Chapitre 162
Traducteur : Pai_
Après un bref repos pour reconstituer l'énergie magique consommée par la Magie de détection, Turan monta sur Bije et se lança immédiatement à la poursuite de ceux qui avaient attaqué Ophen.
Au moment où il repéra l'ennemi, il n'eut pas l'intention de passer à l'attaque immédiatement.
Après tout, ils n'étaient que deux, et il ignorait combien d'ennemis pouvaient se trouver de l'autre côté.
Il aurait suffi de s'approcher furtivement, d'obtenir quelques médiums permettant de poursuivre le pistage, puis de battre en retraite.
Cependant, à son arrivée, il découvrit que les forces ennemies étaient bien plus faibles qu'il ne l'avait anticipé.
Trois sirènes royales, quelques nobles de rang moyen et des centaines d'humains ordinaires...
Apparemment, le signalement indiquant que des mages humains étaient impliqués dans l'attaque n'était dû qu'à la présence d'un cuirassé.
Il était évident pour quiconque qu'une telle force ne représentait guère une menace significative.
Il avait supposé qu'une force humaine alliée au Grand Serpent de Mer avait occupé Ophen et amené d'autres nobles en renfort, mais au vu de la situation, il regretta brièvement de ne pas avoir simplement emmené Meisa avec lui.
Toutefois, ce regret ne dura qu'un instant. Turan déposa Armania à distance, puis s'approcha sous l'effet de la Dissimulation avec Bije pour tenter une attaque.
S'il tirait avec l'arme récemment acquise, le Railgun, selon un angle précis, il serait en mesure d'éliminer uniquement les sirènes sans blesser les civils à bord du cuirassé.
La seule chose qu'il n'avait pas prévue, c'était que les sirènes puissent, d'une manière ou d'une autre, détecter les signes et le magnétisme du Railgun.
À cause des sirènes qui se transformèrent soudainement en Grands Serpents de Mer, le cuirassé fut broyé en un instant et, bien qu'ils aient été quelque peu blessés, les ennemis parvinrent à s'enfuir en toute sécurité dans la mer.
Turan claqua la langue de frustration un court instant, mais il décida bientôt de poursuivre sa traque.
Trois d'entre eux représentaient un défi surmontable et, plus que tout, l'image d'Ophen qu'il avait vue quelques instants plus tôt occupait tout son esprit.
Bien que ce ne fût pas un lieu auquel il était aussi attaché qu'à Kalamaf, c'était tout de même une ville appartenant au nom de Parsha, une ville qu'il se devait de protéger.
La scène saisissante de la cité effondrée, avec plus de mille morts, persistait dans sa mémoire.
[Allons-y.]
Envoyant sa voix sur le vent à travers plusieurs kilomètres, il appela Armania, qui se transforma alors en Grand Serpent de Mer et se dirigea vers ses semblables.
À l'apparition du traître qu'ils cherchaient désespérément, les trois Grands Serpents de Mer choisirent d'abandonner leur retraite et chargèrent vers Armania, et les quatre créatures s'emmêlèrent bientôt violemment dans les profondeurs marines.
Pendant ce temps, Turan activa la Lignée Carmine, chevaucha les courants pour se rapprocher et tira une longue épée de sa sacoche.
Il s'approcha de la tête du Grand Serpent de Mer le plus gravement blessé et y enfonça son épée.
[Aaaaaaah- !]
Dans la mer obscure, le Grand Serpent de Mer, totalement pris au dépourvu, hurla alors que son point faible était frappé.
Ce n'est qu'à cet instant que les autres Grands Serpents de Mer réalisèrent la présence de Turan, tordant leurs corps et illuminant vivement la mer nocturne.
« Ugh. »
Il était peu probable que le simple fait de se transformer en Grand Serpent de Mer confère de telles capacités, alors comment était-ce possible ?
Bien que confus, Turan désactiva rapidement la Dissimulation et manipula l'eau environnante pour se propulser au loin.
La gueule béante d'un Grand Serpent de Mer passa exactement là où il se trouvait un instant plus tôt.
Celui qui avait échoué dans son attaque fixa Turan et cria :
[Tu avais juré de ne pas te battre contre nous !]
[C'était avant que vous ne vous en preniez aux humains, surtout à ceux que je protège.]
Tout comme il envoyait sa voix sur le vent sur la terre ferme, Turan enveloppa ses mots dans une bulle d'eau et la lança vers l'ennemi.
La sirène, sous sa forme de Grand Serpent de Mer, répondit d'un ton perplexe, comme si elle ne pouvait comprendre.
[Les humains de l'ouest n'avaient rien à voir avec toi, et même dans le port que nous avons détruit en guise d'avertissement, seuls quelques milliers sont morts. Alors pourquoi...]
Avant qu'il ne puisse demander si Turan pouvait se permettre de se faire un ennemi d'eux, Armania se referma sur son cou d'un coup de crocs.
Les deux autres Grands Serpents de Mer tentèrent de repousser Armania en mordant son corps, mais comme ils étaient déjà en piteux état, leurs attaques manquaient de force.
