Chapitre 3 125
3125 Les Murailles du Piège
Alors que la porte de la ville se refermait derrière les forces d'élite de la Horde d'Acier, Azarax haussa un sourcil et jeta un coup d'œil à Effie avec une pointe de froid mécontentement dans les yeux.
— Prêtresse... il semble que tu n'aies pas été entièrement honnête avec moi. Ou est-ce tes soldats qui ne sont pas aussi obéissants que tu le croyais, et qui ont décidé d'ignorer tes ordres ?
Il faisait référence à sa promesse selon laquelle les défenseurs de la cité déposeraient les armes et renonceraient à la vie sans se battre. Le ton d'Azarax était trompeusement calme, mais dangereux... cependant, il ne semblait pas inquiets. Et pourquoi le serait-il ? Après tout, le plus grand obstacle sur sa route était les murailles de la cité. Maintenant que ses soldats étaient à l'intérieur, la partie la plus difficile du siège était terminée.
Même si les défenseurs restants tentaient d'organiser une résistance, ils seraient facilement massacrés par l'élite de la Horde d'Acier. De plus, il était là lui aussi. Même s'Azarax n'avait pas rejoint les Guerriers d'Effroi pour piller la ville, il pouvait les atteindre très rapidement s'il le souhaitait — ainsi, même si quelque chose d'inattendu se produisait, il aurait amplement le temps de réagir.
Du moins, c'est ce qu'il croyait.
Effie, en revanche, avait sa propre idée sur la question.
Tout était prémédité. Elle avait su que les Guerriers d'Effroi et les autres élites de la Horde d'Acier entreraient dans la ville en premier. Elle avait aussi su qu'Azarax ne la tuerait pas... plus encore, elle avait su qu'il ne suivrait pas ses soldats à l'intérieur.
C'était parce qu'Azarax ne pourrait pas résister à la tentation de rester avec Effie pendant qu'elle regarderait la ville tomber. Il trouverait un bon point d'observation et la forcerait à regarder, faisant de son mieux pour briser son esprit... se délectant de son déshonneur.
Sa cruauté aussi avait été prise en compte. Effie avait conçu les grandes lignes du plan. Morgan, leur tacticienne, en avait peaufiné les moindres détails, y compris d'innombrables plans de secours pour parer aux imprévus et rendre la stratégie assez flexible pour résister à l'épreuve du réel. Seishan était celle qui avait rendu tout cela possible, tandis que Kai, Nightwalker et Jet devaient jouer des rôles clés dans ce qui allait se produire.
Effie eut un léger sourire, sentant sa peur se dissiper.
Elle savait très bien qu'elle pourrait mourir ici... en fait, sa mort ultime était extrêmement probable. Avant cela, elle était vouée à subir des épreuves qui lui feraient regretter d'être en vie.
Mais c'était égal. Parce que la possibilité de sa mort ultime avait elle aussi été prise en compte. C'était une variable parmi d'autres, et pas des plus importantes.
Car sa propre tâche serait accomplie qu'elle survive ou non.
— Ils doivent suivre mes ordres très exactement, Peste d'Acier. Ah, mais je dois l'admettre — j'ai peut-être été un tout petit peu malhonnête. Je ne suis pas la personne la plus honnête du monde, vous voyez. Et encore moins de deux mondes.
Azarax fronça les sourcils, l'examinant d'un air mécontent. Puis, il se tourna pour regarder la porte lointaine de la cité.
Mais il était déjà trop tard.
Effie et Morgan savaient qu'il ne faudrais pas longtemps à Azarax pour atteindre la cité et escalader ses remparts. Ainsi, quoi qu'elles réservent aux pillards, cela devait se produire rapidement... cela devait se produire instantanément.
Et à présent, Effie allait profiter du spectacle — même si cela devait être la dernière chose qu'elle verrait de sa vie.
En fait, elle devait remercier Azarax d'avoir choisi un si merveilleux point d'observation.
« J'espère qu'il appréciera aussi mon sens du spectacle... »
Au loin, dans la cité, les Guerriers d'Effroi et de nombreux parmi les meilleurs soldats de la Horde d'Acier s'affairaient à saccager les riches demeures ou à progresser vers le château.
Aucun d'entre eux n'avait encore remarqué que la porte de la ville s'était refermée — et, bien sûr, aucun n'avait appris que le mécanisme complexe qui déplaçait les titaniques dalles de pierre avait été détruit immédiatement après la fermeture. Cette fois, pour toujours.
Les personnes chargées d'activer le mécanisme une dernière fois avant de le saboter étaient des volontaires — des personnes sans famille, mourant lentement de la peste. Elles savaient que ce serait leur dernière mission, mais elles savaient aussi que leurs vies serviraient de combustible pour infliger d'immenses dégâts à la Horde d'Acier.
Et puisque chaque habitant de la cité avait perdu des amis et des proches dans les horreurs du siège, ils étaient prêts à troquer leurs vies chancelantes contre celles des meilleurs combattants d'Azarax.
Tandis qu'ils accomplissaient leur mission, Kai se tenait bien loin de là, sur un haut bastion de la muraille du donjon intérieur. Le Château de Pierre avait été bâti près de la mer, si bien que presque toute la ville s'étendait devant lui — d'innombrables rues, une infinité de foyers. Et les sombres fleuves des guerriers de la Horde d'Acier se répandaient à travers le dédale des rues comme du poison.
Plusieurs personnes se tenaient derrière lui — Morgan, Seishan, Nightwalker et le prince de la cité. Cependant, en raison de la distance, lui seul pouvait voir que la porte s'était déjà refermée et que son mécanisme avait déjà été détruit.
Kai inspira profondément, puis déclara d'un ton grave et neutre :
— C'est l'heure.
Nightwalker soupira et hocha la tête.
— C'est mon signal, alors. Je vais aller préparer le Château de Pierre pour la bataille.
Alors qu'il s'éloignait, le prince regardait droit devant lui, le visage pâle, une tempête d'émotions faisant rage dans ses yeux. Cependant, il ne dit rien — se contentant de serrer le poing, endurant ce tumulte en silence.
Morgan et Seishan se préparaient pragmatiquement au combat, leurs expressions aussi banales et professionnelles que n'importe quel autre jour.
Kai ferma les yeux un instant.
Il savait ce qu'il s'apprêtait à faire.
Il savait aussi quel serait le prix de ses actes.
Tout comme le prince, son cœur saignait... même si c'était pour une raison différente.
Il s'inquiétait pour Effie. Il avait peur pour elle.
Mais il savait aussi qu'elle avait raison, et que c'était la seule voie possible. S'ils avaient été plus forts, plus intelligents ou plus chanceux, il y aurait peut-être eu une autre façon de triompher du Cauchemar — mais ils ne l'étaient pas. Ils étaient faibles, et dans ce monde maudit, la faiblesse était un péché.
Mais c'était aussi le combustible qui permettait à ceux qui leur ressemblaient de grandir et de surmonter des obstacles impossibles.
Alors, Kai ouvrit les yeux.
Contemplant la cité mourante qui s'étendait à ses pieds, il fit appel à son Aspect et prononça un seul mot :
— Brûle.
Et, répondant à son commandement...
La cité fut engloutie par les flammes.