Chapitre 3 137
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Bonne lecture :
3137 - Plaines d'Élysium Effie ne se sentait vraiment pas bien.
Mais, au moins, elle était libre.
Une peste terrifiante la rongeait de l'intérieur, et un flot de sang noir s'échappait des blessures brutales que lui avait infligées Azarax. Effie sentait qu'elle arrivait au bout du rouleau.
Mais la corde qui lui entravait les mains était désormais tranchée, et elle avait réussi à s'échapper. Azarax avait commis une erreur en laissant sa dague plantée dans son corps. Sur le moment, Effie avait caressé l'idée de retourner la lame contre lui — après tout, le puissant Roi des Rois avait le dos tourné, distrait par le chaos environnant. Un seul coup, et le Cauchemar serait terminé...
Son esprit était embrumé, ses pensées tournaient au ralenti, mais même dans ce brouillard, son instinct de survie aiguisé lui hurlait que tenter de tuer Azarax était pure folie. Elle ne parviendrait jamais à l'abattre — pas en une seule frappe, et certainement pas dans son état actuel. Peut-être quand la peste l'aurait davantage ravagé, mais pas maintenant.
Alors, Effie avait choisi la fuite.
Profitant du fait qu'Azarax soit sonné et distrait, elle avait rampé jusqu'au fond de sa vaste tente et utilisé la dague pour en taillader la toile.
Dehors, le camp de la Horde d'Acier ressemblait à une fourmilière éventrée. Les guerriers de retour de la ville étaient blêmes et couverts de suie. Ceux qui étaient restés au campement étaient soit morts, soit sous le choc. Toute une section des installations était réduite en cendres, les flammes dévorant allègrement le peu qu'il restait des provisions de la Horde.
Ça ne pouvait être que l'œuvre de Jet.
Les soldats couraient dans tous les sens pour tenter d'éteindre l'incendie, tandis que d'autres s'effondraient simplement au sol, terrassés par l'épuisement. Il y avait beaucoup de blessés... et nombre d'entre eux fixaient leurs mains tremblantes avec horreur, du sang noir suintant à travers leurs bandages.
L'air était saturé de fumée et de cendres.
Effie profita de la panique générale pour s'extirper du camp.
À vrai dire, elle ne se rappelait pas exactement comment elle y était parvenue. Elle semblait avoir tué quelques soldats en chemin : la lame de la dague qu'elle serrait toujours dans sa main était maculée de sang — du sang rouge, pas noir, ce qui voulait dire que ce n'était pas le sien.
Mais même si elle avait fait quelques victimes, le reste de l'armée ne semblait pas avoir remarqué sa fuite. Pas dans l'immédiat, en tout cas... Mais à présent, c'était une certitude Effie le sentait, on la traquait.
L'esprit engourdi, elle ne comprenait pas vraiment où elle se trouvait. Elle avait atterri dans une forêt, cernée d'innombrables arbres morts. Le sol était aride, et le soleil déclinant plongeait le monde dans le crépuscule. Effie s'appuya contre un tronc, haletante, pressant une main contre son torse mutilé.
Mais c'était comme essayer d'endiguer une rivière avec un simple caillou. Azarax n'y était pas allé de main morte avec sa lame ; elle avait bien plus de plaies qu'une seule main ne pouvait en couvrir. Le sang coulait toujours, de lourdes gouttes s'écrasant sur la terre noire.
Ce n'était pas l'idéal. Laisser une piste sanglante quand on est poursuivie est rarement une bonne idée. Et puis, il se passait quelque chose d'étrange...
Aux endroits où le sang d'Effie touchait le sol stérile, la terre semblait éclore. De l'herbe verte, des lianes et des fleurs jaillissaient de la poussière, poussant à une vitesse fulgurante. Même les arbres morts alentour semblaient reprendre vie, de jeunes bourgeons gonflant à vue d'œil sur leurs branches.
« Qu'est-ce que... c'est que ce délire... »
Ses pensées pataugeaient dans son crâne. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait, mais ça la consternait vaguement. Une traînée de sang, c'était déjà fâcheux, mais voilà qu'elle laissait dans son sillage une piste luxuriante encore plus voyante. La forêt ressuscitait partout où elle passait ; ses poursuivants n'avaient qu'à suivre ce vert éclatant pour la trouver.
Et ses traqueurs, quels qu'ils soient, gagnaient du terrain. Elle entendait des bruits de mouvement au loin.
Effie doutait qu'Azarax l'ait prise en chasse personnellement — il l'aurait déjà rattrapée en quelques secondes. Le Roi des Rois devait être trop occupé à sauver les meubles pour reprendre le contrôle de sa Horde d'Acier paniquée.