Tandis que les quatre créatures s'enchevêtraient, Turan s'approcha de l'un des Grands Serpents de Mer agrippés à Armania et tendit la main.
Instantanément, une masse de glace se développa autour de son long corps.
[Aaagh !]
La capacité conférée par la Lignée Carmine était le contrôle de l'eau et du froid.
À l'origine, l'eau de mer était plus difficile à geler que l'eau douce, mais pour un mage puissant comme Turan, ce n'était guère une contrainte.
Ce qu'il créa n'était pas une simple masse de glace qui se contentait de ralentir le corps.
À l'extérieur, il s'agissait d'une structure cylindrique enveloppant le corps, mais à l'intérieur, c'était un instrument de torture hérissé de centaines de lames tranchantes.
C'était une technique consistant à façonner l'eau en glace qui exigeait une maîtrise extrême, un niveau de compétence que très peu parmi la noblesse Carmine pouvaient atteindre.
[Enlève ça !]
Les lames de glace, imprégnées d'une puissante énergie magique, déchiquetèrent les écailles robustes du Grand Serpent de Mer et lacérèrent sa chair tendre.
Bien que ce ne fût pas un coup mortel, étant donné la résilience de la créature, la douleur tendait à être ressentie de manière bien plus intense que la réalité.
Ayant ainsi mis hors d'état de nuire l'un des Grands Serpents de Mer, Turan, tout comme Onil l'avait fait par le passé, façonna un fouet de glace massif et frappa un autre Grand Serpent de Mer relativement indemne.
Tout comme un maître disciplinant une bête qui défiait sa volonté.
À ce stade, les Grands Serpents de Mer comprirent qu'ils étaient en position de faiblesse et que poursuivre le combat pourrait mener à leur mort, ils décidèrent donc de fuir.
Les groupes se séparèrent dans trois directions : nord-ouest, nord et nord-est.
Turan, après un bref échange de regards avec Armania, décida lequel chacun d'eux poursuivrait.
*
« Où est le Chef de famille ? »
« Ne me dites pas que nous sommes arrivés trop tard... »
Devant le port d'Ophen, désormais réduit en ruines.
L'armée de Parsha, menée par Meisa, regardait autour d'elle avec anxiété.
En apprenant la nouvelle d'une attaque majeure, ils s'étaient précipités sur place, pour ne trouver que les décombres de la ville, et le Chef de famille, qui aurait dû arriver un jour plus tôt après être parti seul, restait introuvable.
Il était naturel qu'ils s'inquiètent.
Cependant, contrairement aux autres, Meisa se tenait calmement, se contentant de regarder le ciel.
« Quelqu'un sait-il exactement qui a attaqué ? »
« Je ne sais pas, j'ai juste entendu dire que c'était l'ennemi. »
« Peut-être aurions-nous dû demander l'aide de Solif après tout. »
« Si Meisa a dit que tout allait bien, que pouvions-nous faire ? »
La vérité sur le Miroir de Jade qui reliait Parsha et Varaha, ainsi que son emplacement, n'était connue que des membres les plus éminents des deux familles.
La douzaine de nobles de rang moyen à supérieur rassemblés ici savait seulement qu'il existait un moyen de traverser l'espace vers Varaha.
Mais bientôt, ils comprirent pourquoi Meisa n'avait pas été troublée.
« Oh. »
« Est-ce que... serait-ce... ? »
Dans un fracas d'eau jaillissante, quelque chose commença à émerger de la mer vers la terre.
En voyant les corps massifs des Grands Serpents de Mer, les nobles de Parsha furent surpris et commencèrent instinctivement à préparer des sorts d'attaque, mais réalisèrent bientôt qu'ils contemplaient des cadavres sans vie.
La vision de l'eau de mer soulevant les dépouilles de deux énormes Grands Serpents de Mer sur le rivage était presque épique.
Sur eux chevauchaient deux silhouettes : leur vénéré Chef de famille Turan et un invité non identifié, Arn.
« Vous êtes là. »
« Il n'y en a que deux ? N'aviez-vous pas dit qu'il y en avait trois ? »
« L'un d'eux s'est échappé. Il était rapide. »
Turan conversait avec désinvolture avec Meisa tout en déchargeant les cadavres des Grands Serpents de Mer sur le rivage.
La raison pour laquelle elle avait pu rester calme était qu'elle avait déjà reçu quelques informations de Turan via le miroir à main.
Bien qu'elle n'ait pas pu entendre tous les détails, faute d'énergie magique et à cause de la précipitation de la poursuite.
Alors que les deux atterrissaient, Meisa s'approcha et épousseta la tête d'Armania, demandant :
« Es-tu blessé ? »
« J'ai été un peu blessé, mais ensuite... Turan m'a soigné. »
Aux mots d'Armania, les mages de Parsha derrière eux écarquillèrent les yeux de surprise.
Ces paroles laissaient entendre que ce garçon avait combattu aux côtés de Turan contre les Grands Serpents de Mer !