franchi la frontière. »
À ses mots, certains mages de Carmine poussèrent un soupir de soulagement.
Bien sûr, si Turan avait arbitrairement exécuté ou fait prisonnière l'armée de Carmine, cela aurait été politiquement lourd pour lui aussi.
Après tout, ils avaient simplement établi un camp avec une barrière dans la zone neutre entre les territoires des deux familles.
Mais les gens n'agissent pas toujours de manière purement rationnelle.
Ceux qui possèdent plus de pouvoir que les autres ont tendance à être relativement capricieux, et le chef d'une grande maison noble était le plus puissant des puissants.
En d'autres termes, il ne serait pas étrange qu'il agisse selon ses caprices.
« Cependant, je ne peux permettre à une armée de cette taille de rester juste à côté du territoire de notre Maison. Dès que vous serez libérés, vous devrez vous retirer de la chaîne de montagnes. »
« Je suis désolée, mais ce n'est pas une décision qui m'appartient. »
Les mages de Parsha furent stupéfaits, et même les mages de Carmine écarquillèrent les yeux devant la résistance ferme de leur commandante.
Le chef d'une grande maison noble venait de leur ordonner de partir, et elle osait lui répondre ?
Jusqu'à un instant auparavant, la situation pouvait être considérée comme le simple respect des ordres de la Maison, mais là, c'était tout autre chose.
Si Turan l'abattait sur-le-champ dans un accès de rage, personne ne trouverait cela injustifié.
Mais au lieu de s'emporter contre son attitude, Turan ouvrit calmement la bouche.
« Je vois. Même alors que la capitale de votre Maison est envahie et que les gens que vous êtes censés protéger souffrent, vous ne pouvez pas vous empêcher de chercher querelle à une autre Maison sans raison particulière. »
À sa remarque sarcastique, une fissure apparut enfin sur l'expression de masque de fer de la femme.
De la rage, et de la honte.
« Comme je le pensais, il n'y a aucune raison réelle pour qu'ils restent ici. Leur but est simplement de provoquer la Maison Parsha et de l'empêcher de prêter main-forte à Varaha. »
Sur ce, Turan put saisir pleinement l'intention réelle de l'ennemi.
Peu de temps après, l'armée de Carmine commença à lever le camp et à retourner vers le nord, par le chemin qu'elle avait emprunté.
Les subordonnés avaient outrepassé leur commandante, qui avait été catégorique sur le fait de tenir leurs positions conformément aux ordres.
À ce stade, Turan renvoya Meisa, qui l'avait accompagné, à Kalamaf, puis monta sur Bije et continua sa patrouille vers l'est.
En conséquence, à sa grande surprise, il découvrit que deux autres unités étaient stationnées près du sommet de la montagne.
Heureusement, aucun de leurs commandants n'avait la volonté de fer du premier.
Non seulement il put les intimider pour les faire battre en retraite avec de simples menaces, mais il obtint même de l'un d'eux l'aveu qu'ils avaient reçu pour instruction de « gagner autant de temps que possible à cet endroit ».
Alors que le ciel commençait à se teinter des couleurs du crépuscule, Turan, chevauchant Bije en direction de Kalamaf, s'adressa à ceux qui le suivaient.
« Eh bien, j'ai fini par vous voler une journée chargée pour rien. Si j'avais su que cela finirait si docilement, je serais venu seul. »
« Non, Chef de famille ! Au contraire, nous aurions dû gérer nous-mêmes quelque chose de ce niveau. Nous sommes seulement navrés que vous ayez dû intervenir personnellement... »
Moson Mebern, le fils du seigneur de Bigen qui représentait les mages envoyés à Parsha, répondit avec une expression pleine d'excuses.
Comme il l'avait dit, des affaires comme celle-ci n'étaient pas du ressort d'un chef de grande maison noble.
Normalement, alors que les nobles de haut rang restaient cloîtrés dans leur maison principale, les nobles de moindre rang faisaient des allers-retours pour converser, faire rapport à leurs maisons, recevoir des réponses, et la simple résolution d'un différend pouvait prendre des mois.
Les dieux régnant sur Carmine avaient probablement anticipé que Turan perdrait du temps de cette manière, et c'est pourquoi ils avaient provoqué cette situation.
Ce n'est que parce que Turan était inutilement proactif qu'il était intervenu pour régler le problème rapidement.
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