De plus, il devait la considérer comme morte — pour être honnête, Effie le pensait aussi —, ses poursuivants devaient donc être des pisteurs expérimentés, des vétérans endurcis, et sans doute un Saint ou deux pour s'assurer qu'elle n'en réchappe pas.
En temps normal, elle aurait renversé la situation pour faire de ces chasseurs ses proies. Mais là, tout de suite, Effie n'était même pas sûre de survivre quelques minutes de plus. Affronter les guerriers d'élite du Fléau d'Acier était hors de question.
Et pourtant, elle voulait vivre... Elle était désespérément résolue à survivre, même si le bon sens lui hurlait qu'elle était trop faible et trop ravagée par la peste pour se remettre de ses blessures mortelles.
Au diable le bon sens ! La logique ne survivait jamais à la réalité quand de puissants Éveillés entraient en jeu. Effie décida donc d'ignorer la vérité flagrante de sa mort imminente et inévitable.
Elle grogna et se repoussa de l'arbre, lâchant la dague qui tomba au sol, marquée de son empreinte sanglante.
Un pas, puis un autre, encore un...
À chaque foulée, le sang fuyait un peu plus de ses plaies, emportant le reste de ses forces.
Mais elle continua d'avancer. Un pas de plus, puis un autre, trébuchant en avant tandis que les bruits de la traque se rapprochaient dangereusement dans son dos.
Quelque chose d'étrange arrivait à son corps défaillant, ainsi qu'à son âme épuisée. Mais Effie l'ignora. Les yeux fixés droit devant, elle se força à marcher alors que tout son être lui intimait l'ordre insurmontable de s'effondrer et de ne plus jamais bouger.
Peut-être que ces jeunes pousses vertes jaillissant du sol étaient simplement le fruit de son désir brûlant et irrépressible de vivre.
Alors, Effie continua de tituber, un pas atrocement douloureux à la fois.
Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'échappatoire.
La forêt s'arrêta net, débouchant sur une vaste étendue d'eau. Sous l'éclat pourpre du soleil couchant, la surface brillait d'un rouge vif, miroitant comme une mer calme de sang fraîchement versé.
Effie se figea. Un rire étouffé franchit ses lèvres.
« ... Fin du voyage, on dirait. »
Elle ne pouvait pas marcher sur l'eau. Avec les bruits de la poursuite soufflant sur sa nuque, son périple touchait manifestement à sa fin.
Elle fit tout de même quelques pas pour atteindre la rive et s'enfonça dans l'eau. Les vagues lui léchèrent rapidement les genoux, et elle trébucha, s'écroulant.
« Ça n'a même aucun sens... »
Pourquoi y avait-il une mer devant elle ? Elle était censée se trouver dans la direction opposée, derrière la ville calcinée. Effie n'avait pas pu fuir par là, car c'était de ce côté que revenait le gros de la Horde d'Acier pendant son évasion.
Elle s'était donc éloignée de la ville. Elle se redressa péniblement et s'assit dans l'eau fraîche, observant d'un regard vide son sang noir s'y diluer.
Elle comprit avec un temps de retard. Ce devait être le lac artificiel qu'Azarax avait créé pour détourner la rivière. Le cadre était plutôt pittoresque, compte tenu de son objectif initial.
Effie prit une grande inspiration et leva les yeux vers le ciel écarlate.
Derrière elle, elle entendit le bruit de bottes lourdes martelant le sol, suivi du craquement sec de dizaines de cordes d'arc se tendant à l'unisson. Son esprit était vide. Et quelque part, sous ce vide, la certitude froide et indiscutable qu'elle allait mourir flottait dans l'obscurité.
Les guerriers de la Horde d'Acier relâchèrent leurs flèches.
Effie était si fatiguée. Elle souffrait le martyre. L'eau fraîche enveloppait son corps en feu, apaisant sa douleur... Alors, l'espace d'un instant, elle se dit que ce ne serait pas si mal de s'allonger dans ces ténèbres glacées pour se reposer enfin.
À la place, elle puisa dans le maigre filet d'essence qu'elle avait récupéré pour activer sa Capacité d'Éveillé, changeant sa peau en un matériau aussi dur que l'acier. Les flèches rebondirent dessus, certaines volant en éclats. Quelques-unes parvinrent à s'enfoncer, mais leurs pointes ne pénétrèrent pas très profondément.
« Pas très profondément, hein... » Soudain, les lèvres d'Effie s'étirèrent en un sourire en coin.
« Et puis merde. »
S'allonger pour se reposer dans les douces ténèbres de la mort ? Qui avait le temps pour ça ?
Effie n'avait aucune patience pour la paix qu'offrait le trépas. Elle n'avait pas besoin de son réconfort.
Alors, même si la peste la rongeait de l'intérieur et que des flèches acérées perçaient sa chair, elle décida de lutter encore un peu.
Elle allait voir combien de poursuivants elle pourrait emmener avec elle avant qu'ils ne l'abattent... Non, pourquoi réfléchir comme ça ? Elle allait tous les massacrer. Pas besoin de compter.
Soudain, Effie se souvint de son Second Cauchemar. Elle se rappela le Temple du Calice, et les enfants avec qui elle s'était entraînée côte à côte, endurant ensemble la cruauté impitoyable des Vierges de Guerre et la folie insidieuse du Royaume de l'Espérance... Jusqu'à ce qu'ils disparaissent tous, la laissant seule.
À toujours lutter.
C'était ça, la voie du Dieu de la Guerre, non ? La lutte éternelle de tous les êtres vivants : le combat pour rester en vie. Pour vivre.
Pour prospérer.
« Oh, Guerre... » gémit Effie. « ... pourris à jamais dans ta tombe, foutu dieu. »
Elle essaya de se remettre debout, mais il lui restait si peu de force qu'elle parvint à peine à bouger.
Elle continua d'essayer. Et ce faisant...
Quelque chose en elle sembla atteindre une masse critique. Quelque chose sembla enfin s'accomplir. L'énergie s'éleva, inondant tout son être, débordant comme une source jaillissante.
Et soudain, le Sortilège murmura à son oreille.
[Vous avez reçu un Héritage d'Aspect : Bénédiction de la Guerre.]
Tandis qu'Effie haletait, agrippant son ventre en sang, le Sortilège poursuivit.
[Vous avez reçu un fragment du Domaine de la Vie.]
[Votre âme a donné naissance à un domaine mineur, Jardin de Prospérité.]
[Vous êtes devenue la maîtresse d'un Jardin d'Âme.]
« Q—quoi ? »
S'écoulant sous sa paume, son sang noir s'éclaircit d'un coup, virant peu à peu au rouge vif.
Et elle sentit enfin que la transformation qui s'opérait en elle atteignait son apogée.
Même si Effie ne pouvait pas le voir sur l'instant, une métamorphose profonde bouleversait son âme. Si elle avait plongé dans sa Mer de l'Âme, elle aurait vu cette mer qui reposait sous un ciel bleu dégagé, baignée par la chaleur rayonnante d'un soleil éclatant, bouillonner et s'agiter avec frénésie.
Puis, quelque chose de gigantesque émergea lentement des vagues : une immense île, surmontée de hautes montagnes s'élevant vers le ciel, sillonnée par des rivières cristallines serpentant à travers plaines et vallées. De jeunes pousses vertes jaillirent de la terre fertile, et l'île stérile fut en un instant recouverte de forêts, de prairies, de bosquets et de pâturages. Les fleurs s'épanouirent, et les branches des arbres ployèrent sous le poids de fruits mûrissants.
L'abondance florissante de cette île élyséenne regorgeait d'une vitalité exubérante et inépuisable. Cette même vitalité envahit tout l'être d'Effie, affrontant la peste qui la consumait dans une guerre impitoyable.
« C'est quoi... ce délire ? »
Effie eut envie de rire, mais ce fut impossible : à cet instant, une nouvelle volée de flèches s'abattit sur elle, et plusieurs d'entre elles réussirent à percer sa peau.
Elle tituba, sentant le sang ruisseler un peu plus sur son corps. Si seulement elle pouvait se lever... alors...
Son essence d'âme était presque à sec, et même si son Héritage d'Aspect fraîchement déverrouillé l'avait revigorée, elle allait bientôt perdre l'usage de son Aspect. Une fois à court de jus, ces flèches la tueraient tout pareil.
Mais avant de tomber à sec, Effie fut saisie d'un froid terrible.
Une brume glaciale recouvrit la rive du lac, la dissimulant aux yeux des archers. Des cris terrifiés retentirent à travers le brouillard, étouffés par son étreinte glacée.
Effie expira lentement et s'autorisa enfin à tomber.
Juste avant de sombrer dans l'eau, cependant, quelqu'un la rattrapa.
Elle leva la tête et croisa un regard bleu acier qui l'observait depuis les ténèbres.
Effie soupira.
« Grande Sœur... je me sens comme une merde. »
Sainte Jet, qui la soutenait, hocha la tête en silence.
« Tu as l'air d'une merde. »
Effie essaya de ricaner, mais fit la grimace à la place.
« Y a un jardin... qui fleurit dans mon âme... un jardin d'âme... »
Jet fronça les sourcils.
« On dirait que tu délires. C'est pas grave, mais essaie de t'accrocher. Au moins jusqu'à ce qu'on sorte d'ici. »
Bercée dans ses bras, Effie leva les yeux et sourit de toutes ses dents.
« M'accrocher, hein ? Tu veux que je m'accroche à quoi, au juste ? »
Suivant son regard, Jet eut un petit rire narquois.
« On dirait qu'elle pète la forme, finalement. Bien... maintenant, on file... »